Inde : Let's go à Goa !

27 février 2015

Goa ! À l’époque hippie, dans les années 1960-1970, ce nom sonnait comme celui d’un paradis terrestre alternatif, bien qu’il fut pour beaucoup un paradis artificiel.
Aujourd’hui, le plus petit État de l’Union indienne est aussi l’un des plus touristiques, avec des kilomètres de plages de sable et de nombreuses stations balnéaires.
Pendant 450 ans, Goa fit partie de l’empire colonial du Portugal avant d’être rattaché à l’Inde en 1961. Goa n’a pas renié son passé portugais : maisons colorées et demeures élégantes comme à Lisbonne, églises et chapelles blanches côtoyant temples hindous, rizières et jardins tropicaux, sans oublier les vieux manoirs d’époque coloniale de l’arrière-pays…
Métis et coloré, Goa reste un endroit à part, et pas seulement pour ses plages. Let’s go to Goa !



Goa : ex-confetti portugais en Asie

Enclave de terre tropicale de 3 700 km2, baignée par la mer d’Oman (appelée aussi mer d’Arabie), Goa ne représente que la 888e partie du territoire actuel de l’Inde. Un moustique posé sur le cuir d’un éléphant !
On le cherche à la loupe sur la côte ouest de l’Inde du Sud. Goa est bien là, quelque part. Pas plus grand que le Tarn-et-Garonne, Goa est si petit, si discret, coincé entre le vaste Maharashtra (capitale Bombay, à plus de 700 km au nord) et le Karnataka (capitale Bangalore).
Marins et conquérants Portugais arrivèrent à Goa en 1510 sous le commandement d’Albuquerque, et leur domination s’étendit progressivement au fil des siècles. Pendant le 16e s, Goa fut un port parmi les plus actifs du monde, devançant dit-on Venise. C’était le cœur et le moteur de l’empire portugais d’Asie.
Après 450 ans de souveraineté portugaise, en décembre 1961, Nehru envoie l’armée indienne et annexe par la force cette vieille colonie lusophone. Le confetti de l’empire colonial portugais tombe sans résister. Lisbonne a été mise devant le fait accompli, sans discussions, sans négociations…
L’empreinte portugaise n’a pourtant pas été effacée par cette annexion forcée. Aujourd’hui, Goa est un État à la personnalité à part, distincte du reste du pays : en Asie, avec Macao, une belle part de la mémoire du Portugal.
Panaji, un petit Lisbonne

À l’abri des grands vents océaniques, à l’embouchure de la rivière Mandovi, Panaji (Panjim), capitale de l’État de Goa, est une ville de passage. Pierres précieuses, brocarts des Indes, épices, porcelaines et soieries de Chine se négociaient autrefois dans ses entrepôts. Ce fut un port actif et riche.
C’est grâce à Panaji que Lisbonne devint la capitale des épices, mais l’âge d’or ne dura qu’un temps et la concurrence commerciale des Hollandais entraîna le déclin de cette perle portugaise.
À Panaji, l’empreinte portugaise se voit plus qu’ailleurs, notamment dans le vieux quartier de Fontainhas, plaisant lacis de rues anciennes bordées de maisons patinées par le temps. Les maisons se nomment Solar Costa Campos ou Morada da Silva Pereira, cette ruelle s’appelle la Travessa de Magriço, cet hôtel… Caravela, cette pension de charme… Abrigo de Botelho…
La noblesse aventureuse du Portugal d’outre-mer a laissé ici sa marque : belles façades colorées, carreaux de faïences bleues et blanches (ajulejos), vérandas aérées et adaptées au climat tropical, ces balcons ouvragés et ces cours intérieures fleuries autour de leurs petits puits… Beaucoup de salons sont encore meublés dans le style d’autrefois, un mélange unique et élégant d’Europe et d’Inde : le style indo-portugais.
On reste peu à Panaji car il n’y a pas de plage. Mais une promenade dans Fontainhas, une flânerie dans la ville haute et la ville basse de Panjim, sont autant de raisons de s’y arrêter une ou deux nuits.
Escale à Old Goa

