Le carnaval de Binche

Le carnaval de Binche
© Office Belge du Tourisme Wallonie Bruxelles

Envie de guincher comme des fous ? Rejoignez donc les Binchois qui durant le mois de février et de mars, comme partout en Belgique et ailleurs dans le monde, fêtent le carnaval. Le carnaval de Binche est le plus célèbre de Wallonie, avec ses " Gilles ", aux costumes typiques. L'événement se prépare avec beaucoup d'anticipation et de méthode : les Binchois cotisent durant toute l’année pour en assumer les frais. Pendant un mois, plusieurs étapes successives mènent à l'apothéose : la parade des Gilles, le 12 février, jour du Mardi gras.

À l’origine, le Quaresmiaux


De nombreuses légendes et variantes circulent sur l’origine du carnaval de Binche. S'y retrouver n'est pas chose aisée ! La thèse la plus pertinente sur le plan scientifique fait remonter le carnaval à au moins 1395, sous le nom de Quaresmiaux. Le Dimanche gras est alors le " Cras Dimence ". À cette époque, de grands feux sont allumés dans plusieurs régions européennes, parmi lesquelles la Wallonie. On en retrouve la trace dans le rondeau final, le soir du Mardi gras, à travers les feux d'artifice. Le formalisme et le sérieux du folklore binchois proviendraient alors des rites ancestraux, magiques et religieux de ces temps reculés.

" Quand on arrive en Gille... "


Qui sont les Gilles ? On pense que leur origine est liée à une fête organisée par Marie de Hongrie, en 1549 dans son château de Binche. Au cours de cette fête, les invités coiffés de plumes, travestis en Incas, étaient appelés " Gils " et portaient des costumes en provenance du Pérou. Ce costume aurait séduit les Binchois et serait alors devenu une tradition locale. Bien que les historiens réfutent cette thèse, les fameux Gilles sont devenus l'élément primordial du carnaval. Ils sont regroupés en dix sociétés (pour environ 900 Gilles), dont les plus connues sont les Récalcitrants, les Incorruptibles et les Amis Réunis. Pour être Gille, il faut obligatoirement : être un homme, être belge et être binchois d’origine ou de résidence depuis cinq ans. Les Gilles de Binche ne sortent jamais de leur ville. Leur costume, constitué d'un pantalon et d'une blouse en toile de lin rembourrée de paille, est orné de lions, d'étoiles, de couronnes et de blasons aux couleurs nationales belges. Le Gille porte en plus un chapeau de 3 kg en plumes d'autruche, dont le prix atteint les 1 000 € ! Les plumes sont tenues par la buse : un simple chapeau, attaché par une jugulaire en cuir tenue au menton. En cas de grand vent, ils sont obligés de le retirer.

À vos masques, prêts, partez !


À Binche, la fête commence bien avant les festivités de Mardi gras. Six semaines avant le jour J, les " soumonces ", espèces de répétitions sans costumes, sont prétextes aux premières libations. Si vous ne pouvez vous rendre à Binche pour les jours gras, sachez que le dimanche 3 février, vous pourrez entendre et voir les " soumonces en musique " entre 15 h et 22 h : une véritable répétition en costume de l’année précédente, avec batteries et instruments à vent à l'appui.

Le 4 février a lieu la nuit des " Trouilles de Nouilles ". Binche connaît la nuit la plus folle de l'année. Des masques facétieux taquinent les participants non masqués pour se faire offrir quelques verres qu’ils boivent à la paille, sans rien révéler de leur vrai visage. Pour se rendre méconnaissable, tous les moyens sont bons : les hommes se déguisent en femmes, les femmes en hommes, on se grossit, on se grandit : il ne faut donner aucun indice à la personne non masquée que l'on va " intriguer ". Des hommes se font intriguer par leurs épouses sans les reconnaître et ce jour-là, il n'est pas rare que des bandes entières de femmes sortent masquées sans en avoir averti les maris, descendus vivre l'événement en " civil ".
Le dimanche 10 février, on entre dans le vif du sujet : la vie professionnelle des Binchois s’arrête, on entame la période des trois jours gras. Les différentes sociétés carnavalesques déambulent toute la journée du Dimanche gras, au son des tambours et de la lancinante ritournelle rythmée qui sera scandée deux jours plus tard par les sabots des Gilles. Le soir et la nuit, les sociétés vont de café en café... Impossible de dire à quelle heure tout cela se terminera, mais n'hésitez pas à les suivre et à entrer dans la danse !
Le Lundi gras est entièrement organisé et animé par les trois " jeunesses ", associations d’origine politique. Cette journée est presque exclusivement réservée aux enfants qui défilent au son des violes et des orgues de Barbarie. C’est la journée la plus calme.

