La République dominicaine autrement

Julien Nessi
par Julien Nessi

12 mars 2009

Julien Nessi
La République dominicaine ne se limite pas à ses hôtels clubs tout inclus bradés sur Internet et à ses plages bondées de Punta Cana ou de Puerto Plata. Des sentiers sauvages de la Cordillère centrale à la péninsule préservée de Samaná, partez à la découverte d’un autre visage de cette île des Caraïbes, très touristique et pourtant méconnue. Prenez le temps de sillonner la République dominicaine hors des sentiers battus
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Sur les sentiers de la Cordillère centrale

Julien Nessi
Après trois heures de route depuis Puerto Plata, la grande station balnéaire de la côte nord-est de l’île, nous arrivons aux abords de Jarabacoa. Petit village d’altitude situé au pied de la Cordillère centrale, Jarabacoa sert de base de départ pour partir à l’assaut des chaînes de montagne dominicaine. Au rancho Baiguate, qui organise des excursions sportives (rafting, trek, canyoning) dans la région, les guides ont été prévenus de notre arrivée. « Bienvenue à Jarabacoa ! Nous avons prévu un départ demain matin avant le levée du soleil », s’exclame José Louis, un Colombien d’origine qui s’exprime dans un français impeccable. Objectif : tenter l’ascension en deux jours du Pico Duarte, le plus haut sommet des Caraïbes qui culmine à 3 087 mètres d’altitude.

Après une courte nuit dans un des bungalows en bois du rancho et un petit déjeuner rapide à base de pain de mie, de jambon et de fromage style « vache qui rit », nous embarquons sur les banquettes à ciel ouvert d’une camionnette pour rejoindre en 1 h 15 le petit village de La Cienaga. Quarante kilomètres de route sinueuse à travers les premiers paysages de la Cordillère, un mélange de culture verte et de forêt de pins et de palmiers. En chemin, des écoliers aux cheveux laminés et plaqués par le gel profitent de notre passage pour monter à l’arrière de la camionnette. Premiers contacts avec les écoliers de la Cordillère et échange matinal de sourires. À La Cienaga, le point de départ de notre première journée d’ascension, Giovanni, un guide du parc national Armando Bermudez, nous attend avec ses mules et son jeune assistant. « Aujourd’hui, l’objectif, c’est de rejoindre La Comparticion, le camp de base situé à 2 450 mètres au pied du Pico Duarte. Il faut compter environ 6 heures de marche pour atteindre le refuge », nous explique le guide du Rancho Juan Rosario qui nous accompagne dans l’ascension.

Les sentiers de la Cordillère sont étroits et boueux, et les paysages changent au fur et à mesure de la montée, passant de collines recouvertes de pins à des cols vierges sans végétation. Il faut attendre de passer la station de Los Tablones (1 278 mètres) pour sortir de la forêt de pins et avoir des premiers points de vue panoramiques sur la Cordillère. Douce au début, la pente se fait plus raide par la suite. Par endroits, la pluie de la veille a transformé le sentier en vraie patinoire de boue ! Les mules qui transportent les vivres et les sacs sont alors bien pratiques pour passer ces champs de boue sans encombre. Nous ne croiserons pas un seul randonneur sur le sentier, excepté d’autres guides du parc en train de dresser leurs mules et leurs chevaux.

« Le Pico Duarte est situé dans le parc national Armando-Bermùdez. Depuis que je travaille comme guide du parc, il y a maintenant douze ans, les effets du réchauffement climatique ne se font pas encore trop sentir car le parc est très protégé », nous confie dans la montée José Louis. Malgré des feux de forêt qui ont détruit des parcelles il y a trois ans, la végétation de la Cordillère n’est pas encore trop abîmée. Sur les bords du sentier, on croise souvent un arbre aux fines guirlandes argentées, véritables parenthèses rêvées dans cet univers montagneux. Après six heures de marche, le refuge de la station de La Comparticion se devine au loin. Nous passons la nuit à l’abri du refuge, simple baraquement en bois, sans eau et sans électricité.

À quatre heures du matin, nous repartons affronter le froid – la température est descendue à 0 °C – et les dernières pentes pour atteindre le sommet du Pico Duarte. C’est dans le brouillard et la pluie que nous parvenons au sommet, après deux heures de marche. « Vous voilà sur les plus hautes cimes des Antilles », nous félicitent les deux guides, avant d’immortaliser la photo. Alors que le vent se lève et que le froid se fait plus vif, nous prenons le chemin du retour sur les sentiers de la Cordillère. Il nous faudra six heures de descente pour rejoindre notre point de départ de la veille, La Cienaga. À l’arrivée, les jambes sont lourdes, mais la tête est déjà remplie de merveilleux souvenirs…

Samaná, un petit coin de France ?

Julien Nessi
Îlot de verdure entre mer des Caraïbes et océan Atlantique qui ambitionne de devenir la destination écotouristique de la République dominicaine, la presqu’île de Samaná, bien différente de la Cordillère, possède de nombreux atouts. Des plages sauvages bordées de cocotiers, une végétation luxuriante (orchidées, hibiscus flamboyants, caféiers, manguiers…), une chaîne de montagnes à l’intérieur des terres et des villages où se mêlent avec harmonie touristes étrangers et Dominicains.

