Mini-croisière au Svalbard - Carnet de voyage 2025

Forum Norvège

Ce carnet n’a pour ambition que de décrire au jour le jour une semaine passée au Svalbard en juin 2025 de la même façon que j’avais raconté mon voyage avec l’Express côtier de Norvège l’an passé. Faute de liaison Internet le long du parcours (c’est un des charmes de ce voyage), je ne pourrai probablement l’écrire en entier qu’à mon retour.

OSLO, 21 JUIN 2025 - JOUR 1
Ici, il fait chaud et étouffant comme dans cette France que je viens de quitter. Pourtant, on est en Norvège nom de nom ! Le ciel est bleu, le soleil tape. Oslo est en pleine effervescence. Des milliers de Norvégiens et de touristes ont envahi les rues du centre-ville.

La dernière fois que je suis venu ici remonte à des dizaines d’années. La ville a diablement changé. Tout le centre est dévolu aux piétons. Le long des quais du port, des cafés et bateaux-cafés ne désemplissent pas.

Peut-être qu’on célèbre la fête de la musique comme en France (mais rien ne permet vraiment de l’assurer) ou le solstice d’été mais ça se passe quelques jours plus tard.

Tout cela donne le sentiment d’une ville sereine et apaisée, loin de ce qu’on connaît parfois ailleurs.
Toujours étonné ici par le nombre de statues, qu’on trouve à chaque coin de rue. Pas seulement des statues d’hommes politiques ou de gens célèbres, non, des statues de gens ordinaires…

Bon, je ne parle pas de celle de Kate Moss (ci-dessous) dans la galerie d’un grand cinéma d’Oslo.

Pourquoi Oslo pour démarrer un voyage au Svalbard ? Parce que c’est le point de passage obligé. Le meilleur endroit pour prendre un vol vers Longyearbyen au Svalbard. Le meilleur ? En tout cas le moins cher et le plus régulier. SAS, la compagnie suédoise, et Norwegian, la compagnie norvégienne, se partagent la liaison avec un vol aller-retour tous les jours en pleine saison.

Petit clin d’œil très français : ces toilettes bleu-blanc-rouge, baptisées « Liberté-Égalité-Fraternité » en plein centre d’Oslo.

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Bonjour @igrekes,

J’ai hâte de découvrir le Svalbard à travers ce nouveau carnet :blush:.

Je vois que les toilettes bleu-blanc-rouge sont toujours là, je les avais vues en 2015.

Bon voyage !

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LONGYEARBYEN, 22 JUIN - JOUR 2
L’impression d’arriver au bout du monde. Un petit aéroport entouré de monts enneigés, une unique route qui mène à la « grande ville » - 2600 habitants sur les 2960 de l’archipel - de Longyearbyen. La température est plus douce (6°) qu’imaginée mais le ressenti est de quelques degrés de moins.

Longyearbyen, c’est d’abord une grande rue peuplée de commerces et de cafés, tous ouverts ce dimanche. On dirait une fausse ville avec des installations provisoires. Tout semble neuf ou en construction.

Sans la neige, tout apparaît nu. Une herbe rase, des tuyaux, des engins de chantier partout. Et des centaines de scooters des neiges, abandonnés dans les pâtures gorgées d’eau. Ce n’est pas un cimetière puisque ces scooters reprendront du service dans quelques mois. Je n’imagine pas la circulation : y a-t-il des accidents de scooter des neiges comme il y a des accidents de voiture ?

Curieusement (pour un Français), aucun papier, aucun déchet par terre. L’impression d’être vraiment ailleurs…
Dans les magasins, et notamment dans la grande supérette Coop, on trouve de tout. À des prix norvégiens, s’entend, même si les taxes ne s’appliquent pas ici.

Je me relis et je ne voudrais pas laisser le lecteur sur une mauvaise impression : Longyearbyen est une cité agréable, calme. Elle est surtout étonnante et étrange pour qui vient d’ailleurs. Comme en témoigne par exemple ce panneau pour chiens qui n’est pas une plaisanterie…

… ou ces abris postaux avec des boîtes où le facteur dépose le courrier. Pendant la période de neige, ce doit être la seule possibilité pour les postiers. Les habitants viennent retirer leur courrier en scooter des neiges.

Rentré à l’hôtel réservé par Hurtigruten Svalbard, je profite du jacuzzi. Dehors, par une température de quelques degrés et face à des monts partiellement recouverts de neige. Le bonheur absolu !

