Helsinki et le sud de la Finlande

12 septembre 2013

Son histoire, en effet marquée par les influences suédoises et russes, incorpore également une sacrée dose de sisu. Cette tranquille persévérance serait un trait de caractère propre aux Finlandais, tout comme leur langue qui ne ressemble quasiment à aucune autre…
Un voyage à Helsinki et dans ses environs, de Porvoo à Turku, offre un bel aperçu de l’histoire et de l’art de vivre finlandais. Si la nature est ici reine, on visite avec plaisir des villes à taille humaine, agréables ou séduisantes, avant de goûter aux spécialités culinaires et d’admirer la créativité des designers locaux.
La Finlande, pour ceux qui n’y sont jamais allés, sera à coup sûr une belle découverte !
La Finlande, connais pas…

Le féru d’histoire pensera aux accords d’Helsinki de 1975. Amorce d’une détente entre les blocs Est et Ouest, l’événement eut un écho particulier dans ce pays balloté pendant des siècles entre Suède et Russie. Indépendante depuis 1917, la Finlande, aujourd'hui membre de l'espace Schengen, revendique haut et fort sa neutralité.
Un portable sonne, c’est l’occasion de citer Nokia, marque emblématique de l’orientation high-tech prise par le pays. Le geek de service la ramène sur sa difficulté à négocier le virage des smartphones.
Le fana de sport mécaniques enchaine sur le rallye des Mille Lacs. En fait, la Finlande en compterait plus de 50 000 ! S’il embraie sur le fameux pilote Ari Vatanen, nul doute que la littéraire saisira la perche. Pour elle, ce patronyme évoque surtout l’homme au lièvre qui parcourt et baptise l’œuvre majeure d’Arto Paasilinna.
Enfin, en pleine déco de son nouvel appartement, son amie pense Iké… avant de se raviser et de citer une référence, le mythique vase Savoy d’Alvar Aalto, l’un des pères du design finlandais.
Au moment de se quitter, chacun convient qu’il en sait finalement peu sur la Finlande... Pourquoi ne pas commencer par la capitale Helsinki et la côte alentour ? À environ 3h de vol de Paris ou Bruxelles, le temps d’un week-end prolongé, voici une destination riche en dépaysement à la mode nordique.
Helsinki, entre tradition et modernité

Fondée en 1550 par le roi Gustav Vasa, le port d’Helsingfors subit l’occupation russe lors de la 1ère moitié du XVIIIe s. Pour mieux le défendre, les Suédois construisent sur une poignée d’îlots la forteresse maritime de Sveaborg (Suomenlinna) (photo). Les Russes s’en emparent dès 1809 et font de la ville la capitale du grand-duché autonome de Finlande en 1812.
Suomenlinna, aujourd’hui patrimoine mondial de l’Unesco, se prête à de jolies balades. La traversée de quelques minutes en ferry permet d'admirer les cathédrales qui égayent la skyline d’Helsinki. D’un côté, l’orthodoxe Uspenskin Katedraali toute en brique rouge et chapeautée de 13 clochetons, l’un des plus grandes d’Europe. De l’autre, la luthérienne Tuomiokirkko, d'un blanc immaculé, domine la place du Sénat, dans le style néoclassique et un brin raide de Carl Ludwig Engel.
Ayant notamment œuvré à Saint Pétersbourg, l’architecte officiel du régime traça également la double avenue de l’Esplanade. Les luxueux bâtiments qui la bordent révèlent une transition vers le style « romantique national ».
Contemporain de l’Art Nouveau et de l'accession à l'indépendance de 1917, ce courant architectural puise aux sources de la tradition culturelle locale tout en exprimant le sentiment national finlandais. Parmi ses expressions les plus emblématiques, le musée national de Finlande est un passage obligé pour mieux comprendre l’histoire du pays.
Délices finlandais

Pour les découvrir, il faut absolument flâner dans les alléchants marchés de la capitale. Le plus touristique investit la grande place de Kauppatauri, en plein centre historique. Entre stands de souvenirs et d’artisanat, on repère, parmi les amoncellements de baies, des variantes arctiques de nos mûres et framboises, comme la jaune lakka. Plusieurs stands pour manger bon et pas cher également.
Non loin de là, l’élégante halle en brique de Vanha Kauppahalli se consacre exclusivement à l’alimentation depuis son inauguration en 1889. Côté boulange, les pains les plus populaires sont les galettes de seigle et les pirogues caréliennes, de roboratives barquettes de sarrasin fourrées de riz ou d’orge, rituellement tartinées d’un mélange de beurre et d’œufs cuits au petit déj…
Des bouchers où l’on repère les viandes séchées boréales (renne, élan), le regard glisse aux splendides étals des poissonniers. Marinés, salés, en salade, les doux harengs de la Baltique y tiennent la vedette, tout comme le saumon, dont les fumés à froid sont qualifiés de « gourmet » pour leur finesse.
Plus appétissant encore, sa majesté graavilohi (gravlax). Si ce saumon frais préparé en saumure figure plutôt sur les menus chics de nos contrées, sacrifier à sa chair fondante est ici un plaisir populaire et abordable. Tout est prévu pour le consommer sur place et à la bonne franquette, sur des tartines de pain de seigle.
Aux sources du design nordique

