États-Unis : Savannah, on dirait le Sud…

États-Unis : Savannah, on dirait le Sud…
© SeanPavonePhoto - stock.adobe.com

Savannah. Ville à part. Inclassable. Personnage à part entière du film de Clint Eastwood Minuit dans le jardin du bien et du mal, Savannah réinvente le voyage aux États-Unis.

Fini les villes tirées vers le ciel, fini l’acier, le béton, l’asphalte. Terminé les parcs naturels aux terres assoiffées plantées de conifères, la douce langueur des plages du Pacifique, la route et la démesure… Bienvenue dans le Sud mythique !

Savannah, l’une des plus belles villes d’Amérique

Savannah, l’une des plus belles villes d’Amérique
Forsyth Park © susanne2688 - stock.adobe.com

Située en Géorgie à 350 km au sud-est d’Atlanta, Savannah, à la fois bourgeoise et déjantée, est une ville qui se déguste comme un bonbon. Campées en retrait du littoral atlantique qui s’immisce jusqu’au cœur des terres, voici des ruelles tirées au cordeau, des maisons de couleur, des bois peints, des corniches dégoulinant de plantes vertes, des balcons tarabiscotés, des grilles derrière lesquelles on devine un jardin…

Avec ses chênes centenaires drapés de mousse espagnole et ses plates-bandes entretenues comme des bijoux de famille, Savannah assigne sa vingtaine de squares à la rêverie, à la lecture, offre ses ruelles pavées au martèlement des sabots des chevaux tirant calèche et son port au ballet incessant des porte-conteneurs.

Mais à l’inverse de Charleston, sa voisine Savannah n’est pas une ville-musée. Savannah vit et se vit. Riche, cosmopolite, touffue, prometteuse, à la fois créative et indolente, elle attire aujourd’hui le gratin new-yorkais. Car la belle conjugue à merveille l’art du beau à celui du progrès, et ce n’est pas le Savannah College of Arts and Design qui nous contredira…

Savannah, un voyage dans le temps

Savannah, un voyage dans le temps
Architecture classique à Savannah © SeanPavonePhoto - stock.adobe.com

Savannah est la plus ancienne ville de Géorgie. Fondée en 1733 par le général Oglethorpe flanqué d’une centaine de marins anglais et écossais, Savannah prend rapidement l’allure d’une ville-modèle, car Oglethorpe a des idées bien arrêtées sur ce que doit être l’urbanisme.

Il veut faire de la ville un asile pour les pauvres d’Angleterre et pour les protestants de tous les pays, en leur promettant plus de liberté et une meilleure santé. Il va tracer une ville à angle droit, une ville faite de carrés et de rectangles de manière à ce que la superficie des lots soit plus facile à calculer.

Ces îlots seront donc divisés en 9 parcelles (3x3), la parcelle centrale constituant un jardin intérieur. Ainsi naîtront 24 petits squares (il n’en reste que 21 aujourd’hui), bordés de maisons à colonnades avec balcons en fonte ouvragée.

Arrivée dans le port de Savannah © Henryk Sadura - stock.adobe.com

Capitale de la Géorgie pendant la guerre d’indépendance, Savannah est âprement disputée aux Anglais par l’armée indépendantiste américaine à laquelle s’étaient joints de nombreux combattants français. Mais ces derniers font chou blanc et la ville reste aux mains des Britanniques jusqu’en 1782.

En bonne ville du Sud, Savannah se mue ensuite en port cotonnier de première importance. En 1864, en pleine guerre de Sécession, les édiles de la ville la livreront sans combattre à l’armée nordiste du général Sherman qui venait de raser Atlanta quelques jours auparavant.

C’est peut-être grâce à cette sage décision que Savannah peut s’enorgueillir aujourd’hui de posséder l’une des structures urbaines typiques du 19e s les mieux conservées du pays.

