Inde : Mumbai (Bombay), ville maximum

02 mars 2015

15 millions d’habitants, peut-être 20… Bombay, aujourd’hui Mumbai, est une ville-monstre, la plus grande mégalopole indienne, mais aussi la capitale commerciale, industrielle et financière du pays.
En perpétuelle croissance, cette ville à la circulation infernale offre un saisissant instantané des réalités de l’Inde contemporaine, dans toute sa diversité et ses contrastes, notamment sociaux. Ici, la richesse la plus rutilante côtoie la misère des plus grands bidonvilles d’Asie.
Une ville hors norme, un choc permanent et un maelström déroutant : fascinante ou effrayante, Mumbai reste une expérience marquante d’un voyage en Inde. Une « ville maximum », comme l’a si bien surnommée l’écrivain Suketu Mehta dans son chef-d’œuvre Bombay Maximum City.



Mumbai, en perpétuel mouvement

Capitale de l’État du Maharashtra, et surtout capitale économique de l’Union Indienne, Mumbai forme aujourd’hui la plus grande zone urbaine de l’Inde, étendue sur une île plate (environ 90 km du nord au sud) entourée par la mer.
Ce site exceptionnel fut découvert au 16e s. par les marins portugais qui le surnommèrent Bom Bahia, c’est-à-dire « la bonne baie », d’où dérive le mot Bombay. Aujourd’hui nommée officiellement Mumbai, cette immense agglomération concentre plus de 15 millions d’habitants. En 2020, on pense qu’elle sera au second rang des plus grandes villes du monde après Tokyo. Elle est déjà presque aussi peuplée que l’Australie !
La ville ne cesse d’étendre ses ramifications vers le nord, puisque, au sud, la mer arrête son expansion. L’histoire de Bombay est une lutte incessante contre la mer. « La forme d’une ville change plus vite que le cœur des humains » écrit Baudelaire ! Aucune cité indienne n’a autant changé que Bombay depuis les années 1950.
Ville de contrastes extrêmes

Pour appréhender aujourd’hui cette immensité, il faut la comprendre, et la connaître sous tous ses aspects, et notamment l’aspect humain et social. Cela se nomme le tourisme responsable !
Impossible de trouver Mumbai laide ou belle, car elle dépasse l’entendement, elle est « hors-catégorie ». Cette ville bourdonnante, frénétique et déroutante, n’a pas été faite pour le tourisme, mais elle se visite.
Mumbai n’a pas été faite pour des millions de gens, et pourtant elle constitue l’archétype des villes surpeuplées du monde, avec des très riches, des très pauvres, et une classe moyenne de plus en plus importante. Cette inclassable mégapole raconte la fable moderne de l’or et de la poussière !
Selon l’écrivain Suketu Mehta (Bombay Maximum City est le récit le plus complet jamais écrit sur la ville), « les vrais luxes ici ce sont l’eau courante, des toilettes propres, des logements et un réseau de transports adaptés aux besoins humains ». Ayons ces données en tête pour comprendre et découvrir Bombay, sans être effrayé par cette mégapole…
Colaba, où tout a commencé

Beaucoup de voyageurs commencent leur visite par Colaba, qui est un tout petit secteur au regard de l’immensité de la ville. C’est ici qu’a débuté l’histoire de Mumbai.
Situé à l’extrême sud, en bord de mer, Colaba compte de nombreux immeubles de l’époque coloniale britannique (bureaux et habitations), certains vétustes, d’autres restaurés avec soin. La circulation n’étant pas aussi intense qu’ailleurs, il est aisé de s’y promener à pied le long de l’artère principale Shahid Bhagat Singh Road (Colaba Causeway), et dans les rues perpendiculaires qui rejoignent la mer.
Colaba est aujourd’hui un quartier commercial et international où se retrouve la majorité des touristes de passage. Dressé face à la mer, comme une vigie, l’hôtel Taj Mahal reste le palace emblématique de l’époque coloniale, et certainement le plus photographié de Mumbai. Construit en 1903 par la riche famille Tata, il présente un style victorien mêlant l’Europe et l’Inde.
À côté de ce prestigieux palace, la Porte de l’Inde (Gateway of India), grande arche en pierre sculptée, commémore l’arrivée en Inde (par la mer) en 1911 du roi-empereur George V. Autour de cette arche triomphale patinée par le temps, une vaste esplanade piétonne permet d’accéder à l’embarcadère d’où partent les bateaux pour l’île d’Elephanta.
À deux pas de Colaba, le Chhatrapati Shivaji Maharaj Vastu Sangranhalaya (ex-Prince of Wales Museum), dans la Churchgate Street, abrite une captivante salle des sculptures indiennes (Sculpture Gallery). Y sont présentées les divinités de la religion hindouiste (notamment la trinité Brahma, Vishnou, Civa) sculptées dans le basalte, le marbre, le grès ou le granit, par des artistes inspirés.
Or et poussière