Si Helsinki est capitale mondiale du design 2012, c’est que le design nordique ne se résume pas aux Suédois. Les Finlandais sont même précurseurs en la matière. Sans le savoir, vous avez forcément croisé les créations d’Alvar et Aino Aalto, Kaj Frank, Saarinen ou Aarnio, comme les chaises tulipes ou le fauteuil ballon. Leur credo : des formes simples en accord avec leur fonction, confortables et accessibles au plus grand nombre.
Un passage au Designmuseo s’impose pour suivre l’épopée de cette école. On est souvent bluffé par la modernité d’objets imaginés il y a des décennies. Helsinki recèle bien d’autres espaces de création et d’exposition comme Kappelitehdas, ancienne usine de câbles reconvertie en ateliers d’artistes.
La capitale regorge également d’enseignes prestigieuses où sont vendues rééditions et créations récentes : Artek, éditeur de meubles fondé en 1935 par Alto, la faïencerie Arabia sauvée après la 2e guerre mondiale et la perte du marché russe, Marimekko qui s’illustre depuis les années 1950 dans le textile et le Design Forum Shop qui regroupe toutes les productions.
Pour les amateurs les moins fortunés, pas mal de boutiques de brocante et de fripes ont élu domicile dans le quartier populaire de Kallio. Enfin, rien n’empêche de partir à la chasse au trésor dans les marchés aux puces, même si les grandes signatures finlandaises ont du mal à s’y cacher…
Porvoo l'élégante

Située à la jonction de la rivière et de la mer, elle fut très tôt un grand carrefour commercial. Les marchandises européennes en route vers le Nord y transitaient, tout comme les fourrures, le beurre, le lin et les poissons séchés destinés à Tallinn et à l’Europe centrale.
Les anciens entrepôts s’alignent encore le long de la rivière. Convertis en maisons particulières et restaurants, ils arborent toujours la couleur « rouge suédois » qu’ils revêtirent à la fin du XVIIIe s pour la visite du roi Gustave III.
De taille modeste, l’église du XVe s doit aux Russes le titre de cathédrale. Ils y organisèrent d’ailleurs la diète de Porvoo qui scella le sort de la Finlande après leur victoire sur les Suédois en 1809. Elle domine une vieille ville pleine de poésie.
Les ruelles de pavés ou de roche sont bordées de maisons de bois pastel, aux fenêtres arrangées aussi méticuleusement que des vitrines. Elles sont parfois équipées de doubles miroirs, dits « à commères », permettant d’espionner la rue. Aux beaux jours, on s’égare avec plaisir dans les courettes et jardins en fleurs, mais Noël est également un moment de découverte privilégié.
Porvoo est aussi le siège de la confiserie Brunberg, connue dans tout le pays pour ses crackers au chocolat, caramels et autres réglisses. La boutique ne paie pas de mine, mais elle est facilement identifiable à la foule qui s’y presse…
Hanko, la méridionale

Lieu de passage des marins depuis des siècles, Hanko ne naît réellement qu’en 1874, avec la construction d’un port moderne permettant la navigation vers l’Angleterre au cœur de l’hiver. Entre 1880 à 1930, il est le point d’embarquement de beaucoup des 400 000 candidats finlandais à l’émigration.
A l’autre extrémité de l’échelle sociale, les belles côtes et les kilomètres de plage de Hanko séduisent la bourgeoisie russe qui y construit de superbes villas de bois face à la mer. Beaucoup sont aujourd’hui des guesthouses pleines de charme qui semblent sorties d’une pièce de Tchekhov.
L’aristocratie finlandaise tombe aussi sous le charme, à commencer par le héros national lui-même, le maréchal Mannerheim. Sur les conseils de son oncle, patron des usines Fiskars (les ciseaux orange !), il loge dans la majestueuse villa Thalatta avant de bâtir sa propre maison. Il acquiert aussi le Café Africa, rebaptisé Maison des 4 vents (photo) où on peut toujours grignoter une pâtisserie face à la mer.
Aujourd’hui, cette paisible station balnéaire est dotée de 2 petits ports de plaisance où se rassemblent les restos. Plusieurs itinéraires pédestres et cyclistes sont bien fléchés le long de la côte, très propice à la balade.
Si le cœur vous en dit, des excursions sont organisées vers les ilots voisins, comme celui du phare de Bengrskär. En un mot, à Hanko, il y a tout ce qu’il faut !
Turku, entre rivière et archipel

