Nord du Chili : du Pacifique au désert d'Atacama

Volcan Parinacota
Volcan Parinacota © Kseniya Ragozina - stock.adobe.com
Dans les grands espaces du nord du Chili, moins de 2 millions d’habitants se partagent plus de 300 000 km2 ! Au premier abord, la région peut sembler hostile : les séismes y sont réguliers, le littoral desséché et la cordillère des Andes, enchâssée sur l’altiplano, piquetée de volcans souvent actifs. Entre les deux, certaines zones de l’Atacama n’ont pas vu une goutte de pluie depuis plus de 80 ans ! C’est même, affirment les scientifiques, le désert le plus désertique au monde…

On y croise pourtant d’incroyables oasis nourries par les eaux de fonte des neiges andines : des villages amérindiens entourés de terrasses, des lacs salins où se regroupent les flamants roses, des plaines d’altitude semées de plans d’eau où paissent les vigognes. Et, dans le Norte Chico, comme on l’appelle, des vallées verdoyantes où prospèrent les arbres fruitiers.
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La Serena ou l’été serein

La Serena
La Serena © Karol Kozłowski - stock.adobe.com
L’été est de retour à La Serena. Parasols multicolores, bouées fluo, planches de boogy et de surf prêtes à défier les vagues cohabitent sur le large tapis de sable. De nombreux colporteurs proposent beignets et boissons (presque) fraîches. Le ballet est bien cadencé. Les baigneurs, conscients de l’ardeur du soleil, vont et viennent. Entre 11h et 16h, la rôtissoire est pratiquement désertée.

À 18h, 19h, la vague se retire. Les enfants abandonnent pelles, seaux et râteaux pour une virée en vélo, en kart à pédale, en rosalie ou en petite voiture électrique, le long de l’interminable promenade littorale. Au compteur : 11 kilomètres de plage, de mouettes, d’hôtels, de condos, de restos, de boîtes, de bars, à vrombir du bout des lèvres, pour faire comme les adultes en auto — la stéréo en moins.

Le lendemain, certains pousseront jusqu’à Coquimbo niché au creux de la baie, et veillé depuis l’an 2000 par les bras grands ouverts d’un gigantesque crucifix de béton. Amarrée sur un trépied peut-être antisismique, cette Cruz del Tercer Milenio ne mesure pas moins de 103 mètres de haut — 63 mètres de plus que le minaret de la nouvelle mosquée, anachronique copie de la Koutoubia financée par le roi du Maroc… L’honneur est sauf.

On grimpe en ascenseur jusque dans les bras de la Croix, avant de redescendre au musée admirer quelques bibelots envoyés par le Santo Padre. À l’ombre de cette divine protection, les habitants ont conquis les collines, perchant leurs maisons sur les pentes instables. On dit de Coquimbo qu’elle a quelque chose de Valparaiso. C’est vrai, si l’on s’en tient à cette géographie et aux maisons anciennes et délabrées qui rappellent les temps prospères où le port exportait en quantité le minerai de cuivre. Ainsi en est-il du bâtiment de l’AJ, au balcon en fer forgé mangé par la rouille, qui abrita jadis le séjour d’un consul de France.

La vallée du Pisco et des étoiles

Elqui Valley Chili
Elqui Valley © Kseniya Ragozina - Adobe Stock
À 20 kilomètres de La Serena, le thermomètre a grimpé de 4 °C. À Vicuña, à 60 kilomètres, il en a pris dix ! Étourdis par la chaleur, alimentés par les eaux intarissables du río Elqui, les vergers et les vignes prospèrent, livrant raisin, papayes, pastèques, figues, pêches et copaos — ces drôles de fruits à écailles poussant sur une espèce locale de cactus, à la chair si acide qu’il faut la sucrer avant de la goûter.

Vicuña, pour les Chiliens, rime avant tout avec Gabriela. Gabriela Mistral. La poétesse a été le premier auteur latino-américain à recevoir le Prix Nobel de Littérature, en 1945. Tous n’ont pas lu son œuvre, marquée par l’ombre récurrente de la mort, mais chacun honore sa mémoire comme celle d’une authentique héroïne, déambulant pieusement devant les vitrines du musée, où sont rassemblés ses livres et ses meubles. Son nom orne même les bouteilles de pisco sortant de la distillerie de Pisco Elqui… La bourgade, jadis appelée La Unión, a été rebaptisée de ce nom en 1936 pour affirmer une prééminence : cette eau-de-vie de raisin est bien chilienne et pas péruvienne. Puisqu’on vous le dit !

