La Réunion, côté cirques : Cilaos, Salazie et Mafate
L’âme et la beauté de La Réunion se tapissent en son cœur. Un cœur singulier, sauvage et montagneux, rythmé par trois cirques d’une splendeur époustouflante, avec leurs forêts piquées de fougères arborescentes, de cascades infinies et de dentelles rocheuses.
Un réseau de sentiers y constitue le paradis des randonneurs et le relief torturé ouvre d’autres voies aux adeptes du canyoning. Sans compter l’exploration d’un passé fort et unique au monde, celui des marrons, esclaves échappés des plantations côtières, venus trouver refuge dans ces havres isolés.
Broderies, thermes, culture des lentilles et même du vin à consommer sous la varangue complètent le tableau.
Plus d’excuse pour ne pas délaisser le lagon et de ses palmiers : les enfants, on va au cirque !
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Qu’est-ce qu’un cirque ?
Il y a 3 millions d’années (à 2, 3 ans près), l’île de la Réunion s’est formée autour de la naissance d’un volcan, le piton des Neiges, culminant alors à 4 500 m. Endormi depuis 12 000 ans, il s’élève aujourd’hui à 3 071 m. Ses flancs, creusés par des effondrements gigantesques alors qu’il était encore actif ont subi, depuis, l’érosion des pluies tropicales.
De ces phénomènes conjugués sont nés trois magnifiques cirques, sertis de remparts rocheux tapissés de forêts tropicales d’où dévalent des cascades d’anthologie. Les trois feuilles de ce trèfle se révèlent si remarquables que le cœur de l’île est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco.
Hameaux et villages (nommés îlets à La Réunion), posés sur de hauts plateaux intérieurs ou dans l’intimité des fonds de vallées, y ponctuent le paysage de leurs kaz colorées, surlignées de fines dentelles de bois.
La Réunion recèle en son sein un quatrième cirque méconnu, comblé par l’une des dernières éruptions, très abondante, du piton des Neiges. Ce cirque des Marsouins occupait l’emplacement actuel des forêts de Bébour et de Bélouve, au centre de l’île.
Comment visiter les cirques de La Réunion ?
À sa façon, chacun des trois se mérite. Hormis le cirque de Mafate accessible exclusivement à pied, ceux de Salazie et de Cilaos sont joignables en véhicule.
Le cirque de Salazie est le plus facile d’accès depuis Saint-André, au nord-est de l’île, par une route qui suit le cours de la rivière du Mât. Plus confidentiel, le cirque de Cilaos est gardé par la bien nommée route aux 400 virages qui tortille depuis Saint-Louis, au sud de l’île. On rejoint donc le bourg de Cilaos comme celui Salazie en voiture ou en bus. Routes et pistes carrossables desservent ensuite les hameaux excentrés.
Le cirque de Mafate, lui, se rejoint uniquement à pied depuis la côte ouest de l’île ou les deux autres cirques. Des bus publics, dont certains équipés pour le transport de VTT, mènent à certains départs de sentiers d’accès à Mafate (Îlet Chicôt depuis Cilaos, Maïdo depuis Saint-Paul ou le col des Bœufs depuis Salazie).
Des belvédères accessibles en voiture offrent une vue panoramique des cirques, sans même y pénétrer : la fenêtre des Makes (depuis Saint-Louis sur la côte sud) ouvre sur le cirque de Cilaos ; celui de Mafate s’observe depuis le belvédère du Maïdo (via Saint-Paul sur la cote ouest) ou le col des Bœufs (via Salazie) ; le cirque de Salazie depuis le gîte de Bélouve (à partir de La Plaine-des-Palmistes).
Cirque de Cilaos, un air de bout du monde
Le cirque de Cilaos se rejoint par l’incroyable route aux 400 virages ! Elle sillonne la montagne à flanc de pentes abruptes, franchit les rivières, dévale au fond de vallées perdues, explore les défilés. Tunnels, ponts et corniches permettent de pénétrer ce joyau de La Réunion.
Le cirque de Cilaos se révèle en majesté au sortir du tunnel de Gueule Rouge, tel une offrande au regard. Une merveille naturelle composée d’une succession de ravins, de hauts plateaux et de crêtes, ceinte à 360° par un mur infranchissable de dentelles montagneuses : le rempart.
Cilaos est peut-être le plus majestueux des trois cirques, veillé au nord par les plus hauts sommets de l’île : le Grand Bénare (2 898 m), le Gros Morne (3 019 m), les Trois-Salazes (2 132 m) et le piton des Neiges (3 071 m).
Tous constituent un défi de taille pour les amateurs de randonnée, voire d’escalade. L’ascension du piton des Neiges, en partant dès potron-minet, réserve un spectacle unique de lever de soleil sur un panorama d’anthologie. Magique !
Dans le cirque, les brumes noient souvent les ravines autour du bourg de Cilaos, perché sur un haut plateau à 1 200 m d’altitude, offrant ainsi l’illusion d’une île perdue dans les nues. Le haut clocher effilé du bourg aimante le regard.