Bonjour,
Le Svalbard sans la neige, mais dans le jour permanent! Merci de partager cette belle découverte d’une partie de la Norvège que je ne connais pas et qui me fait rêver.
Bon voyage à vous :hugs:

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LONGYEARBYEN, 23 JUIN 2025 - JOUR 3
J’ai retrouvé de la 4G au Svalbard ce qui me permet de poursuivre ce carnet…

Dans les rues de Longyearbyen, dans les hôtels, on parle anglais, allemand, espagnol, chinois, parfois français, bref toutes les langues du monde. Ce monde vient ici pour découvrir l’archipel.
Les agences de voyage, les expéditions se multiplient depuis quelques années. Comme si la manne du tourisme devait remplacer les revenus des mines de charbon, aujourd’hui fermées.

Avant de partir au Svalbard, j’ai fait le tour de ce qui existait. Pourquoi avoir choisi Hurtigruten Svalbard ? En raison du bon souvenir du voyage de l’an passé sur l’Express côtier Hurtigruten. Parce que je souhaitais un voyage pas trop long et pas trop coûteux.
Pour le Svalbard, les prix dépassent parfois les 10 000 euros pour une dizaine de jours. Là, pour être transparent, j’ai payé 20 895 NOK (monnaie norvégienne), soit 1790 euros pour une expédition de cinq jours à la fin juin.

Précision utile : je ne suis pas sponsorisé…

Avant d’embarquer cet après-midi, l’équipe d’Hurtigruten nous a concocté un programme d’initiation au Svalbard. Première étape au camp Barentz, hors de la ville : la vie d’un chien de traineau racontée par une musher, une « meneuse de chiens ».
Parenthèse : sur ce sujet, j’en ai énormément appris en lisant Un jour glacé en enfer, l’ouvrage un tantinet érotique d’Anna B Ragde, la grande romancière norvégienne.

Après la musher, pause café et pancake dans une cabane en bois bien chauffée. Ici, on nous dit tout sur l’ours polaire, le SYMBOLE du Svalbard. Tout tourne autour de lui, du mythe qu’il suscite, de la crainte qu’il inspire. Des panneaux aux abords de la ville incitent partout à la prudence.

Notre jeune guide, un Estonien, qui nous accompagne dans cette zone porte un fusil pour les effaroucher.

- Vous en avez déjà vu ? lui demande-t-on.
- Non, jamais, reconnaît-il en souriant. Sur cette zone, ils ne viennent guère qu’une fois par an, en plein hiver.

Nous sommes à l’ouest du Svalbard et les ours polaires vivent à l’est, là où les glaces demeurent en permanence.
Ce que j’ai retenu de cette mini-conférence ? Un mâle peut atteindre 700 kg et 3 m de hauteur. Il perçoit l’odeur d’un phoque, sa nourriture favorite (il en consomme de 50 à 70 par an), à 32 km de distance.
Au Svalbard, les ours sont plus nombreux (3 000 environ) que les habitants mais, dans l’île du Spitzberg, on n’en compte que 250.
Petite précision pour mettre de l’ordre dans la géographie : on nomme Svalbard l’ensemble de l’archipel et Spitzberg, l’île principale, quasiment la seule habitée.

Dernier tour par le musée. Un musée vivant, très moderne à la gloire de l’archipel. On y évoque les expéditions à travers l’histoire, les grands explorateurs et les grandes exploratrices, les grands animaux, la vie sauvage…
D’impressionnantes photos présentent la fonte des glaciers entre 1900 et aujourd’hui.
On n’oublie pas le passé minier du Spitzberg qui a tant compté (ci-dessous, une installation minière de Longyearbyen au XXe siècle. Copie d’une photo du musée).

Retour en arrière. En 1920, un certain nombre de nations, dont la France, signent le « traité du Spitzberg ». La Norvège devient souveraine sur l’archipel… à la condition expresse que les citoyens de divers pays aient le droit d’exploiter les ressources naturelles « sur un pied d’égalité absolu ».
Signataires de l’accord en 1924, les Russes ne se sont pas privés d’utiliser cette clause pour exploiter le charbon. Pendant longtemps, ils furent d’ailleurs plus nombreux que les Norvégiens sur place.

Gruve 7, la dernière mine en activité a cessé de fonctionner cette année 2025. Pour cause de guerre en Ukraine : le charbon russe était envoyé en Allemagne et l’Union européenne en a interdit l’importation.

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LONGYEARBYEN, 23 JUIN 2025 - JOUR 3 (suite)
Cette fois, on embarque. Notre bateau, le Serenissima n’est pas à quai.