À 10 km à l’est de Panaji, des clochers blancs s’élèvent au-dessus de la mer des arbres, dans un paysage de vertes collines, égayé par des pelouses, et des bougainvillées. Voici Old Goa, ville morte qui fut naguère très vivante.
Il est difficile d’imaginer qu’à cet endroit s’élevait la « nouvelle Lisbonne » du sous-continent indien, fondée par les Portugais au 16e s. La principale cité de l’Empire lusitanien, surnommée la « Rome de l’Orient », rassemblait plus de 60 000 habitants ! Après un long déclin, elle a cessé définitivement de vivre quand une épidémie de choléra dévasta la région au 19e s.
Parmi ces nombreux monuments, la basilique du Bom Jesus construite par les Jésuites. Son immense renommée tient à la présence du tombeau de saint François-Xavier, riche sépulture de marbre surmontée d’un sarcophage en verre et en argent.
Né en Navarre (Espagne) en 1506, fondateur avec Ignace de Loyola de la Compagnie de Jésus (les Jésuites), Francisco Javier avait étudié à la Sorbonne (Paris). Il quitta Lisbonne et débarqua à Goa le 6 mai 1542. Objectif : évangéliser les nouvelles colonies portugaises d’Asie.
L’intérêt de son tombeau est l’état de conservation de sa dépouille. Le corps du saint, mort en 1552, ne s’est jamais décomposé. On remarque sur ce corps des masses de chair durcie, semblable à de la résine jaunie. C’est étrange et rare !
Plus étonnant à voir de près lors de l’exposition solennelle qui a lieu tous les 10 ans dans la cathédrale Sainte-Catherine (Sé Cathedral) et à laquelle nous avons pu participer (une chance !).
Les plages de Goa : l’Inde balnéaire

Avec 120 km de côtes, l’État de Goa compte aujourd’hui sur le tourisme balnéaire pour son développement. Beaucoup d’Indiens viennent y passer des vacances. L’eau est chaude et les plages de sable sont bordées par de vastes cocoteraies. À ce tourisme intérieur s’ajoute une clientèle européenne et russe très importante. Morjim par exemple est surnommée « Morjimograd »…
À 16 km au nord de Panaji, la plage de Calangute fut un grand rendez-vous des hippies dans les années 1960-1970. Aujourd’hui, couplée à sa jumelle Baga, c’est la cité balnéaire la plus fréquentée de la côte nord. Si vous cherchez la tranquillité, passez votre chemin, ou rabattez-vous sur Candolim.
Ces stations balnéaires ne ressemblent pas à celles que l’on connaît en Europe. Pour accéder aux plages, il faut traverser (à pied ou en scooter) des rues étroites bordées de centaines d’échoppes, de boutiques de souvenirs et de fringues, de salons de tatouage…
À quelques kilomètres au nord de Baga, Anjuna a conservé une activité de pêche, le long d’une belle plage bordée aussi de cocotiers, de même que Vagator, les rochers en plus. C’est au sud de Panaji que nous avons trouvé les plus beaux endroits, où la pression touristique est moins forte.
Notre coup de cœur va à Benaulim et Sernabatim avec son habitat dispersé et son environnement relativement bien préservé. Frangé par une immense plage, le village balnéaire se cache à l’ombre salvatrice des cocoteraies, morcelées par de grands champs cultivés. Autres endroits très agréables au sud de Goa : Palolem (photo) et Patnem.
Goa, des hippies aux rave parties

À la fin des années 1960, Goa devint un refuge pour les hippies en rupture d’Occident. Intéressés par l’Inde et sa culture, les Beatles vinrent même en février 1968 pour s’initier à la méditation transcendantale, dans un ashram auprès d’un célèbre yogi.
Goa n’était pas le seul lieu de rendez-vous en Asie. Les trois K : Katmandou (Népal), Kuta (Bali) et… Kaboul (Afghanistan) faisaient aussi partie de la route des Indes. On disait alors tout haut : « peace and love », et on murmurait tout bas « sex and drug »…
Les hippies seraient à l’origine du marché aux puces d’Anjuna, qui existe encore aujourd’hui (Flea Market). Ils venaient y vendre aux Indiens leurs jeans, leurs montres, des transistors, des biens rares. De fait à Goa, la vie ne coûtait rien, les hippies dormaient dans des huttes et organisaient des fêtes sur les plages. La drogue circulait, mais les Goanais étaient tolérants, ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui.
À Anjuna, le Guru Bar existe toujours, témoin de l’époque « Peace and Love ». Le maître des lieux, M. Sadguru avait été surnommé « Guru » par les hippies. « Beaucoup y trouvèrent le paradis, pour d’autres ce fut une descente en enfer », nous dit-il. Cet homme jovial se souvient aussi des moments difficiles quand il devait conduire à l’asile local des jeunes rendus fous par des overdoses de drogue…
Les hippies sont partis, laissant la place aux raves et aux soirées délirantes de trance music dans les années 1990. Mais la vague est un peu retombée depuis, sauf pendant les fêtes de fin d’année.
Les manoirs de l’arrière-pays

