Le Wwoofing

08 août 2017

D’un côté, un fermier ou un particulier qui pratique l’agriculture biologique ou l’éco-construction. De l’autre, un voyageur prêt à s’investir et à rendre service en échange du gîte et du couvert. Entre les deux, un concept en plein essor : le Wwoofing.
Né en Angleterre, ce mouvement alternatif s’est développé dans le monde entier. Une aventure hors du commun où les maîtres mots sont l’échange, les rencontres et la protection de l’environnement. Découvrez tout ce qu’il y a à savoir sur le wwoofing !
Qu'est-ce que le wwoofing ?

Tout commence en Angleterre
L’histoire du wwoofing débute à Londres grâce à une citadine en manque de nature, Sue Coppard. Afin de s’échapper de la capitale le temps d’un week-end, la Londonienne contacte des fermes pour leur proposer ses services. Ayant posté une petite annonce dans un journal pour trouver des compagnons intéressés par cette expérience, elle se rend vite compte que de nombreux citadins rêvent, comme elle, de passer du temps à la campagne. Le premier essai a lieu dans une ferme bio-dynamique du Sussex en 1971. C’est un succès et, grâce au bouche-à-oreille, de nombreux fermiers proposent d’accueillir eux aussi des volontaires.
Le wwoofing est né. Derrière l’acronyme Wwoof, il fallait à l’origine comprendre « Working weekends on organic farms » (week-ends de travail dans des fermes bio). Aujourd’hui, le concept a évolué et Wwoof signifie « World wide opportunities on organic farms » (offres d’emploi mondiales dans les fermes bio).
Progressivement, le mouvement s’est diffusé dans le monde entier. 132 pays font à présent partie du réseau, dont la Chine, le Ghana, le Japon, la Tanzanie, le Nigeria, le Canada, le Mexique ou encore l’Australie.
Un mot-clé : l’échange
Le wwoofing repose sur l’échange. Les hôtes offrent la nourriture, l'hébergement et les occasions d'apprendre contre une assistance en maraîchage, jardinage ou tout autre travail agricole. Le wwoofing exclut tout échange monétaire et propose justement un modèle alternatif. Cela demande au wwoofer de s’investir et à l’hôte de partager son savoir-faire. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’un travail.
Comme les associations du monde entier l’indiquent, le wwoofing n’est pas destiné aux routards qui cherchent un hébergement gratuit ! Les hôtes sont parfois très déçus de recevoir des opportunistes, peu intéressés par leur démarche et qui ne mettent pas la main à la pâte. Ne confondez pas le wwoofing et le couchsurfing, qui n’ont rien à voir.
L’esprit du wwoofing
Le wwoofing est ouvert à tout le monde, quel que soit l’âge ou la nationalité. Pas besoin d’être un fin connaisseur du compostage ou de l’apiculture ! Comme l’indique la charte de Wwoof France, l’un des objectifs est de « permettre à des non-initiés d’avoir une première expérience dans le domaine de l’agriculture biologique et de l’éco-construction ». D’après l’association française, la plupart des adhérents sont d’ailleurs des citadins. L’essentiel : avoir envie d’apprendre et être sensible à la protection de l’environnement puisque vous partagerez le quotidien de fermiers bio ou de personnes ayant un rapport privilégié avec la nature.
Plus largement, l’ambition du wwoofing est aussi, grâce à ce partage de connaissances et à cette chaîne de rencontres, de diffuser les principes d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement et de défendre ainsi la biodiversité. Le wwoofing permet également de favoriser la communication au sein du mouvement de l’agriculture biologique et de créer des liens entre citadins et ruraux.
Qui sont les hôtes ?
Les profils s’avèrent extrêmement variés. Vous pouvez aussi bien trouver une exploitation agricole qu’une famille. De nombreux particuliers proposent en effet d’accueillir des wwoofers pour participer à leur chantier d’éco-construction, l’entretien de leur potager ou de leur jardin. Tous ont en commun les principes de l’agriculture biologique.
Les hôtes ont envie de vous faire découvrir leur mode de vie, leur savoir-faire et leur région. Pour des fermiers qui vivent dans des régions reculées et n’ont pas souvent l’opportunité de voyager, le wwoofing est l’occasion de rencontrer des personnes du monde entier.
Les hôtes partagent leur quotidien avec les wwoofers et les intègrent dans leur mode de vie, qui peut être très éloigné du vôtre. Il est donc essentiel de les respecter, de s’adapter et d’avoir envie de découvrir des façons de vivre alternatives.
Wwoofing : comment ça marche ?

