Randonnées à Malte : 4 itinéraires entre terre et mer

20 avril 2026

Du soleil (300 jours par an), des kilomètres de côtes, des paysages sauvages, variés et encore préservés… Avec de tels atouts, l’archipel de Malte est une destination qui séduit de plus en plus de randonneurs, même si marcher là-bas n’est pas toujours une promenade de santé.
Découvrez notre sélection de quatre itinéraires exigeants, entre Malte, Gozo et Comino, pour apprécier toute la beauté de cet archipel méditerranéen.
Randonner à Malte

Avec 196 km de côtes pour Malte, 56 pour Gozo et 12 pour Comino, l’archipel maltais a tout du paradis pour les randonneurs.
Attention, beaucoup de sentiers ne sont pas officiellement balisés, même si des points rouges — surtout à Gozo — marquent certaines pistes et s’avèrent très utiles. Il faut parfois tâtonner, rallonger les itinéraires ou rebrousser chemin devant les mentions “RTO” (Reserved to Owner) ou “Private” peintes sur les cabanes en pierre ou en bois des chasseurs.
Cela fait aussi partie du charme et rend d’autant plus appréciable la diversité de ces îles, qui alternent falaises calcaires, anses sinueuses, criques sauvages et plages de sable rouge, comme celle de Ramla Bay à Gozo.

Moins urbanisée, Gozo est également bien plus verte que Malte. L’office du tourisme propose plusieurs itinéraires qui longent, sur une partie, le littoral. Il existe notamment un parcours côtier de 47 km qui boucle le nord et le sud de l’île, et que nous vous invitons ici à découvrir.
La boucle de Comino, longue de 7 km, ne présente pas de grandes difficultés, mais l’île est inhabitée (même si elle ne manque pas d’animation en été). Pensez à emporter suffisamment d’eau.
Enfin, des chaussures de randonnée sont indispensables : les chemins sont très rocailleux et deviennent boueux à la moindre averse.
L’office du tourisme maltais n’édite pas de carte officielle de tous les sentiers de randonnée et conseille de se référer aux applications Komoot et Strava. Quelques parcours ont quand même droit à leur page dédiée comme le Comino walk ou le Xlendi walk. Vous retrouverez l’ensemble des randonnées détaillées ici. Enfin, un éditeur « greatwalksmalta » a aussi concocté plusieurs e-books (9€) : https://greatwalksmalta.com/
Randonnée à Gozo : des falaises de Ta-Cenc à Ramla

Distance : 28km, durée 8h
Les blanches falaises de Ta’ Ċenċ (Sannat, Sagħuna) dominent le sud‑ouest de Gozo. Cent cinquante mètres de calcaire abrupt viennent y interrompre des plateaux dénudés, ponctués de murets de pierre, de cabanes de chasseurs et de cart ruts, ces mystérieux sillons creusés dans la roche.
Pendant longtemps, on pouvait longer ces mastodontes jusqu’à Mġarr. Désormais, un parapet oblige à obliquer vers le hameau de Ta’ Ċenċ pour regagner la pointe de Ras in‑Newwiela où, plus bas, sous la surface, s’ébattent les plongeurs. Ensuite, un chemin terreux, sans grande difficulté, mène à l’une des anses les plus photogéniques de Gozo : Mġarr ix‑Xini et sa tour de guet, construite en 1661 par les Chevaliers.
Le cadre est enchanteur : une baie étroite où serpente une eau émeraude. Dans les années 2010, elle a même séduit Angelina Jolie, qui y a tourné son (peu convaincant) film By the Sea.

On poursuit ensuite sur des sentiers qui ondulent sur les plateaux de globigérine, reconnaissables à leurs teintes jaune‑orangé. Après Ras il‑Ħobż et sa plage, on se retrouve face à un panorama grandiose : celui du fort Chambray, autre projet utopiste et inachevé des Chevaliers, posé sur une colline stratifiée de mille couleurs. Le tableau est sublimé par les marais salants de Xatt l‑Ahmar et, plus loin, par la plage de Għorġun.
Après le village portuaire de Mġarr, l’itinéraire conduit à Ħondoq ir‑Rummien, à travers câpriers sauvages, cactus et à‑pics découpés (le calcaire est fragile : tenez‑vous à distance du bord, notamment près des Taċ‑Cawla Rocks), jusqu’aux criques azur et à la plage de Ħondoq.