Avaient-ils un verre dans le nez ? Nombre d’adeptes du New Age, recroquevillés dans l’étroite vallée de Cochiguaz, affirment avoir vu des petits hommes verts. L’Elqui, à les entendre, serait le paradis des OVNI… C’est, plus assurément, celui des astronomes. Venus du monde entier, ils scrutent avec avidité les cieux austraux où, mieux que partout ailleurs, la voie lactée balise le ciel de son écharpe étoilée.

À La Silla, au Cerro Tololo, les télescopes rivalisent de diamètre pour scruter le firmament. « Inutile, ou presque », nous affirme Éric, astronome français installé sur son propre sommet, qui distille chaque soir avec brio les secrets des constellations australes. C’est l’analyse des ondes radio qui fournira les grandes découvertes de demain ; l’œil ne peut guère aller plus loin. Qu’importe, pour le profane, c’est un ravissement… Pas un rai de lumière n’entache le ciel. Quart de lune mis à part, sa pureté est incomparable.

Dauphins et pingouins

Pingouins au Chili
Pingouins au Chili © Ekaterina Pokrovsky - stock.adobe.com
Tancées par la houle qui déferle, les lanchas (longues barques plates) attendent leur chargement de visiteurs en partance pour les îles. L’embarquement est un peu sportif : d’un saut de puce, entre deux déferlantes, soutenu par quatre bras… Cap au large. Voltigeant dans les cieux, quelques sternes, quelques pélicans bruns du Pérou animent le début de la traversée.

Pas même le temps de demander au guide s’il arrive de croiser des dauphins qu’un, deux, trois, puis cinq ailerons fendent les eaux grises. Des delfines nariz de botella — dont la rapidité à plonger laisse peu de chance de bien distinguer ce nez en forme de bouteille qui leur a donné leur nom… Se jouant des sillages, des vagues, des étraves, ils nous suivent, sans même l’espérance d’une récompense. Un saut plus trapu que les autres : c’est une otarie à fourrure qui surgit comme une torpille et retombe.

Les côtes, soulignées de falaises noires, blanches et brunes, sont piquetées de points mouvants : d’autres pélicans, des fous, des cormorans et, là, sur les rochers, des petits majordomes en black and white. Les fameux penguinos de Humboldt, ces manchots qui ont donné leur nom à la réserve. La plupart des adultes partis à la pêche, ce sont principalement des jeunes qui restent à observer, stoïques, le passage des bateaux et des appareils photo.

En cette fin d’été austral, leur duvet de peluche se détache doucement, commençant à révéler un poitrail neige semé de délicates taches gris clair. Les dauphins resurgissent. Un peu plus loin, un jeune éléphant de mer en villégiature prend le soleil. Des otaries aussi, perchées sur leurs rochers comme des trophées. La profusion de vie est étourdissante. Pour se remettre, le bateau nous offre une escale sur l’isla Damas. Peu de faune sur place, mais une île pelée, où prospèrent (toute proportion gardée) les cactus. Deux plages de sable blanc, baignées par des eaux turquoise, invitent à la baignade.

Antofagasta, l'âge d'or du salpêtre

Humberstone
Humberstone © jarcosa - stock.adobe.com

Amarrée le long de la côte desséchée, Antofagasta est née d’un simple quai, bâti dans les années 1870 pour exporter le salpêtre tiré des mines du désert d’Atacama. Le salpêtre ? Un excellent engrais naturel. Encouragé par les compagnies étrangères, le Chili fit alors la guerre à la Bolivie et au Pérou voisins pour récupérer ce vaste territoire désolé, mais au sous-sol prometteur.

