Maroc, des souks au désert

Des médinas bourdonnantes au désert paisible, en passant par les sommets de l’Atlas, le Maroc déploie une très grande diversité, à seulement quelques encablures de la métropole. Un attrait qui n’a pas échappé à Lionel Taieb qui, après plusieurs voyages, nous présente les images qu’il a capturées.

Conversation au sommet à Fès

Conversation au sommet à Fès
© Lionel Taieb

Fès est entouré de collines qui offrent de très beaux points de vue sur la ville. Fassis et voyageurs s’y retrouvent le soir pour admirer le coucher de soleil sur la ville. De ce point de vue privilégié, on aperçoit la médina, le palais royal, la ville moderne, le Mellah (quartier juif) et la mosquée Karaouiyne. Un moment de grâce qui sublime la ville et contribue à son pouvoir d'attraction.

Couleurs du souk

Couleurs du souk
© Lionel Taieb

L'artisanat marocain offrent toujours un festival de couleurs : tissus, épices, lanternes, bijoux et bien sûr plats et tajines finement décorés. Il m’est arrivé d’en rapporter – j’ai même fait venir un bureau par bateau - mais je trouve qu'une fois chez soi, les objets ramenés n'ont plus la même "saveur.", comme si – une fois sortis de leur contexte - on leur avait retiré leurs "particules d'ailleurs". Du coup, la photo aide parfois à les retrouver.

Phare au Cap Spartel

Phare au Cap Spartel
© Lionel Taieb

Le phare du cap Spartel, près de Tanger, marque une "frontière" symbolique entre l'Atlantique et la Méditerranée, un peu aussi entre l'Afrique et l'Europe, qu'on aperçoit au loin à travers les côtes espagnoles. L'endroit a des allures de "bout du monde", avec une vue magnifique sur le détroit de Gibraltar. Tout proche, il y a aussi les grottes d'Hercule, un autre endroit surréaliste.

Travail du bois à Marrakech

Travail du bois à Marrakech
© Lionel Taieb

L'artisanat marocain se prête bien aux photos. Il est riche et varié (bijoux, cuir, tapis, poteries, paniers, bois sculpté...) et derrière les étals, on peut souvent admirer le travail de fabrication, avec outils d'époque et gestes ancestraux. Dans le souk, chaque allée est consacrée à une spécialité artisanale - orfèvres, sculpteurs, dinandiers, maroquiniers, potiers, vanniers,... - ce qui rend la balade et les photos quasi intemporelles.

Port de pêche de Tanger

Port de pêche de Tanger
© Lionel Taieb

Tanger est une ville à part au Maroc. On sent qu'il y a eu ici, comme souvent dans les ports, un mélange de différentes influences. Les activités portuaires "lourdes" ne se situent plus à Tanger même, ce qui laisse de l'espace à ce beau port de pêche, où les bateaux s'entassent et où l'on vend le poisson directement sur le quai. Il y a aussi une belle atmosphère de quartier au marché aux poissons tout proche.

Contemplation à Aït-Benhaddou

Contemplation à Aït-Benhaddou
© Lionel Taieb

Cette photo a été prise dans le Ksar de Ait Benhaddou, très bien préservé. En grimpant au sommet, on a une très belle vue sur le village et la vallée autour. Bien que situé sur les routes touristiques (on n'est pas loin de Ouarzazate) et même si les lieux ont servi de décor à plusieurs films (dont "Gladiator"), l'endroit reste paisible et hors du temps. 

Cigognes à Volubilis

Cigognes à Volubilis
© Lionel Taieb

Volubilis est une ancienne cité romaine, à quelques kilomètres de Meknès. C'est une ville entière avec son théâtre, ses thermes, ses maisons, son arc de triomphe et son réseau de canalisations, suffisamment vaste pour donner l'impression de la visiter seul ou presque. Le lieu est paisible, entouré d'un écrin de verdure, et l'on peut s'y promener au hasard des vestiges, sous l'œil des cigognes qui ont élu domicile en haut des colonnes de pierre des allées en ruine.

