Tanger, mythe et réalités

Virginie de Rocquigny
par Virginie de Rocquigny

16 avril 2010

Dans la « dream city » de Paul Bowles, toute balade se transforme en quête. Le visiteur court après les fantômes de Tanger : là, William Burroughs aurait écrit Le festin nu, ici Henri Matisse aurait séjourné.

Le promeneur cherche aussi les vestiges d’un Tanger sulfureux, souvenirs d’une époque où la ville rayonnait dans le monde entier.

Aujourd’hui, cinémas et théâtres sont à l’abandon et, sur les murs des cafés, les photos des célébrités ont jauni. Nichée à l’entrée du détroit de Gibraltar, Tanger n’en possède pas moins un charme singulier.

Derrière la médina, la ville nouvelle et le port de Tanger Med laissent entrevoir une cité farouchement tournée vers l’avenir.

Préparez votre voyage au Maroc avec nos partenaires
Plus de services

Tanger baignée d’imaginaire

Virginie de Rocquigny

Dites Tanger et c’est tout une série de noms qui viennent à l’esprit. Les peintres, d’abord. Delacroix découvre la ville en 1832. Il en revient fasciné par la magie des couleurs. Quelques décennies plus tard, Matisse part à Tanger sur ses traces.

Cette découverte marque un tournant dans son œuvre : l’artiste découvre au Maroc la force de la lumière et repart avec un regard épuré. Derrière la place du Grand Socco, cœur de la ville, l’hôtel Villa de France, dans lequel Matisse séjourna à plusieurs reprises, est aujourd’hui en rénovation.

D’autres fantômes hantent toujours les lieux : Alexandre Dumas, Truman Capote, Jean Genet, Joseph Kessel, Paul Morand, Tennessee Williams… Une liste interminable d’écrivains qui donne à la ville un halo mystérieux. Menés par Paul Bowles, les artistes de la Beat Generation séjournent à Tanger à partir des années 1950.

Dans cette ville au statut international, tout est permis : ils y trouvent alcool, sexe et drogue à volonté. De nombreux cafés exposent sur leurs murs des photos encadrées attestant du passage de Kerouac, de Burroughs ou de Ginsberg entre ces murs.

« C’est malheureux pour Tanger que la légende de la Beat Generation soit si tenace, regrette Rachid Tafersiti, écrivain tangérois amoureux de sa ville natale, qu’il défend à travers l’association Al Boughaz. Il y a plein d’autres mythes autour de cette ville qui ne sont jamais mentionnés ».

Dès sa création, Tanger s’entoure en effet d’une série de mythes : pour les uns, c’est Antée, fils de Neptune, qui aurait fondé la ville et lui aurait donné le nom de son épouse, Tingis. D’autres préfèrent entendre Tin Jâa ! (« terre retrouvée » en arabe). C’est le cri qu’aurait poussé Noé en voyant, au lendemain du déluge, alors que son arche dérivait à la recherche de la terre ferme, sa colombe revenir le bec marqué d’argile.

Le Tanger cosmopolite

Virginie de Rocquigny

Le Café de Paris, la Casa Pepe, le Grand Théâtre Cervantès… Partout dans la ville, les enseignes témoignent de l’histoire internationale de Tanger. Prospère grâce au commerce avec les ports méditerranéens, la ville est d’abord conquise par les Portugais en 1471. Leurs succèdent brièvement les Anglais au XVIIe siècle.

À la fin du XIXe, les Occidentaux ne cessent de se disputer cette cité considérée comme la porte de l’Afrique. En 1923, une brochette de pays décide donc de donner à la ville un statut international. Cette période dure jusqu’à l’indépendance. C’est une époque fastueuse, qui a laissé la légende d’une ville canaille et multiculturelle.

Perdu dans une sombre ruelle de la médina, le musée de la Légation américaine vaut la peine d’être visité. Cette demeure a été donnée aux États-Unis par le sultan en 1821. Dans ce décor feutré, on peut découvrir quelques remarquables dessins de l’Écossais James MacBey.

Au rez-de-chaussée, une petite salle est consacrée à l’écrivain Paul Bowles. Au-dessus du Grand Socco, l’église Saint Andrew est entourée d’un luxuriant jardin. Construite en 1883, elle se reconnaît à son clocher en forme de minaret.

Aujourd’hui encore, l’intelligentsia française se passionne pour Tanger : BHL possède une villa près du Café Hafa et Pierre Bergé, ancien compagnon d’Yves Saint-Laurent, a racheté récemment la librairie Les Colonnes (54, boulevard Pasteur).

Perdus dans la medina

Virginie de Rocquigny

On entre dans la médina par le Grand Socco. Sur cette vaste place ronde, des Tangérois flânent à toute heure du jour et de la nuit. Une fois dans les entrailles de la vieille ville, mieux vaut accepter de se perdre !

Une multitude d’échoppes occupent les rues : herboristeries, bijouteries, bazars… On monte, on descend, on ressort parfois pour se retrouver face aux impressionnants remparts. Percés de treize portes, ils datent en grande partie de la période portugaise.