Le coton, l’or blanc de Savannah

Le coton, l’or blanc de Savannah
Anciens entrepôts du Factor's Walk © jonbilous - stock.adobe.com

Ville caractéristique du Deep South (le vieux Sud), Savannah s’est construite grâce aux briques qui servaient de ballast aux trois-mâts en provenance de l’Ancien Monde. Entre 1790 et 1801, le commerce du coton bat son plein, tandis que la ville profite largement du commerce négrier.

Savannah sera même au tout début du 19e s, le 2e port exportateur de coton au monde. Affluent alors armateurs, banquiers et riches commerçants, tant et si bien que la ville dessinée par Oglethorpe prend des airs d’un petit Londres sous le soleil.

On s’affaire, on construit, on s’enrichit. De grands navires à voiles remontent et descendent le fleuve dans un incessant va-et-vient. Aujourd’hui, les quais de la Savannah River se souviennent sans doute du chant des esclaves et du grincement du chanvre dans les poulies qui servaient à transborder les balles de coton. Il règne en fin de journée sur le Factor’s Walk, l’ancien chemin des courtiers en coton qui longe les entrepôts désormais transformés en hôtels, une ambiance à nulle autre pareille.

Le magnifique patrimoine architectural de Savannah

Le magnifique patrimoine architectural de Savannah
The Mercer House © rusty elliott - stock.adobe.com

De cette époque florissante, la ville a gardé une diversité architecturale sans égale aux États-Unis, avec une impressionnante symphonie de styles : géorgien, victorien, fédéral, romanesque, Second Empire (français), mais surtout Régence (ou greek revival) sans oublier le style italianisant dont l’exemple le plus abouti est certainement The Mercer House qui sert d’écrin au film Minuit dans le jardin du bien et du mal.

Les incendies de la fin du 18e et du début du 19e s, ont malheureusement détruit une grande partie de ses premiers bâtiments. Mais l’arrivée en 1816 de William Jay, un jeune architecte britannique (il n’avait que 24 ans !) apporte à la ville une véritable exubérance en matière de style néoclassique.

Grand amateur du style Régence (période qui date de la Régence de Georges IV entre 1811 et 1820), Jay impose sa marque de fabrique en dessinant des bâtiments avec colonnades doriques ou iconiques, frontons et corniches.

Impressionnantes, ces maisons ne conviendront toutefois pas à tous les goûts (et à toutes les bourses). Conservateurs et un poil austères, les Américains leur préfèreront le style Federal, plus sobre avec ses colonnes en fonte, ses balcons, balustrades et escaliers extérieurs menant aux portes d’entrée. Une architecture plus en accord avec les idées de nouvelle République.

Savannah, un Phoenix made in USA

Savannah, un Phoenix made in USA
Square dans le centre historique © f11photo - stock.adobe.com

« Pour comprendre les vivants, il faut communiquer avec les morts » affirme Minerva, la prêtresse vaudou, dans Minuit dans le jardin du bien et du mal. L’effondrement de l’industrie du coton ruine la ville dans les années 1920.

Trois décennies plus tard (1950-1960), une poignée de femmes issues de la bourgeoisie locale (merveilleusement bien caricaturées par Clint Eastwood) rachètent in extremis des ruines promises à la démolition.

S’ensuit une prise de conscience unique aux États-Unis où les grandes villes des États-Unis voient s’élever gratte-ciel et centres commerciaux : le centre-ville de Savannah est décrété centre historique national en 1966. De son côté, le Savannah College of Arts and Design rachète une cinquantaine d’immeubles vacants, portant ainsi une contribution de taille à la préservation du patrimoine.

La littérature et le cinéma feront le reste. D’abord la scène d’entrée du film de Robert Zemeckis Forrest Gump : on y voit une plume descendre du clocher de la First Baptist Church située en bordure de Chippewa Square où Tom Hanks, assis sur un banc, attend le bus une boîte de chocolats sur les genoux. Ensuite, la parution la même année du best-seller de John Berendt Midnight in the Garden of Good and Evil, puis son adaptation au cinéma par Clint Eastwood en 1997.

