Photographier les aurores boréales

Les aurores boréales sont l'un des phénomènes naturels les plus fascinants de notre planète. Pouvoir les admirer est un objectif que se donnent de nombreux voyageurs attirés par les pays nordiques. Quant à les photographier, la tâche n'est pas aisée. Mais pas pour Virgil Reglioni, photographe qui part souvent à la rencontre de ces lumières envoûtantes, et nous dévoile quelques-unes de ses superbes images, accompagnées de conseils pour pouvoir immortaliser ces instants magiques.

© Virgil Reglioni

Le troisième Miroir
La magie de l’Arctique sous toutes ses formes. Une photo prise en Novembre 2018, lors d’une incroyable nuit dans le Nord norvégien.

© Virgil Reglioni

Beyond The Pier
J’ai eu la chance de photographier ce moment lors de l’une de mes sorties Chasse aux Aurores avec quelques touristes français. Nous avions eu la chance d’observer des danses incroyables pendant des heures dans l’un de mes endroits préférés, devant ce ponton abandonné à Kvaløy en Norvège.

Patience et persévérance

L’une des premières choses à savoir pour capturer les aurores, est que la patience et la persévérance sont des atouts essentiels pour obtenir des bons résultats.
Il s’agit d’un phénomène naturel chassé par des milliers de touristes et photographes chaque hiver dans l’arctique, qui possède un caractère très imprévisible.

Les photos que vous trouvez dans mon portfolio sont le résultat de milliers d’heures passées à l’extérieur, sous des tempêtes de neige, des vents forts, de fortes chaleurs, des températures glaciales, de longues nuits, de grandes randonnées, jusqu’à tôt le matin, et énormément de temps passé à attendre et à faire face à la nature sans savoir ce qu’elle nous réserve.
De nombreuse personnes se rendent dans l’arctique pour quelque jours, 5 ou meme 10 jours, certains sont extrêmement chanceux et ont l’opportunité de voir de leurs propres yeux des formations d’aurores incroyables, mais d’autres n'ont pas cette chance et rencontrent des conditions climatiques très difficiles.

© Virgil Reglioni

Follower Path
Cette Photo a été prise pendant l’une de mes sorties en randonnée à raquettes dans la région de Tromsø, dans le grand Nord norvégien.

© Virgil Reglioni

Curly Wave
On a témoigné d’une activité importante et des conditions très favorables pendant l’hiver 2017-2018, avec des intensités d’aurores à couper le souffle et un hiver relativement clair sans trop de précipitations.

La meilleure période

"Oui, mais quand ?". On me pose souvent cette question après avoir jeté un coup d’oeil sur mon portfolio ou mon compte Instagram. Cela fait 4 ans que je suis amoureux de ce monde de nuit, et je ne peux pas donner de réponse concrète. Chaque année, les saisons changent, surtout lorsqu’on se rapproche de la côte, avec le Gulf Stream qui apporte des eaux plus chaudes et donc plus de précipitations et d’humidité dans l’air. De plus, les intensités des aurores varient, elles ne sont jamais constantes, et sont imprévisibles.

À titre d'exemple, après un hiver 2017-2018 très favorable, celui de 2019-2020 fut complètement à l’opposé, avec de fortes precipitations. Les nuits étoilées pouvaient être comptées sur les doigts d’une main. Ce qui rend la chasse aux aurores boréales extrêmement difficile et lointaine.

Note du Routard : La période d’observation des aurores boréales conseillée s’étend du 21 septembre au 21 mars >dans l’hémisphère nord où les nuits sont les plus longues et les plus sombres. Lire notre article Où voir des aurores boréales ? pour en savoir plus.

© Virgil Reglioni

Ursa Major S
À travers cette formation en forme de S, on peut apercevoir Ursa Major, ou La Grande Ourse, qui va nous permettre notamment de trouver le Nord en suivant ensuite Polaris, l’étoile Polaire.

© Virgil Reglioni

Bright Bouquet
Lors de la prise de cette photo, ces lignes et formes bougeaient a une vitesse incroyable.
Elles sont apparues au dessus de ma tête, et ont provoqué en moi un vent de panique, à ne plus savoir où me placer, et comment m’orienter pour pouvoir capturer ce moment au mieux.

Où cherche-t-on ?

Sur place (c'est-à-dire dans l'un des pays de l'hémisphère nord où l'on peut les observer), les aurores n’apparaissent pas n’importe où. Cet arc de lumière est le plus souvent observé en direction du Nord (du Nord-Est au Nord-Ouest). Plus on monte en latitude, plus on augmente nos chances de les voir lorsque le ciel est clair et sans nuage. Dans la région de Tromsø en Norvège, à 69 degrés de latitude, même en période de faible activité, les danseuses vertes sont visibles à l’horizon vers le Nord. Mais il faut toujours garder un œil à l'Est et à l'Ouest lors des moments de forte intensité !

