Grasse, capitale mondiale des parfums

30 avril 2025

Grasse et le parfum, c’est un compagnonnage qui dure depuis le XVIe siècle. À l’époque, Catherine de Médicis apporta en France un peu du raffinement de Florence : la mode des gants parfumés.
Quatre siècles plus tard, la ville des Alpes-Maritimes sera la capitale mondiale du parfum. Ses « stars » sont le jasmin, la tubéreuse, l’iris et, bien sûr, la rose centifolia, la fameuse « rose de mai », à laquelle est dédiée, chaque mois de mai, la manifestation « ExpoRose » (du 8 au 11 mai en 2025)
Cette « Ville d’art et d’histoire » de 52 000 habitants au riche patrimoine historique, architectural et olfactif est cependant agréable à découvrir en toutes saisons. Facilement accessible en train depuis Nice, elle s’aborde à pied. Mais, si l’on veut déborder un peu sur le pittoresque pays de Grasse, il faut être motorisé.


Grasse, une vieille ville provençale typique

Fondée au XIe siècle par un seigneur local, Grasse se résume alors à un donjon et quelques maisons entourés d’une enceinte, sur la colline du Puy. De là, il est aisé de surveiller d'éventuels envahisseurs venant de la Méditerranée qui brille au loin, ou des montagnes de l’arrière-pays.
Très vite, une oligarchie de commerçants prospère grâce aux échanges avec l'Italie. Puis, l’enceinte est agrandie et les tanneurs développent leur activité Ils deviendront de florissants gantiers-parfumeurs lorsque Catherine de Médicis, devenue reine de France, introduisit au XVIe siècle la mode des gants parfumés.
Grasse voit pousser de nombreux hôtels particuliers toujours debout (hôtel Court de Fontmichel, hôtel de Pontevès, hôtel Fanton d’Andon, hôtel Isnard, hôtel de Clapiers-Cabris). Deux siècles plus tard, elle ressemble déjà à la ville actuelle avec ses toits de tuiles rondes, ses persiennes, ses façades colorées, ses rues en escaliers appelées « pas d’âne », ses places parfois ornées d’une fontaine – comme la place aux Aires – qui rappellent un peu Nice, voire l’Italie.

Un temps délaissée, cette vieille ville agrippée à une pente s’offre une nouvelle jeunesse. Grasse retape ses maisons, ravale ses façades, ouvre des passages pour faciliter la circulation d’une rue à une autre, suspendant 3 000 parapluies roses en hommage à la rose centifolia...
Il fait bon boire un verre ou manger aux terrasses des cafés, se perdre dans le lacis des ruelles, buter ici sur une placette, ailleurs sur une fontaine ou sur une porte sculptée, plus loin sur la boutique de Venturini, spécialiste de la fougassette à la fleur d'oranger – une institution locale ! – ou sur celle du chocolatier Duplanteur...
Érigée au XIIIe siècle, l’ancienne cathédrale Notre-Dame-du-Puy est une bâtisse sobre de style roman-lombard, aux murs épais, aux colonnes austères et abîmées. Elle abrite trois magnifiques Rubens (Le Couronnement d'épine, Sainte Hélène et L’Érection de la Croix) et, dans une chapelle baroque ajoutée en 1738, un Lavement des pieds de Fragonard.
Grasse, berceau de parfums mythiques

Au XVIIIe siècle, lorsque la fabrication des gants parfumés a périclité, les Grassois se sont reconvertis dans l’extraction des matières premières destinées à composer les parfums : ce sera, très vite, leur unique vocation.
Pour commencer, de petites usines furent installées dans des immeubles du centre-ville que, souvent, rien ne distinguait sinon les cheminées pour évacuer la vapeur des alambics. En se promenant, on en voit encore quelques-unes.
On remarque surtout, en contrebas, les imposants toits des usines qui, après l’arrivée du train en 1872, ont peu à peu migré dans le plan de Grasse où se pratiquait déjà, avec succès, la culture des plantes à parfum.
Berceau de grands industriels de la parfumerie – Chiris, Hugues, Bruno Court, Charabot, Robertet, Niel, Bertrand Frères, Mane –, Grasse fut bientôt la patrie de « nez » célèbres. Son nom reste associé à des parfums mythiques signés Schiaparelli, Carven, Rochas, Dior, Chanel…

