Bolivie : Salar d’Uyuni et Sud-Lípez, les merveilles de l’Altiplano

Lac - Altiplano
Lac - Altiplano © saiko3p - stock.adobe.com

Au sud-ouest de la Bolivie, à 4 000 mètres d’altitude, le Salar d’Uyuni et la région du Sud-Lípez offrent parmi les plus beaux paysages d’Amérique du Sud.

Totalement isolée, soumise à de rudes conditions climatiques, cette terre extrême est aussi un pays des merveilles : désert de sel blanc, lacs rouges ou verts, rochers aux formes bizarroïdes, pistes traversant l’immensité sous le regard des volcans, troupeaux de lamas et placides flamants roses… On pourrait énumérer pendant des pages les splendeurs de ce coin de l’Altiplano.

Mais, au-delà de la carte postale, attendez-vous à vivre une expérience limite, à travers des paysages hallucinés et hallucinants où des hommes (si peu !) vivent en luttant contre les éléments. Le Sud-Lípez, c’est aussi – et avant tout – un voyage mental. Un périple inoubliable dans l’un des coins les plus reculés de notre bonne vieille planète.

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Terre extrême

Lac Titicaca
Lac Titicaca © Jam Travels - stock.adobe.com
Bienvenue sur une terre extrême : l’Altiplano, la « plaine d’altitude » (3 300 m), au cœur de la cordillère des Andes, la région habitée la plus haute du monde après le Tibet. Si l’Altiplano s’étend sur quatre pays, sa plus grande partie se trouve en Bolivie.

Autour de l'Altiplano, s'élèvent des volcans et s'étend le désert de l’Atacama, la région la plus aride au monde. En son cœur, se trouve le lac Titicaca, le plus haut lac navigable du monde, et une capitale, La Paz. Mais surtout, le Salar d’Uyuni et le Sud-Lípez : une région désertique, qu’on croirait sortie du cerveau d’un démiurge totalement halluciné.

Isolés et difficiles d’accès, le Salar et le Sud-Lípez, au sud-ouest de la Bolivie, sont pourtant des destinations touristiques. Le must d’un voyage en Amérique Latine. Un kaléidoscope de merveilles naturelles... Désert de sel d’un blanc immaculé sous un ciel bleu intense, lacs rouges, roses ou verts, geysers sentant le soufre (photo), rochers sculptés par l’érosion aux formes surréalistes, routes filant vers l’infini, ponctuées de villages abandonnés, de lamas et de flamants roses, et on en passe.

Est-ce l’effet des feuilles de coca que l’on mâche pour lutter contre la fatigue et le mal des montagnes ? Ici, le trip ne signifie pas que « voyage géographique ». L’Altiplano, c’est aussi un voyage mental dans une contrée « limite ».

Limite, car l’exploration de la région, qui nécessite absolument un guide-chauffeur en 4x4, est une véritable aventure. Le Sud-Lípez est dépourvu de moyen de communication, d’eau potable et de point de ravitaillement : attendez-vous à crapahuter à plus de 4 000 mètres d’altitude, à dormir dans des refuges sans chauffage par -20° et, surtout, voir, comme le Bateau ivre de Rimbaud, « ce que l’homme a cru voir » !

Salar d’Uyuni, plus grand désert de sel du monde

Salar d'Uyuni
Salar d'Uyuni © Helen Filatova - stock.adobe.com
La plupart des excursions partent d’Uyuni, une ville au milieu de nulle part, perchée à 3 656 m d’altitude au bout de la ligne ferroviaire venant d’Oruro. « Dead End », l’impasse. Il n’y a rien à faire dans ce dernier stop avant le désert. Uyuni est majoritairement peuplée par les indiens et les travailleurs du sel. Ambiance de bout du monde, avant le grand saut vers le Salar.

Le Salar d’Uyuni est le plus grand désert de sel du monde, avec une superficie de 12 500 km2, soit l’équivalent de l’Île-de-France. Une immensité blanche, qu’on dirait de marbre, mais qui n’est que de sel. Plate jusqu’à la ligne d’horizon, sous un ciel bleu. Perfection minimaliste des lignes, pureté des couleurs, lumière intense : pas étonnant que l’endroit ait inspiré des réalisateurs de vidéo-clips.

