Népal : retourner dans la vallée de Kathmandu

15 décembre 2015

Le 25 avril 2015, un séisme de magnitude 7,8 a durement frappé la région de Kathmandu, au Népal. Entretemps, les bonnes volontés sont venues de partout. Aujourd’hui, quasiment tous les hôtels et restaurants sont de nouveau ouverts, n’attendant que les touristes.
Certes, le cœur historique de Kathmandu a souffert. Mais la capitale reste un mythe où il fait bon baguenauder au milieu des marchés et des temples populaires, tout en projetant le souvenir des années 1960 sur ses murs...
Et puis, il y a ses superbes cousines royales, Bhaktapur et Patan, dont les temples ont bien résisté. Il est donc temps de revenir dans cette vallée à la population si attachante, où, dit-on, « il y a plus de temples que de rues et plus de fêtes que de jours de l’année ».

Kathmandu, s’enfoncer dans Asan Tole

Tout voyageur arrivé à Kathmandu passe inévitablement par Thamel, le quartier touristique, même si le trafic et la pollution y sont en général très denses. On complète son matériel en prévision du trek que l’on s’est promis d’accomplir et on y échange des informations avec d’autres voyageurs, sans oublier de passer chez KEEP. Cette association locale donne un bon aperçu du pays, sensibilise à l’écologie et a créé une « clothing bank » qui prête vêtements et matériel aux porteurs démunis.
Mais s’il n’y a qu’une balade à faire, c’est celle qui commence à Jyatha, au sud de Thamel. Peu à peu, on s’enfonce dans Asan Tole, un quartier hyper populaire où les deux-roues klaxonnent sans cesse pour se frayer un passage dans la foule.
Un parcours entre étalages de fruits, de légumes et d’épices, minuscules boucheries fréquentées par les mouches, ribambelles d’ustensiles en cuivre accrochés à de vieilles façades en bois sculpté, dentistes dont les enseignes affichent des mâchoires explicites ou encore marchands de tapis installés au pied d’un temple hindou.
Car le quartier d’Asan Tole est truffé de temples admirables, tel le Machendranath Bahal, cerné d’habitations, jusqu’aux minuscules autels de rue qui se réduisent à une pierre posée sur le sol, rougie par une poudre vermillon, sur laquelle reposent quelques grains de riz en équilibre instable.
Au milieu de ce bain de foule, flotte également une légende. Ce serait ici, à Asan Tole, dans les années 1960, que Cat Stevens écrivit sa fameuse chanson Katmandu.
Kathmandu, pas de mari pour la Kumari

Remettez donc vos pieds en marche pour traverser Indra Chowk, le carrefour des bijoutiers, jusqu’à Durbar Square. La fameuse place du Palais royal, fondée par la dynastie Lichhavi (4e-9e siècles) et développée par les rois Malla (13e-18e siècles), inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, a payé un lourd tribut au séisme de 2015.
Adieu, entre autres, au plus vieux temple de la ville, le Kasthamandap, qui signifie « temple de bois » et a donné son nom à Kathmandu. Heureusement, la Kumari veille à nouveau. Cette fillette, qui apparaît chaque jour au balcon de sa superbe maison newar en bois sculpté, est, avec celles de Patan et de Bhaktapur, la dernière déesse vivante de la planète.
La légende dit que le roi Jaya Prakash Malla fit la cour à la déesse Taleju, protectrice de la cité. Celle-ci s’enfuit et revint tourmenter le roi qui lui promit de vénérer sa nouvelle incarnation : la Kumari. Néanmoins, la vie d’une kumari n’est pas très rigolote. Elle perd son statut dès ses premières règles et a souvent du mal à se trouver un mari. Pas étonnant, puisque l’on raconte qu’épouser une kumari entraînerait la mort…
Plus loin, la magie de l’immense place royale opère encore. Dans un triangle envahi de pigeons, la statue de Hanuman, le dieu-singe, pour ne pas dire le dieu-sage, recouvert d’une pâte orangée, garde le palais convalescent. À deux pas, toujours aussi vénérée, la terrifiante statue noire de Bhairava, avatar nihiliste de Shiva.
Et puis, entre les deux, la statuaire érotique du temple de Jagannath. Toujours debout, elle nous rappelle que le désir conserve.
Swayambunath, les yeux de Bouddha

