Cap-Vert : Santiago, l’île mosaïque, entre nature et culture

16 février 2026

Santiago est la plus grande des dix îles du Cap-Vert. Elle abrite Praia, la capitale de ce pays plus petit que la moitié de la Corse. Situé à environ 600 km au large du Sénégal et de la Mauritanie, découvert au milieu du XVe siècle, le Cap-Vert a toujours été sous influence portugaise, mais aussi africaine. Les racines de ce métissage se trouvent à Santiago, dans la plus ancienne cité fondée par les Européens sous ces latitudes : Cidade Velha, classée au patrimoine mondial par l’Unesco.
À la diversité culturelle s’ajoute une variété de paysages, des plages de sable noir ou blanc au relief volcanique escarpé couvert de végétation, en passant par les bourgades dont les couleurs des façades sont encore plus vives sous les rayons du soleil. Il brille quasiment toute l’année, sans que la chaleur soit écrasante...


Praia, la capitale du Cap-Vert

L’île de Santiago accueille plus de la moitié de la population du pays et donc sa capitale, Praia. Elle est vivante et peu touristique, car les centres d’intérêt classiques n’y sont pas très nombreux.
Les voyageurs qui débarquent à l’aéroport, situé près du centre, n’y font pas forcément escale — à tort. La ville rassemble plusieurs plages urbaines, un joli phare blanc de 21 m inauguré en 1881 au bout d’une jetée et ouvert à la visite, ainsi que quelques petits musées.
À visiter notamment : le Museu Etnográfico, installé dans une maison de maître néoclassique du XIXᵉ siècle dotée d’une cour intérieure pavée. Situé dans le cœur historique du Plato, il retrace le quotidien rural d’antan à travers des vitrines thématiques consacrées aux activités traditionnelles cap-verdiennes : artisanat (tissage, vannerie, poterie), agriculture, élevage, pêche et musique, cette dernière occupant une place essentielle dans l’art de vivre insulaire.

L’établissement se trouve sur l’agréable rue piétonne 5 de Julho, jalonnée d’arches végétales en ficus et bordée de bâtisses colorées. Elle mène au très animé marché alimentaire, étagé sous une élégante halle de 1924. Le plateau du centre-ville abrite de jolies constructions des années 1930 et 1950, à découvrir en flânant dans ses rues et placettes ombragées, d’où surgit parfois un panorama sur l’océan.
Pour quitter ces hauteurs, on peut par exemple emprunter, au nord-ouest, un escalier bariolé menant au marché Sucupira, où l’on trouve de tout dans une ambiance effervescente. Ou bien suivre la « rampa dos poetas », au sud, qui descend vers l’océan au fil des portraits d’hommes et de femmes de lettres.
On y croise notamment une citation de l’écrivain Mário Fonseca, peinte en grand, en français : « Mon pays est une musique ». Un excellent résumé du Cap-Vert.
Dans le quartier du Plato, le bar-restaurant Quintal da Música est une institution au Cap-Vert, ouverte du lundi au samedi jusqu’à minuit. Elle organise, le soir, des concerts avec les plus grands noms de la scène nationale, qui représentent divers styles musicaux : batuka, funaná, coladeira ou encore morna. Cette dernière est devenue célèbre dans le monde entier grâce au chant mélancolique de Cesária Evora.
Cidade Velha, première cité fondée par les Portugais en Afrique

À environ 15 km à l’ouest de Praia, l’ancienne capitale Cidade Velha, abandonnée après 1712 à la suite d’un énième assaut de pirates, fut la première ville coloniale établie sous les tropiques.
Inscrite depuis 2009 au patrimoine mondial de l’Unesco, elle fut fondée dans la seconde moitié du XVe siècle, lorsque les navigateurs portugais explorèrent cet archipel isolé, jusque-là inhabité.
À l’époque, la cité portait le nom de Ribeira Grande et devint rapidement un carrefour commercial majeur sur les routes reliant l’Amérique, l’Afrique et l’Europe, notamment pour le trafic d’esclaves, qui se poursuivit jusqu’à la fin des années 1870.

La violence de cette histoire est symbolisée par le pilori en marbre du début du XVIᵉ siècle, toujours debout sur la place centrale, la Praça do Pelourinho, où se déroulaient les exécutions publiques de rebelles et d’esclaves en fuite.
La rue voisine, baptisée rua Banana, est bordée de vieilles maisonnettes aux toitures végétales rappelant les chaumières. Elle mène à l’église Nossa Senhora do Rosário (1495), mieux conservée que le convento de São Francisco (milieu du XVIIᵉ siècle), en partie détruit lors des attaques répétées des pirates.