Un City Tour de nuit en voiture vous prouvera que : « c’est beau une ville la nuit » ! Commencer au sud-ouest en remontant l’avenue Marine Drive (photo), surnommée « le collier de la reine » (Victoria). Cette très longue artère longe la mer en dessinant un arc de cercle majestueux. C’est la promenade favorite des habitants de Mumbai.
En continuant vers le bout de la presqu’île, on traverse le quartier de Malabar Hill, étalé sur une sorte de colline de plus en plus urbanisée. Résidentielle et luxueuse, cette enclave hors de prix accueille les classes les plus riches, dont les appartements offrent une vue splendide sur la mer.
À Malabar Hill, la délirante tour Antilia symbolise la nouvelle richesse indienne. Haute de 173 m, cette tour privée de 27 étages est l’une des demeures les plus chères du monde. Cette folie appartient à l’industriel Mukesh Ambani, seconde fortune d’Inde. Seulement 5 habitants y vivent : lui, sa femme et leurs 3 enfants, et… une multitude serviteurs.
Ce « maharaja » de la finance n’a aucun scrupule à étaler sa richesse dans une ville où près de 60 % des habitants vivent dans la rue ! La tour de Mukesh Ambani peut choquer quand on sait que près de 73 % des habitants de Bombay logent dans une pièce unique (les Chawls)… Or et poussière !
À l’inverse, pour savoir comment vivent les pauvres, il faut avoir vu le bidonville (slum) de Dharavi, le plus grand de Mumbai. D’ailleurs, comme à Rio de Janeiro (Brésil) où certaines favelas se visitent, des agences impliquées dans le tourisme social (et non dans le voyeurisme) organisent des « Slums Tours » c’est-à-dire des visites de quelques bidonvilles (les plus sûrs, les plus présentables en somme).
Victoria Station, un palais ferroviaire et populaire

L’écrivain britannique d’origine indienne, V. S. Naipaul parle de Bombay comme d’une « cité gothico-indo-victorienne ». Pour comprendre sa remarque, il suffit de découvrir la célèbre gare Victoria Station, officiellement nommée Chhatrapati Shivaji Terminus (CST). N’est-ce pas là l’un des plus grands temples de l’Inde dédié à la divinité ferroviaire ?
Énorme et fascinant monument à la gloire de l’empire britannique des Indes, l’architecture associe le style moghol à la rigueur européenne, avec des ribambelles de colonnes corinthiennes, des coupoles et des arcades orientales en veux-tu en voilà, des flèches exubérantes, le tout illuminé comme une merveille des mille et une nuits ! Au sommet de la coupole principale, une statue colossale représente le Progrès !
La ville de Mumbai s’étant développée selon un axe nord-sud, les habitants vivent dans le nord et travaillent dans le sud. Ils utilisent les trains de banlieue qui chaque matin et chaque soir débordent d’une incroyable foule.
Curieusement, hormis deux petites lignes transversales est-ouest, il n’y pas vraiment de métro, car les trains suffisent. Près de 6 millions d’usagers quotidiens passent par cette gare babylonienne !
Bombay, plus Bollywood que Bénarès !

Trépidante, cosmopolite, vénale, Mumbai n’est-elle pas le contraire de Bénarès cité sainte, spirituelle, mystique, irrationnelle ?
Néanmoins les religions – hindouisme, jaïnisme, sikhisme, zoroastrisme, islam et christianisme ont leurs temples à Bombay, et on peut les visiter. Au nord de Malabar Hill, le temple hindouiste Mahalaxmi est dédié à la déesse de la Prospérité, ce serait l’un des plus populaires de la ville.
Sur Ridge Road se dresse un temple Jaïn (Walkeschwar Mandir) construit en 1905, tout en marbre blanc. Branche puritaine de l’hindouisme, le Jaïnisme a comme principe de respecter la vie sous toutes ses formes. Ses adeptes sont des végétariens stricts. Dans certains temples, les croyants portent un masque en tissu sur la bouche pour éviter d’avaler un moustique ou une mouche, ce qui reviendrait à supprimer une vie !
Les admirateurs de Gandhi se rendront à la Mani Bhavan (photo), au 19, Laburnum Road, nichée dans un quartier bourgeois agréable. C’est dans cette maison que vivait Gandhi lorsqu’il séjournait à Bombay de 1917 à 1934. À noter que Gandhi n’a pas de sépulture car il avait demandé que son corps soit brûlé et que ses cendres soient jetées dans la mer.
Lieu de culte musulman (20 % de la population) insolite, la mosquée Haji Ali Dargah (18e s.) occupe un site original et poétique : elle est posée sur un îlot relié à la ville par un chemin bâti sur la mer. On ne peut y aller qu’à marée basse…
Autre grande religion populaire et profane, le cinéma indien ! Sachez que les studios de Bollywood se visitent aussi avec des guides spécialisés et sur rendez-vous.
Fiche pratique

