Nancy, capitale de l’Art nouveau et de l’Art déco

02 décembre 2025

Connue pour son patrimoine Art nouveau et les œuvres d’Émile Gallé, Nancy, qui célèbre cette semaine la Saint-Nicolas, est également l’une des capitales européennes de l’Art déco. Ce style, aux formes plus sobres et plus géométriques, fut présenté au monde entier à Paris en 1925, lors de l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes.
Cette année marque le centenaire de l’Art déco, célébré tout particulièrement à Nancy avec une grande exposition. C’est donc l’occasion idéale de (re)découvrir les trésors de la belle cité lorraine, au‑delà de sa célébrissime place Stanislas.
Nancy, berceau de l’Art nouveau

Ce n’est pas par hasard que Nancy fut le berceau de l’Art nouveau à la fin du XIXᵉ siècle. La Lorraine était à l’époque l’un des fers de lance de la Révolution industrielle. Après la désastreuse guerre de 1870, l’Alsace et la Moselle durent être cédées à l’Allemagne. Nancy devint brutalement une ville-frontière et la première porte d’entrée des Alsaciens-Lorrains désireux de conserver résidence et nationalité françaises.
Ceux qui choisirent de s’y établir apportèrent capitaux, main-d’œuvre et idées novatrices. La ville connut alors une croissance démographique record (120 000 habitants en 1911, soit davantage qu’aujourd’hui !), propice à un fort développement économique et intellectuel.

Dès 1890, sous l’impulsion du verrier, ébéniste et céramiste Émile Gallé, qui était féru de botanique, l’« École de Nancy » vit le jour. Elle devint l’un des foyers majeurs de l’Art nouveau : ses artistes et architectes développèrent des lignes courbes (le « style nouille », selon les détracteurs).
Ils puisèrent leur inspiration dans la flore environnante et le monde des sciences pour réinventer le décor de la ville et de la vie quotidienne. Parmi eux, l’ébéniste et décorateur Louis Majorelle, les frères cristalliers Daum, ou encore le maître-verrier Jacques Grüber.
Situé entre l’emblématique place Stanislas et la gare SNCF, le « quartier des Affaires » devint alors un immense chantier, car entrepreneurs, banquiers et commerçants commandèrent de nombreux édifices Art nouveau.

Désormais classés monuments historiques, la plupart sont encore visibles. Parmi eux, les immeubles abritant les principales banques (BNP Paribas, CIC, Société Générale, Crédit Lyonnais). Celui du Crédit Lyonnais (7 bis-9, rue Saint-Georges) se distingue par une splendide verrière de 250 m² aux motifs de clématites, signée Jacques Grüber.
Quant à l’ancien magasin du grainetier Genin-Louis, aux somptueuses ferronneries bleues (angle rue Saint-Jean/rue Benit), il fut le premier édifice à structure métallique apparente à servir en partie d’habitation.
La Chambre de commerce et d’industrie (40, rue Poincaré) ne fut pas en reste, pas plus que le siège du quotidien régional L’Est Républicain (5 bis, avenue Foch). Bien d’autres bâtiments se découvrent au fil des rues, seul ou accompagné d’un guide érudit comme Léopold Fousnaquer.
Installée au sein de l’ancien Hôtel d’Angleterre, la brasserie L’Excelsior est un véritable temple de l’Art Nouveau. Sa grande salle est décorée avec verrières de Grüber, mobilier et lustres de Majorelle et lampes en pâte de verre Daum. Formule à partir de 29,90 €. 50 rue Poincaré, face à la gare.
La villa Majorelle, un symbole éclatant de l’Art nouveau

C’est le chef‑d’œuvre majeur de l’Art nouveau à ne pas manquer à Nancy, à deux pas de la gare. Fruit de la collaboration du Parisien Henri Sauvage et du Lorrain Lucien Weissenburger, la Villa Majorelle fut construite en 1901 dans le quartier résidentiel Blandan, avec un mélange réussi de matériaux (pierre, brique, métal, verre, céramique, grès flammé…).
Dotée de l’électricité (une nouveauté à l’époque !), elle fut la demeure de Louis Majorelle, ébéniste et décorateur talentueux, qui réalisa lui‑même ferronneries et meubles. Des artistes majeurs — les frères Daum, Jacques Grüber, Alexandre Bigot… — signèrent luminaires et objets décoratifs.

