La Stratégie du choc

Auteur : Naomi Klein

Editeur : Actes Sud / Léméac

672 Pages

La Stratégie du choc

Huit ans après son livre culte No Logo – traduit en vingt-huit langues –, Naomi Klein continue d’analyser notre monde comme il va (mal) à l’heure du triomphe planétaire du néo-libéralisme. Dans son nouvel essai, La stratégie du choc, la journaliste et essayiste canadienne livre une surprenante généalogie de ce modèle économique : bien loin d’être librement choisi par les peuples et d’être le corollaire de la démocratie, le néolibéralisme s’est imposé partout par la violence, s’affirmant comme « un capitalisme du désastre ». Comment ? Par la « stratégie du choc ».
La thèse de Klein est aussi limpide qu’originale : elle établit – et vérifie sur le terrain – un lien entre le libéralisme débridé et un « choc » antérieur, qu’il résulte d’une catastrophe (tsunami, cyclone) ou d’une action concertée (coup d’État, guerre, inflation galopante). Ce choc permet de faire table rase du système existant. Frappées de stupeur, en « état de choc », les opinions publiques sont contraintes de boire la potion ultra-libérale de l’économiste Milton Friedman : déréglementation, privatisation, démantèlement de l’État et du service public.
Faits et statistiques à l’appui, Naomi Klein retrace l’histoire de cette « stratégie du choc » qui a profondément transformé l’économie. Tout a commencé au Chili en 1973 avec le coup d’État de Pinochet, dont les économistes n’étaient autres que les Chicago Boys, les disciples de Friedman. Au choc politique s’est ajoutée une « thérapie de choc » économique, à base de privatisations massives. Mais Klein ne s’arrête pas là : ces chocs ont été relayés par la torture des opposants, largement pratiquée sous Pinochet. Le choc infligé au corps social s’est répercuté dans le corps des individus. Et, malheureusement, le Chili a servi de modèle à d’autres « thérapies de choc » révolutionnaires.
Sur près de 700 pages, Naomi Klein scrute ainsi le dernier quart de siècle à la lumière de sa thèse. Guerre des Malouines, inflation en Argentine, massacre de Tiananmen, effondrement de l’URSS, fin de l’apartheid, attentats du 11 septembre, guerre en Irak, tsunami de 2004, cyclone Katrina en Louisiane : à chaque fois, ces catastrophes ont servi à imposer aux territoires touchés la seule loi du marché. Et, à chaque fois, un État corporatiste, basé sur l’alliance entre le pouvoir politique et les grandes entreprises, s’est substitué à l’État providence. Bien loin d’être synonyme de démocratie, le « capitalisme du désastre » se nourrit du chaos, de l’insécurité et de la guerre. Les profits faramineux des industries de la sécurité aux États-Unis ou en Europe depuis le 11 septembre 2001 l’attestent.
Entre l’essai et l’enquête, La stratégie du choc confirme l’immense talent de Naomi Klein, représentante de ce journalisme de recherche à l’américaine, qui mêle l’abondance des faits et le sérieux des références. Le lecteur ne pourra qu’être bluffé par la démonstration décapante de Klein qui remet le « bon sens » néo-libéral à sa juste place : celle de l’idéologie. Bref, c’est du beau boulot !

Texte : Jean-Philippe Damiani

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