Savannah, haut lieu du tourisme américain

Savannah, haut lieu du tourisme américain
Touristes à Savannah © jovannig - stock.adobe.com

Aujourd’hui Savannah est l’une des destinations fétiches des touristes états-uniens. Ces derniers viennent s’y promener en calèche pour se réapproprier l’histoire de leur pays, faire la queue sur le trottoir pour découvrir la cuisine du Sud ou butiner les boutiques de souvenirs.

Cependant, Savannah n’est pas une destination très populaire en termes de pouvoir d’achat. Les tables (bonnes, malgré tout) ont tendance à assécher la carte de crédit en 3 coups de cuillère à pot. De son côté, le prix d’une nuitée en bed & breakfast atteint souvent des sommes faramineuses.

Ville prisée des springbreakers, les tarifs connaissent souvent des envolées spectaculaires, principalement aux abords de la Saint-Patrick, où toutes les fontaines des squares de la ville coulent en vert et où la bière mousse à flot pendant une bonne semaine (Savannah fut grandement peuplée par la communauté irlandaise).

Car Savannah est tout sauf une ville repliée sur elle-même. Chaque année s’y déroulent plusieurs festivals de musique. Le plus emblématique étant le Savannah Music Festival sans oublier le très déjanté Savannah Stopover Music Festival qui éclabousse les bars de la ville de gros rock qui tache (mais pas que) pendant 3 jours et 3 nuits.

Les mystères du vaudou

Les mystères du vaudou
Cimetière Bonaventure © james_pintar - stock.adobe.com

À Savannah, le mystère habite le quotidien. Certains en ont même fait un véritable business pour une approche particulière – plus ou moins fumeuse il faut bien l’avouer – de la ville. Du coup les visiteurs y débarquent pour faire la chasse aux fantômes à bord de limousines capitonnées rouge sang aux allures de corbillard, sur fond de maisons certifiées hantées ou jusque sur les tombes du cimetière de Bonaventure.

Faut dire qu’au cœur de la nuit, les squares de Savannah prennent parfois des allures inquiétantes. Aux éclairages blafards et tremblotants des becs de gaz s’ajoutent facilement le hululement d’une chouette égarée, sans compter les drapés lugubres des mousses espagnoles prises dans le vent des grands arbres. Brrrr…

Car Savannah s’est construite sur un cimetière et la mort ne l’a jamais quittée. Les planteurs y ont importé en masse des esclaves originaires du golfe de Guinée, terre vaudou par excellence, et nombre d’entre eux sont morts à la tâche.

De cette triste période demeure encore Wormsloe Historic Site, la 1re plantation de Savannah, célèbre pour sa magnifique allée de chênes centenaires drapés de mousse espagnole. 

Fiche pratique

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Comment y aller ?

Directement en avion à Savannah par un vol intérieur depuis les grands aéroports internationaux des États-Unis. Mais on peut aussi prendre un vol international vers Atlanta (vol direct depuis Paris-CDG avec Delta) et réserver une voiture de location à partir de cette dernière destination, cela permet dans la foulée de visiter aussi Charleston, Beaufort ainsi que les plantations des alentours.

Trouvez votre billet d’avion

Nos bonnes adresses sur place 

- Stephen Williams House : 128 W Liberty St. Cette magnifique demeure, construite pour le maire de Savannah en 1834, est un des B & B les plus originaux de la ville. Sa façade de style fédéral, d’une élégante sobriété, contraste avec son intérieur richement décoré. C’est aujourd’hui la maison-musée d’un antiquaire et collectionneur. Le petit déj est servi dans une imposante salle à manger éclairée par un lustre en cristal de Bohême, rien que ça !

- Bed & Breakfast Inn : 117 W Gordon St. Cette adresse abrite une trentaine de chambres cosy et personnalisées répartie dans une demi-douzaine de maisons. La plupart avec des murs de brique ancienne et un beau mobilier.

- Café M : 128 East Bay St. Une petite adresse « à la française » tenue par un couple adorable. Outre d’authentiques viennoiseries et un excellent café, on y trouve tout un assortiment de tartes, salades et sandwichs aux accents méditerranéens, de la charcuterie, une belle sélection de fromages français et italiens ainsi que des macarons d’importation.

