Malte, côté culture et histoire : que voir, que faire ?

Florent Oumehdi
par Florent Oumehdi

11 janvier 2026

église Saint‑Laurent
Eglise Saint‑Laurent © s4svisuals - stock.adobe.com

Malte est un petit pays par sa taille, mais grand par sa culture et son patrimoine. Plantée au milieu de la Méditerranée, l’île a suscité bien des convoitises : Phéniciens, Romains, Arabes, Normands, Français et Anglais ont laissé leur empreinte sur cette terre plurielle, au carrefour des civilisations.

De cette mosaïque d’influences successives, Malte a tiré une splendeur unique, où des temples préhistoriques mystérieux côtoient, entre autres, les lieux de pouvoir des chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, installés sur l’île dès 1530.

Tour d’horizon des sites culturels et patrimoniaux de Malte.

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Malte préhistorique : les temples néolithiques

Hagar Qim
© mary416 - Adobe Stock - Hagar Qim

Les temples néolithiques de Malte, inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, n’ont toujours pas livré tous leurs secrets, ni même leur âge exact (estimé entre 3600 et 3000 av. J.-C.), plus vénérable encore que celui des pyramides d’Égypte. 

Beaucoup partagent une forme polylobée qui, vue du ciel, leur donne des airs de papillon — ou de trèfle, selon le nombre d’absides. Ils ont également en commun leurs énormes blocs de globigérine, certains pesant jusqu’à 20 tonnes : cette pierre calcaire, aux teintes pastel orangées, omniprésente à Malte, constitue souvent l’ossature de ces édifices. 

Les théories abondent pour tenter d’expliquer leur construction, leur orientation, les marques décoratives gravées sur certaines pierres ou encore les figurines de fertilité retrouvées sous terre.

Mnajdra
Mnajdra © robnaw - stock.adobe.com

Les temples d’Hagar Qim et de Mnajdra (entre 3600 et 3200 av. J.-C., 10 € l’entrée), situés au sud de Malte, à 2 km du village de Qrendi, comptent parmi les mieux conservés. Celui d’Hagar Qim, le plus proche de l’entrée du site, intrigue par son mur d’enceinte, son pavement, sa double porte — unique en son genre — et sa pierre monumentale de 5,2 m de hauteur. 

Celui de Mnajdra, 500 mètres plus bas, réunit quant à lui trois temples, dans un décor sublimé par la garrigue méditerranéenne et l’îlot de Filfla à l’horizon. Ce mini-complexe illustre parfaitement l’architecture préhistorique maltaise. 

Il faut en revanche faire preuve de davantage d’imagination pour se figurer ce qu’était Borg-in Nadur (3150-2500 av. J.-C., 6,50 € avec le billet combiné Ghar Dalam), au nord de Birżebbuġa, non loin de Ghar Dalam. Les dizaines de pierres encore visibles n’aident guère à imaginer son passé de cimetière durant la phase Tarxien.

parc archéologique de Ggantija
Parc archéologique de Ggantija © Florent Oumehdi

À Gozo, un autre complexe, mieux conservé, déploie des trésors de pédagogie pour éclairer cette civilisation néolithique, adepte notamment de sacrifices d’animaux. Le parc archéologique de Ggantija (10 €) vaut autant pour son exposition permanente que pour ses deux temples (3600-3200 av. J.-C.), accolés l’un à l’autre et aujourd’hui réduits par l’érosion. L’ensemble devait pourtant culminer à 12 à 15 mètres de hauteur.

Certains mégalithes de coralline, hauts de 5 mètres, trahissent ce passé cyclopéen qui alimenta la croyance selon laquelle ces constructions étaient l’œuvre de géants — d’où leur nom, « ġgant », signifiant « géant » en maltais.

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La grotte de Ghar Dalam (50 m visitables sur 144), inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO et utilisée comme abri anti-aérien pendant la Seconde Guerre mondiale, renvoie les temples maltais à une échelle de temps bien plus récente. Véritable photographie des temps géologiques, elle dévoile la formation sédimentaire de l’île à travers ses cinq strates : couche argileuse, couche de l’hippopotame, couche du cerf, couche de cendre volcanique et couche culturelle. C’est ici que l’on a retrouvé les plus vieux ossements d’animaux de l’île (500 000 av. J.-C.). Ne pas manquer le musée élégamment rétro situé à l’entrée.