Le chemin côtier menant à Saint Anthony’s Battery étant barré en raison de chutes de rochers, on fait demi‑tour au niveau des bassins de sel près de la Villa Torre, avant de traverser le village de Qala et d’atteindre la crique de Daħlet Qorrot, dominée par la tour Ta’ Sopu, qui ne résista pas à Napoléon en 1798.
Les plus courageux pourront bifurquer vers la calanque de San Blas ou filer droit vers Ramla Bay, en descendant vers cette plage de sable rouge par la grotte Mixta (la pente est raide).
La trace des Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean est partout à Gozo. La baie de Mgarr ix-Xini servait ainsi au carénage de leurs navires. La tour du même nom leur permettait de surveiller le canal Gozo-Comino. On en compte 3 autres sur l’île, qui communiquaient par signaux de fumée : celles de Xlendi, de Dwejra et de Ta’Sopu.
Randonnée à Gozo : de Ramla Bay à Xlendi (l’ouest de l’île)

Distance : 28km, durée 9h (plus de dénivelé et conditions boueuses)
Au départ de Ramla Bay (zone Natura 2000), on commence par une expérience urbex à l’Ulysses’ Lodge, un complexe hôtelier abandonné — âmes sensibles s’abstenir — qui surplombe la baie. Non loin se trouve l’une des attractions historiques de Gozo : la Calypso’s Cave. La nymphe éponyme y aurait retenu Ulysse pendant sept ans. Mais la grotte s’est écroulée en 2012 et l’accès est désormais impossible. Beaucoup de visiteurs se rabattent donc sur la Mixta Cave, en face, qui offre un panorama spectaculaire.
Le chemin entre Ramla Bay et Marsalforn longe la côte à flanc de colline et enfile une succession de criques sauvages aux eaux hypnotiques, ainsi qu’une baie indocile, Ix‑Xtajta, gardée par des blocs de globigérine. L’arrivée par les hauteurs à Marsalforn est inoubliable : on domine une baie où le bleu laiteux de la mer rivalise avec le vert de la garrigue et le gris des falaises. Marsalforn, grouillante station balnéaire, puis Qbajjar laissées derrière soi, on accède à la baie de Xwejni en passant par la batterie militaire de Qolla l‑Bajda et son piton rabougri.

Les salines de Xwejni, vieilles de 350 ans (certaines remontent même à l’Antiquité), subliment le paysage. Elles sont toujours exploitées aujourd’hui (3,5 € le ballotin de sel). Dix minutes de marche suffisent pour rejoindre un décor plus minéral et ambré : celui de Reqqa Point, où la plupart des touristes débarquent en jeep.
Partout, des mini‑dunes pétrifiées qui prennent parfois l’apparence de vagues de sable, certaines creusées de cavités par les habitants. Sans oublier les dizaines de salines taillées dans ce sol martien. Plus loin, s’étend un relief plus accidenté de falaises et de grottes marines, comme à Għar ir‑Riħ et Għar tal‑Qrewis.

Entre les deux, ne manquez pas Wied il‑Għasri, un véritable fjord méditerranéen où de nombreux estivants viennent barboter. Autre curiosité de ce parcours décidément généreux, l’arche naturelle de Wied il‑Mielaħ Window, rapidement suivie d’un nouvel horizon quasi extraterrestre sculpté par les embruns, d’où émerge un petit rocher en forme de champignon (mushroom rock).
Après une heure de marche entre falaises, vallons et chemins de terre, apparaît la baie de Dwejra, qui aligne les étrangetés — bien qu’elle en ait perdu une en 2017 : l’Azure Window, l’arche naturelle rendue célèbre par Game of Thrones. On y découvre d’abord l’Inland Sea, un bassin alimenté par la Méditerranée qui s’est frayé un passage à travers la roche. Puis la tour défensive de Dwejra (1652) et le Fungus Rock, un monolithe de 60 mètres de haut.

On reprend ensuite une dose de falaises pendant une bonne heure, en traversant terres arables, murets de pierres sèches, abris de chasseurs et même un sanctuaire punique (Ras il‑Wardija), avant de les apercevoir enfin : la tour ta’ Xlendi (1650) et la ville de Xlendi, illusion d’ivoire lovée dans son alcôve calcaire. Le magnifique coucher de soleil sur la baie vient couronner cette ultime récompense.
Les « sand waves » (vagues de sable) ou « sand dunes » impressionnent au nord-ouest de Gozo. Ces sculptures calcaires sable (globigérine) enroulent des formes envoutantes dues à l’érosion, au vent, à la pluie. Pour le plus grand plaisir des photographes amateurs.
Le tour de Comino à pied

Distance : 7km, durée 3h
Comino (zone Natura 2000) est la plus petite des trois îles maltaises (3 km²), parcourue par un circuit côtier d’environ 7 km. Les ferrys en provenance de Gozo ou de Malte déposent les visiteurs à deux pas du Blue Lagoon. Il faut désormais demander en ligne un QR Code gratuit pour accéder à Comino. Beaucoup s’en contentent et passent la journée à barboter dans ses eaux cristallines.
C’est dommage, car l’île regorge de criques bien moins fréquentées où se rafraîchir. Il suffit de marcher vers le nord, du côté de L‑Imriek, pour s’en rendre compte. On longe le Comino Hotel, abandonné (on peut le contourner par Il‑Forn), puis Il‑Qala ta’ San Niklaw, une baie sauvage percée de niches bleu indigo, avant d’accoster sur un ruban de sable : la plage de Santa Marija.