Pour en savoir plus, consultez notre article Où voir des aurores boréales ?

© Virgil Reglioni

From Fire To Ice
Début novembre est l’un de mes moments favoris. Les lacs ne sont pas encore gelés, et les réflexions apparaissent par milliers.

© Virgil Reglioni

Explosive
J’ai pris cette photo avec un temps de pose de 2,5 secondes, une ouverture à F2.0 et 2500 ISO, lors d’une chasse aux aurores boréales sur l’un de mes tours en Finlande.

Les réglages de l'appareil photo

On va donc utiliser une durée d’exposition longue, (vitesse d’obturation ou Shutter Speed) variant selon l’intensité des aurores. En principe, entre 8 et 10 secondes sont suffisantes.
Le deuxième réglage primordial est l’ouverture du diaphragme (F/).
Il est important de régler cette valeur F correctement; en appliquant la valeur la plus basse possible (généralement F3.5 ou 2.8 dans la plupart des cas). Cela va alors permettre une grande ouverture, pour une quantité de lumière optimale à travers le capteur.
Le troisième et dernier élément est le réglage des ISO. Le plus bas sera votre valeur des ISO, le plus sombre sera le rendu de votre photo et de meilleure qualité. À l'inverse, en augmentant cette valeur, la photo deviendra plus claire mais beaucoup plus bruitée et donc de moins bonne qualité. Il est alors important de trouver la bonne balance. En principe aux alentours de 800 ou 1600 ISO pour une photo de nuit. Tous ces réglages sont bien entendu une moyenne. Il vont alors changer selon la performance de l’appareil photo que l’on utilise.

© Virgil Reglioni

Where No Goes
Cette soirée là, la pleine lune était au rendez-vous et de même pour les aurores boréales. Je profitais de cette superbe nuit claire pour explorer et trouver de nouvelles routes pour mes tours en raquettes “Star Walk” - Trouvé !

© Virgil Reglioni

Creamy Light
Il est quelquefois possible de se trouver face à des temperatures qui plongent en l’espace de quelques heures et quelques kilomètres. J’ai photographié cette couronne lorsqu’il faisait -27 degrés Celsius. Une récompense absolue !

Comment se préparer ?

Vous aurez besoin des bons équipements et vêtements pour vous préparer et vous protéger du froid. Les soirées peuvent être très longues.
Pour moi, les meilleurs vêtements thermiques sont en laine de merino, qui permettent de garder la chaleur corporelle produite mais surtout de respirer et extraire l’humidité et la transpiration créée lors de l’effort physique.
Equipez-vous de vêtements waterproof, de moufles, un bonnet bien chaud, chaussettes en laine (surtout pas de coton), et de chaussures d’hiver pour être certain de garder vos pieds au sec.

© Virgil Reglioni

A Bright Night
Le fameux spot depuis Hamnøy, dans les îles Lofoten.
C’est un endroit exceptionnel pendant une journée ensoleillée, mais de nuit, sous un ciel clair, cela devient un instant inoubliable.

© Virgil Reglioni

Light Season
L’une des cascades les plus hautes d’Islande que j’ai pu photographier mi-septembre, lorsque les premières nuits sombres réapparaissent après l’été ensoleillé. 

Un paradis créatif

Si vous êtes amoureux de la nature, passionné de photographie, n’hésitez pas une seconde, venez découvrir cet environnement unique.
J’ai énormément appris depuis que je passe mes hivers sous les aurores norvégiennes. Au niveau de ma technique mais aussi de mes compositions.
C’est un phénomène incroyable que l’être humain ne contrôle pas, et c’est ce qui le rend tellement magique.
Le meilleur conseil que je puisse donner, c’est d’être patient, persistant, et créatif.
Je pense que la photographie de paysage demande énormément de créativité pour être remarquée. En y mélangeant le pouvoir des aurores boréales, et les fjords norvégiens, on obtiens à mon goût l’un des paradis créatifs les plus fous, mais aussi l’un des plus compliqué et technique à maitriser, auquel s’y ajoute les conditions climatiques parfois intenses.

Virgil Reglioni nous en dit plus...

Le Routard : Peux-tu nous parler de tes expériences passées et de ce qui t’a amener à voyager ?

Virgil Reglioni : Originaire de France, j’ai grandi dans une petite ville entre Lyon et la Suisse. J’ai quitté la France en mai 2011 pour explorer le monde, et découvrir mes passions pour le grand air et la photographie. Je suis Outdoor Guide et photographe à temps plein depuis avril 2016.
Mes voyages m’ont aidé à trouver mes goûts et m’ont amené à vivre des expériences enrichissantes. Depuis quelques années maintenant, je travaille en tant que guide, je mène des excursions en motoneige en Laponie finlandaise, sur les glaciers islandais, mais aussi au Svalbard. J’enseigne la photographie des aurores boréales dans les régions arctiques. Pendant l’été, je guide des excursions de rafting en eau vive sur les rivières islandaise et norvégienne, et surtout, je parcours le monde entre mes saisons, remplissant mon portfolio de captures uniques.