Cette belle bâtisse de trois étages, ornée de fenêtres en demi‑cercles et de motifs floraux sur les façades, servait également de lieu de travail et d’exposition pour Majorelle.
Surnommée « Villa Jika » (en hommage à Jeanne Kretz, l’épouse de Majorelle), elle fut vendue après sa mort au ministère des Ponts‑et‑Chaussées pour y installer des bureaux. Devenue en 2003 propriété de la ville de Nancy, elle a fait l’objet d’ambitieux travaux de rénovation.
Une partie du mobilier exposé — salle à manger, chambre à coucher — est d’origine, et l’ensemble est remarquable. La visite est libre, mais il convient d’enfiler les sur‑chaussures mises à disposition à l’entrée afin de préserver les parquets.
Pour marquer le centenaire de l’Exposition internationale de 1925 à Paris, la métropole de Nancy a organisé un vaste programme de colloques, spectacles, fêtes, ateliers et expositions baptisé « Métro’Folies 2025 » qui se poursuit début 2026.
Nancy, creuset de l’Art déco

L’Art nouveau avait l’ambition d’allier le beau et l’utile, d’être présent — à des coûts abordables — partout, jusque dans les objets fonctionnels du quotidien.
Cependant, ses matériaux parfois précieux et ses excès stylistiques suscitèrent, dès 1909 à Nancy, l’émergence d’un nouveau style aux formes plus sobres, plus stylisées, plus géométriques. Baptisé Art déco, il évolua vers une disparition progressive de l’ornementation dans les années 1930, préfigurant l’apparition du mouvement moderniste.

Au lendemain du premier conflit mondial, l’Art déco répondit à un besoin de renouveau et de modernité. Il se diffusa largement — près de 1 900 immeubles d’habitation et édifices industriels — alors que l’aire urbaine de Nancy était en pleine expansion. Entrepreneurs avisés, les membres de l’École de Nancy encore vivants (Famille Daum, Jacques Grüber, Louis Majorelle) firent rapidement évoluer leur esthétique.
C’est à cette époque que furent édifiés l’ancienne usine Alstom (rue Oberlin), aux stupéfiants décors bleus, ainsi que les beaux immeubles Art déco du quartier bourgeois de la Commanderie et du « quartier des affaires ».
Le secteur est dominé (angle de l’avenue Foch et de la rue Mazagran) par l’emblématique immeuble des Magasins Réunis — qui abrite aujourd’hui Printemps et la Fnac — et distingué par la façade en mosaïque aux décors floraux stylisés de la Pharmacie du Point‑Central (angle rue Saint‑Dizier/rue Saint‑Georges).

À l’occasion du centenaire de l’Exposition internationale de Paris dédiée aux arts décoratifs, les trois musées de Nancy proposent, jusqu’au 1ᵉʳ mars 2026, au Musée des Beaux‑Arts (3, place Stanislas), l’exposition « Nancy 1925 ». Elle se distingue surtout par un époustouflant ensemble de 350 pièces de mobilier, objets décoratifs et objets du quotidien.
Malgré la dispersion des salles d’exposition, le parcours retrace l’histoire du goût dans les arts décoratifs à Nancy, de 1900 à la fin des années 1930, ainsi que l’évolution des modes de vie et de consommation.
À ne pas manquer ensuite : les 300 objets de la collection Daum exposés au sous‑sol, offrant un panorama complet de la production de cette manufacture depuis 1878.
Jusqu’au 4 janvier 2026, le Musée de l'École de Nancy (36, rue du Sergent-Blandan) consacre l’exposition "Sous le signe de la modernité" aux années 1920 et à Eugène Corbin, propriétaire des Magasins Réunis, grand collectionneur et mécène de l’Ecole de Nancy. Une de ses anciennes propriétés sert d’ailleurs d’écrin à ce musée.
L’étonnante cité-jardin du Saurupt

Au sud de Nancy, à la limite de Vandœuvre, le quartier du Saurupt, aisément accessible (Trolley 1, arrêt Jean Jaurès), abrite de très belles maisons Art nouveau et Art Déco.
Ce quartier résidentiel cossu trouve son origine dans un projet lancé en 1902 de cité-jardin privée destinée à une clientèle aisée. Sur 88 maisons projetées, six seulement furent construites dans le style Art nouveau en vogue. Dans l’Entre-deux-guerres, s’ajoutèrent des constructions Art déco, entre le rond-point Marguerite de Lorraine et la rue maréchal Oudinot.