Las, dans les années 1950-1960, la parfumerie grassoise fut secouée par une violente crise provoquée par la mondialisation et l’engouement pour les composants de synthèse. Par chance, le récent retour aux « produits naturels » a fini par la sauver ! Depuis une vingtaine d’années, elle connaît une véritable renaissance. En 2018, l’inscription par l’Unesco des « savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse » est venue, à point nommé, appuyer la nouvelle dynamique.
Si, dans le passé, pas mal d’usines ont fermé, une grosse poignée d’industriels (Robertet, Mane, DSM-Firmenich, Payan Bertrand, etc.) prospère de nouveau et recommence à s’approvisionner localement, tout comme les grandes marques de parfum : Chanel, Dior, Vuitton, Lancôme...
Dans la foulée, la culture des plantes à parfum qui avait failli disparaître regagne du terrain, avec une quarantaine d’hectares – et autant de producteurs –, ce qui est peu comparé aux 3 000 ha des années 1930.
Les champs de plantes à parfum se découvrent désormais, lors de visites guidées, en petits groupes et sur rendez-vous, dans le cadre des « Chemins parfumés » mis en place par l’office de tourisme du Pays de Grasse (réservation sur son site). En écoutant, par exemple, Pierre Chiarla, un trentenaire qui cultive un hectare dans le plan de Grasse, on revit concrètement les hauts et les bas de la saga locale. Son grand-père avait abandonné pendant la crise, lui y est revenu, malgré les contraintes (il faut récolter rose et jasmin tous les jours, et à la main !).
Visiter le musée de la Parfumerie de Grasse

Pour se familiariser avec l’histoire du parfum, rien de tel qu’une incursion au musée international de la Parfumerie (entrée 4 €). Ce musée unique au monde possède une incroyable collection d’objets précieux. À voir de préférence en compagnie d’un guide-conférencier.
Ce sera l’occasion d’apprendre que si l’histoire du parfum a débuté en Mésopotamie, l’Égypte est, de toutes les civilisations de l’Antiquité, celle qui l’a le plus marquée. Plus tard, sous l’influence des Grecs, les Romains démocratiseront l’usage des parfums. Ils révolutionneront surtout leur transport et leur commerce grâce aux flacons de verre.

Au fil des siècles, l’usage des parfums – notamment pour la toilette – a évolué de manière vertigineuse, les procédés de fabrication aussi ! Quel que soit l’effort de pédagogie du guide, il n’est pas exclu que l’on décroche un peu devant la complexité des techniques utilisées –distillation, enfleurage, extraction par solvant volatil et, pour finir, extraction au CO2 supercritique...
Ces explications ont quand même l’avantage de faire comprendre qu’avant d’être fragrance et poésie, les parfums sont de la chimie.
Au pays du parfum, les bougies parfumées ont la part belle. Sylvain Brevot en fabrique – et en vend – dans son atelier installé dans un ancien moulin à huile, au pied du village médiéval d’Auribeau-sur-Siagne (à 8 km de Grasse). Adepte des produits « les plus naturels possibles », ce maître-cirier qui possède l’un des derniers manèges à bougies entièrement manuel, confectionne toutes sortes de cierges, flambeaux et bougies. Il parle volontiers de son « métier de passion où il ne faut pas compter ses heures » et propose aussi des ateliers de fabrication de bougies (réservation sur le site).
Un jardin dédié aux plantes à parfum

À Grasse, comme partout sur la Côte d’Azur, le climat méditerranéen favorise les beaux jardins, souvent en restanques (terrasses soutenues par des murs de pierre) plantées d'oliviers, orangers et citronniers. Il ne faut pas rater ceux du Musée International de la Parfumerie (voir plus haut) qui ne se trouvent pas à Grasse, mais à 10 km de là, à Mouans-Sartoux.
« L’idéal est de se laisser porter par ces jardins, de déambuler au hasard en se contentant de découvrir les odeurs », conseille, à raison, Christophe Mège, le chef jardinier. Ce havre de paix, de couleurs et de senteurs labellisé « Jardin remarquable » déroule tout de même, de part et d’autre d’un vieux canal, un parcours olfactif et sensoriel très étudié. Débutant avec les menthes, il fait ensuite la part belle aux plantes à parfum emblématiques de Grasse sans pour autant négliger géranium, genêt, lavande, oranger, vétiver...