Le sel craque comme la banquise, il a la dureté de la glace. Parfois, l’érosion a dessiné des formes géométriques sur l’infini blanc. Un paysage hallucinant. Au loin, on aperçoit la courbe des volcans et des montagnes. Ça et là, surgissent quelques îlots volcaniques, hérissés de cactus millénaires de 10 m de haut, comme la Isla Inca Huasi (photo) ou la Isla del Pescado. Des oasis sans eau. Au sud, le village de San Juan del Rosario, avec son église et ses lamas, marque la fin du désert de sel.

Le salar d’Uyuni, totalement enclavé, est une terre hostile. Pourtant, des hommes y travaillent dans le froid et la lumière aveuglante du soleil, que réverbère la blancheur du sel : ces forçats creusent la croûte saline pour en extraire des monticules non iodés. Pour combien de temps encore ? Le salar abriterait plus de 50 % des réserves mondiales de lithium, un précieux métal alcalin. Le site est protégé, mais le gouvernement bolivien souhaite exploiter le gisement de lithium. La mine de sel pourrait se transformer en mine d’or, avec des conséquences irréversibles pour l’environnement.

Lagunes colorées

Flamants roses - parc national Eduardo Avaroa
Flamants roses - Altiplano © Belikova Oksana - stock.adobe.com
Au sud du Salar d’Uyuni, débute la région du Sud-Lípez, pratiquement vide de toute présence humaine. Les conditions climatiques (jusqu’à -30° en hiver) et l’altitude ont découragé toute culture, toute installation. Après l’immensité blanche, d'une fascinante monotonie, voici les grands espaces et la nature faite art : le Sud-Lípez concentre les plus beaux paysages des Andes.

Sortes d’oasis au milieu de paysages tourmentés, les lagunes sont les sites les plus marquants de la région. Ces lacs de montagne d’origine volcanique, aux eaux soufrées et salées, ont la particularité d’être colorées.

Entourée de volcans à 4 000 m d’altitude, la Laguna Colorada offre le spectacle d’une étendue liquide, allant du marron au rouge sang, en passant par le rose. Des teintes provoquées par les sédiments de couleur rouge et des algues microscopiques. Un paysage irréel, ponctué de flamants roses qui pataugent dans les eaux basses de la lagune.

Autre splendeur de la région : la Laguna Verde(photo), dont la couleur est due à la forte concentration en magnésium de l’eau. Un rêve de photographe, à plus de 4 500 m d’altitude, dominé par la silhouette altière du volcan Licancabur. D’ailleurs, la Nasa a immortalisé sa couleur unique depuis la navette spatiale. Vous êtes arrivés au bout de la route : derrière la frontière, voici le Chili et le désert de l’Atacama. C’est sublime !

Geysers et décors surréalistes

Isla Incahuasi
Isla Incahuasi © hakat - stock.adobe.com
Le Sud-Lípez possède, tout comme le Salar, la superficie d’une région française. Sans âme qui vive, ou presque… Entre les lagunes, de grandes étendues vides, sur près de 15 000 km2. De pistes qui ne mènent nulle part en formations rocheuses bizarroïdes, de geysers exhalant des bouffées sulfureuses en steppes d'aspect lunaire, vous allez faire le plein de visions splendides et de sensations rares dans une vie de voyageur.

Entre la laguna Colorada et la laguna Verde, le désert de Salvador Dalí (photo) porte bien son nom avec ses pierres sculptées par le vent évoquant des formes surréalistes, ses terres aux couleurs chaudes, où l’on croise lamas et vigognes. Un paysage extraterrestre, comme issu d’une rêverie cosmique, encore plus impressionnant quand il neige.

Autre curiosité, les geysers et sources d’eau chaude. Dans le salar de Chalviri, à la laguna Polques, faites une halte pour prendre un bain. Et oui ! Même s’il fait froid, les eaux sont à environ 37° et, bien que le bassin soit exigu, le contact avec l’eau chaude procure une sensation délicieuse.