Il faut donc s’y rendre en Zodiac avec de multiples précautions (et un gilet de sauvetage) pour ne pas passer par-dessus bord.

Tout nous est facilité. À bord, la petite chambre que j’occupe (la 501) est très confortable et comprend ce qui est nécessaire. D’abord un grand hublot pour voir le paysage défiler.

Des illustrations de Venise décorent les chambres et les couloirs. Je m’en suis étonné avant de me souvenir que l’on surnomme la ville « Serenissima ».

Premières consignes de sécurité sur le pont.
Après le déjeuner (un buffet bien rempli), les guides du bâteau se présentent et nous informent des règles à bord (nous sommes bien encadrés, c’est sûr).
Étonnant : la plupart d’entre eux sont d’étudiants ou d’anciens étudiants venus de Norvège, d’Allemagne, de Suisse et, pour l’une d’entre elles, de Longyearbyen (comme elle a dit, tout sourire « Contrairement aux autres, je n’ai pas eu le choix »).

C’est aussi le cas de nombreux guides rencontrés en ville : ils viennent d’Argentine, de France, de toute l’Europe, ils sont venus étudier la géologie, la glaciation ou l’environnement au Svalbard - l’endroit idéal - et ils ont décidé de rester, au moins pour un job saisonnier.

Le personnel de service du bâteau vient des Philippines ou d’Amérique du Sud, sans doute pour des salaires peu élevés.

Par chance, nous ne sommes qu’une cinquantaine de passagers pour un navire qui peut en contenir 103…

Une partie de l’après-midi se passe face à un glacier dont on s’approche mètre par mètre puis centimètre par centimètre. Très impressionnant, fantastique aussi. Nous sommes fascinés et déjà contents d’avoir choisi ce voyage. A un moment, un bruit rompt le silence : un (petit) morceau de glacier s’effondre dans le fjord.

Nous sommes habillés de coupe-vents rouge d’Hurtigruten, très seyants, et de bottes qui nous seront utiles demain pour partir en randonnée.

En fin d’après-midi, présentation en diapos des animaux sauvages du Svalbard. À commencer par tous les oiseaux, du fulmar au macareux moine, en passant par la mouette tridactyle et la sterne arctique. Bonne idée : on nous fait écouter leur cri respectif. J’ai adoré le « ha ha ha » du guillemot.

On évoque aussi les phoques, le renard arctique et bien sûr… l’ours polaire. J’ai aimé apprendre que le morse pèse jusqu’à 1500 kg : l’ours peut aller se rhabiller !

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Bonjour,
Ça y est, on est partis, oui, un peu partis avec vous!! Merci pour ces photos aussi belles que rafraichissantes.
Je viens de télécharger Zona Frigida, que je n’avais pas encore lu.
Par contre, un détail m’étonne concernant le bateau: port d’attache Nassau. J’ai toujours vu les Hurtigruten immatriculés en Norvège :thinking: :hugs:

@igrekes

Merci pour ces photos rafraîchissantes .

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Zona Frigida d’Anna B. Ragde, c’est ce qui m’a donné l’envie de partir un jour pour le Svalbard…
Les navires Hurtigruten qui assurent la liaison de l’Express Côtier sont effectivement immatriculés en Norvège. Pas le Serenissima qui assure les trajets du Svalbard. Je suppose que loin de la métropole norvégienne, loin d’Oslo, les pratiques ne sont pas les mêmes…

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NARRENESET, 24 JUIN 2025 - JOUR 4
Dans la nuit, le Serenissima est remonté en haut du Spitzberg (en haut du plan de notre parcours).

Réveil dans un fjord aux versants beaucoup plus enneigés que la veille, le Raudfjorden (ce qui veut dire « fjord rouge », je n’ai pas su pourquoi) : 20 km de long, cinq de large.

En cette saison, il fait jour 24h/24 et, hier soir, il a fallu fermer le volet et serrer les rideaux pour atteindre la pénombre. Curieux cette sensation : que ce soit à 10 h le matin, à 16 h l’après-midi, à 2 h dans la nuit, la température et la lumière sont, à peu de choses près, identiques.

Petit déj en compagnie de ceux que le hasard a mis à notre table le premier soir à Longyearbyen : Helen, une Australienne, Dave, un Américain, Per, un Suédois du Nord, et Alex, une jeune Française de Nancy qui travaille à l’ONU à Genève. Tous ont la particularité d’avoir beaucoup voyagé de par le monde. Depuis, nous nous retrouvons à chaque repas. Sans déplaisir.