S’inscrire
En premier lieu, il faut adhérer à l’association Wwoof du pays où vous souhaitez vous rendre (chaque pays participant au wwoofing dispose d’une association indépendante). La cotisation annuelle varie. Si vous partez à deux, certaines associations proposent des adhésions couplées.
Une fois inscrit, vous aurez accès à la liste des hôtes du pays, par région, en version papier ou numérique. Si vous souhaitez avoir un aperçu des hôtes des différentes destinations que vous avez en tête, vous pouvez, avant de vous inscrire, consulter librement la liste des hôtes (sans l’accès à leurs coordonnées). Cela vous permettra de savoir si ce pays compte beaucoup d’hôtes, si les activités proposées vous intéressent, etc. Pour trouver le site du pays que vous avez choisi, vous pouvez passer par wwoof.net, site global du wwoofing.
Attention, l’adhésion est personnelle, vous ne pouvez pas récupérer la liste des hôtes d’un autre adhérent et l’utiliser pour contacter des fermes. D’après la charte de Wwoof France, l’hôte est d’ailleurs tenu de vérifier si vous êtes bien membre de l’association pour vous accueillir.
L’adhésion à l’association n’inclut pas d’assurance. Assurez-vous d’avoir une assurance responsabilité civile. L’association OV Europa propose une assurance spécifique pour le wwoofing en Europe ou encore WorldNomads en partenariat avec WWOOF France.
Sélectionner les hôtes
Une fois inscrit, vous aurez donc accès à la liste complète des hôtes du pays concerné avec les coordonnées de chacun. Vous trouverez une brève description de chaque hôte (Que fait-il ? Est-ce une exploitation ou un particulier ? Qu’attend-il des wwoofers ? Quel est son mode de vie ? Quelles activités propose-t-il ?). Prenez du temps pour éplucher ces listes (parfois très longues !) et trouver le ou les hôtes qui vous correspondent. À vous de bien réfléchir à ce que vous attendez de cette expérience : êtes-vous plutôt intéressé par le maraîchage, les énergies renouvelables, l’éco-construction ? De même, le quotidien chez un particulier ou chez un professionnel ne sera pas le même.
Prendre contact avec les hôtes
Il est impératif de contacter chaque hôte chez qui vous souhaitez vous rendre afin de vous assurer qu’il y a une place disponible et de discuter des conditions du séjour. Présentez-vous et expliquez-lui ce qui vous intéresse particulièrement dans son activité.
Si le descriptif fourni par l’association n’est pas précis, demandez quelles seront vos tâches, votre emploi du temps, comment vous serez logés. Si vous êtes allergiques à certaines choses, pensez à le spécifier. Il ne faut pas hésiter à aborder tous ces points. Cette discussion sera une première rencontre et vous permettra de voir si le courant passe entre vous. À l’étranger, de nombreux wwoofers préfèrent contacter leurs hôtes par mail. Cela ne doit pas empêcher de poser les questions essentielles. Enfin, respectez les dates de séjour que vous avez annoncées ou prévenez en cas de changement, les hôtes ont souvent des capacités d’accueil réduites.
Une fois sur place…
La plupart des hôtes apprécient que les wwoofers restent au moins une semaine, ce qui semble le minimum pour s’imprégner du lieu et se sentir utile. Florence, qui a wwoofé au Japon et en Afrique du Sud, passait deux semaines chez chaque hôte : « Dans certains cas, c’était un peu court, j’aurais souhaité rester plus longtemps ». Laura, qui a tenté l’expérience en Australie, estime que deux semaines sont suffisantes : « On nous confie en général des tâches assez ingrates, dont on se lasse au bout de quelque temps. En partant chez un autre hôte, on découvre une nouvelle région, de nouvelles personnes… ». Quelques-uns acceptent des passages de quelques jours, notamment au moment de la pleine saison, mais c’est assez rare.
L’hôte s’engage à partager son savoir-faire. Il sera donc là pour vous apprendre des choses. Votre rôle consiste à lui rendre service dans sa vie quotidienne, « sans obligation de rentabilité ou de performance » (charte de Wwoof France). Vous lui consacrerez cinq à six heures par jour et vous aurez des jours de congé, définis avec lui.
Les tâches sont aussi variées qu’il y a d’hôtes ! Retaper un corps de ferme, cueillir des fruits, soigner les animaux, débroussailler un terrain, installer un système de phytoépuration, entretenir le potager… La liste est longue !
Le logement peut se faire en yourte, en tipi, en tente, en caravane, en chambre individuelle… Il n’y a aucune règle. Certains peuvent vous demander d’apporter une tente.
En famille, c’est possible aussi !
Le wwoofing s’adresse également aux familles avec enfants. Tous les hôtes ne sont pas partants mais certains, notamment s’ils ont des enfants du même âge, acceptent volontiers d’héberger des familles. À vous, bien sûr, d’en discuter au préalable.
En cas de problème
Rassurez-vous, dans la grande majorité des cas, tout se passe pour le mieux ! Cependant, comme partout, il arrive de mal tomber. Si vous rencontrez des difficultés, la première chose à faire est d’en parler avec votre hôte. En cas de sérieux problèmes relationnels, vous êtes libres de partir. De même si les conditions du séjour ou les tâches que l’on vous confie n’ont rien à voir avec ce qui avait été annoncé.
Il est très important de transmettre vos remarques à l’association du pays concerné. Florence a vécu une mauvaise expérience dans une ferme en Afrique du Sud, qu’elle a quittée plus tôt que prévu : « L’association avait déjà eu des remarques négatives à propos de cet hôte et comptait l’exclure ». Ces retours sont indispensables pour le bon fonctionnement des associations.
Wwoofing : quelles sont les destinations ?