Encore plus chauds, les geysers Sol de Mañana : en y allant tôt le matin, vous serez plongés dans la brume d'émanations sulfureuses sortant de cratères à même le sol. Ne vous approchez pas trop, la température de la vapeur peut s’élever à 200° !

Conseils pour y aller

Impossible de s’aventurer seul dans la région, qui est beaucoup trop isolée. Il faut donc y aller avec une agence et un guide-chauffeur. Le circuit se fait en 4x4 de 6 personnes maximum sur 3 à 4 jours, avec 2 ou 3 nuits dans le Sud-Lípez.

Les agences proposent à peu près toutes le même circuit et pratiquent des tarifs assez semblables, de 450 Bs à 1 000 Bs (48 à 110 €) selon le nombre de jours pour les tours organisés. Comptez plus cher pour un circuit à la carte. N’hésitez pas à vous renseigner auprès des autres routards – et à vous plonger dans le guide du routard ! ¬ pour savoir quelle agence choisir, car les prestations sont variables.

Les conditions météorologiques sont changeantes et, surtout, extrêmes. Chutes de neige, vents forts, pluies diluviennes… Préparez-vous à d’éventuelles modifications de dernière minute, voire à vous retrouver bloqué dans un refuge. Ici, plus qu’ailleurs, il faut s’attendre à être confronté aux fameux aléas du voyage.

En conséquence, il faut être bien équipé pour s’aventurer dans le Sud-Lípez. Il fait très froid là-haut, alors prévoyez un anorak ou un coupe-vent, et le soleil cogne fort (lunettes et crème solaire obligatoires). Les refuges n’étant pas chauffés, pensez à louer un sac de couchage et à dormir habillé. Il fait de -10° à -20° à l’extérieur la nuit. Enfin, il n’y a aucun point de ravitaillement : si les repas sont inclus dans les tours, n’oubliez pas de prendre de l’eau, des provisions et du papier toilette. Ce serait dommage de gâcher un si beau voyage à cause de petits détails pas si superflus !

Enfin, sachez que certains tours peuvent vous conduire à San Pedro de Atacama au Chili – ou, à l’inverse, partent de là-bas. Cela vous évite de rebrousser chemin vers Uyuni à la frontière et, surtout, vous permet de découvrir les splendeurs du désert de l’Atacama. Mais, là, au Chili, un autre voyage commence…

Fiche pratique

Jean-Philippe Damiani
Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Bolivie.

Comment y aller ?

Aucun vol direct entre l’Europe et l’aéroport international de La Paz. Nécessité de passer par Lima, ou un autre grand aéroport sud-américain. Compter donc deux escales et un voyage assez long. Iberia propose des tarifs à partir de 900 €.

De La Paz, bus direct jusqu’à Uyuni via Oruro (11 h de route). Trajet de nuit dans des routes de montagnes, à vous de voir.

Sinon, possibilité de prendre le train de nuit d’Oruro à Uyuni. Bref, un sacré périple !

Où dormir ?

La plupart des hôtels à Uyuni sont tenus par les agences ; ne vous attendez pas à du grand luxe. Pendant le voyage à travers le Sud-Lípez, vous serez logé et nourri dans des refuges au confort spartiate, pas de chauffage, électricité quelques heures par jour, dortoirs…

Enfin, les hôtels de sel n’existent plus sur le Salar pour des raisons sanitaires. En revanche, on en trouve autour du salar : à l’intérieur, tout est en sel, et certains offrent un niveau de confort satisfaisant. Notre coup de cœur : l’hôtel Tayka de Sal

Quand y aller ?

En juillet et août, au cœur de la saison sèche, il peut faire très froid la nuit (c'est l'hiver austral), mais assez doux pendant la journée (15 à 20° C) si le blizzard ne souffle pas ; les pluies sont rarissimes en juin et juillet.

Les températures sont plus clémentes le reste de l’année, mais pas d’illusion : l’Altiplano se trouve entre 3 600 et 4 500 m d’altitude.

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