Contrairement au voyage avec l’Express côtier de l’an passé où les passagers étaient comme des pièces rapportées sur un navire d’abord destiné à favoriser l’approvisionnement et la circulation entre villages du nord, le voyage ici est avant tout basé sur l’exploration et le respect de l’environnement. Avec beaucoup de pédagogie

Avant de descendre sur l’un des versants du fjord, à Narreneset, nous sommes briefés sur le respect de la nature : on ne prend rien sur le sol (depuis 1946), on passe les bottes au retour dans un pédiluve pour éviter de transporter des graminées d’un lieu du Svalbard à l’autre… On nous reparle bien sûr des ours polaires et de leur danger : « Ils peuvent arriver à n’importe quel moment, en nageant, même si l’on n’en a pas vu avant. »

D’ailleurs, les deux guides qui nous accompagnent à terre, deux jeunes femmes, Marte et Svenia, portent à la fois un pistolet effaroucheur et un fusil.

Nous nous enfonçons dans la neige et aussi dans la boue avant de marcher sur les roches. On imagine sans peine que vingt ans auparavant, peut-être trente, tout était recouvert de neige.

Dans notre montée de quelques kilomètres vers le sommet (c’est un petit sommet), nos guides nous désignent parfois de minuscules fleurs qui arrivent à trouver leur chemin à travers les roches et la mousse : une dryade à huit pétales…

ou une saxifrage à feuilles opposées (je fais mon savant mais j’ai lu le descriptif dans le guide de la guide).

Elles nous racontent aussi l’histoire des premiers explorateurs, du néerlandais Barentz, de l’époque où, disait-on, on pouvait aller à pied d’un versant à l’autre du fjord… juste en marchant sur le dos des baleines. Plaisanterie bien sûr qui en dit long notamment sur le grand nombre de cétacés que l’on découvrait dans le coin. Les explorateurs néerlandais et britanniques les ont chassés et tués au rythme, dit-on, d’un millier par an. D’abord pour leur chair et aussi pour l’huile.

Les baleines ont disparu comme la neige. Il est devenu rare d’en voir…

HAMILTONBUKTA, 24 JUIN 2025 - JOUR 4 (après-midi)

Fantastique. Nous sommes devant un glacier, au milieu de blocs de glace qui s’en sont détachés. Sur les rochers voisins, des guilleminots se croisent dans un ballet étonnant. Quelques mouettes tridactyles s’affrontent sur l’eau. La beauté de la nature à l’état pur.

Nous avons quitté le bateau en Zodiac pour nous approcher des glaciers d’Hamiltonbukta, toujours dans le « fjord rouge » (le Raudjforden).

À l’avant du Zodiac, Stéphane, guide originaire de Genève, nous raconte la vie des glaciers et, surtout, leur disparition rapide au fil des ans.

Nous sommes vêtus comme des explorateurs prêts à affronter les grands froids, avec plusieurs couches de vêtements (c’est le meilleur système), les grandes bottes et le coupe-vent rouge et jaune d’Hurtigruten. Pourtant, sauf quand le Zodiac prend de la vitesse, nous ressentons peu le froid.


Stéphane vient de ramasser dans l’eau une plaque issuée du glacier et nous explique le pourquoi de ces bulles enfermées dans la glace et qui explosent petit à petit.

Rentrés à bord, au bout de trois quarts d’heure d’exploration, nous sommes accueillis par des gaufres toutes chaudes que nous garnissons de crème et de confiture… et aussi, pour ceux qui le tentent, de « fromage brun » qui n’a de fromage que le nom et présente surtout un goût de caramel. La belle vie.

Il nous reste à nous reposer, à lire, à méditer devant ces paysages étonnants avant la dernière attraction du jour, le passage près de l’île Moffen. Nous serons alors au-delà du 80e parallèle.

Deux Bretons, Anita et Marcel, seuls autres Français du voyage (je l’ai découvert cet après-midi), m’interrogent, me voyant écrire sur l’ordinateur :
- Vous avez une liaison Internet ?
Non, bien sûr que non. Depuis la fin de la première journée, nous sommes coupés de tout réseau téléphonique et d’Internet, faute de relais. Ce qui nous oblige à une sorte de pause bien acceptée et bienvenue pour la plupart des passagers (je ne les ai pas tous interrogés).

