Portugal : l’Alentejo, sur les routes du vin

17 décembre 2025

La région de l’Alentejo, grande comme la Belgique, délimitée au nord par le Tage et au sud par l’Algarve, compte parmi les moins peuplées du Portugal. Elle réserve, entre plages regardant l’Atlantique et champs d’oliviers ou de chênes-lièges, villages perchés et chants d’oiseaux, plus de 22 000 hectares de vigne.
Une région HPV – traduisez, Haut Potentiel Viticole –, avec des propriétaires parfois audacieux, toujours soucieux de transmission, souvent attentifs à chérir leur environnement. On y trouve majoritairement des vins rouges, s’y développent des vins blancs parfois complexes et, au hasard d’une dégustation, un vin pétillant, un rosé frétillant.
Et, désormais, on ne se contente plus de déguster : les domaines se visitent, proposent hébergements, restaurant et, souvent, quelques activités. Un véritable atout pour qui veut s’imprégner de sa nature et de son patrimoine.
Pour en savoir plus sur la région : l’Alentejo, terre et mer.



En Alentejo, 2 000 ans d’histoire viticole vous contemplent

La culture viticole est bien ancrée dans la région de l’Alentejo. Plus de 2 000 ans d’histoire !
Initiée par les Phéniciens, elle fut affirmée par les Romains, bousculée par l’invasion des Maures, boudée par les réglementations au XVIIIe siècle et la renommée des vins de la vallée du Douro. Décimée par le phylloxera, elle a su résister, se réinventer parfois, et s’impose désormais au-delà des frontières lusitaniennes.
Car elle est singulière cette région. Inondée de soleil, elle distille des sols granitiques à Portalegre, calcaires à Borba, schisteux à Redondo, Vidigueira et Reguengos, et méditerranéens à Évora, Moura et Granja-Amareleja permettant à plus de 22 000 hectares de vignes de s’épanouir.

Aux vins régionaux s’ajoutent huit sous-régions vantant leur dénomination d’origine contrôlée (DOC en portugais) et leur microclimat. La vinification ? En tonneaux de chênes français et américains, mais aussi en amphores – vinhos de talha –, selon une technique héritée des Romains.
Les vins rouges, majoritaires, assemblent des cépages – touriga nacional, alicante bouschet, alfrocheiro, trincadeira, aragonez… – et vantent une intensité et une robustesse tempérées par un tannin finalement assez doux.
Les blancs chantent notamment l’arinto, l’antão vaz, le roupeiro, développent une séduisante fraîcheur, toute en notes fruitées, souvent minérales. Il en ressort des vins étonnants, parfois déroutants, souvent complexes, prétexte supplémentaire à découvrir une région des plus attachantes.
Le printemps et l’automne sont à privilégier : les tarifs sont plus doux, les paysages marqués par une nature effervescente, la chaleur très supportable et les touristes moins nombreux.
Les trois routes du vin de l'Alentejo

De l’Alentejo, on retient les paysages délicatement vallonnés, les champs d’oliviers, de noyers, d’amandiers et de chênes-lièges : les bouchons représentent 70 % des exportations portugaises de liège. On croise aussi le lac d’Alqueva, la plus grande étendue artificielle d’Europe, à cheval sur l’Espagne.
Trois routes vinicoles s’inscrivent dans ce tableau champêtre, jalonné de panneaux indicateurs. On peut les combiner ou, pour s’ancrer dans l’âme de la région, n’en sélectionner qu’une. Car s’il est un mot sacré ici, c’est vagar – comprenez flâner.

Au nord, la route de la Serra de São Mamede s’invite dans le parc naturel éponyme, royaume des randonneurs et des VTTistes ; elle hisse ses vignes sur ses pentes abruptes, déroule la robustesse de ses vins rouges.
Culminant à 1 025 m d’altitude, la chaîne montagneuse offre, avec générosité, forêts de chênes et de châtaigniers sur lesquelles planent griffons et aigles.

