Argentine du Nord-Ouest : le Noroeste, terre de grands espaces

Serranía del Hornocal
Serranía del Hornocal © Javier - stock.adobe.com

Noroeste, le Nord-Ouest de l’Argentine. Confiné contre le Chili et la Bolivie, le Noroeste, c’est le Far West, le bout du bout du pays (à l’extrême opposé d’Ushuaia). Un territoire modelé par la puissance des Andes et la solitude de la Puna, où paissent lamas et vigognes, entre déserts de sel, magie des roches rouges tailladées par l’érosion et veines verdâtres de cuivre. 

Une Argentine grand large, héritière lointaine d’un riche passé précolombien, dans l’ombre oubliée de l’Empire inca. Fantastique !

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Salta, la porte et le cœur du Noroeste

Salta - cathédrale
Salta - cathédrale © diegograndi - stock.adobe.com

Le cœur de Salta, la plus grande ville du Nord-Ouest argentin (1 200 m d’altitude), bat autour de la plaza 9 de Julio, immense place d’un hectare de grands palmiers, araucarias et jacarandas entourant un monument équestre qui rend hommage à un héros de la guerre d’indépendance de l’Argentine.

Côté nord, la cathédrale XIXe siècle joue la grandiloquence, avec son maître-autel tout doré planté de cierges comme autant de cactus sur un flanc de montagnes andines. Côté sud, le Cabildo du XVIIIe siècle, ancien siège du pouvoir colonial, est devenu musée, retraçant l’histoire de ce coin d’Argentine fortement marqué par la proximité du Haut-Pérou (actuelle Bolivie). Épaulettes dorées de Rivadavia, frac et bicorne de Güemes : les généraux-héros y ont aussi leur place ! Sans oublier la Renault 1911 d’un gouverneur…

Train des Nuages
Train des Nuages © Jopstock - stock.adobe.com

À l’ouest, le Centro cultural América raconte une autre Argentine, enrichie, qui se retrouvait dans cet édifice de 1913 au grand escalier de marbre, siège d’un club social des plus chics. Aujourd’hui, on y apprend le tango et la salsa. Quittant les terrasses de cafés, on s’aventure au-delà en quête des églises (San Francisco) et musées secondaires.

Aucun, cependant, n’arrive à la cheville du MAAM, le musée d’archéologie de haute montagne, né d’une découverte extraordinaire, faite en 1999 au sommet du volcan Llullaillaco : 3 momies d’enfants, sacrifiés aux dieux pour le bien des autres mortels, selon le rituel de la Capacocha, qui s’évertue à restaurer l’ordre cosmique.

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De Salta, des excursions en bus permettent de rejoindre le point de départ du Train des Nuages, lancé à l’assaut des Andes au début du XXe siècle, dont seul demeure l’ultime tronçon argentin, long de 22 km. Au terminus : l’impressionnant viaduc La Polvorilla.

La spectaculaire Quebrada de Humahuaca

Quebrada de Humahuaca
Quebrada de Humahuaca © Rolf Langohr - stock.adobe.com

Passé San Salvador de Jujuy, capitale de la province la plus septentrionale du Noroeste (2 h 30 de Salta), la route s’extirpe rapidement de la forêt semi-tropicale des Yungas pour attaquer la pente en larges lacets. Le couvercle de nuages gris s’étiole, puis disparaît comme par enchantement. Sur les pentes désormais dénudées prospèrent les épineuses silhouettes d’un nombre grandissant de cardones (grands cactus).

Une large échancrure s’ouvre, soufflée de poussière : la Quebrada de Humahuaca, un profond canyon d’origine tectonique et fluviale, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Dans l’ombre de la RN9, le Rio Grande s’écoule dans un lit généralement bien trop grand pour lui.

Ses eaux temporaires suffisent néanmoins à abreuver la vallée, au vert contrastant avec les parois plissées, ciselées ici et là en cheminées de fées. Bientôt, elles se teintent d’ocre, de rouge, de vert – dépôts de fer et de cuivre.