L’équipage du bateau dispose d’un wi-fi mais il reste privé. C’est l’occasion pour eux de me raconter que dans leur village proche de Quimper, ils sont quasiment dans la même situation. Sans relais téléphonique, sans Internet même si on leur promet la fibre pour bientôt. Ils ont trouvé la solution avec le réseau Starlink d’Elon Musk : une antenne d’une centaine d’euros et un abonnement mensuel de 40 euros. À se demander pourquoi l’Europe n’est pas capable d’une telle prouesse…

Ça y est : il est 20h30 et nous passons le 80e parallèle, plus haut que nous n’irons jamais au cours de voyage. Ce n’est pas rien : au-delà de ce parallèle, il n’y a presque plus rien comme terres sur le globe. Juste le haut du Groenland, totalement sous la glace et inhabité, l’archipel de François-Joseph et l’île de Severnaya Zemlya qui appartiennent à la Russie, l’île canadienne d’Ellesmere…

Les guides célèbrent ce passage avec nous, à renfort de jus d’orange et de faux champagne. Très sympa.

Au même moment, nous découvrons l’île de Mofen et surtout une impressionnante colonie de morses. Plus d’une soixantaine à vue de jumelles. Pas de photo vraiment possible car nous restons à une distance imposée d’au moins 300 mètres.


Cette photo provient de l’U.S. Fish and Wildlife Service et correspond à peu près à ce que nous avons vu.

Cet îlot de sable est un sanctuaire pour la nidification des oiseaux. Svenia et Stéphane nous donnent une leçon de choses très intéressante : le morse, ce monstre de plus d’une tonne, se contente, à son menu du jour, d’une soixantaine de kilos de crustacés et de concombres de mer. Il plonge pour se nourrir jusqu’à une cinquantaine de mètres. Après ce repas pantagruélique, il peut dormir plusieurs jours, le temps de digérer sans doute.

Longtemps chassé pour sa graisse, ses défenses et sa peau épaisse d’une dizaine de centimètres, le morse a failli disparaître du secteur. Il est protégé depuis le début du XXe siècle et la colonie de l’Atlantique Nord se repeuple tout doucement.

Vers 1h, nous entrons dans le fjord de La Madeleine. Nous sommes une dizaine à avoir veillé aussi tard pour en profiter. Un vent glacial souffle sur le pont, la neige tombe. Au loin, près de la côte, un petit bateau et, sur le versant du fjord, une tente rouge. Qui peut bien camper là ? Des scientifiques ? Cette interrogation ne m’empêchera pas de rejoindre, enfin, mon lit à plus de 2h du matin.

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CAMP ZOÉ, 25 JUIN 2025 - JOUR 5

Au Svalbard, la nature est reine. Ce matin, nous nous sommes réveillés face au glacier de Lilliehöök.

Après le petit déj, nous avons contourné un énorme rocher, une réserve naturelle pour de nombreux oiseaux. On passe un temps fou à les observer à la jumelle.

Nous sommes passés aussi dans le règne de l’infiniment petit. Faute de pouvoir rencontrer de grands animaux - d’ailleurs on a très vite compris qu’il nous faudrait probablement faire le deuil de l’ours polaire, on a déjà été bien heureux de voir des morses hier soir et quantité de rennes arctiques, avec leurs petits ces jours-ci - faute donc de grosses bêtes, on s’est consacré au petit monde. D’abord celui de ces fleurs minuscules qui défient le climat, le permafrost et reviennent à chaque printemps.

Depuis, lors de nos randonnées, nous marchons le regard tourné vers le sol à la fois pour éviter de se casser la figure sur des rochers mais surtout pour ne pas marcher sur les fleurs polaires.

Et puis, il y a les crottes, Stéphane, guide suisse fort sympathique, nous en a présentées une série, récoltées au même endroit sur place : des crottes de renards arctiques, celles (petites) des rennes l’hiver, celles (grosses) des rennes l’été. En bonus, le caca de mouette. Je vous épargne la photo.

Ainsi, au fil de nos sorties, nous sommes sensibilisés à la richesse de la nature et à sa préservation. Je crois qu’il n’y a pas beaucoup d’endroits dans le monde où l’on ressent autant le bouleversement lié au changement climatique.

Ce matin, nous avons pris - c’est devenu une habitude - le Zodiac pour arriver jusqu’à une plage de cailloux. Nous enfilons nos gilets de sauvetage, nous montons et descendons du Zodiac en toute sécurité. Cela fait partie aussi de l’aventure.

Alors, le Camp Zoé, c’est quoi ? Juste une concession établie en 1905 par les Britanniques. À l’époque, le Svalbard, c’est un peu le far-west. Chaque personne qui débarque se réserve un bon bout de terrain.