Le Routard : Quel materiel photo utilises-tu ?

Virgil Reglioni : Je travaille avec un boitier Sony A7RII, un objectif grand angle de 15mm plein format pour les captures de nuit et la photographie de paysage. J’utilise également un filtre ND 3 arrêts de Tyffen.
J’essaie toujours de traiter mes captures en donnant le bon équilibre et mettant en avant le contrôle des couleurs pour montrer le meilleur de ma créativité.

Le Routard : As-tu des coups de cœur, des lieux que tu aimes plus particulièrement ?

Virgil Reglioni : J’ai été attiré vers le froid et l’Arctique en tant que guide, et dans ces régions, les domaines alpins, les aurores, les fjords et les glaciers construisent un paysage spectaculaire dont je ne me passerais jamais. Mais je dois dire que le Svalbard a été un gros coup de coeur, peut être le numero 1.
J’y ajouterais l’Islande et sa diversité de paysages, puis le Japon pour son choc culturel et l’ouverture d’esprit des locaux.

Le Routard : Comment se déroule une de tes sorties photo typique ?

Virgil Reglioni : Je passe beaucoup de temps à étudier les endroits où je me rends. Cela passe par construire un itinéraire de base et analyser la topographie et l’orientation des endroits où je vais. J’utilise beaucoup Google Earth, et des applications pour vérifier les inclinaisons des vallées et montagnes. Chaque saison d’hiver, j’explore beaucoup pour pouvoir trouver des endroits magnifiques à ajouter sur ma liste et montrer à mes futurs invités et clients. Je fais la même chose lorsque je me rends sur d’autres continents, en m'adaptant aux différents terrains et climats.

Le Routard : Vis-tu de la photographie ?

Virgil Reglioni : La photographie est un monde dans lequel il est difficile de percer. J’ai eu la chance d’avoir rencontré de très bons photographes tôt, qui m’ont appris et transmis cela. L’envie, la créativité et la motivation sont mes points clef pour avancer.
De plus, j’ai pris la decision d’être guide avant tout, ce qui m’a permis de sécuriser un revenu de base, et d’y ajouter la photographie comme bonus. Tout ce qu’il me restait à faire après cela, était de mixer ma passion pour la photo et ma créativité, avec mon expérience de guide. C’est ce dont je vis aujourd’hui.

Le Routard : Comment as tu été impact par la crise du Covid-19 ?

Virgil Reglioni : Lorsque le Corona Virus a frappé l’Europe, ma saison d’hiver se finissait doucement à Tromso en Norvège du Nord. Mon projet de traverser la Laponie suédoise jusqu’en France est vite tombé à l’eau.
J’étais en quelque sorte bloqué dans le Nord avec un futur contrat de travail en tant que “ Nature Guide” au Svalbard qui commençait fin avril, pour l’été 2020, qui n’a pas abouti pleinement non plus.
J’ai alors décidé de pendre un vol interne pour me rendre 1 mois en avance à Longyearbyen au Svalbard, et y passer mon confinement, étudier et en profiter pour explorer la nature et la vie sauvage sur place en motoneige et à pied.
Le Svalbard s’est avéré être l’un des seuls endroits sur la planète avec aucun cas de Covid19, et je me suis rendu compte de l’extrême chance que nous avions, d’être coincés dans la ville la plus au Nord du monde, sur un archipel où l’on trouve plus d’ours polaires que d’humains.

Le Routard : Comment choisis-tu tes destinations de voyage ?

Virgil Reglioni : Il y a quelques années, j’ouvrais une carte, je fermais les yeux, et je pointais du doigt. C’est ce qui m’a notamment fait découvrir le Japon, les Philippines, Bali.
Maintenant, je dois dire que je fais preuve de plus de sagesse. En revanche il m’arrive de me rendre dans un pays pour un mois, avec une vague idée des endroits et photos que je veux capturer, mais aucun plan détaillé. C’est ce que je préfère.

Le Routard : Quel est ton prochain projet et tes prochaines destinations ?

Virgil Reglioni : J’ai une grande liste en tête. Je pense aux îles Féroé, au Lac Baikal en Russie, à l’Alaska, et à la Patagonie. Mon but est d’explorer et d’étudier ces endroits, pour y apporter mon expérience de guide et pouvoir un jour être capable d’y mener des workshops photographiques à temps plein.

Découvrez les autres photos de Virgil sur son site personnel et son profil Instagram.

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