L’Estérel, au cœur du massif

22 mai 2022

Paradis de roc et de verdure, l’Estérel dore ses cimes au soleil de Provence, les pieds plongés dans la Méditerranée. Ce bastion de porphyre des temps jadis flamboie d’une lumineuse couleur rouge-orangée, teintée ici ou là de vert, de bleu, de violet.
Imposant et torturé, il évoque ces châteaux faits de sable mouillé dégoulinant entre les doigts. Un univers sauvage de 32 000 hectares, jailli des entrailles de la terre en fusion, il y a 250 millions d’années !
En voiture, à vélo ou à pied, on butine ses pentes du jaune mimosa d’hiver aux lavandes papillon d’été, de la blanche bruyère printanière aux taches de rousseur de l’automne.
Cap sur ce superbe massif de la Côte d’Azur, à explorer côté terre, le long de ses chemins buissonniers.


L’Estérel, le long de la Nationale 7

Les bornes kilométriques du Var ou des Alpes-Maritimes indiquent désormais DN7 ou D 6007. Ouais, ouais. Sans nostalgie aucune, nous on préfère cette Nationale 7, « route des vacances qui fait d’Paris… la banlieue de Saint-Paul-de-Vence ».
De Fréjus à Mandelieu, le ruban bitumeux enlace encore et encore les hautes collines tantôt rouges et piquetées d’un épais maquis, tantôt couvertes d’un sombre manteau de chênes liège. Au col du Testanier, on jouxte le mont Vinaigre (618 m), toit de l’Estérel, accessible en aller-retour au prix de 30 mn de marche depuis la maison forestière de Malpey.
De l’ancienne tour de vigie, on couvre du regard un territoire plein de secrets, qui résonne encore d’histoires de brigandage. Gaspard de Besse, le Robin des Bois de Provence, avait établi ici son QG au XVIIIe s. À 360°, la vue court de la côte italienne aux confins du Var. Splendide.

Seul village au cœur du massif, Les Adrets-de-L’Estérel, prend des airs d'Astérix en Corse noyé dans les forêts de chênes liège. Il faut dire qu’il y a 250 millions d’années l'île de Beauté et le massif de l'Estérel appartenaient au même continent de roche cristalline. D’ailleurs, contrairement aux massifs calcaires du reste de la Provence, ici la végétation n’est pas de la garrigue mais du maquis où poussent le myrte, le pistachier et l’arbousier. Écrasé de soleil, le silence des collines alentour sonne comme une omerta, juste troublée par le jacassement des cigales.
Si on vient ici, c'est d'ailleurs pour profiter de cette généreuse nature plus que pour faire la "teuf". En redescendant vers Mandelieu, les grappes de lotissements fleurissent dans les forêts de mimosas et les points de vue se multiplient sur la Riviera, Cannes, Antibes, le Mercantour en toile de fond.
Et comme vous avez aimé Trenet sur cette Nationale 7 des collines, vous adorerez enchaîner sur un autre titre du Fou chantant, La mer, et revenir par la merveilleuse Corniche d’Or, sur la façade maritime de l’Estérel. Elle fut d’ailleurs Nationale 7 de 1904 à 1937.
Sur les sentiers de la fée Estérel

Accès au massif depuis Agay (D 100 direction Fréjus, puis route forestière). Massif interdit de 21h à 6h. Plan-guide de l’Estérel au 1/20 000 édité par l’ONF (8,50 €).
Après 3,5 km de route forestière et le franchissement d’un gué bétonné, on rejoint le sentier biologique du rocher Saint-Barthélemy. Accessible aux personnes à mobilité réduite, il valorise sur 2 600 m les essences locales. Très agréable en période de floraison, de mars à juin (parterres de lavande des Maures, arbre de Judée, bruyère arborescente…). Le panorama plongeant sur la Corniche d’Or est somptueux. Woody Allen a tourné ici des scènes de Magic in the Moonlight. C’est magique, même sans lune !
En reprenant la route forestière sur 6 km, on atteint le sentier d’accès à la grotte de la Sainte-Baume (compter 40 mn A/R, à pied). Une agréable montée dans les cistes, bruyères et d’éclatants bouquets de lavande papillon. L’arrivée sur la grotte est saisissante, avec les vestiges d’un pan de mur rouge et le rocher de Roquebrune en toile de fond. La grotte abrita l’ermite Honorat qui alla ensuite donner son nom à l’île et au monastère qu’il fonda au large de Cannes et qu’on aperçoit au passage d’un collet, à la montée.

Après le parking d’accès à la grotte de la Sainte Baume, la route forestière continue de grimper jusqu’à atteindre… le paradis. Une corniche qui offre un panorama magnifique et quasi aérien sur la côte déchiquetée et ses criques secrètes. On rejoint le col Notre-Dame où l’huile de mollets prend le relais pour atteindre le pic de l’Ours, l’un des plus hauts sommets du massif (492 m). Compter 334 m de dénivelé et 1h30 pour la boucle. Plus, si vous musardez parmi les cistes et les asphodèles.
Des ours, il n’y en a plus sur ce sommet, mais la vue est à la fois vertigineuse et géniale, des Maures au Mercantour, la baie de Cannes et les îles de Lérins. Retour plutôt sportif via la dent de l’Ours.
Malpasset : plongée au cœur d’une sombre histoire