Ce bout de terre tropical situé à plus de 8 000 kilomètres de Paris a plu à de nombreux Français… Gérard Prystasz, l’actuel propriétaire de l’hôtel Atlantis, assure la fonction honorifique de Consul honoraire de Las Terrenas. Accoudé au bar de son hôtel, situé au bord de Playa Bonita, il est intarissable sur la présence française à Samaná. « De 2000 à 2200 Français sont installés à Las Terrenas, dans la péninsule de Samaná. Ils sont dans le tourisme, l’hôtellerie, les services et le BTP », confie l’ancien chef personnel de François Mitterrand à l’Élysée. Autrefois village de pêcheurs coupé du reste du pays, Las Terrenas est aujourd’hui une petite station balnéaire appréciée des Français. Une école française scolarise même de nombreux enfants de la communauté.

Tout en sirotant un cocktail à base de rhum, Gérard Prystasz donne ses impressions sur l’évolution de la péninsule. « Il y a 11 ans, il n’y avait pas d’électricité, pas de téléphones portables. Aujourd’hui, les Dominicains ont presque tous un portable et l’électricité fonctionne jusqu’ici. Les habitants de la péninsule de Samaná ont pris 200 ans en 25 ans ! », s’enthousiasme Gérard, avant de préciser aussitôt : « Samaná connaît actuellement un boom touristique et immobilier. C’est l’un des plus grands chantiers de la République dominicaine en construction ». Pas étonnant quand on découvre la beauté sauvage des plages de la péninsule, mais aussi l’intérieur des terres.

Playa Bonita, c’est un peu la carte postale rêvée, avec ses cocotiers qui plongent dans l’eau bleu turquoise et son sable fin. Des kilomètres de rêve, loin des foules et des complexes hôteliers à l’américaine. Peut-être plus pour très longtemps à entendre les Français expatriés sur place : « ça commence à bétonner sec aux alentours. Des investisseurs immobiliers, soutenus par le gouvernement local, s’intéressent de plus en plus au bord de mer vierge et aux collines surplombant les plages », confie un restaurateur français installé depuis plusieurs années dans la péninsule.

Pour l’instant, Samaná offre un compromis idéal pour les vacanciers en quête de plages paradisiaques mais aussi d’excursions nature. Au départ de Las Terrenas, de nombreuses activités sont possibles, comme la route du café en quad, la découverte de la cascade El Limón ou encore – le must – l’observation des baleines à bosse en mer…

Sur les traces des indiens Taïnos

Julien Nessi

« Le parc national de Los Haïtises témoigne de la présence des Indiens Taïnos dans la région. Los Haïtises signifie "pays de montagnes" en langue taïna », explique Natanael Siriz, un jeune guide dominicain originaire de Santiago de Los Caballeros, la deuxième ville du pays. Situé au sud de la péninsule de Samaná, ce parc naturel immense (plus de 200 km2) et préservé, formé de grottes, d’îlots de formation « karstique » (les fameux « Mogotes ») et de mangroves constitue une belle excursion dans les environs de Las Terrenas.

Au départ de Sánchez, un petit port de pêche où des baraques en bois et en tôles côtoient des maisons plus bourgeoises et grillagées, nous filons à bord d’une pirogue à moteur dans la baie de Samaná en direction du parc. « Les Indiens Taïnos se sont réfugiés dans les grottes du parc pour échapper aux conquistadors espagnols », nous rappelle Natanael alors que nous approchons des îlots en calcaire. Ils ressemblent étrangement à ceux de la baie d’Along, en version dominicaine ! Soudain, une nuée d’oiseaux tourbillonne au-dessus de nos têtes. « C’est l’île aux Oiseaux ! Il y a principalement des frégates et des pélicans à observer », nous précise notre jeune guide, tout en montrant du doigt les deux espèces.

Nous pénétrons ensuite en pirogue à l’intérieur de la mangrove pour rejoindre un petit quai flottant en bois, à l’entrée d’une des trois grottes habitées autrefois par les Indiens Taïnos. Sur les murs de la grotte Linea figurent de nombreuses inscriptions en forme de dessins. « Ce sont des pictogrammes et des pétroglyphes laissés par les Indiens Taïnos. Ils forment un témoignage unique de la présence de ce peuple et de cette civilisation décimés par les Espagnols », précise sur un ton solennel Natanael. Ces peintures rupestres ressemblent à des graffitis et à des dessins d’enfants…

On peut notamment y voir, à l’aide d’une lampe de poche, un enfant en colère, une figure dansante, un requin, un chaman ou encore un crocodile... Une fois dehors, nous filons à travers la baie de Samaná en direction de Sánchez, la tête remplie de ces derniers signes des Indiens Taïnos, les premiers habitants de la République dominicaine…