Tout au sud, la route du fleuve Guadiana alterne vastes plaines et douces collines, qui dévoilent des vins rouges parfumés, des vins blancs fruités. Surtout, elle promet de belles randonnées dans une nature très préservée et une cuisine traditionnelle tout en délicatesse, en témoignent ces truffes blanches, ce rôti de chevreau et ces asperges sauvages.
C’est à Vila de Frades que l’on s’attardera tout d’abord. Capitale du vin en amphore (talha), elle abrite un centre d’interprétation dédié à ce savoir-faire hérité de l’époque romaine, qui permet aussi de comprendre les traditions profondément ancrées à travers des chants, des proverbes...
Aux classiques dégustations, les propriétés viticoles ajoutent, pour les plus importantes, des ateliers à l’aveugle, des visites de caves du XVIe siècle ou des pique-niques au milieu des vignes.
Et puis, il y a cette route historique, centrale, réputée pour ses vins rouges plutôt légers et ses vins blancs fruités. À Évora, on se précipite dans l’espace Vinhos do Alentejo à la fois pour se documenter, goûter quelques crus et surtout prendre conseil sur les domaines à privilégier selon vos attentes.
Là encore, une poignée d’herdades – les fermes – accueillent désormais les visiteurs au-delà d’une simple dégustation : hébergement, prêt de vélo, balades équestres permettent de savourer pleinement la région.
Il n’est pas encore inclus dans la route du vin, le domaine de Tapada de Coelheiros, situé à Igrejinha, à 20 minutes au nord d’Evora. On visite en jeep une partie des 800 hectares de vignes et d’oliviers, de noyers et de chênes-lièges – cultivés en bio. Il n’est pas rare de croiser un des 150 cerfs de la propriété. On prolonge le moment par un déjeuner bucolique, une dégustation de noix en saison.
La campagne alentejane : un Portugal authentique et préservé

Pas un endroit de l’Alentejo qui ne dévoile une pépite, un charmant coin de campagne, un balcon panoramique.
D’abord, il y a Évora, la capitale régionale estampillée patrimoine mondial de l’Unesco, élue capitale européenne de la culture pour 2027. Derrière ses fortifications, un temple romain du IIe siècle aux colonnes superbement conservées, la plus grande cathédrale du pays – mélange de roman et de gothique –, et cette chapelle des os, aux murs tapissés de crânes et de tibias.
Enfin, on ne manque surtout pas la bibliothèque au 130 000 volumes, dont de rares éditions du XVIe siècle et l’université fondée en 1559, la deuxième du Portugal : ses salles de classe décorées d’azulejos donneraient presque envie de redevenir étudiant !

Au nord se glisse Portalegre, ville aristocratique qui planque derrière ses remparts, manoirs, palais et même un château. Un musée ? Celui des tapisseries, tradition toujours d’actualité.
Borba, lovée dans les montagnes éponymes, installe l’un des plus anciens sites viticoles du Portugal sur un plateau de calcaire rouge ; on en profite pour faire un crochet à Vila Viçosa : un château du XIIIe siècle s’y dresse, siège de la maison de Bragance, avant de transférer la résidence dans le somptueux palais ducal érigé trois siècles plus tard.

Et puis il y a tous ces villages éclatants de blanc, souvent perchés, comme Monsaraz tout en ruelles pavées et maisons aux balcons de fer forgé qui toise le lac Alqueva et le vignoble de Reguengos.
Faites aussi escale à Marvão, véritable nid d’aigle de la Serra de São Mamede, Mértola, en surplomb du Guadiana avec son étonnante église-mosquée, ou encore Mourão, son château et son panorama imprenable.