Marchand de fruits à Tanger

Marchand de fruits à Tanger
© Lionel Taieb

Un marché de fruits et légumes à Tanger avec comme toujours des odeurs, des sons, des scènes de vie partout, une atmosphère de quartier, une certaine lumière… Des ambiances toujours difficiles voire impossible à restituer en photo. Du coup, c'est souvent le type d'endroit où je déclenche le plus, pour tenter vainement d’atténuer cette frustration.

Palais royal de Fès

Palais royal de Fès
© Lionel Taieb

L'entrée du Palais royal de Fès, avec ses portes de bronze dorées, son auvent couvert de tuiles vertes et un beau portail de mosaïques et de stucs. C'est la seule partie du palais que l'on peut apercevoir car il n'est pas ouvert aux visites. 

Place Jemaâ El-Fna avant l'animation du soir

Place Jemaâ El-Fna avant l'animation du soir
© Lionel Taieb

C’est une photo de la place Jemaa El-Fna, prise en milieu d’après-midi. L’ambiance en journée est bien différente, moins frénétique, propice à la lecture et au repos. Un moment idéal pour contempler depuis la terrasse d’un salon de thé, en attendant que la place s’anime lorsque les premiers rayons du soleil couchant lui donnent une teinte rouge orangée. Il est alors temps de descendre et d’aller prendre des photos !

Riad à Fès

Riad à Fès
© Lionel Taieb

Au Maroc, les anciennes maisons de riches marchands ressemblent parfois à des cathédrales. Ici, il s'agit d'un ancien Riad restauré et converti en maison d'hôte, situé dans une ruelle de la médina à l’écart de l’agitation. Il y a un vrai contraste entre l'étroitesse des allées du souk et la sensation d'espace des lieux auxquels elles donnent accès. Ces maisons reflètent aussi la richesse de l'artisanat marocain et un vrai sens de l'accueil des hôtes, avec thé et pâtisseries à l'arrivée.

Street food à Marrakech

Street food à Marrakech
© Lionel Taieb

Goûter la nourriture de rue fait partie du voyage. Dans les rues marocaines, et ici près de la place Jemaa El-Fnâ, on peut facilement faire les 3 repas sans s'attabler à un restaurant. Au menu : pâtisseries, crêpes de fromages ou de miel, maïs grillé, churros, beignets, brochettes ou, comme ici, briques au poulet.

Vendeuse d'huile d'Argan à Ouarzazate

Vendeuse d'huile d'Argan à Ouarzazate
© Lionel Taieb

Un portrait vient souvent ponctuer une belle rencontre, comme avec cette vendeuse d'huile d'Argan sur la route du retour vers Marrakech, qui a pris le temps de montrer à mes enfants le procédé de transformation des graines d'arganiers en huile, savon ou produits de beauté.

Tanneries Chouara à Fès

Tanneries Chouara à Fès
© Lionel Taieb

Les boutiques de cuir aux alentours des Tanneries Chouara offrent de beaux points de vue sur le patchwork de cuves multicolores. On est d'abord fasciné par la beauté du spectacle vue de haut puis un peu mal à l'aise devant les conditions de travail éprouvantes des teinturiers une fois en bas. La photo ici ne garde que le côté enchanteur des lieux. 

Les dunes vers Mhamid

Les dunes vers Mhamid
© Lionel Taieb

Le désert apporte sa part de magie à tout voyage. Son immensité, son silence, sa monotonie convoquent une part d’imaginaire qui mêle rêves d’ailleurs et lectures d’enfance (Saint-Exupéry, Hergé…). C’est à la fois une brusque expérience du Vide mais aussi la sensation étrange d’échapper, le temps d’une visite, à la fuite du temps. J'ai essayé de restituer cette sensation à travers ce cliché.

Ruelle à Tamegroute

Ruelle à Tamegroute
© Lionel Taieb

C’est une ruelle de Tamegroute, sur la route de Ouarzazate. A cette heure-ci, peu de monde dehors car la chaleur est vraiment forte, même à l’ombre. On y croise seulement des enfants jouant à cache-cache dans ce mini labyrinthe d’allées à demi enterrées. 