Si le style balnéaire ne vous convient pas, direction l’arrière-pays où se cachent quelques très beaux manoirs de style indo-portugais.
À Chandor, la Bragança House est un vaste château du 16e s divisé en deux parties. L’aile Pereira-Bragança a moins bien supporté le passage du temps que l’élégante aile Menezes-Bragança, mais toutes deux restent de beaux témoins de la vie coloniale : marbres d’Italie, mobilier ancien en bois précieux, collections de porcelaines et d’antiquités.
Moins luxueuse mais plus ancienne, la Casa Fernandes est un vieux manoir goanais appartenant à une famille de chardos, une caste d’hindous convertis au christianisme au 17e s. La propriétaire âgée a délégué sa petite-fille pour assurer les visites (en anglais). Une trappe secrète mène au sous-sol où la famille se réfugiait naguère lors d’attaques.
Notre coup de cœur reste le palacio do Deão au village de Quepem. On y est accueilli par Ruben Vasco de Gama qui fait visiter sa demeure du 18e s, aidé par sa charmante femme Celia, universitaire.
Malgré son nom noble, Ruben ne descend pas de Vasco de Gama. Ancien ingénieur, cet indien jovial n’est pas un héritier de bonne famille mais un passionné de vieilles pierres.
Avec ses économies, en 2002 il a acheté ce manoir qui était une ruine. Il y vit et le restaure petit à petit.
Lors de la visite, nous découvrons sa collection de meubles anciens et d’objets rares, comme cet étonnant ustensile à mouler… les osties d’église.
La grande dame de Loutulim

Au fil des petites routes de l’arrière-pays, loin de l’agitation de la côte, on arrive à Loutulim où se cache la Figueiredo House : un très beau manoir de style indo-portugais, dans un paysage de rizières, de prairies et de bosquets. La partie la plus ancienne date du 17e s, tandis que les salles visitables sont du 19e s, disposées autour d’un patio intérieur.
La demeure appartient à la famille Figueiredo de Albuquerque, des notables Indiens de la caste des Brahmanes, convertis autrefois au christianisme. La maîtresse de maison, Maria Lourdes de Albuquerque, a plus de 80 ans, mais toujours bon pied, et bon œil ! Elle a été membre du parlement de Lisbonne après l’annexion de Goa par l’Inde en 1961. Elle fut aussi correspondante au Portugal du journal New York Times.
Maria assure la visite elle-même, aidée souvent par ses proches, racontant (en anglais) de croustillantes anecdotes sur sa famille. Elle nous fait découvrir la salle de bal, les tableaux des ancêtres, la magnifique collection de porcelaines et les meubles indo-portugais, dont un superbe secrétaire du 17e s en bois précieux.
Cette grande dame polyglotte nous apprend aussi que le petit État de Goa était du temps des Portugais le plus riche de toute l’Inde, le plus avancé socialement et culturellement. Le taux d’alphabétisation y était le plus élevé du pays.
Les temps ont changé, mais Goa a gardé un bon niveau de développement, sans vendre son âme au diable. Le passé ne meurt jamais.
Un grand merci à Hubert Boxho pour son aide.
Fiche pratique