Entouré de carrières de marbre, voici Estremoz, dont le musée des azulejos épatera même les plus sceptiques. Et au pays du vin en amphore, on ne s’étonne pas des ruines de São Cucufate, près de Vidigueira : on y a mis au jour des pressoirs romains et même des pépins de raisin !
On peut finir son circuit dans les étoiles : le Dark Sky Alqueva est un site réputé d’astrotourisme grâce à sa très faible pollution lumineuse. Seul ou accompagné d’un spécialiste, on contemple nébuleuses, constellations et même la Voie lactée !
C’est le samedi qu’il faut venir à Estremoz. Un marché fermier s’y tient, avec ses fromages odorants, ses charcuteries variées, mais aussi un véritable marché aux puces : tapis anciens, linge vintage, amphores… Une vraie caverne d’Ali Baba.
Fiche pratique
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Comment y aller ?
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Évora se trouve à 1 h 45 de Lisbonne en train et en bus. Une location de voiture est indispensable pour sillonner la région.
Bonnes adresses
– M’Ar de Ar Arqueduto : rua Cândido dos Reis,72, à Evora. Doubles avec petit déj. à partir de 118 €. Il a un peu l’allure d’un ancien couvent, ce boutique-hôtel aménagé dans un palais du XVIe siècle. À 10 min à pied de la place centrale d’Evora, regardant le fameux aqueduc. De son passé, il a conservé une chapelle, des coupoles et des fenêtres. Les chambres aux plafonds hauts dévoilent une déco épurée, presque sévère : une cellule monacale avec le confort d’un 5-étoiles. On profite d’un jardin luxuriant doté d’une piscine, d’un spa moderne et complet, et l’on adopte le petit déjeuner sous forme de buffet.
– Montimerso : herdade Geralda, Estrada Nacional 256, à Monsaraz. Doubles avec petit déj. à partir de 170 €. Planqué dans une nature échevelée en surplomb du lac d’Alqueva et à 10 min du centre de Monsaraz, cet ancien domaine agricole de 55 hectares offre un hôtel de 15 chambres dont 4 avec mini-piscine privée. Ambiance minimaliste tout en matériaux naturels réveillée par des pièces d’artisanat local. Des panneaux solaires, un potager bio, une piscine à débordement et un restaurant qui revisite élégamment la cuisine régionale. Prêt de vélos, séances de yoga et, certains soirs, Nelson, un astrophysicien, vient conter le ciel étoilé.
– Pipa Redonda : rua de Serpa Pinto 28-A, à Évora. Comptez de 15 à 25 €. Un coup de cœur que cette taverne, parmi les nombreuses de la rue, très fréquentée par les locaux : on y goûte toutes les spécialités, comme ces tentacules de poulpes grillés avec un filet d’huile d’olive, ou ces poivrons en tempura. À accompagner d’excellents vins.
– Mercearia Gadanha : largo Dragões de Olivença 84 A, à Estremoz. Comptez de 20 à 45 €. On s’installe en terrasse ou dans l’une des salles, plutôt rustiques et un peu sombres, mais au frais. Vous venez à deux ? Demandez la table dressée… à l’intérieur de la cheminée ! La carte incite au partage : œufs brouillés, riz crémeux aux champignons et au porc noir, cailles mijotées, porc noir aux palourdes et, en dessert une pomme en trompe-l’œil saupoudrée de menthe pouliot et accompagnée d’une glace au lait de brebis… La carte des vins est à l’envi : de bons crus y sont proposés. Au moment de régler, on craque souvent pour une huile d’olive, une confiture, une bouteille, car ici, on fait aussi épicerie.
– Cidália Siares : tél. 351 913 201 902 ; cicotrim2@gmail.com. L’une des trois guides francophones certifiées qui vous entraîne dans l’histoire de la ville d’Évora – et bien plus – sans jamais vous ennuyer.
Dégustation
– Conde d’Ervideira : Herdade da Herdadinha, Vendinha, à Reguengos de Monsaraz. Parmi les vignobles réputés, celui du Conde d’Ervideira. Jamais à court d’idées, Monsieur le comte – car oui, c’est un vrai noble ! – a immergé des bouteilles durant un an à 30 m dans le lac ; de même, il fut le premier à créer ici un vin pétillant élevé selon la méthode champenoise : à tester, lors d’une dégustation de choix sur la terrasse avec vue.
À faire
Alqueva, le plus grand lac artificiel d’Europe, bien que très fréquenté aux beaux jours mérite une halte et même une croisière d’une heure pour observer les oiseaux, dénicher une famille de tortues, débarquer sur un îlot et se repaître de la variété des paysages. Alqueva Tours
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