Bientôt, un train déversa l’or blanc par milliers de tonnes, ainsi qu’une quantité croissante d’iode, de lithium, de soufre, de zinc, de molybdène, de rhénium et, plus encore, de cuivre. Le Chili en est aujourd’hui le principal producteur mondial (avec 33 % des réserves connues). Il possède à la fois la mine à ciel ouvert la plus productive, à Escondida (elle assure à elle seule 2,5 % du PIB du pays !) et la plus grande, à Chuquicamata, avec un puits long de… 5 kilomètres !

Dès que l’on quitte Antofagasta, les vestiges de l’âge d’or du salpêtre surgissent du désert. Chacabuco, Pedro de Valdivia, María Elena, Santa Ana, Empresa, Buena Esperanza, Soledad, Buenaventura, Victoria… autant d’oficinas salitreras, grandies au beau milieu de nulle part. Abandonnées après la Première Guerre mondiale et l’apparition des engrais chimiques, ces villes fantômes révèlent des murs à demi-effondrés, des maisons silencieuses, des églises sans fidèle, des écoles sans enfant, des hôpitaux sans malade, des hôtels sans client.

Près d’Iquique, la plus grande d’entre elles, Humberstone, a été classée à l’Unesco et restaurée. On peut y voir une piscine immense où les ingénieurs, les contremaîtres anglais et leurs familles se baignaient sous le soleil de plomb de l’Atacama ! Les ouvriers, eux, survivaient sans pesos, payés le plus souvent en seules fichas, des jetons qui les condamnaient à se fournir à la pulperia (le magasin) de la compagnie.

Plus près d’Antofagasta, dans la bourgade endormie de Baquedano, un panneau en bois indique un Museo. La voiture cahote en traversant les rails et s’arrête devant un hangar en tôle rouillée. Pas de gardien ici, pas de billet d’entrée, ni même de musée : juste une vieille gare de triage où rouillent une dizaine de vénérables locomotives à vapeur, sagement garées sous leurs auvents.

À l’assaut des Andes

Del Tatio Geysers Chili
Del Tatio Geysers © Raí - Adobe Stock
De Calama, capitale minière du pays, il ne faut guère plus d’une heure pour rallier San Pedro de Atacama par une route goudronnée lancée à travers des paysages d’une grande stérilité. Nous faisons route, au volant d’un pick-up, jusqu’au hameau de Chiu-Chiu, assoupi autour d’une attachante église à la charpente et aux portes en bois de cactus.

En toile de fond, les sommets enneigés annoncent un monde nouveau, andin. La piste, d’abord rectiligne, se met à sinuer, puis se cabre. Passé 3 000 mètres, les premières touffes d’ichu (une graminée) apparaissent, un peu plus vertes que jaunes grâce aux récentes pluies. Corollaire de l’ichu : deux vigognes montrent bientôt le bout de leur joli minois. Au fil de la montée, d’autres animaux surgissent d’entre les pentes pelées et les cailloux. Ils nous accordent un regard, parfois deux, dépliant leur long cou gracile et faisant frétiller les cils soulignant leurs grands yeux noirs en amande.

Un nouveau chaînon franchi, un panorama grandiose se déroule devant nous : la barrière des Andes dans toute sa splendeur, saupoudrée de neiges pas toujours aussi éternelles que l’on voudrait le croire. Des nuages noirs jouent avec les crêtes, les enrobent, les recrachent, laissant briller un instant le soleil sur l’altiplano frigorifié. L’hiver, ici, le mercure chute à -15 °C, -20 °C. Un moment sublime, affirme le garde de la réserve, en poste à l’année — moment où les corolles des fumerolles et les geysers, revigorés par l’amplitude thermique, s’élèvent plus haut, plus beaux.

Même en cet après-midi d’été, le spectacle est étonnant. Sourdant de terre, l’eau frémit en résurgences bouillonnantes, en fontaines infatigables, ou s’étale en grands bassins limpides et immaculés aux reflets bleutés. Plus loin, plus bas, les forges terrestres chauffent d’autres piscines naturelles, comme celles de Puritama, où l’on se laisse glisser entre les ajoncs (33,5 °C aujourd’hui).