D’où sans doute des conflits sans fin qui doivent se régler à coups de fusil de chasse ou de procès. Au même moment, on tire en effet sur tout ce qui bouge et qui peut rapporter de l’argent. Comme la fourrure du renard arctique pour la mode féminine.


L’intérieur de la cabane du Camp Zoé

Après la Première Guerre mondiale, les instances internationales mettent de l’ordre dans tout ça et confient la gestion et donc la propriété du Svalbard à la Norvège.

Avant de reprendre le Zodiac, les téméraires qui le souhaitent peuvent prendre un bain dans l’océan arctique : une eau à 3°. Plutôt qu’un bain, c’est une brève plongée dans l’eau, avant de s’entourer de grandes serviettes.

Après la courte nuit que nous avons eu, je n’ai pas eu le cœur d’accompagner les plus courageux. En entrant dans l’eau, ils reconnaissent qu’ils ont eu « le souffle coupé » !

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Très intéressant votre compte rendu sur cette mini croisière avec Hurtigruten Svalbard.
Avez vius eu des frais supplémentaires pour les sorties organisées du bateau Hurtigruten ?
Amicalement.

Merci pour votre retour. Non, aucun frais supplémentaire : toutes les sorties à terre avec le Zodiac sont compris dans le « package » de départ.

NY LONDON, 25 JUIN 2025 - JOUR 5 (suite)

Ny-London, où nous nous rendons cet après-midi, est une escroquerie. En 1911, un prospecteur Ernest Manfield croit avoir découvert le Pérou. Sur la péninsule de Bloomstrandøya, il découvre du marbre, le plus pur au monde. En tout cas, c’est ce qu’il arrive à faire croire à des investisseurs britanniques.

L’argent réuni permet de créer toute une infrastructure minière. L’exploitation démarre en 1912. Catastrophe : le marbre du Svalbard ne supporte pas les températures plus chaudes de l’Europe continentale et il s’effrite. La mine s’arrête le temps de la Première Guerre mondiale, reprend juste après et ferme définitivement en 1920.

Ne restent plus de cette époque que les vestiges d’une machine à vapeur, d’une grue de débarquement et quelques cabanes. D’autres cabanes ont été démontées pour fournir en bois la cité de Ny-Alesund, juste en face.

Tout de même, baptiser cet établissement du nom de « Nouvelle Londres », c’était pour le moins prétentieux.
À propos de nom, Bloomstrandøya, en néerlandais veut dire « la plage des fleurs ». C’est trompeur car le lieu a été baptisé ainsi pour rendre hommage à son découvreur, le biologiste néerlandais Christian Wilhelm Broomstrand.
Deuxième chose apprise aussi grâce à nos guides : la péninsule d’origine est devenue une île. Tout simplement parce que le glacier qui reliait cette île au continent a fondu au début du XXe siècle. Le réchauffement climatique s’observe au jour le jour ici.


Pour accoster à Ny-Ålesund, notre dernière étape du jour, le Serenissima navigue entre les glaces.

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NY-ÅLESUND, 25 JUIN 2025 - JOUR 5 (suite et fin)

C’est, à mon avis, la sortie la plus étrange de ce voyage au bout du monde, étrangeté qui ne manquait pas jusqu’alors pourtant.

Ce soir, après le repas, nous avons débarqué à Ny-Ålesund. Déjà s’appeler la « Nouvelle Ålesund » quand cette communauté comprend tout juste une trentaine de baraquements et de cabanes, voilà qui apparaît de prime abord très étrange par rapport à Ålesund, la cité reine de l’art déco en Norvège.

L’histoire est étrange elle aussi et elle explique le nom. En 1916, quatre comparses creusent les collines alentour pour extraire du charbon. Ils enregistrent leur compagnie, la Kings Bay Kull Compani AS, à Ålesund, sur le continent. Au Svalbard, le site prend naturellement le nom de Ny-Ålesund et la compagnie devient, quelques années plus tard, la propriété du gouvernement norvégien.


Des enfants de Ny-Ålesund, à l’époque de la mine (photo exposée au musée).

En 1962, une explosion tue vingt-et-un mineurs. Le scandale devient l’affaire Kings Bay et aboutit à la chute du gouvernement norvégien d’Einar Gerhardsen.

La mine ferme. Restent quelques gardiens pour surveiller les installations, avec l’espoir d’une reprise dans de meilleures conditions de sécurité. Espoir vain.