Malte au temps des chevaliers : les Trois Cités

Birgu - fort Saint Ange
Birgu - fort Saint Ange © ArtushFoto - stock.adobe.com

1530. Après avoir été défaits huit ans plus tôt à Rhodes par Soliman le Magnifique, les chevaliers de l’ordre de Saint‑Jean de Jérusalem se voient gratifiés, pour leurs bons et loyaux services, de l’île de Malte, de Gozo et du port de Tripoli par Charles Quint. Finie l’errance, mais non les soucis.

En attendant, ils prennent leurs quartiers à Birgu et renforcent le gardien du Grand Harbour, l’ancien Castrum Maris, dont ils cuirassent les deux enceintes pour en faire le fort Saint Ange (10 €). Ils y échafaudent des plateformes d’artillerie (Upper Fort) et constellent la péninsule de bastions qui leur seront bien utiles en 1565 pour résister aux Ottomans. 

C’est après cette résistance héroïque que La Valette, du nom du Grand Maître victorieux Jean de Valette, sort de terre.

église Saint‑Laurent 
Eglise Saint‑Laurent © Jiri Castka - stock.adobe.com

Aujourd’hui, l’ombre des Hospitaliers plane toujours sur les Trois‑Cités et sur cette capitale nouvelle. Il y a d’abord Birgu, rebaptisée Vittoriosa (« la victorieuse ») après le succès du Grand Siège. On y visite les anciennes auberges qui accueillaient les chevaliers, répartis par groupes linguistiques : « Provence », « Auvergne », « France », « Aragon » (incluant la Catalogne et la Navarre), « Castille, León et Portugal », « Italie », « Allemagne » et « Angleterre ».

L’église Saint‑Laurent (1 €), leur première « cathédrale », bâtie par Lorenzo Gafà — très actif à Malte — abrite plusieurs reliques, une coupole en hommage à Jean de Valette, une superbe chaire et un impressionnant Martyre de saint Laurent de Mattia Preti. À côté, le musée paroissial renferme un trésor : l’épée et le chapeau de Jean de Valette.

Senglea
Senglea - Il‑Gallarija © dudlajzov - stock.adobe.com

Les deux autres cités, L‑Isla (Senglea, ou Città Invicta, « la Ville invaincue ») et Bormla (Cospicua, « la remarquable »), avec leurs balcons en bois traditionnels, les Il‑Gallarija, méritent qu’on s’y perde, surtout la première.

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Belles vues sur Birgu et La Valette, spécialement du jardin de Safe Haven ou du Fort Saint-Michel à Senglea.

Malte au temps des chevaliers : La Valette

co-cathédrale Saint-Jean
Co-cathédrale Saint-Jean © Lefteris Papaulakis - stock.adobe.com

Bâtie de toutes pièces par les Chevaliers, La Valette concentre une grande partie de l’héritage patrimonial de ces moines‑soldats. À tout seigneur tout honneur : la baroque co-cathédrale Saint-Jean (15 €), qui ne nécessita « que » quatre ans de construction (1573‑1577). On ne reste pas insensible devant les 374 pierres tombales, conçues de leur vivant par les Chevaliers, ni devant les huit chapelles (par langue, voir plus haut) et leur débauche de fresques, de dorures, de symboles et d’œuvres d’art. C’est dans la crypte que repose Jean de Valette.

L’oratoire abrite l’immense — par la taille et par l’importance — Décollation de Saint Jean‑Baptiste, peinte par Le Caravage durant son séjour sur l’île en 1607‑1608. Un autre tableau, Saint Jérôme écrivant, exposé dans une salle attenante, ravira les admirateurs du peintre.

Upper Barrakka Gardens
Upper Barrakka Gardens © Frankix - stock.adobe.com

On doit également au duo Cassière‑Cassar le palais des Grands-Maîtres (12 €), qui connut par la suite réaménagements et extensions au gré des volontés des Maîtres successifs. S’il ne fallait visiter que trois pièces, ce seraient le musée de l’armurerie, la chambre du Conseil et la salle du Grand Conseil, toutes trois tapissées de fresques.

Les Upper Barrakka Gardens, aménagés en 1661 pour les Chevaliers de langue italienne, offrent un cadrage majestueux sur les Trois‑Cités et le port. On ne connaît pas de plus belle vue à Malte.

Birgu Fest
Birgu Fest © Florent Oumehdi

Enfin, La Valette conserve les anciennes auberges « linguistiques » aux façades fastueuses des Chevaliers de l’Ordre. Elles sont aujourd’hui reconverties en lieux artistiques ou politiques, comme l’auberge de Castille, de León et du Portugal, désormais siège du Premier ministre maltais.