San Pedro, quartier général de l’Atacama

Chili Atacama Vallée de la Lune
Vallée de la Lune © Adwo - stock.adobe.com
Quartier général du tourisme local, le village de San Pedro de Atacama conserve sa vieille église, ses rues de terre battue et ses maisons basses de pisé. Mais dans la calle Caracoles, les bars et les restaurants ont tout envahi : seules cinq familles locales y vivraient encore !

San Pedro constitue néanmoins une base arrière parfaite pour découvrir le cœur du désert d’Atacama : il n’est pas de trop d’y rester trois ou quatre jours, voire même une semaine entière. Il en faut bien autant pour se rassasier de la vue du volcan Licancabur (5 916 mètres), rougeoyant au couchant, qui dresse son cône parfait sur la frontière avec la Bolivie voisine.

Juste au nord de San Pedro, deux vallées voisines projettent au-dessus des steppes désolées leurs cathédrales de roches ciselées par l’érosion. La Vallée de la Mort n’a rien à envier à son homologue nord-américaine, avec son inextricable dédale de mamelons. La Vallée de la Lune offre une plus grande diversité encore, avec ses dunes altières de sable grisé ou brunâtre, d’où émergent des roches naufragées, torturées, postées ici ou là en hiératiques soldats.

Par endroits, le sol brille : ce n’est pas de la neige, non, ni même le gel matinal, mais des couches éparses de sel, tantôt coagulé en grumeaux, tantôt lisse comme un miroir sans tain. Déserte à l’aube, la vallée s’anime en soirée, lorsque débarquent tous les excursionnistes en quête de coucher de soleil. Le must do, comme disent nos amis yankees ? Une séance de sandboarding. En clair : une descente de dune en surf — et au ralenti.

Des lacs dans le désert

Chili Réserve Los Flamencos Laguna Chaxa
Laguna Chaxa © Aleksei Potov - stock.adobe.com
Plus au sud, s’étend le Salar de Atacama, petit cousin du grand Uyuni bolivien. Dans cette vaste dépression étirée sur une centaine de kilomètres, tout le sel tiré des montagnes voisines par les torrents saisonniers s’est accumulé au cours des millénaires. Le désert est ainsi tapissé d’une croûte grisâtre et chaotique, bétonnée par la poussière.

Miraculeusement, quelques plans d’eau y survivent à l’ardeur du soleil. C’est le cas de la fantastique Laguna Cejar, dont les eaux tourmaline sont serties de concrétions aux formes surprenantes : empreintes d’éléphants, dépôts cotonneux de fleur de sel, flaques saumâtres, protubérances grisées ou ouateuses…

À 100 mètres de là, la Laguna Piedra n’est pas aussi bien enguirlandée, mais elle est autrement plus accueillante : on peut même s’y baigner, au risque de flotter comme un bouchon, façon mer Morte ! L’endroit idéal pour (enfin !) réussir à faire la planche. Près de l’entrée du site, les gardes mettent à disposition quelques bidons de 5 litres d’eau, bien utiles pour débarrasser les baigneurs de leur croûte de sel…

Passé Toconao, une piste droite comme un I s’élance en plein salar. Vingt kilomètres de ce régime et voilà que le néant prend vie. Sur la Laguna Chaxa, les flamants s’éparpillent comme des pétales de roses. Trois espèces cohabitent ici : le rare flamant de James, si pâle qu’il en a presque l’air blanc ; le flamant du Chili, peu répandu, mais aisément reconnaissable à ses « genoux » roses ; le flamant des Andes, enfin, le plus beau, à l’encolure de feu et aux plumes des ailes carmin et noires. Tandis que le soleil descend vers l’horizon, les oiseaux se rassemblent, s’envolent par petits groupes pour rejoindre, un peu plus loin, un lac échappant aux regards, où ils ont bâti leurs nids.

À l’ombre de la dune

Iquique
Iquique © Jose Luis Stephens - stock.adobe.com
Rejoindre Iquique depuis San Pedro n’est pas trop compliqué : un premier Tur-Bus mène jusqu’à Calama, puis un second à destination. En tout : à peine 10 000 pesos en clásico et 9 heures de trajet, transfert inclus. Certains voyagent de nuit, mais il serait dommage d’arriver à Iquique dans le noir. Parvenu au bord de la falaise littorale, le bus plonge littéralement vers la ville, coincée sur une margelle étroite, au pied d’une dune d’une invraisemblable hauteur (plus de 200 mètres !) qui semble prête à l’engloutir.