En 1966, les premiers scientifiques arrivent avec l’Institut polaire norvégien. D’autres les suivent très vite. Depuis, ils sont une trentaine pendant l’hiver, environ deux cents pendant l’été. Ils représentent au moins une dizaine de nationalités.


Des habitants de Ny-Ålesund (remarquez le fusil à l’épaule de l’homme à droite).

À Ny-Ålesund, on pratique la recherche sur à peu près tout : la météo, la géologie, l’atmosphère, la biologie, la biologie marine…

Ny-Ålesund n’est pas une vraie cité, on s’en rend compte en y débarquant. C’est une station de recherches, répartie le long d’une grande route et d’une autre qui la croise, avec des bâtiments purement fonctionnels.

D’ailleurs, la ville toute entière est la propriété du ministère du Climat et de l’Environnement et n’est pas reconnue comme une commune par le gouvernement norvégien, nouvelle étrangeté.
Ny-Ålesund se glorifie d’être le village habité le plus au nord du monde, avec la poste la plus au nord, l’aéroport le plus au nord, le chemin de fer le plus au nord (qui ne fonctionne plus)…

Un café, une boutique de souvenirs qui fait agence postale, une laverie, une salle de sports et un musée complètent le décor.

Le musée évoque l’histoire de la cité qui se marie avec celle de la mine. Elle fait une belle place à Roald Amundsen, le grand héros norvégien. Après avoir été le premier homme au pôle sud, il est parti de Ny-Ålesund pour atteindre le pôle nord, en compagnie d’un Américain qui le sponsorisait et d’un Italien, Nobile, qui a fabriqué le ballon dirigeable pour y accéder. Le grand hangar qui abritait l’engin volant, appelé Norge, était alors le plus grand bâtiment en bois du monde. On l’a démonté pour utiliser le bois. Ne reste plus de cette épopée que la tour de lancement où l’on attachait le ballon.


Photo Jerzy Strzelecki

C’est encore de Ny-Alesund qu’Amundsen est parti, quelques années plus tard, pour secourir l’équipage italien de Nobile, échoué dans l’Arctique. Amundsen n’en est jamais revenu. Sa statue marque le croisement des deux routes de Ny-Ålesund.

LONGYEARBYEN, 26 JUIN 2025 - JOUR 6

Au revoir Serenissima. J’ai déjà un peu de peine à te quitter et pourtant on ne se connaît que depuis quelques jours. Trop court à mon goût. Je serai bien resté un ou deux jours de plus.

L’équipage nous fait ses adieux. Pas seulement les guides mais les femmes de service, les cuistots, les pilotes, les mécanos et hommes d’entretien.


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Les guides rappellent les grandes étapes du voyage (pour ceux qui seraient déjà atteint d’Alzheimer) nous remettent des diplômes et finissent en chantant. Rien à dire, ils ont été top. Nous n’avons pas aperçu d’ours polaire, contrairement aux voyageurs de la semaine précédente, mais ce n’était, finalement, pas le plus important.

Retour donc à Longyearbyen avec un autre regard. Voilà quelques jours, la cité me semblait être au bout du monde dans le plus pur désert. Aujourd’hui, le passage des voitures m’étonne, tout est différent.


L’église au moment de sa construction.

J’en profite pour monter jusqu’à la vieille ville, là où se trouve l’église. Une église protestante étonnante. Il faut se déchausser et monter au premier étage pour découvrir un grand salon avec une cheminée, du café à volonté, deux pianos et tout au fond, un autel avec des icônes. Une église comme je n’en ai jamais vu jusqu’à présent.

Je prolonge 600 m plus loin jusqu’à l’ancien cimetière. Tout seul, isolé sur la colline, entouré seulement des vestiges en bois de l’épopée minière. On m’avait dit qu’on n’y enterrait plus personne depuis les années cinquante.

En fait, je découvre deux tombes de 2013 et 2015. Ce sont peut-être des crémations, ce qui ne nécessite pas les mêmes précautions d’hygiène.

Retour au centre-ville où je tombe presque nez à nez sur un renne arctique.

Dernier crochet par le musée du pôle Nord. L’épopée d’Amundsen vers le pôle Nord, que j’ai évoquée ci-dessus, est déclinée avec des documents et des objets d’époque. Quelques anciens films permettent de mieux comprendre la folie de ces hommes et les conditions difficiles de ces explorations.


L’ingénieur et explorateur italien Umberto Nobile.