L'héritage des Taïnos

Julien Nessi
Etonnant ! Bien qu’on l’ignore parfois, les Taïnos nous ont transmis un certain nombre de mots qui sont toujours vivants dans la langue française. En voici quelques exemples :

- Canot et canoë viennent de « canoa », terme qui désignait les pirogues creusées dans les troncs d’arbre.
- Barbecue dérive de « barbacoa » qui désignait les grils servant à cuisiner.
- Cacique garde sa signification indigène de « chef »
- Avec le « hamac » en coton, les Taïnos ont légué à l’Europe le mot et la chose. L’Ancien Monde fut fasciné par l’ingéniosité du procédé. Immédiatement après sa découverte, les marins installèrent des hamacs sur tous les bateaux.
- Le tabac est aussi un héritage taïno. Les Indigènes fumaient le « tabaco » en confectionnant de véritables cigares de feuilles roulées. Les célèbres havanes de Cuba ou de Saint-Domingue sont donc les héritiers directs d’une haute tradition d’origine préhispanique.
- Le « maïs », répandu dans toute l’Amérique précolombienne, était cultivé aux Antilles mais n’était pas originaire des îles. Cependant, c’est par l’intermédiaire des Taïnos qu’il a été connu des Espagnols.
- Le fruit tropical « goyave » tire également son nom de la langue des îles, « guayaba ».
- Le mot « yuana » a donné naissance à l’iguane dans la langue française. C’est un mot taïno ou caraïbe.

Infos pratiques

Julien Nessi
Où se renseigner ?

Office de tourisme de la République dominicaine : 11, rue Boudreau, 75009 Paris. Tél. : 01-43-12-91-91. www.godominicanrepublic.com

Comment y aller ?

Avec Corsairfly, vol direct A/R Paris-Puerto Plata (ou Punta Cana), à partir de 543 € TTC. Réservation au 0820 042 042 ou www.corsairfly.com

L’ascension du Pico Duarte

Nous vous conseillons les services du « Rancho Baiguate. The Adventure Center » très professionnel pour partir à la découverte de la Cordillère centrale. Le centre propose deux formules pour l’ascension du Pico Duarte :
- le « Pico Express » (3 jours, 2 nuits) ;
- le « Pico Relax » (4 jours, 3 nuits).
Il s’occupe de tout : des guides parlant anglais, transfert, sécurité, mules pour transporter les affaires, sacs de couchage, nourritures, tentes si besoin. À partir de 385 US$ (293 €) la formule express. Plus d’infos : www.grupobaiguate.com

Où dormir à Las Terrenas ?

- Bahia Las Ballenas : de superbes bungalows de style tropical en bois et feuilles de palmiers, posés presque sur Playa Bonita, l’une des plus belles plages de Las Terrenas. Très bonne table avec une cuisine créative à base de produits de la mer. À partir de 95 US$ la double en basse saison. bahia-las-ballenas.net
- Hôtel Atlantis : tenu par Gérard, c’est un petit hôtel romantique quasiment sur la plage « Playa Bonita ». Idéal pour des séjours en amoureux. Le soir, ambiance romantique sur la terrasse, et la journée déjeuner en amoureux sous le « kiosque », posé sur la plage. Pour des moments inoubliables. À partir de 72 US$ la double en basse saison. www.atlantis-hotel.com.do

Quatre excursions depuis Las Terrenas


- L’observation des baleines à bosse: à faire absolument si vous êtes en vacances sur la péninsule de Samaná entre le 15 janvier et le 15 mars.
- La visite de la cascade El Limón : 3 heures de balade aller-retour pour monter et descendre admirer l’une des plus belles cascades naturelles, à 14 kilomètres de Las Terrenas. On peut aussi y monter à cheval.
- La découverte en bateau du parc national de Los Haïtises : au départ de Sánchez, village de pêcheurs sur la baie de Samaná, on file en bateau à la découverte du parc naturel sur les traces des indiens Taïnos. Se renseigner auprès de Bahia Tour pour l’organisation des trois excursions. www.bahia-tours.com
- Sur la route du café : virée très sympa (mais un peu bruyante) en quad à travers l’intérieur des terres sur les traces des caféiers. On traverse des villages isolés et on peut se rendre sur des plages sauvages. Demandez à Philippe, un ancien banquier qui a tout plaqué en France pour vivre sous les cocotiers, de vous concocter un tour à la demi-journée ou à la journée. Indrina Tours Quad. Calle principal Entrada Paseo. Las Terrenas. indrinatour@hotmail.com. Tél. : 829-348-7245.

Gare aux moustiques !

Attention aux moustiques à Las Terrenas. Petits, discrets et coriaces, ils sont très agressifs en cas de pluie. Prévoyez des bombes et répulsifs anti-moustiques en conséquence, voire même la moustiquaire imprégnée de produit pour la nuit.

À lire sur les Indiens Taïnos

- Kerchache J. (sous la dir. de), L’art taïno, Paris-Musées, Musée du Petit Palais, 1994.
- « Art taïno. Les grandes Antilles précolombiennes », in Connaissance des Arts, Hors Série n°50, 1994.

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