15 ans après, Turku faillit disparaître dans le pire incendie de son histoire. Seuls la cathédrale, le château et quelques bâtisses en bois ont survécu. Architecte de la reconstruction, Carl L. Engel, qui a œuvré à Saint-Pétersbourg et Helsinki, l’a marquée des traits quelquefois sévères du néoclassicisme.
Le long de la rivière Aura, des bars et restos, parfois aménagés dans des immeubles Art Nouveau ou sur des bateaux, se succèdent sur les rives. Lieux de promenade et de rencontres, elles offrent une version locale de la passeggiata à l’italienne.
En suivant la rivière vers son embouchure, n’espérez pas tomber sur la mer. Les côtes finlandaises s’émiettent en archipels aux allures de puzzle. Avec ses 20 000 pièces, celui de Turku se prête à des excursions variées.
En attendant, la visite du Forum Marinum s’impose. Espace pluriel centré sur les rapports homme-mer, son joyau est le majestueux 3 mats Suomen Joutsen (photo), un ancien navire école finlandais construit à Saint-Nazaire en 1902.
Amarré un peu plus loin, le S/S Bore, dernier vapeur construit dans la région en 1960, abrite un hostel unique en son genre, un resto-bar et, certains soirs, une boite rétro-marine du plus bel effet !
Pour les amateurs d’architecture en bois traditionnelle, le port de Naantali (15 km à l’ouest) et le vieux Rauma (75 km plus au nord), classé par l’Unesco, constituent de belles excursions, faciles à réaliser depuis Turku.
Fiche pratique

Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Finlande
Office du tourisme de Finlande
Office du tourisme d'Helsinki
Office du tourisme de Turku
Comment y aller ?
Plusieurs vols directs/j. entre Helsinki et Paris, Genève et Bruxelles, avec Finnair. Compter environ 2 h 40 de voyage. Nombreuses autres liaisons avec escale.
Où dormir ?
Les chaînes qui dominent l’hôtellerie finlandaise sont très présentes à Helsinki et à Turku.
Economiques, tout confort et souvent centraux, les Omena Hotellit se réservent sur le net.
Dans la catégorie supérieure, les hôtels Sokos jouissent de situations stratégiques et occupent parfois des bâtiments historiques.
Autres pistes pour se loger :
- Helsinki : l’Hostel Suomenlinna profite du calme et de la nature des ilots fortifiés, à quelques mn de ferry du centre.
- Turku : l’Hostel Borea, pour dormir dans les cabines d’un ancien ferry, amarré sur la rivière Aura. Etonnant !
- Porvoo : Ida-Maria Bed & Breakfast, au cœur de la vieille ville, au pied de la petite cathédrale. Dans la catégorie chic, Hôtel Pariisin Ville propose une série de chambres (certaines avec sauna) dans une élégante maison en bois.
- Hanko : la coquette Villa Maija ou la plus rustique Thalatta (tel : +358 (0) 19- 248-63-56) permettent de s’imprégner de l’atmosphère rétro de la station.
Trouvez votre hôtel en Finlande
Où manger ? Où boire un verre ?
- Helsinki : Ravintola Salve (Hietalahdenranta 11), une institution populaire, près du port. Harengs sur pommes de terre et ambiance conviviale… Lappi (Annankatu 22), décor et mets de Laponie. Original.
- Porvoo : Timbaali (Vällikatu 8), au cœur de la vieille ville. Y aller au déjeuner pour les superbes buffets de poissons, dans l’accueillante cour intérieure. Confiserie Brunberg (Välikatu 4), pour faire le plein de chocolats, caramels et réglisses.
- Turku : parmi les restos et bars des quais de l’Aura, petit coup de cœur pour les déjeuners chez Mami (Linnankatu 3), presqu’en face de la cathédrale.
- Hanko : På Kroken (Tél : 040 358 1815), sur le port de plaisance de Juviken, au nord du centre de Hanko. Antre d’un pêcheur-poissonnier-cuisinier, dans un cadre éblouissant au coucher du soleil.
Liens utiles
Helsinki, capitale mondiale du design 2012
Musée national de Finlande
Musée de la ville d’Helsinki
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