Le soir tombe sur la place Jemaa El-Fna

Le soir tombe sur la place Jemaa El-Fna
© Lionel Taieb

Même si on y est très sollicité, la place Jemaa El-Fna se prête évidemment beaucoup aux photos, surtout à partir de la fin d'après-midi, lorsque les stands s'installent sur la place, que la fumée des restaurants ambulants embaume l'air et que le soleil donne à l'ensemble une teinte orangée. La place devient alors un véritable théâtre à ciel ouvert, à l'atmosphère toute orientale.

Questions à Lionel Taieb

Le Routard : Pourquoi avoir choisi cette destination ?

Lionel Taieb : Je voyage régulièrement en Orient, qu'il s'agisse de l'Orient extrême (Inde, Chine, Japon, Asie du sud-est...) ou proche (Iran, Egypte, Syrie avant la guerre...). Mais parfois, j'ai envie de combler ce "désir d'Orient" plus rapidement, moins longtemps. Le Maroc est parfait pour cela : 2 h d'avion (depuis Marseille) pour retrouver les médinas grouillantes, les souks colorés, les palais des mille et une nuits, la couleur ocre et les parfums d'épices et d'encens si caractéristiques de l'Orient.

Mais derrière ces clichés, ce sont aussi de très beaux paysages - notamment de mer et de montagne - des ruines quasiment désertées, des jardins somptueux, le silence du désert et toute une vie de quartier, dans des rues à l'écart de l'agitation. Et aussi un accueil chaleureux quand on parvient - par endroits - à s'affranchir des sollicitations touristiques.

Le Routard : Peux-tu nous décrire tes voyages dans ce pays ?

Lionel Taieb : Je suis allé à 4 reprises au Maroc, à chaque fois pour des escapades d'une semaine à dix jours. La première fois à Marrakech puis Essaouira, la seconde à Casablanca et Rabat, la troisième entre Fès et Meknes et la dernière entre Marrakech, Ouarzazate et Tanger. Ces escapades de quelques jours sont frustrantes - on resterait bien plus longtemps - mais permettent déjà de ressentir toute la diversité du pays : dans une même journée, on peut admirer les sommets de l'Atlas puis marcher dans les ruelles d'une ville souterraine, errer seul dans d'immenses vallées puis se frayer un chemin dans des médinas bondées, visiter des palais très fréquentés puis découvrir un ksar en ruines, totalement déserté.

Concernant l'organisation, ce sont surtout des voyages d'impulsion, décidés spontanément. Du coup, ma seule préparation est un billet d'avion et un lieu où dormir à l'arrivée, surtout au Maroc où l'on peut séjourner dans de beaux riads, bien rénovés. Seule exception à cette demi improvisation : pour l'escapade à Ouarzazate, j'ai fait appel à une agence locale, ce qui permet d'avoir un guide et facilite l'organisation d'une nuit dans le désert.

Le Routard : Quels ont été tes coups de cœur et les expériences qui t'ont particulièrement marqué et que tu recommanderais ?

Lionel Taieb : Même si elle était "aménagée" par l'agence (camps de base, tente en dur, repas préparé...), la nuit dans le désert est un moment à part. S'endormir dans le silence et l'immensité, observer le lever de soleil sur les dunes, sentir cet "océan de sable" sous ses pieds, se rouler le long des pentes ocres procurent des sensations de "temps suspendu" toujours bienvenues dans le tumulte d'une vie active. Et avec des enfants, cela donne un côté "Petit Prince" qui ajoute à la magie du désert.

J'ai eu de belles émotions également dans le Ksar d'Aït-ben-Haddou, qui laissent encore aujourd'hui de magnifiques images en tête et sur la pellicule.

Même si c'est forcément très touristique, je pense qu'il faut sans hésiter visiter Essaouira et sa douceur de vivre. A l'inverse, Volubilis, une cité antique très bien préservée, se visite quasiment seul et possède un très fort pouvoir d'évocation.

Sinon, j'ai toujours un faible pour les grandes villes, en voyage d'une manière générale et au Maroc en particulier : il y a une densité de "scènes de vie" qui fait qu'on est toujours surpris. Tanger, à ce niveau, reste une vraie découverte, par son atmosphère unique, son mélange culturel, sa belle médina, ses rues en pente et sa vue sur Gibraltar. Le souk de Fès est envoutant : je n'ai jamais vraiment réussi à m'y repérer. Casablanca enfin, est aussi à visiter, ne serait-ce que pour sa Mosquée impressionnante, comme "posée" sur l'Océan.