Dès le XIXe siècle, la découverte de sources présida à la création de thermes ici même, toujours en activité. C’est à cette époque que remontent aussi les « jours de Cilaos », technique de broderie auquel un petit musée rend hommage. Cilaos est également réputé pour ses lentilles.
Avant de partir à la découverte du reste du cirque, petit détour par la mare à Joncs, un lac situé au centre du bourg, où les familles affluent le dimanche pour pique-niquer et taquiner le pédalo. Puis un passage par les chais de Cilaos permettra de déguster le premier vin français produit dans l’année : normal, il est d’origine australe !
Le reste de la découverte du cirque se fait au rythme de routes ou de chemins où il faut savoir prendre son temps pour profiter de paysages somptueux. Les noms des sites invitent à une rêverie non usurpée :
À l’extrémité orientale du cirque, l’îlet à Cordes, haut refuge des marrons au XVIIIe siècle, n’était jadis accessible qu’à l’aide de cordes (d’où son nom). Ils devront leur perte à un chasseur de prime aidé par la traîtrise d’un des leurs. La beauté pacifique du lieu tranche singulièrement avec la sauvagerie de cet épisode sanglant.
Cilaos cultive traditionnellement le cépage isabelle. Or, les vins élaborés à partir de ce raisin originaire des États-Unis sont interdits dans l’UE, car ils rendraient fou. Certains Cilaosiens continuent d’en produire, pour une consommation familiale.
Cirque de Salazie : de magnifiques chutes d’eau et maisons créoles
Contrairement à Cilaos ou Mafate, que l’on embrasse d’un seul regard avant d’y plonger, le cirque de Salazie se découvre par petites touches.
On s’y immisce par une route (D 48) de bord de rivière, celle du Mât, avec laquelle le bitume flirte depuis le littoral oriental de l’île. Environ 5 km après avoir quitté la « civilisation », tel un baptême ou un rite de purification, le Pisse-en-l’air, un voile d’eau permanent, asperge chaque voiture au passage.
À quelques centaines de mètres, changement de dimension avec la cascade Blanche, dont le trait liquide vertical raye sur 640 m les parois matelassées d’une épaisse végétation gorgée de chlorophylle et d’humidité.
Passé le bourg de Salazie, sans intérêt majeur, nouveau jaillissement de bonheur au niveau du Voile de la Mariée. Une succession de hautes cascades dont l’origine remonterait à une jeune mariée tombée ici même du sommet de la montagne et dont le voile se serait accroché aux vertes pentes.
Peu après, une route secondaire (D 52) rejoint les confins du cirque, jusqu’au hameau de Grand-Îlet. Les points de vue s’y multiplient sur le monumental piton d’Anchaing (1 352 m), résolument campé au milieu du cirque.
Au-delà de Grand-Îlet, la montée est superbe, dominée par le Gros Morne et le piton des Neiges. La route en lacets s’élève peu à peu au-dessus du cirque de Salazie que l’on tutoie du regard à chaque virage.
Tout au bout, elle vire au sentier et l’ascension continue à pied en vingt minutes, jusqu’au col des Bœufs, largement ouvert sur le panorama magnétisant du cirque de Mafate.
Revenons à la route principale (D 48). Elle mène à Hell-Bourg, sans conteste le plus beau village de La Réunion. Il est d’ailleurs le seul de l’île labellisé Plus Beau Village de France.
Jadis lieu d’asile des marrons, dont une exposition en mairie retrace l’histoire, le village s’est développé lorsque des eaux thermales y furent découvertes. L’établissement tourna jusqu’au cyclone de 1948, qui tarit les sources.
La bourgeoisie venait ici aux XIXe et XXe siècles se refaire une santé, d’où la profusion de chics maisons créoles colorées. Les plus belles d’entre elles sont bordées de kiosques d’où l’on observait les allées-venues de la rue en toute discrétion. Baptisés guétalis, littéralement « observe-le » en créole, ils sont spécifiques à La Réunion.
Hell-Bourg s’avère également une base arrière de choix pour tout un tas d’activités en eau vive et de randos un peu plus sportives. Le must, côté canyoning, est indéniablement le fameux canyon du Trou-Blanc. Quant à la plus belle rando, elle mène à la forêt primaire de Bélouve et au Trou de Fer. Magnifique !
Pour s’imprégner de la culture des riches créoles, cap sur la maison Folio (1870). Toujours tenue par la famille d’origine, on en explore le joli parc où essaiment orchidées et essences tropicales, ainsi que la maison peuplée de meubles créoles et ses dépendances.
Cirque de Mafate, le paradis des randonneurs
Trois chemins de grande randonnée (GR) mènent au cirque de Mafate, le plus isolé et le plus sauvage de tous.