La France
Pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour expérimenter le wwoofing !
Le voyage n’en sera pas moins exotique et enrichissant. Au menu, cueillette de plantes sauvages dans les Alpes, production de vin biologique dans le Lot, éco-construction à la pointe bretonne ou encore fabrication de fromages frais dans le Pays Basque et de confits de rose dans l’Aude. Bref, de quoi ouvrir de nouveaux horizons pour des voyages dans l’hexagone, et pourquoi pas, tout près de chez vous !
Bien vous renseigner s'il s'agit d'une exploitation agricole ou non, et si les cultures se font en bio, car ce n'est pas forcément toujours le cas...
Cela peut être un bon moyen de tenter le wwoofing une première fois. Au printemps et en été, vous êtes assuré de rencontrer des wwoofers du monde entier.
L’Europe et le Moyen-Orient
Le wwoofing est très développé en Europe, à des degrés divers selon les pays. Au Royaume-Uni, terre natale du mouvement, on trouve plus de 586 hôtes et 4 064 wwoofers. Comme l’indique l’association, le verbe « to wwoof » sera peut-être bientôt inscrit dans le dictionnaire Oxford !
De nombreuses associations ont été créées tout récemment, comme en Lituanie ou en Moldavie où 5 et 11 hôtes sont recensés. D’autres jeunes associations fonctionnent très bien comme en Roumanie ou en Estonie, où l’on compte déjà 54 et 50 hôtes respectivement. Les opportunités n’en sont pas moins attrayantes, vous pourrez par exemple séjourner en pleine nature avec une famille estonienne qui fabrique des savons biologiques. Il faut aussi préciser que nos voisins italiens et allemands sont des wwoofers convaincus.
Israël a également une association active. Par le biais de Wwoof Independents, vous pourrez avoir accès à des hôtes au Liban et en Jordanie.
Amérique du Nord, Amérique centrale et Amérique latine
Wwoof USA comptent plus de 2000 hôtes et une association indépendante recense les hôtes d’Hawaï. Pas de problème non plus pour wwoofer au Canada, où le mouvement est bien implanté avec Wwoof Canada.
En Amérique centrale, le Belize, le Costa Rica et le Mexique ont des associations nationales. Presque tous les pays de l’Amérique centrale comptent des hôtes recensés par l’association Wwoof Independents.
Chaque année, de nouvelles associations sont créées en Amérique latine. Là encore, Wwoof Independents permet d’accéder à des hôtes d’autres pays, comme la Bolivie, l’Uruguay, Honduras…..
Asie et Pacifique
Il existe des associations Wwoof dans la plupart des pays asiatiques. Le Japon compte de très nombreux hôtes, une belle expérience si l’on en croit les récits des wwoofers (voir la rubrique « Témoignages »). Le mouvement connaît là-bas un réel engouement. L’Inde, la Corée du Sud ou encore les Philippines ont également des associations nationales.
L’Australie et la Nouvelle-Zélande font partie des pays les plus actifs. L’association néo-zélandaise date de 1973 et compte un réseau de 1 000 hôtes ! Ces deux pays attirent des wwoofers du monde entier.
Afrique
Le Wwoofing se développe aussi en Afrique. Il existe des associations au Cameroun, Ghana, Sierra Leone, Afrique du Sud, Togo, Tanzanie ou encore en Ouganda.
Témoignages