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Tous les ans et pendant un week-end en octobre, Birgu se pare de ses habits de lumières lors de la Birgu Fest. La nuit du “Birgu by candlelight”, on sort les bandalori rouge et or, on aligne les lampions et les bougies dans les rues, on coupe l’électricité dans les maisons et on assiste à des concerts de rue ou dans les églises alors que les lieux culturels ouvrent leurs portes jusqu’à tard dans la nuit. Une ambiance magique. 

Malte chrétienne : les bâtiments religieux

catacombes de Saint‑Paul
Catacombes de Saint‑Paul © etfoto - stock.adobe.com

Avec ses 360 bâtiments religieux et 98 % de sa population catholique, l’archipel de Malte est l’une des plus pieuses filles cadettes de l’Église. 

Partout sur son territoire, dômes, chapelles, processions (notamment le 15 août pour l’Assomption ou lors du Vendredi saint), fêtes paroissiales — les festas — rappellent cette ferveur. Il y a même un Christ rédempteur perché sur une colline (Tas‑Salvatur, à Gozo), comme à Rio !

Saint Paul lui‑même, après le naufrage de son navire en 60 apr. J.‑C., aurait évangélisé l’île. On peut d’ailleurs visiter la grotte où il aurait séjourné, au musée Wignacourt (6 €) à Rabat, ainsi que de nombreuses catacombes, dont celles dites de Saint‑Paul.

église des Carmélites
Eglise des Carmélites © Alexandra Lande - stock.adobe.com

À Mdina, la cathédrale Saint‑Paul, de Preti (pour les peintures) et Gafà (pour l’architecture), émerveille par son harmonie et, comme à La Valette, par ses dalles funéraires au sol. L’église des Carmélites, quant à elle, exhibe une voûte peinte magistrale. À Marsaxlokk, l’église Notre‑Dame de Pompéi enchante par son cadre, piqueté de luzzu, les bateaux traditionnels aux yeux protecteurs.

À Birgu, le palais de l’Inquisiteur (6 €), installé à partir de 1574 à la place de l’ancien tribunal des Chevaliers, fait parfois froid dans le dos : salle de torture, plafonds bas, couloirs étroits, graffitis de prisonniers… Le délégataire du Pape — Malte en a connu 62 avant l’abolition de l’Inquisition par Napoléon en 1798 — avait la main lourde.

cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption
Cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption © pixs:sell - stock.adobe.com

À Gozo, d’immenses églises surgissent dans de discrets villages ou au milieu de nulle part. La basilique Ta’Pinu est la plus impressionnante. Mais la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption de Victoria, ceinturée de solides remparts et érigée après le grand séisme de 1693, est peut‑être la plus belle. On la doit au grand architecte baroque maltais Lorenzo Gafà.

Le + de routard.com

La Rotonde de Mosta (5€) ne passe pas inaperçue avec son dôme de 55m de haut et 36m de diamètre, dans le top 4 des édifices de ce genre dans le monde. L’architecte Giorgio Grognet de Vassé a pris pour modèle le Panthéon. En 1942, une bombe y est tombée en pleine messe… Sans exploser. Vous avez dit miracle ? 

Musées, anciens palais et architecture moderne à Malte

Casa Rocca Piccola
Casa Rocca Piccola © Florent Oumehdi

Diverses « maisons » disséminées aux quatre coins de Malte ouvrent de véritables brèches dans l’espace spatio‑temporel. Il y a d’abord la Casa Rocca Piccola (9 €) à La Valette. Ce palais édifié en 1580 est l’une des premières demeures nobles de la ville, jouissant — privilège rare au XVIᵉ siècle — d’un jardin. Les salons colorés, les chambres, la salle à manger d’été donnant sur le jardin et les abris souterrains de la Seconde Guerre mondiale valent tout autant le détour.

À Mdina, le Palazzo Falson (12,50 €), dans sa première version, remonte au XIIIᵉ siècle, érigé à l’emplacement d’une structure héritée de l’occupation arabe (IXᵉ‑XIᵉ siècles). Un étage fut ajouté au XVIᵉ siècle, et le palais accueillit même le Grand Maître Philippe Villiers de L’Isle‑Adam pendant quinze jours en 1531. La bâtisse a conservé sa cour intérieure, sa salle d’armes, ses appartements, mais aussi sa bibliothèque et une ribambelle d’objets décoratifs et de tableaux, dont des Poussin et des Mattia Preti. La terrasse offre une très belle vue.