Le Routard : Que représente la photographie de voyage pour toi, es-tu  photographe professionnel ?

Lionel Taieb : En réalité, je suis venu à la photo... par l'écriture. J'ai longtemps préféré écrire des carnets de route, car les mots me semblaient alors plus appropriés, plus subtils pour retranscrire des émotions de voyage. J'ai eu la chance de remporter 2 ou 3 concours de blogs de voyage qui m'ont encouragé dans ce sens. J'emmenai bien un petit appareil photo avec mon bloc note, mais c'était plus pour faire de l'illustration que pour traduire une émotion.

Et puis, j'ai commencé à voyager moins souvent seul, et donc à être moins "disponible" pour l’écriture, moins inspiré peut être aussi. Il m'a donc fallu trouver une autre façon de "transmettre", plus spontanée, et l'appareil photo s'est imposé naturellement. J'ai commencé à "déclencher" de façon plus réfléchie, à prendre le temps de regarder avant d'appuyer, à essayer de composer... Jusqu'à ce que l'un de mes clichés pris dans le métro de Tokyo soit élu "meilleure photo de voyage" dans Geo (dans une page réservée aux photographes amateurs) et qu'une agence de voyage choisisse une de mes photos de Shanghai pour la couverture de son catalogue annuel. Cela m'a encouragé à lâcher définitivement le stylo pour l'objectif et aujourd'hui, je ne conçois plus de voyage sans appareil photo... D'ailleurs, je ne prends réellement de photos qu'en voyage.

Même s'il m'arrive parfois de vendre des photos ou d’en exposer, je suis ne suis pas professionnel. Je n’ai pas la sensation de "maitriser" ce que je prends en photo et n’arrive pas réellement à prendre des photos "sur commande", où il faut maitriser tous les paramètres techniques.  En revanche, dans mon métier de communiquant, je fais appel à des photographes professionnels avec qui j'aime beaucoup échanger.

Le Routard : As-tu un style photographique particulier, essaies-tu de faire passer un message dans tes photos ?

Lionel Taieb : Pas vraiment. L'appareil photo est juste un "filet" grâce auquel je tente de « capturer » des émotions qui, sans cela, s'évaporent trop rapidement. Je « saisis » tout ce qui passe par le viseur : un portrait, une scène de rue, un paysage, un détail... Ce qui permet, le temps du retour venu, de recomposer un voyage qui n'est pas celui que j'ai vécu, ni même celui dont je me souviens, mais celui que j'ai capté grâce à ce "troisième œil" qu'est le viseur.

C'est la juxtaposition de toutes ces images qui, à la limite, peut dégager du sens. Par exemple, j'aime bien - le temps du retour venu - mettre deux photos en "résonance" pour souligner un contraste ou, à l'inverse, pour trouver des connexions inattendues entre 2 univers que tout oppose.

Le Routard : Quel équipement photographique emportes-tu en voyage, comment retravailles-tu tes photos au retour ?

Lionel Taieb : J'ai aujourd'hui un Nikon D750, que je ne sors du sac que le temps d'un voyage ou d'une escapade, soit deux ou trois fois par an. Mais j'ai longtemps utilisé des petits appareils numériques, avant de passer aux appareils "bridge" puis aux reflex numériques. Ce Nikon est mon second reflex (le premier a tenu 10 ans). Il est assez lourd mais c'est une sensation que j'apprécie : sentir le poids de l'appareil, comme un prolongement du bras et de l'œil. Lorsque je le range dans le sac au retour, j'ai un sentiment de manque pendant quelques jours : celui de ne plus pouvoir "voir autrement" en mettant l'œil dans le viseur.

J'ai découvert la retouche plus récemment - à travers Lightroom - mais tout comme en photo, je ne suis pas expert. Retoucher ses images, c'est surtout un beau prétexte pour revivre son voyage. Et le réinventer.

Découvrez d'autres images de Lionel Taieb sur son profil Routard, son site personnel et son compte Instagram.

Pour compléter ce voyage en images, découvrez notre portfolio sur la grande traversée de l'Atlas.

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Vous aussi, montrez-nous vos plus beaux clichés.

 

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