Dans ce véritable conservatoire de plantes à parfum, des glycines blanches et mauves escaladent les pergolas et des arbres sont colonisés par le rosier-liane Sénateur La Follette obtenu en 1910 par le jardinier de Lord Henry Peter Brougham, l’Écossais qui a lancé la mode du tourisme estival à Cannes. Un plaisir pour les yeux.
En plus, on peut s’asseoir pour lire et même pique-niquer sur des tables, un peu à l’écart. Cette année (jusqu’au 11 novembre), les magnifiques créations colorées d’Antoine Pierini, artiste verrier à Biot (06) embellissent ces jardins.
Des jardins privés de Grasse peuvent se découvrir en petits groupes et sur rendez-vous (entrée payante). Par exemple ceux du domaine Saint-Jacques du Couloubrier, ceux du domaine de La Mouissone, ceux de la villa Fort France ou encore ceux de la villa Noailles. Voir avec l’office de tourisme.
Les ateliers de Grasse où composer son propre parfum

Dès que les vacanciers ont commencé à affluer sur la Côte d’Azur, des parfumeurs grassois les ont attirés en lançant des visites guidées. Trois maisons historiques excellent sur ce registre : Galimard, créée en 1747, Molinard, établie depuis 1849 et, enfin, Fragonard fondée en 1926.
La visite de leurs installations traditionnelles, parfois devenues musées, fait partie des « incontournables » de Grasse. Leurs jolies boutiques vendent parfums, savons, bougies, cosmétiques et même prêt-à-porter et art de la table chez Fragonard. Difficile de résister.

Tous trois proposent aussi, sous la conduite d’une experte, des ateliers pour découvrir l’architecture d’un parfum – avec sa note de tête, la plus volatile, sa note de cœur et sa note de fond – puis composer le sien, installé devant un « orgue à parfums » : sur ce meuble de métier sont disposées une centaine d’essences dans des flacons. Bien sûr, on repart avec « sa » création !
Formules et tarifs varient un peu d’une maison à l’autre. En groupe, ces ateliers durent une heure et coûtent, par exemple, 84 € chez Molinard. Ils peuvent aussi être privatisés et durent alors plus longtemps.
Pour des échanges plus « personnels », s’adresser plutôt à un « parfumeur de niche » (Grasse en compte une poignée), par exemple Didier Gaglewski. Cet ancien manager du secteur ferroviaire s’est reconverti et a trouvé sa vraie voie dans la création de parfums.
Il parle volontiers de son parcours atypique et de son travail de composition de parfum. Ses créations originales sont en vente, bien sûr, dans sa boutique (12, rue de l'Oratoire) du vieux Grasse.
Pour les esthètes, Frédéric Badie, directeur R&D chez Payan Bertrand (industriel grassois du parfum), propose, sous sa marque « Pure signature », et sur rendez-vous, des ateliers de création de parfum 100 % naturel, dans sa boutique de la place Morel. Avec ce spécialiste des fines fragrances naturelles, ces ateliers font vivre une expérience olfactive unique et bien des émotions en explorant les secrets des racines de vétiver de Java ou des larmes d’encens de Somalie.
Fiche pratique
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Comment y aller ?
– En train : TGV jusqu’à Cannes puis TER (30 min).
– En voiture : depuis l’A8, prendre la sortie 42 Cannes Mougins, puis suivre la RD 6185 direction Grasse.
Bonnes adresses
– Hôtel Best Western Elixir : rue Martine Carol. La double à partir de 99 € en basse saison et de 129 € en haute saison. Petit déj. 18,5 €. Assez simple mais de très bon goût.
– L’Auberge du Vieux Château : place Mirabeau à Cabris (à 4 km de Grasse). À partir de 89 € la double l’hiver et de 139 € l’été. Petit déj. 20 €. Au restaurant, cuisine ancrée dans les saveurs de la Provence. Menus 47 € le midi, 63 € le soir.
– Le Savore : place aux Aires à Grasse. Plats de 12 à 15 €. Spécialités italiennes.
– La Tannerie : place Morel à Grasse. Menu du jour à 20 €. Terrasse ombragée. Bonne cuisine française.
– Le Brassi : au Casino de Grasse. Menus 29-35 €. Cuisine bistronomique et cadre chic.
– La Cantina : sur la place, à Mouans-Sartoux. Formule à 26,50 € le midi. Cuisine italienne revisitée.
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