Dans les années 1950, la fierté et l’espoir de Fréjus sont tournés vers deux grands chantiers. Celui du barrage de Malpasset (1952-54) et celui de l’autoroute A8 (1957-61). Le barrage s’inscrit dans une très vieille histoire d’eau qui renvoie aux Romains bâtisseurs, déjà, d’un incroyable aqueduc long de 42 km destiné à alimenter Forum Julii (le « forum de Jules », Fréjus), au 1er s ap. J.-C.
Après une lente mise en eau, le barrage de Malpasset parvient à son niveau de croisière lorsque, le 2 décembre 1959, à 21h13, son tablier cède brutalement, libérant quelque 48 millions de m3 d’eau. Une déferlante haute de 60 m répand alors la désolation sur la plaine jusqu’à la vieille ville de Fréjus et la mer. Dans sa course folle, elle emportera 423 vies, le pont de l’autoroute en construction et de nombreuses autres infrastructures.
Depuis un parking situé à 12 km du centre de Fréjus (accès fléché depuis le rond-point de sortie 38 de l’A8), une petite randonnée de 4,5 km (140 m de dénivelé), ponctuée de panneaux explicatifs, mène aux sources de cette « catastrophe de Malpasset ». Chênes lièges et kermès se dressent sur leurs racines pour observer avec tristesse d’immenses blocs de béton barrés de ferrures tordues et rouillées qui encombrent encore le vallon, enchevêtrés avec de gros rochers de gneiss aux reflets verdâtres. Par endroits scintillent des veines de mica.
Le haut barrage de 58 m, éventré, apparaît au détour d’une courbe du Reyran. Souvent réduit à un pipi de chat, on se demande comment ce Roi des ruisseaux (littéralement Reyran) a pu engendrer une telle inondation. Au printemps, des buissons de bruyère arborescente blanche viennent fleurir cette mémoire.
L’Estérel à fleur d’hiver : le mimosa

Qu’il est magnifique le massif de l’Estérel couvert d’une mer d’or au cœur de l’hiver. Qu’elle est enivrante, la fragrance entêtante de ses pompons jaunes ! N’en déplaise aux botanistes, qui classifient d’« invasif » cet acacia d’origine australienne, on bénit les premiers hivernants qui l’ont planté dans les parcs de leurs demeures azuréennes.
La route du mimosa déroule ses 130 km de Bormes-les-Mimosas à Grasse en suivant la Corniche d’Or avant de grimper dans le petit jumeau de l’Estérel, le massif du Tanneron, première forêt d’Europe pour cette essence d’arbre. On y trouve les dernières forceries qui parviennent, par une technique conjuguée de chaleur et d’humidité, à contraindre la floraison du mimosa tout en augmentant la durée de vivacité de son pompon.
Pour plonger au cœur du sujet, on pourra se lancer dans la magnifique randonnée des crêtes (compter 16 km, env 4h ; balisage jaune, c’est bien sûr !) au cœur du massif, de panoramas à couper le souffle en fonds de vallons rafraîchis par des cascatelles. Certains gués sont corsés lorsque les rus sont en eau. En période de floraison, la vue et l’odorat sont à la fête.
Conseil d’ami, pour réduire la distance partez du stade de Tanneron plutôt que du centre. Ne pas bouder, non plus, les nombreuses célébrations avec corso fleuris, à Saint-Raphaël, Tanneron, La Napoule, principalement en janvier et février…
Lire aussi Mandelieu-la-Napoule et le Tanneron, au pays du mimosa
Fiche pratique
Retrouvez tous les bons plans, adresses et infos pratiques dans le guide du Routard Côte d'Azur en librairie.
Pour préparer votre séjour, consultez notre guide en ligne Côte d'Azur.
Comité régional de tourisme Côte d’Azur France
Office du tourisme de Théoule-sur-Mer
Office de tourisme de Mandelieu La Napoule
Pôle touristique Estérel Côte d’Azur propose côté varois la route numérique De rivages en calanques et des topoguides de rando
Comment y aller ?
- Par la route : A8 depuis Aix-en-Provence ou Nice, ou nationale 7 (D N7, D 6007).
- En train : en TGV jusqu’à Saint-Raphaël depuis la vallée du Rhône. TER depuis Marseille et Nice.
- En avion : vols quotidiens vers les aéroports de Toulon-Hyères ou Nice Côte d’Azur depuis plusieurs aéroports français.
Sur place, TER ou bons réseaux de bus sur les territoires de Fréjus et Saint-Raphaël, ainsi que sur Mandelieu et La Napoule. Pour plus de souplesse vers le cœur du massif, il est toutefois préférable d’être véhiculé.
Bonnes adresses
- La Bastide du Clos des Roses : D 37, à Fréjus. Beau domaine à la décoration chic et moderne. Les chambres sont vastes, avec une jolie vue sur la campagne. Superbes aménagements intérieurs, centre de bien-être (hammam) et salle de soins (sur rendez-vous).
- A Casa Serena : 1, rue Grande, aux Adrets-de-L’Estérel. Ouv tlj. Parfait pour caler sereinement une petite faim de journée, avec une planche de salaison corse arrosée d’une bière Pietra (à la pression, svp !), tout en s'imprégnant des derniers potins du village (chut !).
Découvrir autrement
- Bons plans avec la brochure « Amusez-vous » pour des prestations (excursions, location de canoë, …) sur les territoires de Saint-Raphaël et Fréjus.
- Guides Randoxygène Rando VTT et Rando Pays Côtier : gratuits dans les offices de tourisme.
- Randonnées et topoguides : www.ffrandonnee.fr et www.randoaix.com
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