Laura, sept mois de wwoofing en Australie
« Je suis partie sept mois en Australie et, grâce au wwoofing, j’ai vécu dans onze fermes. Pour moi, c’était un moyen de rester active, de nouer des rencontres et de ne pas dépasser mon budget restreint. Je souhaitais aussi apprendre l’anglais : avec le wwoofing, j’étais sûre de communiquer avec des Australiens ! J’ai découvert l’apiculture, cueilli des noix de pécan, pêché des crabes, vécu dans une ferme de crocodiles, jardiné, débroussaillé, creusé… À part à deux reprises, où les wwoofers étaient exploités, je suis toujours bien tombée, chez des gens qui avaient envie de partager leurs connaissances et de me faire découvrir leur région.
Le wwoofing m’a permis de découvrir des régions reculées, loin des sentiers battus, que je n’aurais jamais visitées autrement. En règle générale, je travaillais le matin et j’avais mes après-midi libres. Cela m’a également permis de rencontrer des voyageurs du monde entier, avec qui je reste en contact : un Allemand, une Japonaise, une Canadienne, un Américain…
Côté pratique, il faut s’y prendre à peu près un mois à l’avance pour contacter les hôtes. J’essayais toujours de personnaliser mes demandes, en leur expliquant pourquoi leur ferme m’intéressait. »
Le blog de Laura sur son voyage.
Florence, six mois de wwoofing au Japon et en Afrique du Sud
« C’est une amie qui m’a parlé du wwoofing et m’a convaincue de tenter l’expérience. Je suis partie une première fois au Japon, où j’ai été chez six hôtes. À l’exception d’une exploitation professionnelle, j’ai toujours été reçue par des particuliers, souvent des familles qui entretenaient un jardin ou un potager. L’un de mes hôtes avait besoin d’aide pour construire une maison écologique en torchis. Les Japonais sont extrêmement accueillants, ils faisaient tout pour nous aider, nous faire découvrir leur région. Ils étaient très heureux de nous montrer comment ils vivaient, de nous emmener chez leurs amis. Souvent, ma mission consistait à cuisiner ! J’ai aussi planté du riz ou labouré.
En Afrique du Sud, l’expérience a été très différente, plus chaotique... L’association parait un peu moins sérieuse qu’au Japon. Je suis restée près d’un mois dans une famille qui avait acheté un terrain pour construire une maison. Nous étions en pleine nature, une super expérience. Nous nous sommes liées d’amitié avec eux. Je conseille à tout le monde de tenter l’aventure, c’est une magnifique façon de voyager, de vivre au cœur du pays. Je compte bien wwoofer à nouveau. Une fois qu’on a commencé, difficile de s’arrêter ! »
Mélina, neuf mois de wwoofing au Canada, aux États-Unis et au Mexique
« Je suis partie pour un voyage de neuf mois au Canada, aux États-Unis et au Mexique. J’ai séjourné dans une douzaine de fermes dans ces trois pays. Je restais entre quinze jours et trois semaines. Je venais de finir mes études et je ne connaissais pas grand-chose à l’agriculture biologique. Même si je n’étais pas experte, mes hôtes étaient contents d’avoir un coup de main et de m’apprendre des choses. J’ai découvert beaucoup de choses, comment fabriquer un compost par exemple.
Le wwoofing permet d’être intégré à la vie quotidienne des familles. Mon meilleur souvenir, c’est mon séjour dans une famille mexicaine, sans aucun confort. J’étais complètement dépaysée et j’ai appris à connaître mes limites. »
Maud, deux semaines de wwoofing en France
« J’ai wwoofé à Bergerac, près de Bordeaux, chez une dame qui ramassait des plantes et des fleurs pour en faire des tisanes. Elle se lançait doucement dans le milieu. Nous avons passé deux semaines en sa compagnie et appris des techniques intéressantes. Cela a même motivé mon ami à construire un séchoir par la suite ».
Quelques liens utiles

- Le site international du wwoofing recense les associations du monde entier. Aussi un site dédié aux pays qui n’ont pas d’association de wwoofing : WWOOF Independents ;
- Le site de Wwoof France présente la charte du wwoofing, très instructive pour qui veut tenter l’expérience ;
- Wwoofguide : un site d’entraide entre wwoofers : témoignages, questions, astuces…
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