Iquique, comme Antofagasta, s’est développé à la fin du XIXe siècle grâce à la manne du salpêtre. Le port, désormais le plus grand d’Amérique du Sud, affublé de sa zone franche (Zofri), continue d’exporter les nitrates et s’est mis à importer tout ce que la Chine et l’Asie fabriquent à bon marché. De là, les camions argentins, brésiliens et, plus encore, paraguayens, poursuivent le mouvement vers l’intérieur du continent.

On pourrait craindre une ville sans âme, préoccupée par le seul dieu du commerce. Erreur ! Iquique mérite l’escale, et plutôt deux fois qu’une. Fière de son passé, la municipalité a méticuleusement restauré les belles demeures de bois et de pierre qui s’alignent le long de la calle Baquedano, rendue aux piétons. Les façades, greffées de balcons et de loggias, y déclinent une palette de couleurs comme seule l’Amérique Latine sait en produire : rose fuchsia, vert d’eau, jaune solaire, bleu ciel ou outremer…

Au bout du long ruban, la plaza Arturo Prat est veillée par une sorte de Big Ben blanc et par un théâtre fastueux, aux sièges en fer forgé, où joua jadis Sarah Bernhardt. Dans un coin de l’esplanade, le Casino Español ramène lui aussi aux jours fastes. On peut désormais s’affaler dans les fauteuils en cuir de ce club privé, bâti en 1904 dans un style mauresque débridé, avec plafonds en bois sculpté et faïences polychromes, pour boire un verre en toute sérénité.

Au pays du soroche

chili parinacota
Parinacota © jarcosa - stock.adobe.com
Arica, la Ciudad de la Eterna Primavera (« ville du printemps éternel »), est veillée par le Morro, un promontoire desséché qui domine l’océan, les plages et une plaza où se dressent une cathédrale et une ancienne douane dessinées par Gustave Eiffel. Mis à part cela, Arica n’a pas un charme fou, mais elle reste un lieu de transit obligé pour tous ceux qui se rendent au Pérou ou en Bolivie.

Le port dégorge d’ailleurs à longueur de journée un flot de camions poussifs chargés de containers qui, virage après virage, grimpent patiemment vers l’altiplano. De 0 à 4 600 mètres, le voyage est rude, la tête tourne, les tempes vrombissent, écrasées par le poids du soroche — le mal de l’altitude. Faut-il y voir la cause de tant de croix plantées le long du chemin, de tant de carcasses éventrées ?

Fuyant la « civilisation » — comme elle se désigne elle-même —, Andrea et Alex sont montés, eux aussi, pour poser leurs sacs en plein désert, à 3 200 mètres d’altitude. Alimentés par l’énergie solaire et éolienne, abreuvés par les rares pluies d’été, ils ont installé leur campement dans un vieux wagon et donné naissance à six enfants, grandis au grand air, sans chauffage, sans télé, sans école (mais pas sans éducation) et sans alter ego. Leur havre, ils l’ont baptisé Pueblo de Mallku. Andrea y presse les figues de Barbarie, fait le mate de coca (succulent), cuit son pain de quinoa pour les voyageurs de passage et alimente aussi les conversations : oui, on peut tout plaquer, cesser de courir après le temps.

Plus haut, vers Putre, la montagne reverdira — un peu. Les vigognes reparaîtront, plus nombreuses que jamais. Dans le grand enclos du Bofedal de Parinacota, semé de lacs, elles paîtront librement aux côtés des alpagas et des lamas. Et, dans les plans d’eau, se refléteront les cônes blancs, parfaits, des volcans andins.

Fiche pratique

Route de la Vallée de la Lune
Route de la Vallée de la Lune © Christian - stock.adobe.com

Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Chili.