Consulter notre guide en ligne Inde
Fundação Oriente : organisation liée au gouvernement portugais qui aide à préserver le patrimoine architectural de Goa en réhabilitant de nombreux immeubles, notamment à Panjim (quartier de Fontainhas).
Adresses
Panaji (Panjim)
– Mayfair Hotel : Dr Dada Vaidya Rd. Tél. : 222-33-17. E-mail : manishafernz@yahoo.com Presque face au Mahalaxmi Temple. Doubles 1 330-1 700 Rps selon taille et confort, négociable en fonction de l’affluence. Simple et propre.
– Afonso Guesthouse : près de la chapelle San Sebastian, dans le quartier de Fontainhas. Tél. : 222-23-59. Doubles min 2 500 Rps. Près de la charmante chapelle Sao Sebastiao, au cœur du vieux quartier portugais, voici une maison ancienne joliment rénovée, tenue par une adorable famille.
– Abrigo de Botelho : N°5/214, 1, 2 rua do Natal, quartier de Fontainhas. Tél. : 243-10-84. Doubles 3 000-5 000 Rps selon confort, petit déj inclus. Il s’agit d’une grande et vieille demeure coloniale, à la façade bleue, avec une jolie véranda à l’étage.
– Panjim Inn, Pousada et People’s : E-212, Rua 31 de Janeiro, Fontainhas. Tél. : 222-65-23 ou 243-56-28. La réception de ces 3 établissements est située à la Panjim Inn. Doubles min 4 000 Rps en hte saison au Panjim Inn et à la Panjim Pousada ; 7 200-12 000 Rps selon saison à la Panjim People’s. L’adresse de charme de Panjim.
Les plages du littoral de Goa
– D’Mellos Sea View : Monteiro’s Rd, à Candolim. Tél. : 248-96-50. À 5 min de la plage. Doubles 1 050-2 700 Rps. On est accueilli par le charmant Pedro de Mello et sa femme qui tiennent avec le plus grand soin leur pension.
– NV Beach Resort : Maddo Vaddo à Calangute. Tél. : 227-97-49. Doubles 1 200-2 200 Rps selon confort et saison. Deux fois plus cher autour de Noël. Tenue par une famille souriante et serviable, cette guesthouse pimpante dispose de 3 catégories de chambres. À quelques pas de la plage, où la famille gère aussi une paillote. Une bonne adresse.
– Red Cab Inn : 693/1 de Mello Waddo à Anjuna. Au niveau de la Starco’s Guesthouse, tourner à gauche puis suivre les panneaux, sur la droite. Tél. : 227-44-27. E-mail : redcabinn@rediffmail.com L’adresse la plus propre et la plus jolie du village, dans une petite maison portugaise aux murs rouges donnant sur jardin verdoyant.
– Boon’s Ark : 537/2, près de « C » Shell, soit 400 m avt d’arriver à Vagator Beach, dans un petit chemin sur la gauche, juste après le Bethany Inn. Doubles 1 200-1 800 Rps. Une excellente adresse dans sa catégorie. C’est notre coup de cœur à Vagator ! Jessie propose une douzaine de chambres (avec bains) installées dans des pavillons répartis autour d’un charmant jardin fleuri, très calme et bien entretenu. Déco classique et familiale, tout est propre et impeccable. AC dans les chambres les plus chères.
– Palm Grove Cottages : à 10 min à pied de la plage de Benaulim. Tél. : 277-00-59 ou 11-70. Doubles avec sdb 1 800-3 600 Rps. Discrète et camouflée dans un jardin luxuriant très reposant, une bonne maison tenue par l’aimable famille da Costa.
– Camilson’s Beach Resort : en bord de plage, à Sernabatim. Tél. : 277-15-02. Fermé juin-août. Doubles min 1 500 Rps, petit déj inclus. Emplacement idéal en retrait de la plage dans un secteur préservé. Ce petit hôtel propose des chambres sans charme mais bien tenues et propres.
Trouvez votre hôtel à Goa
Où manger, où prendre un verre ?
– Viva Panjim, impasse perpendiculaire à la rua 31 de Janeiro, Panaji. Dans une vieille bâtisse coloniale, une cuisine goanaise simple, bonne et pas chère.
– Biryani Palace, sur la route entre Starco’s et la plage à Anjuna : ce palais du biryani excelle dans les poisson et le tandoor.
– Johncy Bar Restaurant, sur la plage à Benaulim : cuisine goanaise simple et pas chère.
– Shore Bar et Guru Bar, sur la plage à Anjuna : les deux spots pour prendre un verre et se renseigner sur les fêtes à Anjuna, ex-fief des ravers.
– Nine Bar, au-dessus de Little Vagator Beach : au coucher de soleil, le rendez-vous des amateurs de trance.
Vieux manoirs de l’arrière-pays
– Chandor se trouve à env 15 km à l’est de Madgaon. On peut visiter la Bragança House, divisée en deux ailes appartenant à deux branches de la même famille : Pereira-Bragança. Tél. : 285-76-30. Ouv tlj 9 h 30-17 h 30. Menezes-Bragança Tél. : 278-42-01. Ouv tlj 9 h 30-16 h 30.
– Casa Fernandes : à 10-15 min à pied de l’église de Chandor. Tél. : 278-42-45.
– Palácio do Deão : à Quepem, à env 6 km de Chandor. Tél. : 266-40-29. Ouv tlj 10 h-18 h (slt sur rdv le ven). Donation env 100 Rps/pers.
Manoir de Figueiredo à Loutulim
– Figueiredo House à Loutulim : env 12 km au sud de Ponda. Visite tlj 9 h 30-17 h 30. Contribution : 200 Rps. En pleine campagne, au hameau de Carvota, à 1 km du village de Loutulim, direction Corvatim. Demander « Casa Museu V. J. de Figueiredo », les Goanais connaissent.
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