- The Grey : 109 Martin Luther King Jr Blvd. Véritable petit bijou de Modern Art, cette authentique gare routière Greyhound remise dans l’état dans lequel elle se trouvait en 1938, a été élue meilleur resto design en 2017. Elle sert aujourd’hui d’écrin à Mashama Bailey, une cheffe fraîchement débarquée de Prune, l’une des adresses référence du Lower East Side de Manhattan.

- Six Pence Pub : 245 Bull St. Pub anglais très classique. Ici, la cuisine aussi est dans la tradition : shepherd’s pie, bangers and mash (saucisses-purée), beef Guinness, pot roast (pot-au-feu maison) mais aussi de copieux sandwichs garnis, de généreuses salades et une bonne Key lime pie. Julia Roberts a été filmée ici pour une séquence d’Amour et Mensonges (Something to Talk About, de Lasse Hallström).

- Mrs Wilkes Dining Room : 107 W Jones St. Ici, de génération en génération, des cuisinières vous préparent une cuisine familiale typique du Sud : poulet rôti ou frit, pain de maïs, ragoût de crabe au sherry, soufflé de patates douces... Les convives se partagent de grandes tables au rez-de-chaussée d’une vieille maison en brique de 1869. On se sert à volonté !

Découvrir la ville à son rythme :

- À pied : l’Historic District est tout petit. C’est donc le meilleur moyen d’apprécier le charme de cette ville. Pour ça, il existe une appli gratuite : Savannah Experiences. Commentaires en français par-dessus le marché !

- À vélo : Scad et Cat Bikes, sont les 2 services de vélib’ mis en place à Savannah. Ils fonctionnent respectivement avec les applis Social Bicycles et BCycle. Le premier est réservé aux étudiants. Le second est tout public. Rens sur www.catbike.bcycle.com

- En bus : 2 navettes gratuites DOT Express Shuttle desservent tout le centre historique, en marquant 2 douzaines d’arrêts au total.

- En trolley : 2 compagnies proposent de découvrir le centre historique.

En calèche : Pour se la jouer « romantique », rien de tel qu’une découverte de Savannah en calèche.

- En bateau (Savannah Belles Ferry) : dans la veine de l’Express Shuttle qui parcourt la ville gratuitement, un ferry permet de relier Savannah à Hutchinson Island, sur l’autre rive du fleuve.

À lire :

- Œuvres complètes de Flannery O’Connor (traduit de l’américain par Maurice Edgar Coindreau), Gallimard, collection « Quarto », 2009. Immense dame de la littérature du Vieux Sud, Flannery O’Connor, née à Savannah, nous livre ici 2 romans et une trentaine de nouvelles d’un réalisme étrange et envoûtant. La totalité de l’œuvre de cette femme qui jamais ne quitta le giron familial (elle a souffert toute sa vie de lupus érythémateux), écrite en 15 ans à peine (elle est morte à 40 ans) est pleine de personnages exagérés, de violence, d’humour et d’une beauté qui dépasse l’entendement.

- Minuit dans le jardin du bien et du mal de John Berendt (traduit de l’américain par Thierry Piélat), Pocket, 1999. Un journaliste new-yorkais débarque par hasard à Savannah. Littéralement envoûté par l’élégance de ce dernier vestige du Vieux Sud, il décide de partir à sa découverte au gré de sa seule curiosité et du hasard des rencontres, toutes plus extravagantes les unes que les autres.

- Savannah de Jean Rolin, P.O.L, 2018. Jean Rolin part pour Savannah, sur les traces de sa compagne Kate Barry, disparue le 11 décembre 2013. 6 ans auparavant, ils avaient effectué ensemble un voyage sur les traces de Flannery O’Connor, à laquelle Kate vouait une véritable passion. Rolin refera le voyage en 2014. Il nous livre ici un texte étranglé d’émotion.

Texte : Eric Milet

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