Et si Kathmandu était un stûpa ? Tournons dans le sens des aiguilles d’une montre autour de la capitale et continuons à le faire une fois arrivés au sommet de Swayambunath, tout en souriant au souvenir du capitaine Haddock dans Tintin au Tibet (« Toi passer à gauche, Sahib ! »). Depuis le stûpa, l’un des plus anciens de la planète, quinze siècles au moins nous contemplent…
La vue sur Kathmandu et sa vallée est magique. On se pose volontiers plusieurs heures dans un état de contemplation totale. Seuls les singes, qui lui ont donné son surnom de Monkey Temple, honnis par les Bouddhistes, viennent troubler la quiétude des lieux en s’intéressant de très près aux nourritures terrestres.
Malgré quelques pagodons fissurés de-ci de-là, le stûpa a résisté stoïquement au tremblement de terre. Peut-être parce que son dôme massif représente la Terre elle-même ?
Les 13 anneaux dorés de son pinacle symbolisent les degrés de la connaissance du bouddhisme. Mais le plus intimidant, ce sont ces yeux qui vous dévisagent, surmontés d’un troisième œil. Bouddha voit tout, Bouddha sait tout. Mais Bouddha ne parle pas (pas de bouche !). Et, en guise de nez, un grand point d’interrogation.
Questionnement métaphysique ? Pas vraiment... En fait, il s’agit du chiffre « 1 », en sanskrit, qui réaffirme l’unicité de Bouddha face au polythéisme hindou. Pourtant, les Hindous et leurs rois ont toujours fréquenté les lieux, preuve que le Népal ne voit pas vraiment de problème à métisser ses deux religions majeures.
Pashupatinath, ville sainte

Située à l’est de la capitale, Pashupatinath est aussi sainte que Bénarès en Inde car la rivière Bagmati qui la traverse se jette dans le Gange, le fleuve sacré. Un lieu et une expérience humaine à ne pas manquer, sauf si vous êtes spécialement émotif.
C’est en effet ici que l’on procède aux crémations des défunts. Si les lieux n’ont pas souffert du séisme de 2015, le rythme des crémations fut, on le devine, particulièrement intense. Chaque jour, des corps enveloppés d’un linceul orange, symbole de paix, sont brûlés sur les ghâts (gradins) qui bordent la rivière. Impressionnants bûchers composés de 350 kg de bois, dont 125 kg de santal, sur lesquels on dépose le défunt en direction du nord, donc de l’Himalaya, la demeure des dieux.
C’est le fils aîné, le corps entièrement rasé, qui met le feu dans la bouche de son père. Une épaisse fumée monte vers le ciel, puis les bûches et les cendres sont projetées dans la rivière, direction le Gange…
Plus loin, d’apprentis orpailleurs, souvent des enfants, draguent le fond de l’eau à la recherche des bijoux et de l’or n’ayant pas fondu. Plus haut, face à l’hospice local où exerça Mère Teresa, se dresse le Golden Temple, temple hindou dédié à Shiva, ici décliné sous sa forme protectrice sous le nom de Pashupati.
Entrée interdite aux non-hindous, mais le spectacle est dans la rue grâce aux sadhus, ces ascètes itinérants qui ont renoncé aux plaisirs terrestres pour la prière… mais pas toujours au plaisir de se faire photographier moyennant une petite offrande.
Newar, c’est newar (mais il y a de l’espoir…)

Aïe ! C’est ce qui risque de sortir de votre bouche si vous oubliez que les plafonds sont vraiment bas dans les maisons newar. Les Newar, les plus anciens habitants de la vallée (5 % de la population) sont les artistes du pays.
C’est bien simple, là où il n’y a pas de Newar, il n’y a pas d’œuvres d’art (comme dans le Teraï, par exemple, dans le sud). Les temples de la vallée, ce sont les Newar. Les balcons et les fenêtres finement ciselées dans le bois noir, ce sont les Newar ! Araniko, l’un des leurs, a même inventé la pagode, diffusant son œuvre dans toute l’Asie...
Patan est, avec Bhaktapur, l’une de leurs capitales. La ville propose un échantillon d’habitations traditionnelles, restaurées et ouvertes au visiteur de passage, unique en son genre. De plus, on loge à deux pas du petit mais adorable Durbar Square, qui a fort bien résisté aux secousses.
Sur la place, la superbe porte d’Or du Palais royal donne accès à des cours gardées par des lions et des divinités, mais aussi au plus beau musée du pays, qui regorge de statues hindoues, en bois, en pierre, en bronze et en cuivre repoussé, plus ciselées les unes que les autres.
Certes, en face, la statue du roi Yoganarendra est tombée de son piédestal, peut-être pour expier le sati, une coutume heureusement abolie, qui força ses épouses à se jeter vivantes dans son bûcher de crémation… En tout cas, le temple de Krishna, qui rend hommage aux épouses intrépides, et celui de Vishnu, avec ses cavaliers à dos d’éléphants écrasant le profane, ont toujours aussi fière allure.
Bhaktapur, chef-d’œuvre de l’art newar