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Comment y aller ?
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Où dormir à Colaba ?
– India Guesthouse : Kamal Mansion, Arthur Bunder Rd. Tél. : 22-83-37-69. Au 3e étage. Double 600 Rps (env 8 €). Une des meilleures adresses dans cette catégorie. Très très sommaire certes, et atmosphère un peu confinée, mais c’est bien tenu et les sanitaires, communs, sont assez récents.
– Bentley’s Hotel : 17, Oliver Rd. Tél. : 22-84-17-33 ou 14-74. Doubles 1 740-2 950 Rps selon confort et taille. Dans les deux annexes 1 200-1 800 Rps (17-25 €). CB refusées. Le propriétaire, un homme jovial et élégant, est souvent à l’accueil. Chambres de taille et confort variables, avec TV, salle de bains pour la plupart et l’AC en option.
– Abode : Lansdowne House, M. B. Marg. Tél. : 80-80-23-40-66. Réception au 1er étage. Doubles 5 000-12 000 Rps (70-168 €), selon confort et vue, petit déj inclus. Un véritable boutique-hôtel, installé avec beaucoup d’élégance dans une demeure historique (ancienne propriété de la grande famille Sassoon, qui a donné son nom aux docks de la ville). La vingtaine de chambres, toutes différentes (4 catégories), affiche un esprit vintage.
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Où manger, où boire un verre ?
– Café Mondegar : Colaba Causeway, à deux pas du cinéma Regal. Parfait pour un petit déj le matin, un thé glacé l’après-midi, ou une bière le soir. Il est même cité dans « Bombay Maximum City » de Suketu Mehta. Il dit que « ce café incite à la gaieté ».
– Colaba Social (photo) : 24, Ground Floor, Gien Rose Building, B. K. Boman Behram Marg, Apollo Bunder. Tél. : 22-82-84-84. Ouv tlj 9 h-1 h du mat. Très bien situé, derrière le Taj Mahal Hotel, ce café-resto ressemble à un entrepôt industriel restauré et réaménagé en bar « social-mode ». Une bonne adresse pour boire un verre ou grignoter des petits plats indiens, chinois ou internationaux.
Visites, agences
– Reality Tours and Travel : 1/26, Akber House, Nowroji Fardonji Rd. Tél. : 22-83-38-72.. Au 1er étage, à droite en haut de l’escalier. Lun-sam 10 h 15-18 h (15 h 30 sam). Cette petite agence est avant tout une ONG très sérieuse qui œuvre dans le « bidonville » de Dharavi, le plus vaste et le plus connu de Mumbai. Elle en propose des visites, en petits groupes, à partir de 750 Rps par personne. Vraiment intéressant, et cela finance des programmes d’éducation dans le slum.
– Bollywood : les studios de cette « machine » à fabriquer du rêve sont longtemps restés inaccessibles aux touristes, mais il est désormais possible de les visiter. Si ça vous tente, contactez le 98-92-14-21-34 E-mail : kiran_tagfilms@yahoo.co.in ou le 98-20-83-88-11 E-mail : bollystars@hotmail.com
– Tour de la ville de nuit (City Tour) : organisé par l’office de tourisme de l’État du Maharashtra (MTDC) ; bureaux sur Madam Cama Rd ou, plus pratique, près de la Gateway of India. Tél. : 22-84-18-77 et 56-78. Tours ts les sam et dim soir, à 19 h et 20 h 15 ; durée : env 1 h ; départ de la Gateway of India. Résa indispensable. Prix : 50-120 Rps/pers (entre 1 et 2 €), selon qu’on est en bas ou à l’étage du bus à impérial (on vous conseille l’étage). Il s’agit d’un tour du Bombay monumental, avec commentaires en anglais.
– Chhatrapati Shivaji Maharaj Vastu Sangranhalaya (ex-Prince of Wales Museum) : M. G. Rd. Bus no 123 de Churchgate. Tlj sf lun 10 h 15-17 h 45. Entrée : 300 Rps (4 €) ; réduc étudiants ; audioguide intéressant en français compris dans le prix. Compter 2-3 h de visite. Consigne obligatoire (gratuite) pour les sacs volumineux.
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