Casa Gourgion
Casa Gourgion © ArtushFoto - stock.adobe.com

Toujours à Mdina, la Casa Gourgion (9 €), un palais néo‑gothique de la fin du XIXᵉ siècle, peut se targuer d’une prestigieuse voisine : la cathédrale Saint‑Paul. À l’intérieur, ne manquez pas le bureau du baron Giuseppe De Piro Gourgion, premier propriétaire des lieux, avec sa belle bibliothèque en bois et sa vue sur la cathédrale — encore plus spectaculaire depuis la terrasse — ni la salle de bain dotée d’une baignoire en îlot.

Plusieurs musées de La Valette devraient titiller les amoureux d’art : le MUZA  (musée des Beaux‑Arts, avec quelques pépites de Giovanni Baglione, François Boucher ou Peter Paul Rubens, 10 €), le MICAS (10 €), dédié à l’art contemporain, ou encore le Musée national d’archéologie, pour remonter aux origines de Malte.

Parlement
Parlement © ebenart - stock.adobe.com

Enfin, des bâtiments et espaces plus contemporains, comme le nouveau Parlement et la Pjazza Teatru Rjal de Renzo Piano à La Valette, ou la Mercury Tower de Zaha Hadid à San Ġiljan (là où les jeunes adultes font la bamboche), prouvent que Malte regarde aussi vers l’avenir.

Toutefois, rien ne vaut le plaisir de se perdre dans les ruelles sans âge de ses citadelles — La Valette, les Trois‑Cités, Victoria à Gozo — sans oublier la porte et les remparts de Mdina, à la découverte de beaux heurtoirs ouvragés ou de bow‑windows maltais.

Le + de routard.com

Heritage Malta gère aujourd’hui plus de 90 musées, sites emblématiques, monuments nationaux et sites sous-marins en plus de proposer des biens culturels et d’autres activités. Cette agence nationale propose d’ailleurs un “Multisite Pass” (60€, valable 30 jours à compter de la première visite) qui permet de découvrir les principales attractions de l’île. Allez faire un tour sur ses offres. 

Fiche pratique

Pour préparer votre séjour, consultez notre guide en ligne Malte.

Office du tourisme de Malte

Comment y aller ?

Les compagnies aériennes desservant Malte toute l’année depuis la France sont : KM Malta Airlines (de Paris CDG, Paris Orly et Lyon), Transavia (de Paris Orly), Ryanair (de Paris Beauvais, Toulouse, Marseille), EasyJet (de Bâle-Mulhouse). 

D’avril à octobre : Air France (de Paris CDG) et encore Ryanair (Nantes et Tarbes-Lourdes) et EasyJet (de Nice de juin à fin août). 

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Bonnes adresses

IBB Hotel Palazzo Bettina Triq 3 Wenzu Dyer, Il-Birgu. En plein cœur de Birgu, un hôtel avec 13 chambres niché dans un ancien palais du XVIIe siècle et une piscine-terrasse avec une vue à couper le souffle sur Senglea. Les chambres sont spacieuses et bien équipées, et le petit-déjeuner du tonnerre. Pour aller à La Valette, prenez une dghajsa, ces barques maltaises traditionnelles (7 minutes chrono en main), le quai est juste devant l’hôtel. Doubles à partir de 120€.

- Trabuxu Bistro : 8/9 South Street, La Valette. Une cantine où se retrouvent les travailleurs de La Valette. Nappes à carreaux, mobilier en bois et carte qui honore la gastronomie méditerranéenne et locale. On en veut pour preuve le lapin (une spécialité de Malte) cuit au vin blanc (25,95€). Très bonne tarte au chocolat.

Bacchus : Triq Inguanez, Mdina. Dans une impasse obscure de Mdina, Bacchus squatte une ancienne poudrière du XVIIe. Le filet de chevreuil (35,90€) est aussi goûteux que la terrine d’agneau (27,90€). Si on s’est concentré sur la viande, l’établissement propose également du poisson et des pâtes.

Root 81 : 22a, Telgha tas-Saqqajja, Rabat. Le chef Robert Cassar (comme l’architecte) combine influences maltaises et internationales. Résultat, une carte qui s’attaque autant au lapin (roulé de lapin, 30€) et aux escargots (délicieux, 18€) qu’au tournedos Rossini (35€). L’occasion de goûter aussi le dessert traditionnel, Imqarel, un fourré frit aux dattes (7€). Un régal.

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