Site officiel du tourisme chilien (en espagnol et en anglais)

Climat

La longueur invraisemblable du Chili (4 300 kilomètres du nord au sud) lui vaut une panoplie de climats des plus divers. Le nord est chaud et sec — pour ne pas dire caniculaire et desséché… À Arica, la moyenne des précipitations annuelles atteint tout juste 0,8 millimètres (800 fois moins qu’à Paris) ! Record mondial.
Sur la côte, la rencontre du courant froid de Humboldt, remontant de l’Antarctique, et des terres chauffées à blanc, provoque la formation de la camanchaca, une sorte de brouillard épais dont l’humidité très relative permet à certaines plantes de survivre. La camanchaca est plus fréquente durant l’hiver austral (juin à septembre).
À l’approche des Andes, c’est le monde à l’envers : les rares pluies tombent essentiellement en été, lorsque des masses de basses pressions descendent de l’Amazonie.

Comment y aller ?

Seules Air France et LAN (la compagnie chilienne) assurent des vols directs au départ de Paris — la première 6 fois par semaine, la seconde 3 fois, avec courte escale à Madrid (on sort de l’avion pour y remonter).
Parmi les options les moins chères du moment : vols TAM avec correspondance au Brésil.

Se déplacer

Au Chili même, on se déplace fréquemment en avion pour les longues distances, soit avec LAN, dont le réseau est le plus étendu, soit avec Sky Airline ou PAL Principal Airlines.

Autre option : le bus. Pour les longues distances, les prix sont en moyenne moitié moins chers que ceux de Sky et de PAL en classe normale, mais attention… les temps de trajet sont parfois énormes. Ainsi, de Santiago, il faut compter 19-20 heures pour Antofagasta et 28-30 heures pour Arica ! Les tarifs varient en fonction de la saison (plus cher en janvier-février) et, naturellement, du degré de confort. Entre le clásico et le cama premium (siège couchette), vous paierez parfois du simple au double… Ce qui revient à dire que les billets de bus les plus chers sont quasiment au même prix que les vols les moins chers…

La voiture est un choix pas forcément idiot au Chili, où l’on rate l’essentiel en restant dans les villes. De nombreuses agences proposent des excursions mais, à force, cela finit par coûter cher — et la visite en groupe n’a pas que des avantages…

Les grands axes sont bons, voire très bons — certaines sections de la Panaméricaine ressemblent même à une autoroute bien de chez nous. Par contre, dès que l’on quitte les villes, la terre battue et la poussière ont vite fait de remplacer le goudron. Comme le temps est sec au nord, on passe en général assez facilement avec une petite voiture.

Par contre, pour s’attaquer aux pistes de l’altiplano, un 4x4 est recommandé. Si les tarifs vous font peur (rien à moins de 550 €, hors assurance), rabattez-vous sur un 4x2, type pick-up américain, très populaire auprès des compagnies minières travaillant dans la région. Pour une petite voiture, comptez au moins 300 € la semaine, toujours hors assurance. Au cours de vos déplacements, pensez à faire régulièrement le plein : les stations sont rares hors des villes et on peut faire plusieurs centaines de kilomètres avant d’en croiser une !

Où dormir ?

L’hébergement est cher au Chili et représentera une part importante de votre budget. N’espérez pas trouver une chambre double à moins de 10 000-12 000 $ (15-17,50 €) dans les villes peu touristiques — et plus souvent à partir de 15 000 $ (22 €). Pour ce prix, vous aurez une piaule simple, petite et parfois glauque (éclairages néon), avec ou sans salle de bains (selon l’endroit).
En dortoir, les lits tournent le plus souvent autour de 6 000-8 000 $ (9-12 €) par personne. Dans la catégorie moyenne, les tarifs oscillent entre 20 000 et 30 000 $ (29-44 €). Ils sont plus élevés en janvier-février et parfois en juillet-août quand débarquent les Européens. À San Pedro de Atacama, tout est 20-30 % plus cher.

Trouver votre hôtel au Chili.

Danger mines !

Vestige des temps passés, il reste encore quelques zones minées dans le nord du pays, près des frontières péruvienne et bolivienne. Elles sont généralement signalées, mais ce n’est pas une garantie à 100 %, alors renseignez-vous !

Liens utiles

Site du ministère du tourisme chilien (en espagnol)

Parcs nationaux chiliens (en espagnol)

Agence de voyages online du Chili (en espagnol et anglais)

Observatoire del Pangue, près de Vicuña

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