Pucará de Tilcara
Pucará de Tilcara © Claude Hervé-Bazin

Ce décor minéral, aux pluies capricieuses, n’a pas empêché les hommes de prospérer. Voici bien 10 000 ans, estime-t-on, que les premiers peuples descendus du nord se sont implantés ici, donnant naissance à la tribu des Omaguacas (Humahuacas) – finalement soumise par les Incas aux XIVe et XVe siècles.

Pour renforcer leur conquête, ces derniers fondèrent des villages fortifiés, à l’exemple du Pucará de Tilcara, en partie restauré, qui, du haut de sa colline, domine la vallée et le bourg touristique auquel il a donné son nom. Voie d’accès naturelle entre Puna et basses terres orientales, le canyon était stratégique.

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Relancé en 2024, le Tren Solar, panoramique, remonte la Quebrada de Humahuaca le long de la RN9, entre Volcán (au sud) et Tilcara (au nord).

Rouge, ocre, violet… Des paysages hallucinants

Purmamarca
Purmamarca © Damián Basante - stock.adobe.com

En aval de Tilcara, la RN9 croise la RN52, porte d’accès à la bourgade de pisé de Purmamarca, nichée dans sa vallée latérale, à 2 200 m d’altitude. Rien de remarquable en soi, si ce n’est une jolie petite église blanche arrimée à l’ombre de faux-poivriers et de vieux prosopis, face à une placette pavée inondée de stands de lainages colorés.

C’est en levant le nez que la spécificité de Purmamarca se révèle : le village s’amarre au pied même de la petite Montaña de las 7 Colores. Son nom, un peu trompeur, cache l’intense couleur ocre rouge – mieux encore révélée par le levant et le couchant. On en fait le tour à pied en moins d’1 h, butinant entre ses échines sculptées.

Quebrada de las Señoritas - gorge
Quebrada de las Señoritas - gorge © Claude Hervé-Bazin

De retour sur la RN9, à 1 h vers le nord, juste au-dessus d’Uquía, la Quebrada de las Señoritas apporte sa propre interprétation de la géologie locale, sur des notes également violines.

On y pénètre à pied dans une gorge aux parois intensément orangées, avant de rejoindre la grotte. Selon la légende, les Vierges du Soleil, venues quérir la rançon en or de l’Inca Atahualpa exigée par les Espagnols, s’y seraient perdues et réfugiées.

Serranía del Hornocal
Serranía del Hornocal © Adwo - stock.adobe.com

À un quart d’heure de là, le gros bourg d’Humahuaca, engourdi par son altitude (3 000 m), végète à l’ombre du Monumento a los Héroes de la Independencia. De là, on s’élève par une piste, à grand renfort d’épingles à cheveux, jusqu’à 4 350 m. On bute sur un panorama peu banal sur la Serranía del Hornocal, déroulant ses épaisses écailles de stégosaure, alternant violet et vert. Spectaculaire.

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L’église du village d’Uquía, datant de 1691, est l’une des plus belles du Noroeste, avec son mobilier en bois de cactus et ses tableaux d’archanges arquebusiers.

Iruya, tout au bout du monde, ou presque

Iruya
Iruya © aubi1309 - stock.adobe.com

Quittant le ruban de goudron, une piste se dessine, juste là, au milieu de nulle part. Iruya, 54 km, indique le panneau – sans préciser qu’il faudra bien 1 h 30 à 2 h pour les parcourir. Aux premières lignes droites et poussiéreuses, succède vite un itinéraire hors du commun, avalant un chapelet de virages et de hameaux oubliés. 

La piste se hisse, touche aux 4 000 m, laisse parfois passer quelques vigognes avant de dévaler vers une vallée secrète, où, l’été, reparaît le vert. Une vallée perdue aux relents de Tibet et de Caucase, coiffée de montagnes et creusée d’une gorge profonde où s’aventure bientôt la route.

Au bout, tout au bout, Iruya vit sur son quant à soi, au fil d’une pente raide coupant le souffle, entre deux belvédères perchés de part et d’autre. Un coup d’œil à l’église et le tour est fait. Peu importe, on ne vient pas à Iruya pour ça, mais pour sa magnifique solitude.

