Maroc : road trip en pays berbère

Eric Milet
par Eric Milet

16 décembre 2013

Maroc Vallée des roses
Vallée des Roses © Xavier29 - stock.adobe.com

Voyager en pays berbère, c’est avant tout faire des rencontres. Véritable creuset de cultures, le Maroc possède une longue tradition d’accueil, de tolérance et d’échange, et c’est peut-être aujourd’hui la raison pour laquelle il échappe aux affres qui endeuillent ses voisins.

Au Maroc cohabitent depuis des lustres Juifs et Musulmans, Berbères et Arabes, sédentaires et nomades… Sans oublier les touristes et les expats européens sur le sentier de la retraite, qui viennent chercher ici soleil et douceur de vivre.

Un pays pluriel en somme, un pays gouverné par la nécessité d’entretenir commerce (au sens noble du terme). Car, s’il est une qualité qui caractérise les Berbères, c’est bien leur sens aigu des affaires !

Partons à la découverte d’un Maroc marchand, où d’habiles artisans n’ont de cesse de repousser la limite ténue qui sépare l’artisanat de l’Art à part entière : de Tiznit, la capitale du bijou, à Boumalne-du-Dadès, fief des Berbères Aït Sedrate, en passant par Tafraoute, la patrie des Amelns, Taznakhte la capitale du tapis, Ouarzazate qui fait son cinéma et El Kelaa Mgouna.

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Tiznit, la capitale marocaine du bijou

Maroc Tiznit
Eric Milet

Tiznit se trouve à une bonne heure de route de l’aéroport d’Agadir. Tiznit, c’est Marrakech ou Taroudannt en plus petit et sans les touristes, donc (presque) sans rabatteurs. Une ville pleine de saveurs où l’on peut encore se délecter d’un thé à la menthe en terrasse sans se faire alpaguer par un faux guide.

Ancienne cité marchande, cette ville ocre, corsetée de remparts, abrite l’un des plus grands souks aux bijoux du Maroc. Une kissariat plus exactement, la partie de la médina qui regroupe les commerçants par spécialité. Un héritage de la Césarée romaine, dont le nom arabe dérive d’ailleurs...

Ici, tout se vend et tout s’achète, on négocie ferme, on prête sur gage, on scelle des accords au nom d’Allah. Depuis la flambée des prix de l’argent, qui a pratiquement vu sa valeur au gramme multipliée par 3 depuis 5 ans, les femmes des environs se dessaisissent de leurs anciennes parures. Nomades et sédentaires montent alors en ville avec de véritables trésors, qui trouveront preneurs dans l’une des nombreuses boutiques qui émaillent la kissariat.

Au Maroc, le travail du bijou a longtemps été le domaine réservé des Juifs. Cette particularité tient au fait que vendre un métal précieux plus cher que son poids au gramme peut être considéré comme de l’usure (ar-ribâ en arabe), un péché majeur pour l’islam. Ainsi, ce travail échut en priorité aux Juifs plutôt qu’aux Musulmans. Une communauté passée maîtresse dans l’art du niellage, de l’émaillage ou du filigrane.

Tafraoute, les rochers peints du peintre du désert

Maroc Rochers peints
Eric Milet

De Tiznit à Tafraoute, la route abandonne progressivement la plaine pour partir à l’attaque d’un désert d’altitude parsemé de petites euphorbes. C’est une terre rêche et minérale, griffée de rochers acérés, dont la végétation semble pétrifiée. L’arganier et le figuier de barbarie se partagent les ravines où l’eau s’écoule quand il pleut. Mais, ici, il ne pleut guère. Les plantes s’enracinent comme par miracle dans un terrain très ancien, dernier verrou rocheux avant le Sahara.

Dans ce paysage de roches altérées, qui rappelle parfois la savane africaine, Jean Verame, un Belge adepte du Land-Art, a laissé sa patte dans les années 1980. L’artiste a recouvert de couleurs vives les arènes granitiques qui peuplent le flanc de la montagne à une dizaine de kilomètres au sud de Tafraoute. On dirait des jouets abandonnés par un géant !

C’est le terrain idéal pour randonner. À cents lieux des itinéraires saturés, de petits sentiers raturent la montagne en tous sens. Ils conduisent vers des villages de pierre où pointent de loin en loin les minarets des mosquées.