S’il n’y a qu’une seule ville où séjourner dans la vallée, c’est bien Bhaktapur. Cette ancienne rivale de Kathmandu et de Patan, qui a dominé le pays du 14e au 17e siècle, s’avère idéale pour fuir le bruit et la pollution de la capitale. Surtout, elle offre tout ce qu’on imagine d’une petite ville royale hindouiste…
Elle possède bien sûr un Durbar Square, toujours majestueux malgré les quelques temples disparus. À gauche du palais royal et de sa porte d’Or, le musée national et sa superbe collection de thangkas anciens, peintures sur tissus d’origine tibétaine. À l’arrière, le temple de Taleju, qui s’anime particulièrement pendant la fête de Dasain, à l’automne, lorsqu’il reçoit la visite de la Kumari sur fonds de sacrifices de buffles sanglants.
Face à l’élégant palais aux 55 fenêtres, le savoureux temple érotique de Pashupatinath, aux scènes très explicites. Et puis, le petit Chyasilim Mandap, un modèle de réincarnation ou de… coopération. Détruit par le séisme de 1934, il fut reconstruit dans la période récente grâce à l’ancien chancelier allemand Helmut Kohl à partir d’une photo de Gustave Le Bon, datant de 1866.
Rituellement interdit dans un temple, le fer, dont est composée sa structure, déclencha une vive polémique. Mais le séisme de 2015 a prouvé que c’était le bon choix : il est resté debout alors que son voisin de pierre, le temple de Durga, s’est effondré.
Tout cela sous l’œil des deux dromadaires en pierre de son voisin, le Siddhi Laxmi Temple, un animal pourtant inconnu au Népal, que les enfants chevauchent allègrement comme sur un manège municipal…
Bhaktapur, un temple habité

Mais résumer Bhaktapur à son Durbar Square, c’est un peu court. La ville newar est un véritable temple habité, conçue comme un mandala. Chacun de ses quartiers (tole) s’articule autour d’une place centrale, dotée d’un puits et de plusieurs temples.
Ainsi, la place Taumadhi impressionne autant que la place royale quand surgit le temple Nyatapola, ou « temple aux 5 toits », le plus haut du pays (30 m). Il faut passer entre deux rangées d’animaux et de divinités fantastiques, de plus en plus « puissants » au fur et à mesure que l’on monte, pour capter la vue saisissante que l’on a de là-haut. Qui a dit que les temples du Népal avaient tous disparus ?
Prenez ensuite la longue rue Sukuldhoka, très animée, où cohabitent petits commerçants et gargotes bon marché, repérables uniquement à leurs rideaux à fleurs. Au bout, se trouve la place Dattatraya, le cœur de la ville jusqu’au 17e siècle, cernée de magnifiques maisons anciennes dont le monastère Pujari Math, surnommé Peacock House à cause de sa célèbre fenêtre du paon, l’un des emblèmes de la cité.
Enfin, on arrive au superbe temple Dattatraya, qui porte le nom d’un dieu faisant la synthèse entre Brahma, Vishnu et Shiva, vénéré autant par les hindouistes que par les bouddhistes. Chaque soir, prières et chants s’y entremêlent. Car le patrimoine est aussi largement oral, dans cette cité où l’on organise des concours de chants, de musique et même de prières ! Ce n’est donc vraiment pas un hasard si, à Bhaktapur, les fêtes prennent une ampleur nationale.
Fiche pratique

Consulter notre guide en ligne Népal
Lire également notre article sur le Nouvel An à Bhaktapur.
Comment y aller ?
Pas de vols directs. Il faut passer par Bombay ou Abu Dhabi avec les compagnies Air France, Jet Airways ou Etihad Airways, par Istanbul avec Turkish Airlines, par Mascate avec Oman Air ou par Doha avec Qatar Airways.
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Quand y aller ?
La saison sèche s’étend d’octobre à avril. Évitez la mousson de juin à septembre et l’hiver rigoureux de décembre à février.
Le mieux est d’y aller en avril, pour vivre les fêtes du nouvel An népalais et bénéficier en même temps de bonnes conditions pour effectuer un trek.
Pour un trek, octobre et novembre sont également une période particulièrement favorable.
Où dormir ?
- Kathmandu : dans le quartier de Paknajol, un îlot de calme pour les petits budgets à deux pas de Thamel (par exemple : Nirvana Peace Home, Kathmandu Garden House ou The Yellow House). Pour un hôtel de charme, optez pour le Kantipur Temple House, à Thamel.
- Patan : dans les maisons newar reconverties en chambres d’hôtes et en hôtels comme Newa Chén, Goath Chén House ou, si votre budget est plus large, Swotha Traditional Homes et The Inn.
- Bhaktapur : nombreuses petites guesthouses à prix raisonnable à proximité des places principales, comme Tashidelek, Himalaya ou Golden Gate. Plus confortables, Cosy Hotel, Vajra, Bhadgaon ou encore Siddhi Home.
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Où manger ?
- Kathmandu : dans les petites cantines népalaises et tibétaines, bonnes et pas chères, comme Thakali Bancha, Gilingche et Yangling.
- Patan : le midi au Patan Museum Café, le restaurant du musée, le soir au Swotha Traditional Homes ou au Lhakpa’s Chulo.
- Bhaktapur : au Namaste ou au resto de la Bhadgaon Guesthouse, pour leur bonne cuisine et leurs terrasses avec vue.
Infos et sites Internet
Pour une présentation générale et officielle du pays, le site du Nepal Tourism Board
Pour une présentation et une approche éthiques et pour offrir ses vêtements aux porteurs après un trek : KEEP Travellers Information Center
Une agence locale francophone chevronnée : Glacier Safari Treks. Celle-ci gère également l’ONG Samdo Avenir, qui agit concrètement depuis des années, a fortiori depuis les séismes de 2015, en soutenant des villages éloignés.
Pour rencontrer de jeunes Népalais francophones à Kathmandu : Alliance française
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