Aujourd’hui, à Saurupt, le temps semble arrêté. La balade, pleine de charme, permet d’admirer la Loge des concierges aux grilles ouvragées et de belles maisons aux façades floraux ou géométriques : la villa « Les Glycines » du négociant Charles Fernbach, la villa « Marguerite » de l’ingénieur Aimé Prost, la villa (de l’industriel) Lang, la villa « Les cigognes » de l’architecte Charles Masson...
Un régal pour les yeux et un lieu idéal pour comparer Art nouveau et Art déco.
Si ces deux styles ont autant transformé Nancy, c’est aussi grâce à un petit groupe d’architectes talentueux : Pierre Le Bourgeois, Eugène Vallin, Émile André, Henri Gutton, Joseph Hornecker, Henri Vial, Lucien Weissenburger, César Pain...
Un Jardin botanique très inspirant

À cinq stations de trolley du quartier du Saurupt s’étend, à Villers‑lès‑Nancy, le Jardin botanique Jean‑Marie Pelt.
Sur 25 ha de parc vallonné — offrant de très beaux panoramas sur Nancy — et 2 500 m² de serres tropicales, il constitue le troisième plus grand jardin botanique de France. Il rend un hommage appuyé à l’époque où des botanistes nancéiens, tels que Victor Lemoine, obtenteur de lilas, dominaient la spécialité sur le plan international.

Ses très riches collections (12 000 espèces) regorgent de végétaux qui ont inspiré les décors naturalistes de l’Art nouveau.
Avec l’Art déco, les artistes nancéiens évoluèrent vers des motifs plus stylisés, notamment de roses et de palmiers. Ces derniers sont mis à l’honneur par l’exposition Coco & Co, présentée jusqu’au 1ᵉʳ mars 2026.
Après toutes ces découvertes, la vaste piscine ronde de Nancy Thermal (41-45, rue Sergent Blandan) est bienvenue pour se détendre dans une eau thermale naturellement chaude (35°). Pass adulte 2 h : 20,10 €. Cet établissement facilement accessible avec le trolley 1 se trouve dans un quartier (notamment rue Félix Faure) où ont poussé, de 1903 à 1913, de splendides maisons Art nouveau aux décors floraux naturalistes.
Fiche pratique
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Agence régionale du tourisme Grand Est
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Comment y aller ?
Nancy est aisément accessible en voiture et en train depuis Bruxelles, Lille, Luxembourg, Metz, Strasbourg. Sa gare se trouve à 1 h 30 en TGV de Paris-Est.
Bonnes adresses
- Hôtel de Guise. 18, rue de Guise. Cet hôtel confortable de 49 chambres rénovées sert les petits déjeuners à la place sous des plafonds à la française XVIIIe. A partir de 80 € la double, petit déj. 15 €.
- Best Western Plus Crystal : 5 rue Chanzy. Cet établissement élégant occupe une maison de maître emblématique de l'Ecole de Nancy où résida Majorelle. Rooftop et Spa. La double à partir de 150 €, petit déj continental (8 €) ou buffet (19,5€).
- Restaurant Grand café Foy : Une institution locale depuis 1850 sur la Place Stanislas. Entrée + plat : 27 €.
- Madame Bergamote. 3, Grande rue. Carte courte faite de plats 100 % maison. Plats à 17 €. Desserts divins.
- Maison des Sœurs Macarons. 21, rue Gambetta. Labellisée « Entreprise du Patrimoine Vivant », cette confiserie familiale et historique s’impose à qui veut rapporter des spécialités : macarons aux amandes (11 € les 12), bonbons à la bergamote ou perles de Lorraine à la mirabelle.
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