C’est le pays des Berbères amelns. De fieffés commerçants. Ils sont connus pour avoir fait fortune dans l’épicerie, notamment à Paris, et arborent aujourd’hui avec fierté de véritables palaces. Autant de preuves de leur réussite dans les affaires.

Tafraoute est aussi réputée pour la qualité de ses babouches et de son miel d’euphorbe.

Les plus beaux tapis du Maroc

Maroc Tapis
Eric Milet

De Tafraoute à Taliouine, la route serpente dans un chaos de monts pelés tavelés de buissons d’épineux. Pas grand monde. De temps à autre, on croise un berger esseulé poussant devant lui ses chevreaux effarouchés. Les sécheresses à répétition ont fini par expédier les villageois vers la plaine du Souss, où ils ont trouvé du travail dans les plantations d’agrumes.

Les paysages du Siroua sont monotones. Mais c’est ce qui fait tout leur charme. Mieux vaut avoir un bon programme musical dans la voiture. La circulation automobile est confidentielle et le touriste rare. Cela n’a pas empêché Ahmed d’ouvrir sa petite boutique. Une sorte de caverne d’Ali Baba digne d’un inventaire à la Prévert, où pendouillent toutes sortes d’objets en cuivre, où se côtoient fossiles et cruches en terre cuite.

Dans ces villages du bout du monde, à même la terre battue de leurs maisons, les femmes berbères tissent les plus beaux tapis du Maroc. Tazenakht en est la capitale incontestée. Le long de la rue qui traverse la ville de part en part, on ne compte plus les « coopératives féminines », un des derniers mots à la mode du « marketing à la berbère ».

Toutes (ou presque) arborent de belles réalisations, fruits d’une tradition séculaire. Un art transmis de mère en fille. Les tapis constituant en quelque sorte les « SICAV » des familles. Quand on est dans le besoin, que la récolte est mauvaise ou que l’hiver s’éternise, on « descend » un tapis en ville pour le vendre.

Ouarzazate, quand les Berbères font leur cinéma...

Maroc Décor La colline a des yeux
Eric Milet

Une quarantaine de kilomètres avant Ouarzazate (en venant d’Agadir), une station-service américaine des années 1950 interpelle le conducteur. Décidément, le pays berbère réserve bien des surprises ! Ce sont les restes du décor du film d’Alexandre Aja La colline a des yeux. Une production « frisson » censée se dérouler dans le désert du Nouveau Mexique, sortie en 2006.

Brahim, le gardien, vous commentera la visite pour quelques dirhams. Vision surréaliste de panneaux métalliques grinçants au vent du désert, sur fond d’Oldsmobile et de Pontiac aux vitres à moitié sablées. Une ambiance très « Arizona Dream » qui ravira les photographes.

Rien d’étonnant que ce paysage grandiose, coiffé d’un ciel bleu d’une insolente pureté, ait été plébiscité par les cinéastes du monde entier. Ajoutez à cela la maîtrise des artisans locaux pour y construire les décors et confectionner les costumes, une pléiade de figurants et un climat on ne peut plus favorable… et vous obtenez la recette pour faire de Ouarzazate et de sa région l’une des plaques tournantes du cinéma actuel.

Tout a commencé en 1962 par le tournage de Lawrence d’Arabie. Depuis « la porte du désert » a fait de l’industrie cinématographique son cheval de bataille. Entre 30 et 40 % des recettes du secteur touristique découlent des tournages. Et, pour une fois, pas besoin de négocier, dans le 7e Art on paie rubis sur l’ongle…

La vallée du Dadès, le souk pour café de la place

Maroc Vallée des roses
Eric Milet

De Ouarzazate, un long ruban d’asphalte longe la lisière sud du Haut Atlas. La route file plein est, laissant sur la droite la vallée du Dadès et les silhouettes fantomatiques du djebel Saghro s’évanouir dans la brume. Un pays de galets ronds et de conglomérats, témoins de l’ancien bras de mer qui recouvrait jadis la région.