Le musée fait la part belle au Norvégien Amundsen, moins à l’Italien Nobile. Sans lui, pourtant, rien n’aurait été possible. C’est Nobile qui a construit le dirigeable Italia, rebaptisé Norge, qui a permis de survoler le Pôle. Les deux hommes se sont ensuite embrouillés, comme on dit aujourd’hui. Nobile, soutenu par Mussolini, reprochait alors à Amundsen de tirer toute la couverture à lui.

Passons. Quelques années plus tard, Nobile et son équipe, à bord d’un autre dirigeable, s’écrasent au nord du Svalbard. Une immense armada de sauvetage, plus d’un millier de personnes et de nombreux bâteaux, partent à leur recherche. Quand les secours finissent par trouver les survivants, ils sauvent en premier lieu Nobile, victime d’une fracture. On lui reprochera : le capitaine part toujours en dernier, si vous vous souvenez du Titanic.

À bord d’un hydravion français, Amundsen participe aussi aux recherches. Et c’est à ce moment-là qu’il disparaît à tout jamais. Les Norvégiens n’ont jamais pardonné à Nobile la perte de ce héros national. Cent ans plus tard, ils lui en veulent encore.

En fin de soirée, à plus de 23 heures, je débarque à Oslo. ll fait noir et chaud. Deux sensations que je n’ai plus connues depuis une semaine. Il faut se réhabituer.

SVALBARD ET OSLO, 27 JUIN 2025 - JOUR 7

Six détails plus ou moins amusants à savoir sur le Svalbard (et que j’ai appris sur place, je fais mon malin) :

  1. Il n’y aurait pas d’araignées sur l’archipel en raison du froid. En fait, c’est en partie faux (j’ai vérifié sur un site consacré aux araignées, si, si). Il en existe, semble-t-il, de très rares et de deux espèces sur la côte ouest, les seuls à résister à l’hiver polaire.
  2. Il n’y a pas de chats sur l’archipel (pour éviter qu’ils tuent les oiseaux qui nichent au sol pour la plupart).
  3. On ne peut pas être enterré au Svalbard. On peut sans doute y mourir mais le cercueil doit repartir en Norvège. La raison ? Le pergélisol (le sol gelé en permanence) ne permet pas aux corps de se décomposer. D’où la peur des virus. Il existe bien un cimetière à Longyearbyen mais il n’accepte plus de pensionnaires depuis les années 1950.
  4. On enlève ses chaussures à l’entrée des maisons et d’un certain nombre de lieux publics, comme les musées ou les hôtels. Cette habitude remonte au temps des mines (la dernière a fermé en 2025) quand les bottes des mineurs charriaient de la poussière de charbon. La règle demeure aujourd’hui, en particulier en hiver quand les chaussures transportent de la neige et de la boue en permanence.

  1. Il est interdit d’entrer dans les magasins avec des armes. Nombreux sont les Norvégiens du Svalbard à en porter en permanence (les ours polaires, toujours). D’ailleurs, il est interdit de sortir des limites de la ville de Longyearbyen sans emporter avec soi un pistolet effaroucheur et un fusil.

  1. Les rues n’ont pas de nom. On les appelle ainsi « voie 500 », « voie 219 »… Si vous habitez au n° 19 de la voie 500, votre adresse sera ainsi « vei 500 19 ».

Deux romans traduits en français, à vous conseiller pour un séjour au Svalbard.

- Zona Frigida d’Anna B. Ragde. Une excursion sur un petit bateau autour du Svalbard. Avec une petite intrigue policière (et des ours polaires !). Remarquable.

- Le Sixième homme de Monica Kristensen. C’est un polar dont l’action se passe pendant l’hiver à Longyearbyen, au XXIe siècle, à l’époque où la mine principale fonctionnait encore. Je ne vous en dirais pas plus, je n’ai pas encore terminé sa lecture. Monica Kristensen a aussi écrit Opération Fritham, qui se passe dans l’archipel.

Merci pour le partage de ce voyage du bout du monde. Le retour à la ”civilisation” doit être dure.
Superbes photos !

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Bonsoir,
Merci pour votre récit et pour les photos, félicitations pour le 80 N !!
Pendant votre voyage, je suis Bea qui vient aussi de le passer :wink: :hugs:

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merci, j’ai pu voyager!

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Merci pour ces belles photos et toutes ces informations :blush:.

Encore un endroit à mettre sur la longue liste des lieux que j’espère découvrir un jour !

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Super récit. On file ce vendredi pour les Svalbard, je n’en peux tellement plus que j’écume les forums :sweat_smile:

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