En descendant, on arrive au Petit Socco, placette aux allures andalouses entourée de cafés. Tout près, le Grand Théâtre Cervantes rappelle l’intense vie culturelle qui agitait autrefois Tanger. Aujourd’hui, le bâtiment délabré fait pâle figure…

Cette salle de 1 400 places, construite en 1911 par un riche Espagnol, était pourtant considérée comme le plus grand théâtre d’Afrique du Nord. Il a commencé à décliner à partir des années 1950. L’État espagnol, propriétaire des lieux, a initié des travaux en 2007 afin de mettre un terme à la dégradation du bâtiment.

Après avoir sillonné un dédale de ruelles et monté quelques escaliers abrupts, on arrive sur la place de la kasbah. Au fond, une porte qui a été un jour grillagée laisse entrevoir la mer.

Derrière, sur l’esplanade, des Tangérois fument et paressent devant l’incessant va-et-vient des ferrys. Depuis ce promontoire, l’Europe semble à portée de main.

Non loin de là, dans le quartier Fuente Nueva, se trouve la tombe d’un illustre explorateur, Ibn Battuta. Né à Tanger en 1304, il se lança dans un extraordinaire périple qui le conduisit jusqu’en Inde. Malheureusement, son mausolée n’est absolument pas mis en valeur… Y parvenir demande un vrai jeu de piste !

Un port tourné vers l'avenir

Virginie de Rocquigny

Oubliée et négligée pendant des années, Tanger réapparaît sur le devant de la scène depuis l’avènement de Mohammed VI. Le roi revient d’ailleurs sans cesse dans les discussions avec les chauffeurs de taxi !

Le souverain séjourne régulièrement dans la région et s’implique personnellement dans le développement de la ville, à coup d’investissements pharamineux. « Jamais un Tangérois n’aurait pu imaginer le développement économique que connaît Tanger aujourd’hui », reconnaît Rachid Tafersiti, attablé à l’Hôtel Continental.

Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre au port Tanger Med, à une trentaine de kilomètres à l’est de Tanger, après le cap Malataba. Au détour d’une route sinueuse, juste après le village de pêcheurs de Ksar es-Seghir, on voit surgir une forêt de grues et de conteneurs multicolores.

Inauguré en 2007, Tanger Med traite déjà 100 000 conteneurs par mois et devrait devenir d’ici 2012 le premier port d’Afrique sur le plan du transport de marchandises. Il bénéficie de la situation stratégique de Tanger, implanté sur le détroit de Gibraltar, seconde voie maritime la plus fréquentée au monde.

Le gouvernement place aussi beaucoup d’espoirs dans le développement touristique de la région. Le nombre de visiteurs augmente d’année en année, en partie grâce à l’ouverture de lignes aériennes low-cost au départ de Paris et Madrid.

Partout, des chantiers sont en cours : golfs, complexes hôteliers, reconversion du port de Tanger ville en port de plaisance… Il faudra bien cela pour atteindre l’objectif que s’est fixé la région de Tanger-Tétouan pour 2015 : 1,9 millions d’arrivées dans les hôtels classés, contre 500 000 actuellement.

Entre Méditerranée et Atlantique

Virginie de Rocquigny

L’air de la mer imprègne la ville. C’est devant Tanger que l’Atlantique et la Méditerranée se rencontrent. Pour voir de ses yeux le détroit, il faut se rendre au cap Spartel.

La petite route qui y mène est bordée de fastueuses villas. On peut même apercevoir l’une des résidences du roi, reconnaissable à la forêt d’antennes satellites émergeant du jardin.

Face au cap, derrière le phare jaune entouré de palmiers, la ligne de démarcation entre l’Atlantique et la Méditerranée se dessine, paraît-il, par temps calme. Au large, on discerne très distinctement les côtes espagnoles.

Moins de quinze kilomètres séparent Tanger la Marocaine d’Algésiras, en Espagne. Encore plus proche, le rocher de Gibraltar domine le détroit. De nombreux Marocains se promènent ici et sirotent un thé à la menthe devant la vue panoramique du Café du cap Spartel.

À quelques kilomètres de là, les grottes d’Hercule attirent une foule de touristes, Marocains en famille ou routards européens.

Ici encore, c’est un mythe qui habite les lieux. Hercule se serait reposé dans ces cavités rocheuses avant d’accomplir le onzième des douze travaux, la cueillette des pommes d’or du jardin des Hespérides. La légende raconte aussi qu’Hercule ouvrit le détroit de Gibraltar d’un coup de sabre…

Fiche pratique

Agnès Millet
Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Maroc.

Comment y aller ?

- Aller-retour depuis Paris à partir de 80 € avec Easyjet (bien plus cher en saison).
- Pour ceux qui ont le temps, un ferry effectue la traversée entre Sète et Tanger avec les compagnies Comanav et Comarit (le voyage dure 36 heures).

Où loger ?