Mardi gras  : l'apothéose carnavalesque


Le seul jour où sortent les Gilles, c’est le Mardi gras, le 12 février. Dès 4 h du matin, les premiers sons de tambours retentissent dans la cité. Parfois une " Aubade matinale ", jouée par un pipeau, se fait entendre. C'est pour le Gille et ses amis le moment de se rendre les uns chez les autres pour se rassembler. Le son des tambours va les quérir, un à un, de foyer en foyer (un Gille ne peut se déplacer sans musique). Après avoir bu une coupe de champagne, boisson officielle du roi du Carnaval, et petit déjeuné d'huîtres, repas traditionnel, le cortège se dirige en direction du centre où les Gilles mettent leur masque blanc en cire. À partir de 11 h, les unes après les autres, les différentes sociétés accomplissent le rondeau matinal devant l'hôtel de ville.

Les Gilles effectuent une nouvelle sortie à 15 h, cette fois en costume complet – chapeau de plumes d’autruche compris – et armés d'oranges qu'ils lancent sur la foule. C'est le point d’orgue du carnaval, ne le manquez pas ! C'est une véritable pluie d'oranges qui s'abat sur les spectateurs (toutes les fenêtres des façades sont d’ailleurs dûment grillagées par sécurité). La ville entière est en liesse, les trottoirs noirs de monde, les cafés débordant de convives. Un demi-million de participants se trémousse en martelant le sol au son de la grosse caisse.
Les différentes sociétés rejoignent l'entrée de la ville pour constituer le Cortège aux Lumières. Les Gilles ainsi que paysans, Pierrots et Arlequins, autres personnages clés de cette journée de folie, dansent à la lumière des feux de Bengale. Des ombres géantes envahissent les façades teintées de rouge feu ! L'embrasement de la Grand-Place, noire de monde, est prévu pour 21 h 30. " Plus Oultre ", la devise de Charles –Quint, adoptée par la ville de Binche s'éclaire et indique la fin du carnaval. Les Gilles entament alors leur rondeau final, en brandissant à l’envers leur panier vide, puis s’en retournent ensuite, chacun chez soi, toujours au son des batteries, tandis que la ville entière festoie jusqu’aux petites heures de l'aube, car le tambour doit s'arrêter de battre avant le lever du soleil du mercredi des Cendres. Des cendres desquelles renaîtra l’an prochain un nouveau carnaval de Binche.

Conseils pratiques et adresses utiles


- Durant le carnaval, la ville est complètement fermée aux voitures. Il faut utiliser les parkings à l’extérieur.
- Pour ceux qui viennent en train, des trains " spéciaux " sont prévus et le tarif " Événement " est applicable.
- Le Dimanche gras, le Musée International du carnaval et du Masque est accessible : 10, rue Saint Moustier. Tél. : 00-32-64-33-57-41.
- Quelques places sont vendues pour assister confortablement des tribunes aux rondeaux du Mardi gras. Renseignements auprès de l’office du tourisme de Binche : Hôtel de Ville, Grand-Pace. Tél. : 00-32-64-33-67-27. Internet : www.binche.com

Où manger ?

L'Industrie : Grand-Place, 4. Tél. : 064-33-10-53. Ouvert midi et soir jusqu'à 21 h. Fermé les lundi et mardi midi, le mercredi et fin août. Plat du jour en semaine à 6,9 € et pièces de viande juteuses autour de 12,4 ¤. La charmante patronne tient sa salle avec le sourire, et le patron ses fourneaux comme un chef. De la tête de veau (sa spécialité) à l'anguille au vert en passant par les moules (sauf le dimanche midi), sa cuisine fleure l'amour du travail bien fait. Signalons enfin que dans cette excellente maison délicieusement vieillotte, vous pourrez goûter aux fameuses doubles de Binche, ces crêpes de sarrasin fourrées au fromage.

Texte : André Poncelet

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