Leurs incursions étaient si fréquentes qu’il fallut ériger, à la fin du XVIᵉ siècle, la forteresse São Filipe, perchée au sommet du canyon qui s’ouvre sur l’océan. Depuis son chemin de ronde ponctué d’antiques canons, le panorama est splendide.
Au pied de l’enceinte se trouvent les ruines de l’imposante cathédrale, dont la construction avait débuté au milieu du XVIᵉ siècle, ainsi que la gorge creusée par une rivière, au fond de laquelle s’étend une oasis.
Un charmant sentier serpente entre bananiers, cocotiers, manguiers et baobabs, des espèces apportées par les marins pour les acclimater avant de les transplanter d’un continent à l’autre.
Près de l’entrée du canyon qui part de Cidade Velha, il est possible de visiter la distillerie de grogue Cabral & Martins. Lancée en 2025 par un jeune Français d’origine cap-verdienne, elle produit le grogue, l’alcool national proche du rhum agricole et à base de canne à sucre. Le midi, pour accompagner les dégustations, le restaurant Cruzeiro propose de délicieuses spécialités locales à petit prix.
Tarrafal, ville du bout de l’île

Tout au nord de Santiago, Tarrafal est un petit port de pêcheurs aux barques multicolores qui se développe pour devenir une station balnéaire. L’atmosphère y reste pourtant calme, à l’image des flots qui ourlent ses belles plages ombragées de palmiers, ou de ses criques nichées le long d’un littoral rocheux et découpé.
Ses côtes sont protégées des puissants rouleaux de l’Atlantique et des vents tout aussi forts. On peut donc s’initier tranquillement au surf, pratiquer le kayak de mer, le stand-up paddle ou la plongée avec palmes, masque et tuba. Ou simplement étendre sa serviette sur le sable blond étincelant.

Celui-ci devient noir un peu plus au sud, à Ribeira da Prata, rappelant l’origine volcanique de l’archipel cap-verdien. Bars, restaurants, pensions et petits hôtels animent le centre, égayé par des murs ornés d’intéressantes œuvres de street art, souvent des portraits que l’on imagine croiser dans les rues, en chair et en os cette fois.
À 2 km au sud du cœur urbain, une tout autre histoire est racontée par le musée de la Résistance, installé dans l’ancien camp de concentration de Tarrafal. Un sinistre passé se cache derrière ces hauts murs jaunes qui ont emprisonné des opposants politiques à la dictature de Salazar : les antifascistes, de 1936 à 1954, puis les militants anticolonialistes, de 1961 à 1974. Tous furent soumis à la torture et aux travaux forcés.
Les voyageurs les plus attentifs remarquent qu’il existe, au Cap-Vert, plusieurs localités se nommant Tarrafal… En effet, ce terme désigne, en créole, un village très loin et isolé. De fait, sur Santiago, Tarrafal est presque à la pointe septentrionale de l’île, à l’opposé de la capitale Praia, au bout d’une diagonale de plus de 70 km.
Le centre montagneux de l’île de Santiago

Le point culminant de Santiago est le pico d’Antonia, qui s’élève à 1 394 m, presque au centre de l’île. Sa forme acérée est souvent dissimulée par les nuages qu’elle retient : son apparition fugace n’en est alors que plus spectaculaire. Le cœur de l’île volcanique de Santiago est très tourmenté, avec des pics, arêtes et cirques sculptés par les éruptions.
Il n’y a rien de désertique à Santiago, contrairement à certaines îles voisines du Cap-Vert. Au contraire, la végétation grimpe à l’assaut des sommets sauvages, parfois protégés au sein de parcs naturels, comme autour du pico d’Antonia ou dans la Serra Malagueta, qui culmine à un peu plus de 1 000 m.
Cette dernière est couverte d’eucalyptus et d’acacias, et traversée par des sentiers de randonnée qu’il est préférable d’explorer avec un guide. La mosaïque de verts se déploie également dans les vallées cultivées, entre bananeraies et champs de canne à sucre.