- L’hôtel Continental, 36, rue Dar El Baroud (dans la médina). Tél. : 039-93-10-24. Ce prestigieux établissement jouit d’une vue exceptionnelle sur la baie. Il a accueilli Degas, Churchill et, plus récemment, Francis Ford Coppola. Bertolucci y a tourné des scènes de son Thé au Sahara d’après le roman de Paul Bowles. Atmosphère surannée qui évoque le Tanger de la grande époque. Doubles à partir de 45 €.

Où boire un thé à la menthe ?

- Café Baba, 1 rue Sidi Hosni. Niché en haut d’un escalier, ce café donne sur la villa de Barbara Hutton, héritière des supermarchés Woolworth. Au mur, des photos des Rolling Stones, passés par là.
- Café Hafa, avenue Hadj Mohamed Tazi (près de l’ancien palais du Mendoub). Une vue magique pour un café mythique, ouvert depuis 1921. Jean Genet, les Beatles, Jimi Hendrix, Paul Bowles, William Burroughs, Sean Connery et bien d’autres se sont attablés sur ces terrasses en escalier.

Où manger ?

- Restaurant Agadir, 21, avenue Prince Héritier. Une pastilla, un tajine d’agneau aux abricots et aux amandes et même une bouteille de vin… Rien à redire !
- Restaurant communautaire Darna, rue Jules Cot (tout près du Grand Socco). Darna signifie « notre maison ». Cette association propose formation et accompagnement vers l’insertion pour des femmes en difficulté. Un restaurant-atelier est installé dans un agréable patio (déjeuner seulement, copieux couscous le vendredi).
- Saveurs de Poisson, rue de la Liberté, escalier Waller (près de l’Hôtel el-Minzah). Un menu unique (du poisson rien que du poisson) et copieux. Juste en dessous du restaurant, dans le même escalier, vous pouvez jeter un œil aux ateliers des tisserands.
- Les Passagers de Tanger, Place du Grand Socco. Pas de plats marocains à la carte mais de généreuses tartines. La terrasse surplombe le Grand Socco.

Où écouter de la musique ?

- Les Fils du Détroit, club de musique arabo-andalouse, place de la kasbah (à côté de la boutique de Laure Welfling). Tous les soirs à partir de 18 h, cette petite salle tout en longueur et en coussins accueille des concerts de musique arabo-andalouse.

Où faire une pause et voir un film ?

- La Cinémathèque de Tanger , place du Grand Socco. La Cinémathèque est installée dans les locaux d’un ancien cinéma, le Rif. Gérée par une association, elle vise à développer la culture cinématographique au Maroc. Le café est très agréable.

Shopping

- Parfumerie Madini, 14, rue Sebou (dans la médina) ou 5, bd Pasteur (succursale). Pour rapporter du savon au jasmin et des minuscules flacons de parfums « à la façon » des grandes marques françaises !

Découvrir les alentours

- Tétouan est à une heure de route de Tanger. Dans sa médina grouillante (inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco) on peut voir les artisans au travail.
- Chefchaouen constitue une deuxième étape idéale : à flanc de montagne, cette petite ville est surtout célèbre pour sa superbe médina bleue.

Festivals

Fin mars, le festival international du cinéma méditerranéen, à Tétouan.
En avril, le salon des arts et des livres, à Tanger.
En juin, le festival international de jazz de Tanger, Tanjazz.

Psst... En plus, il y a un cadeau à l'inscription à nos newsletters !

Le meilleur de nos reportages, idées et carnets de voyage

Réductions, gratuités & actualités voyage à ne pas manquer

Les derniers reportages sur le meilleur au Maroc

Djebel Toubkal, randonnée sur le toit du Maroc

Djebel Toubkal, randonnée sur le toit du Maroc

À 1 h 20 de Marrakech, Imlil, le Chamonix marocain, est le point de départ vers le djebel Toubkal, le plus haut sommet de toute l’Afrique du Nord. Avec ses 4 167 m d’altitude, cheminer sur ce géant de...
Maroc : 3 escapades dans le Sud marocain

Maroc : 3 escapades dans le Sud marocain

Reliées en vol direct à la France, Ouarzazate et Errachidia sont les portes d’entrée du désert marocain, d’où l’on peut rayonner dans la région. Le temps d’un clin d'œil, on passe d’une palmeraie...
Aller au Maroc sans prendre l’avion

Aller au Maroc sans prendre l’avion

Pour celles et ceux qui veulent oublier l’avion, qui ont un peu de temps devant eux, qui aiment le voyage « à l’ancienne », mêlés aux binationaux en partance pour le bled, se rendre au Maroc avec sa...
Le meilleur du Maroc

Le meilleur du Maroc

À 2-3 heures de vol selon les destinations, le Maroc, c’est l’évasion garantie à proximité de la France et à portée de pratiquement toutes les bourses (surtout hors vacances scolaires). Pays aux...
Maroc : voyager dans le désert

Maroc : voyager dans le désert

Pour les voyageurs au budget modeste, le Maroc s’impose comme un choix tout fait en matière de désert. Facile d’accès, le Sud marocain, avec ses paysages grandioses, offre une multitude de...

Bons plans voyage Maroc