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Une pompe à essence a été récemment ajoutée à Iruya, ça aide !

Aux confins de la Bolivie, le nord extrême de l’Argentine

Espinazo del Diablo
Espinazo del Diablo © alessandro - stock.adobe.com

Le road trip vers l’extrême nord de l’Argentine reprend sur la RN9, à travers les grands espaces de la Puna. Pas âme qui vive par là, mais de bien jolies formations rocheuses, comme l’Espinazo del Diablo. Cette « colonne vertébrale du diable » déploie ses couches géologiques ondulant de manière étonnamment géométrique.

Passe Abra Pampa, sans un arbre en vue. Le vent de la Puna y balaie les rues sales de tourbillons de poussière. À La Quiaca, la route touche à son terme. La frontière bolivienne est là, que les locaux franchissent à pied, au gré du lit à demi asséché du río, sans un coup d’œil pour les douaniers postés sur le pont. Lorsque l’eau monte, les habitués traversent sur une cariquelle pour ne pas se mouiller les pieds (200 pesos, c’est donné) !

San Francisco de Asís
Yavi - San Francisco de Asís © Claude Hervé-Bazin

À moins de 2 km, des panneaux signalent la fin de la mythique Ruta 40, la plus longue d’Argentine, qui relie La Quiaca à Ushuaia – sur 5 224 km. Jolie balade !

Près de là, la piste n° 5 file rapidement vers Yavi (20 min). Le village n’a que peu changé depuis sa fondation à la fin du XVIIe siècle par les marquis del Valle de Tojo. Dire qu’il fut un temps concurrent de San Salvador de Jujuy, la capitale régionale, aujourd’hui 100 fois plus peuplée !

Étape sur la route des mines d’argent de Potosí vers le Río de la Plata, Yavi conserve de ses heures de gloire une magnifique église (San Francisco de Asísau riche mobilier baroque doré et, à côté, l’hacienda-musée des anciens marquis – qui a conservé une bonne partie de son mobilier du XVIIIe siècle. Un vrai voyage dans le temps.

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La Quiaca n’est pas une belle ville, tant s’en faut, mais il faut parfois y dormir. On vous conseille l’Hostel Copacabana.

La solitude glacée de la Puna

Laguna de los Pozuelos
Laguna de los Pozuelos © Romulo - stock.adobe.com

Que faire quand on est arrivé au bout ? Rebrousser chemin… mais par le chemin des écoliers. Délaissant le goudron, les heureux possesseurs d’un 4x4 (ou d’un SUV) peuvent filer sur la Ruta 40, avant de bifurquer vers la Laguna de los Pozuelos.

En pleine Puna, à 3 600 m d’altitude, ce vaste lac classé parc national voit sa superficie varier largement en fonction des pluies. En janvier, il s’étend presque jusqu’aux abords de la piste cabossée qui y mène. Puis il se retire, dévoilant des étendues nues et fangeuses glissantes. Pozuelos est l’un des principaux lieux de regroupement des flamants roses et des Andes (rouges et noirs). Farouches, ils s’éloignent dès que l’on approche…

Salinas Grandes
Salinas Grandes © bianchithiago - stock.adobe.com

Sur la Puna, les groupes de vigognes vont, librement, entre les troupeaux de lamas, rythmant l’avancée, de ferme isolée en ferme-ermitage, jusqu’à la bourgade de Casabindo. Quelque 20 familles vivent dans ce néant, à l’ombre d’une grande église chaulée qui reprend vie chaque année, le 15 août, lors de la dernière corrida d’Argentine.

Encore 1 h de piste et voilà que se dessine la Laguna de Guayatayoc – aux eaux très peu profondes, vertes par endroits et rouges à d’autres ! Elle précède un autre mirage, blanc celui-là : les Salinas Grandes, le plus grand salar d’Argentine (120 km²).

L’hiver, on s’y aventure en voiture sur la croûte craquante de la surface, jusqu’à découvrir les bassins d’exploitation et des résurgences aux eaux d’un turquoise irréel. Un joli point d’orgue.

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Pas de banderilles, pas de mise à mort ici lors de la corrida de Casabindo, mais un toro qui course les toreros (amateurs), au risque de leur vie !