De ce paysage poussiéreux, émergent par-ci par-là les crêtes ébouriffées des palmiers. Skoura avec ses casbahs de terre, classées par l’Unesco en 1987, est l’une des plus belles palmeraies du Sud marocain.

Dans ces étendues balayées par le vent, on attend avec impatience le jour du souk hebdomadaire. Une institution créée de toute pièce par le ministère français des Affaires Indigènes du temps du Protectorat, afin de mieux contrôler les nomades potentiellement fauteurs de trouble.

Aujourd’hui, c’est l’occasion pour les transhumants aït atta, descendus de leurs montagnes, de vendre leurs bêtes, pour les oasiens leurs légumes et pour les bimbelotiers d’étaler leur pacotille importée de Chine.

El Kelaa des M’Gouna, porte d’entrée de la célèbre Vallée des Roses, ne déroge pas à la règle. Le souk, ici, c’est le mercredi. Un véritable pot-pourri de couleurs et d’odeurs. Rien de tel pour prendre le pouls de la communauté amazighte (berbère). Mais il faut y aller de bonne heure, quand la lumière rougeoyante du levant lèche encore les murs de terre. À midi, tout le monde a déjà remballé. Le thé à la menthe et le tagine n’attendent pas…

La forge ou la magie du feu

Maroc Forgeron
Eric Milet

La présence des arts décoratifs au Maroc s’enracine dans une tradition hispano-andalouse qui s’est déployée au Maroc consécutivement à l’expulsion des Juifs d’Espagne par Isabelle de Castille à la fin du XVe siècle.

De nombreux centres ruraux ont conservé cette tradition, notamment le long d’un axe qui va grosso modo du sud d’Agadir à Tineghir, portes des gorges du Todgha. Aujourd’hui, il ne reste qu’une petite communauté juive au Maroc (environ 3 000 âmes), alors qu’ils étaient environs 250 000 à la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est la guerre des Six Jours, en 1967 qui les a contraints à quitter le pays.

Durant leur séjour en pays berbère, ils ont transmis leur savoir-faire aux musulmans, notamment dans l’art de confectionner les poignards. Au Maroc, le poignard est certes une arme, mais il est également un attribut de l’élégance masculine. C’est la raison pour laquelle il fait l’objet d’autant d’attention de la part des artisans.

À El Kelaa des M’Gouna, la coopérative des poignards mérite le détour. Ici, les maîtres de la forge et de la ciselure réalisent de véritables œuvres d’art. Hamid a reçu cet enseignement de son père. Une tradition qui remonte à des temps immémoriaux.

Le forgeron – entendez celui qui maîtrise le feu – a depuis toujours occupé une place particulière dans la société berbère. On lui commandait notamment les grilles en fer forgé des maisons. Des réalisations souvent d’un extrême raffinement, dernier rempart avant l’inconnu du dehors.

Fiche pratique

Maroc thé
Eric Milet

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Comment y aller ?

Plusieurs compagnies low cost (Transavia, EasyJet, Ryanair…) desservent Marrakech, Essaouira ou Agadir. Attention, le passeport est exigé pour les touristes voyageant par leurs propres moyens.

Se déplacer

Le plus commode est de louer une voiture dès l’aéroport. Compter env 25-30 € par jour pour un véhicule de catégorie A. Le permis de conduire international n’est pas obligatoire. Au Maroc, éviter de conduire la nuit.

Où dormir ?

- Agadir : hôtel Petite Suède.

- Tiznit : riad Janoub.

- Skoura : auberge chez Talout.

- Boumalne-du-Dadès et dans les environs : Les 4 saisons du Dadès (Chez Youssef Azrarag).

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Où manger ?

Le midi, préférez toujours manger dans les petits restaurants aux abords de la gare routière, là où se concentre le passage. Les tagines (frais) mijotent sur le grill. Évitez les restaurants « pour touristes » en bord de route et en rase campagne. Vous risquez de poireauter une bonne heure avant qu’on vous serve. Le soir, commandez une table d’hôte chez votre hébergeur.

Pour en savoir plus sur la culture berbère :

L’Orient rêvé, Éric Milet, Arthaud, 2008

Guide des Merveilles de la Nature Maroc, Éric Milet, Arthaud, 2006

La Quête du Désert, Éric Milet, Arthaud, 2005

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