La partie la plus ardue commence ici, à l’assaut des falaises de Comino et de tal‑Liebru : maquis plus rétif que méditerranéen (thym, cumin, scilles maritimes), roches affleurantes, sol sculpté par l’érosion. Les grottes et les promontoires aux formes animales — comme id‑Darsa, un éléphant de calcaire difficile à distinguer depuis le haut — ne manquent pas.
Les griffes minérales non plus : ces stacks marins solitaires qui hérissent les rivages, gardés depuis 1715, avec plus ou moins de succès, par la désormais retraitée Santa Marija Gun Battery. C’est dans ce coin méridional de Comino que l’île a déployé ses fonctions défensives, avec également la Santa Marija Tower, fièrement dressée depuis 1618 et parfaitement restaurée en 2000.

On convoite alors le Blue Lagoon par le sud, en longeant un horizon spectaculaire. Plusieurs renfoncements — Il‑Mazz, Il‑Bejta tal‑Fenek, L‑Għarda Bla Saqaf — composent un décor dont les noms sont imprononçables, mais la beauté, elle, bien réelle : fonds marins en camaïeu de bleu, criques protégées par les escarpements, bateaux et baigneurs qui s’y lovent. Un ravissement avant de reprendre la navette (attention, c’est sportif et souvent bondé) vers Malte ou Gozo.
L’archipel de Malte, et Comino en particulier, accueille une colonie de puffins méditerranéens (Yelkouan shearwater) pendant leur période de reproduction, entre octobre et juillet. Ils viennent nicher dans les anfractuosités des falaises et on les voit souvent voler en groupe. Ces 2500 couples représentent 10% de la population mondiale de l’espèce.
Randonnée dans le sud de Malte, des Dingli Cliffs à Fomm Ir-Rih

Distance : 10km, durée 4h
Les Dingli Cliffs sont les géantes du sud‑ouest de Malte. À cette altitude (250 m), les points de vue saisissants sur leur silhouette aquiline se succèdent, que l’on se trouve près de la chapelle Sainte‑Marie‑Madeleine (1646, aussi appelée Il‑Kappella tal‑Irdum, la chapelle des falaises) ou à proximité de l’Elephant Rock. Difficile de savoir où poser le regard jusqu’à Ras id‑Dawwara.
Un instant, l’îlot de Filfla se découpe à l’horizon ; l’instant d’après, c’est un village médiéval (Is‑Simblija) qui surgit dans votre dos. Puis vient le moment d’approcher au plus près les courbes calcaires — et toujours friables, attention — de Malte, comme en témoignent les blocs qui s’en détachent parfois et les multiples grottes marines. Trente minutes de marche suffisent pour atteindre Migra l‑Ferħa, là où débarquèrent les Chevaliers de l’Ordre de Saint‑Jean de Jérusalem au XVIᵉ siècle. Toujours ces falaises abruptes, entaillées d’une gorge étroite.

Quarante‑cinq minutes à flirter avec le vide plus tard, on bascule — prudence, le sentier est fragile ; une alternative plus sûre consiste à arriver par le village de Baħrija — dans une autre dimension : Blata tal‑Melħ (« roche du sel ») a des airs de bout du monde. Désertique (à l’exception de quelques pêcheurs), serti de salines creusées dans le sol, percé d’abris et d’escaliers taillés dans la roche.
Vigilance toutefois : il faut parfois remonter à l’aide d’une corde (oui, vraiment) ou sauter par‑dessus des crevasses. Rien d’impossible, mais l’itinéraire demande de l’assurance.
La dernière partie du parcours mène, après une montée délicate, à la crique sauvage de Fomm ir‑Riħ — lorsqu’elle n’est pas fermée en raison de chutes de pierres.
Au départ de Mdina, une randonnée facile et courte (1 h) permet de pénétrer dans la vallée de Tal‑Luzjanta, avec sa jolie chapelle. Passez saluer le Père John, toujours affable et bavard. Par ailleurs, Malte possède son propre « Chemin de Saint‑Jacques de Compostelle » : un itinéraire officiel de 35 km reliant les catacombes de Saint‑Paul à Rabat au Fort Saint‑Ange.
Fiche pratique
Consulter notre guide en ligne Malte
Site de l'office du tourisme de Malte
Bonnes adresses
Townhouse17 Boutique B&B : Triq Taht Putirjal Ir-Rabat, Ghawdex (Gozo). A quelques pas de la gare routière (ce qui peut être un peu bruyant les fenêtres ouvertes mais très pratique pour rayonner à Gozo), des chambres bien équipées et fonctionnelles. Le personnel est top, tout comme le petit-déjeuner au Chapeau Bistro au rez-de-chaussée. Toute petite piscine sur la terrasse avec vue sur la citadelle. A partir de 90€ la nuit
Il-Kartell : dans le petit port de Marsalforn (Gozo). Une affaire de famille depuis le début des années 1970. Ici ce sont les poissons et les fruits de mer qui ont la cote. Aubergines grillées (11€), calamar grillé (23€), poulpe cuit au vin blanc (24€), on sait pourquoi on est là.
Roza : place Saint-George à Victoria (Gozo). Une cuisine méditerranéenne mêlée à des classiques plus street comme les burgers (entre 13,9€ et 18,9€). Rien à redire sur les linguines au poulpe (18,9€), savoureuses et al dente, ni sur le lapin made in Malte (22,9€).
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