La ville principale du centre de l’île, Assomada, s’étire sur une crête à 600 m d’altitude, à environ 60 km de Praia. Comme dans la capitale, une agréable rue piétonne et commerçante, bordée de maisons colorées, mène au marché municipal, où l’animation atteint son apogée les mercredis et samedis.
Un peu avant, dans une ruelle perpendiculaire, des fresques de street art représentent notamment des scènes typiques, avec des musiciens, des pêcheurs ou des agriculteurs.
Sur la place principale de São Domingos, commune entre Praia et Assomada, un panneau rappelle que Charles Darwin, l’illustre naturaliste britannique, est passé par là quand il a visité le Cap-Vert en 1832, pour collecter des informations sur la faune et la flore locales…
Fiche pratique
Consulter notre guide en ligne sur le Cap-Vert.
Site de l’office de tourisme du Cap-Vert
Lire aussi Cap-Vert : l’île de Santo Antão, terre de randonnées
Comment y aller ?
La compagnie Transavia dessert Santiago avec des vols directs au départ de Paris-Orly, Lyon et Marseille. Durée du trajet : 6 à 7 heures. A partir de 98 € l’aller.
Bonnes adresses
Salav Guesthouse : 25, Largo Cruz do Papa, quartier de Santo Antonio, à Praia. Tél. : +238 262 7677. Chambre double : à partir de 82 €. Cette grande maison moderne du secteur des ambassades dispose de 8 chambres confortables, chacune avec un décor thématique soigné, inspiré d’une ville africaine : Kigali, Tunis, Le Caire, Marrakech, Nairobi, Alger, etc. Certaines sont dotées d’un balcon avec vue mer.
Pousada Quinta da Ribeirinha : quartier Santa Marta, à Cidade Velha. Tél. : +238 991 43 78. Chambre double : à partir de 47 € avec petit dej. À l’ouest du cœur historique de la vieille ville, sous la végétation et à flanc de colline se cachent 7 chambres distribuées autour d’une piscine. Une sympathique petite adresse, au calme et près de l’océan.
Hôtel Penareia : sur la plage de Tarrafal. Tél. : +238 529 37 21. Chambre double : à partir de 50 € sans petit dej. Un peu à l’écart du centre, au nord et au bord de la plage principale, l’ex-Baia Verde est un ensemble de bâtiments basiques enfouis sous la végétation qui abritent 39 chambres bon marché.
Restaurant As Campanas : rua Uccla, quartier de Santo Antonio, à Praia. Tél. : + 238 936 21 06. Tlj midi et soir. Plats 6,50-18 €. La churrasqueira, resto de grillades (de poisson ou viande), a été baptisée en l’honneur d’un village situé sur Fogo car le restaurant est aussi spécialisé dans les plats typiques et les vins de cette île voisine. Dont, sur commande, un ragoût de la mer ou de chevreau appelé djagacida.
Restaurant Penedinho : rua Calhau, à Cidade Velha. Tél. : +238 267 11 81. Tlj sf mardi 10h-21h. Plats 6,50-14 €. Le nom du restaurant signifie petit rocher et il est vrai qu’il est presque sur la plage, juste à côté de la Praça do Pelourinho. Cette paillote avec vue mer sert de bons petits plats, très simples et préparés avec les ingrédients locaux : poulpe et poisson grillés, bulots, mais aussi poulet ou côtelettes de porc au barbecue, accompagnés de légumes du coin.
Restaurant Sol y Luna : dans le centre de Tarrafal. Tél. : +238 929 90 09. Tlj du petit déjeuner au dîner. Plats 4,50-14 €. Devant la petite plage, la table, qui possède le même nom et les mêmes propriétaires que la pension à quelques encablures, propose une cuisine bien exécutée, du couscous à la semoule de maïs, agrémenté de poisson ou de légumes, au thon ou poulet à toutes les sauces, en passant par le riz aux fruits de mer.
Kabungo Beach Bar : sur la grande plage au centre de Tarrafal. Tlj 11h-22h. Posé sur le sable, dans une ambiance cool sous les cocotiers, le bar du club de surf éponyme présente une courte carte qui va à l’essentiel : jus naturels (de kiwi, papaye ou fruit de la passion) et caipirinhas (au citron ou au tamarin). What else ?
Trouvez votre hôtel au Cap-Vert
Psst... En plus, il y a un cadeau à l'inscription à nos newsletters !
Les derniers reportages sur le meilleur au Cap-Vert

Cap-Vert : Boa Vista, l’île aux dunes

Cap-Vert : l’île de Santo Antão, terre de randonnées

Cap-Vert : archipel atlantique
Infos pratiques
Bons plans voyage Cap-Vert



