Le GR R1 traverse toute l’île, depuis Saint-Denis (au nord) jusqu’à Basse Vallée (au sud) en abordant Mafate par le Dos d’Âne avant de rejoindre Cilaos par le col du Tabit.
Le GR R2 fait le tour du piton des Neiges en mettant un pied dans chacun des trois cirques. Le GR R3, lui, est dédié tout entier à Mafate dont il fait le tour.
Évidemment, les combinaisons sont multiples pour caboter d’un îlet à l’autre. Chacun d’entre eux possède une âme propre, mais tous ont en commun de ménager des rencontres marquantes avec une population qui s’offre le temps de vivre. Petite revue de détail des hameaux…
Marla, le plus élevé (1 640 m), compte sept familles (ce n’est pas un jeu !), soit une cinquantaine d’âmes au compteur. A contrario, La Nouvelle est le plus peuplé avec sa trentaine de familles, ses quatre épiceries-bars et sa jolie chapelle couverte de bardeaux.
L’église de Grand-Place possède la cloche la plus ancienne de l’île (1745). L’îlet des Orangers était jadis prisé des marrons pour son accès difficile. Îlet-à-Malheur tire son nom du massacre de la quarantaine de marrons qui le peuplaient par des chasseurs de prime, en 1829. En parlant de marrons, Mafate était d'ailleurs le nom d’un de leurs chefs, tué en 1751.
La toponymie d’Aurère renvoie, elle, à sa découverte par deux chasseurs de cabris. Son seul habitant, un marron d’origine malgache, leur aurait déclaré : « aurera » (je suis seul). À Îlet-à-Bourse, tous les habitants se nomment Thomas : pratique pour le courrier qui arrive à l’un quand il est destiné à l’autre !
Cette découverte du cœur de Mafate réserve les plaisirs d’une exploration autonome et en mode aventure. Ce qui suppose de cocher certaines cases de la prudence : une bonne condition physique susceptible d’encaisser les dénivelés positifs et négatifs ; des équipements adaptés, des chaussures au chapeau en passant par l’eau en quantité et les grignotages revigorants.
Enfin, une attention particulière doit être portée à la météo, car les chemins sont souvent impraticables, voire interdits après de grosses précipitations.
Angelo Thiburce fut un facteur valeureux dont la tournée des îlets prenait 4 jours. Il a pris sa retraite en 2002 après avoir parcouru 180 000 km. Une flamme postale lui est dédiée. Dessinée par les enfants du cirque, elle frappe tout courrier posté ici.
Fiche pratique
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Comment y aller ?
En avion : vols directs depuis la France avec Air Austral, Air France et Corsair.
Informations pratiques
– Plateforme régionale de réservation Île de La Réunion : repérez les prestataires dotés du label Qualité Tourisme Île de La Réunion, c’est un gage de sérieux, vérifié régulièrement par les équipes de l’IRT (Île de La Réunion Tourisme).
– Austral Aventure : cirque de Salazie. Activités nautiques (canyoning, kayak, rafting, etc.) à partir de 50 €/pers la ½ journée.
Bonnes adresses
Cirque de Salazie
– La Tourte Dorée : 7, chemin Damour, à Grand-Îlet. Double 70 €. Repas 30 €. Six chambres simples et spacieuses dans une grande maison en bois de style néocréole montagnard. Table d’hôtes excellente alimentée par la volaille de la basse-cour et les légumes du jardin bio.
– Villa Marthe : 71, rue du Général-de-Gaulle, à Hell-Bourg. Plats 15-25 €. Sur une très belle terrasse verdoyante, on se régale de plats traditionnels, mais aussi de 5 versions de bols renversés, dont un végé. Service gentil comme tout. Un coup de cœur !
Cirque de Cilaos
– Case Nyala : 8, ruelle des Lianes, à Cilaos. Double 95 €. Adorable et historique maison créole aux chambres confortables et décorées avec goût. Jardin de curé, cuisine à disposition, véranda et petit salon avec cheminée et bouquins. Et de délicieuses confitures au petit déj.
– Le Cottage : 2, chemin des Saules, à Cilaos. Menus 22-30 €, plats 16-25 €. Chalet en bois, sur les rives de la mare à Joncs. Carte bien ancrée dans son terroir : boucané, de rougail, lentilles de Cilaos, filet de canard à la vanille ou steak d'espadon au gingembre.
Cirque de Mafate
– Bien prévoir son itinéraire en intégrant les possibilités de manger et de dormir.
– Ne pas partir sans avoir réservé ses hébergements, plusieurs jours, voire parfois plusieurs semaines à l’avance. Une solution efficace : passer par le central de réservation de la Région.
– Les gîtes, au confort parfois sommaire, se répartissent sur une dizaine d’îlets. Résa impérative.
– Le bivouac est toléré 1 nuit à proximité des sentiers et dans les îlets, à condition de respecter l’environnement (pas de feu, collecte des déchets...). Il existe aussi des aires de camping.
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Texte : Fabrice Doumergue
Mise en ligne :