Fiche pratique

Consulter notre guide en ligne Argentine

Comment y aller ?

Salta et San Salvador de Jujuy sont reliés à Buenos Aires par avion. Les plus écolos envisageront de rejoindre la région en bus, mais il faut bien 20 h de trajet depuis la capitale argentine. Trouvez votre billet d’avion.

Dans la région même, on circule facilement en bus sur les grands axes : Salta, Jujuy, Tilcara, Humahuaca (et sa Quebrada donc), La Quiaca. Par contre, dès que l’on veut sortir des chemins battus, ça se complique. Pour explorer la Puna, notamment, impossible de s’en tirer sans voiture de location (SUV avec garde haute ou 4x4 pour affronter les pistes).

Quand y aller ?

Le Noroeste est marqué par deux saisons bien différentes. Durant l’été austral, il fait vraiment chaud à Salta et San Salvador de Jujuy, mais c’est la saison des pluies – qui s’abattent souvent en orages violents, noyant les routes et plus encore les gués. Dans la Quebrada de Humahuaca (2 500-3 000 m d’altitude) et sur la Puna (3 500 m), les nuages et les précipitations sont plus rares, même à cette époque, et les nuits plus fraîches.

Durant l’hiver austral, le ciel est d’un bleu immaculé, mais les températures chutent. Si, à Salta, le thermomètre gravite en moyenne autour de 11 °C en juillet-août (4-5° C la nuit), dès que l’on prend de l’altitude, le froid s’impose. Dans la Quebrada de Humahuaca, il gèle toutes les nuits de mai à août – ce qui ne serait pas vraiment un problème si les hébergements bon marché avaient tous un chauffage efficace…

Où dormir ?

Si vous voyagez durant l’hiver austral, pensez à demander s’il y a le chauffage central, c’est important, surtout en altitude – certains chauffages portables sont très peu efficaces.

Quelques adresses recommandables dans la région :

Carpe Diem B&B – La Cara Oculta de Salta : maison d’hôtes et super accueil de David (et du chat Jujuy), qui propose aussi des excursions sportives hors des sentiers battus dans la région.

– Villa Vicuña, un hôtel boutique très chic à Salta.

– La Sala de Yolanda entre San Salvador de Jujuy et la Quebrada de Humahuaca : une belle demeure coloniale du XVIIIe s.

Hostal Giramundo, la meilleure adresse pour petits budgets de Purmamarca, avec dortoirs et agréables chambres privées : giramundopurma@gmail.com

– Au centre de Tilcara, le Centro Ándino para la Educación y la Cultura (capecalojamiento@gmail.com) dispose de tout juste 6 chambres de bon confort, d’un excellent rapport qualité-prix.

– La Calabaza, à moins de 10 min à pied du centre de Tilcara, est tenue par un couple hyper-accueillant. Au choix : 2 cabañas indépendantes à prix canon.

– Posada de Luz, l’adresse chic de Tilcara, aux chambres sur 2 niveaux inspirées de l’architecture traditionnelle.

– Solar del Trópico, à Huacalera (18 km au nord de Tilcara), une maison d’hôtes au grand jardin fleuri tenue par un accueillant couple franco-argentin.

Turismo Rural Hornaditas, à 16 km au nord de Humahuaca : hornaditas@gmail.com. On séjourne ici dans les chambres très modestes de la famille Lama (si, si !) qui, pour un tarif défiant toute concurrence, inclut repas, visites et découverte des activités quotidiennes. On apprend à faire le fromage (sauf hiver), à planter, récolter, on caresse les lamas…

– Hospedaje Iruya Mí Pueblo, à Iruya, une adresse simple mais bien tenue d’un assez bon rapport qualité-prix.

– Posada Tika à Yavi, la seule belle option du coin, dans une auberge moderne très déco, inspirée de l’architecture traditionnelle.

Liens utiles

Site officiel du tourisme argentin

Site des parcs nationaux argentins

Le tourisme dans la province de Salta

L’office de tourisme et la culture de la ville de Salta

Le tourisme dans la province de Jujuy

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