Randonnées autour de légendes en France

07 août 2019

Il était une fois... aux détours des sentiers, des fées, des ogres, des diables et des sorcières ! De Mélusine aux géants limousins des pierres jaumâtres, en passant par les fantômes de l’abbaye de Mortemer et les pénitents des Mées, une sélection de randonnées qui font frémir et enchantent. Pour marcher en s’amusant et en rêvant sur les chemins des contes et légendes de la France…
Mélusine, femme serpent (Vienne)

Un mari devrait toujours obéir à sa femme ! Le seigneur Raymond de Lusignan l’apprit à ses dépens lorsqu’il épia par le trou de la serrure le bain du samedi de sa belle épouse Mélusine. Las, il aperçut son corps mi-femme, mi-serpent ! Surprise et furieuse, la fée Mélusine s’envola à tout jamais par la fenêtre en hurlant de désespoir...
Mélusine laissait une nombreuse progéniture et d’innombrables châteaux. On retrouve son mythe dans bien des contrées.
Le sentier de Mélusine rejoint la Vonne par la ferme des Brousses et continue en forêts par le Grand Parc. Un escalier mène aux vestiges du château des seigneurs de Lusignan et à la tour Mélusine pour rejoindre le centre-ville historique. De l’eau et des sous-bois, un environnement idéal pour une femme-serpent !
9 km, 2 h 30, balisage blanc-rouge et jaune, depuis le parking de la base de loisirs de Vauchiron au nord de Lusignan.
À voir : église romane Notre-Dame, les ruelles et le château de Lusignan.
Les fantômes de Mortemer (Eure)

« Mer morte », tel est le nom du marécage sur lequel fut construite l’abbaye royale cistercienne de Mortemer.
Chaque année, fantômes et manifestations culturelles viennent hanter ses ruines classées, autour de la fontaine magique Sainte-Catherine. Jetez-y une épingle et revenez avec un époux...
La Fête des Célibataires et la nuit des fantômes célèbrent toujours cette légende. La ronde des fantômes danse chaque été autour de Dame Mathilde, des silhouettes des quatre moines massacrés durant la Révolution et de La Garrache, femme-louve romantique.
Rassurez-vous, l’abbaye a été exorcisée en 1921, mais ici, rien n’est tout à fait innocent, ni tout à fait coupable...
Ce circuit facile traverse la forêt domaniale de Lyons-la-Forêt sous les futs de hêtres magnifiques. La fontaine Sainte-Catherine des célibataires jouxte les ruines de l’abbaye de Mortemer.
1 h 30, 5 km, balisage blanc, depuis le carrefour des Veneurs, au sud de Lyons-la-Forêt.
À voir : abbaye de Mortemer, hêtraie remarquable et bourg pittoresque de Lyons-la-Forêt (halles 18e s), château de Vascœuil et musée Michelet dans les environs.
L’Eure à pied, éd. FFRP
Circuit de Barbe-Bleue (Vendée)

Gilles de Rais était-il « Barbe-Bleue » ? Ancien compagnon de camp de Jeanne d’Arc, maréchal, le baron de Rais est loin d’être un saint ! Alchimiste, il évoque le diable dans son château de Tiffauges. La maréchaussée cherche l’auteur des enlèvements et crimes atroces commis à Machecoul et ailleurs... En 1440, ce tueur en série avant la lettre sera condamné à être pendu et brûlé à Nantes avec ses valets. Sans doute parcouraient-ils les chemins près du château maudit à la recherche d’enfants égarés ?
Mythe ou réalité, Gilles de Rais inspira de nombreux écrivains. Certains tentèrent de le réhabiliter, mais le secret reste entier.
Le bocage vendéen offre un paysage paisible autour du château maudit. En suivant le sentier muletier longeant la Sèvre nantaise, le randonneur ne trouvera que le repos par les étangs, les champs, les moulins et les vieux villages.
3 h, 10 km, balisage orange, depuis La Bruffière à 7 km ouest de Tiffauges. Peut se faire en VTT.
À voir : Le château en ruines de Tiffauges présente des spectacles médiévaux et nocturnes illustrant son passé mystérieux.
La Vendée à pied, éd. FFRP
La piste de la bête du Gévaudan (Lozère)

30 juin 1764. Un loup énorme, mais était-ce bien un loup ? Bref, une bête abominable apparaît pour la première fois dans les Cévennes.
Entre Lozère et Velay, en Gévaudan, elle dévore les troupeaux, les jeunes filles et les enfants. Les battues sont inutiles, les chasseurs, envoyés par le roi Louis XV, sont dévorés. Plus d’une centaine de massacres sèment la terreur.
Trois ans plus tard, le jeune Jean Chastel fabrique trois balles de plomb, fait bénir son fusil et part sur les traces de la Bête du Gévaudan. La rencontre a lieu sur les pentes du mont Mouchet.
Face à face avec un énorme loup à la tête démesurée, au pelage fauve, Jean tue la Bête. Et depuis le Gévaudan a retrouvé la tranquillité sans jamais avoir pu identifier exactement la vraie nature de la Bête... du mythe à la réalité.
Les chemins roumieux des pèlerins et le grès rouge minéral ajoutent à l’ambiance de la vallée de la Limagnole, par Chassefeyre et Limbertès, puis les anciennes mines du Marly. Retour par Monteils.
4 h, 14 km, pas de balisage, depuis le parking de l’église de saint-Alban-sur-Limagnole. Dénivelés.
À voir : église romane de Saint-Alban, château de la Chastre, foire aux fromages en début d’été. Musées à Saugues et Auvers en Haute-Loire.
La Lozère à pied, éd. FFRP
Les pierres jaumâtres (Creuse)

Que cache donc cet étrange chaos granitique au dos arrondi par le temps, au sommet du mont Barlot (591 m) dans la Creuse ?
Leur nom viendrait de Pierres aux Mâtres, divinités celtes dédiées à la fertilité. Véritable mastodonte, cette quarantaine de cailloux géants évoque les Fades, ces fées gauloises qui dansaient sur les rochers ou le féroce veau d’or réputé garder un trésor souterrain.
Ces rochers classés en 1927 portent les noms de Berceau du Diable, de Grenouille, voire de Balançoire, soit quelques tonnes en équilibre que l’on s’amuse à bouger avec une simple poutre en bois. La légende ajoute que le roi Arthur, se ressourçant près du rocher Teutates, y rencontra la fille du chef des druides qui donnera naissance à la princesse Tulla...
George Sand, séjournant au château de Boussac avec Chopin, les décrit comme « des autels effroyables où l’on égorgeait les prisonniers et les esclaves pour apaiser les farouches divinités » (Jeanne, 1844).
Le circuit se poursuit en sous-bois jusqu’à Toulx-Sainte-Croix.
10 km, 3 h, balisage jaune, depuis le parking du chalet des Pierres Jaumâtres. Compter la moitié pour le simple tour des rochers.
À voir : le chaos granitique, l’église polychrome (11e s) et la tour d’observation à Toulx-Sainte-Croix, le château de Boussac et son mobilier dans les environs.
Les Pénitents des Mées (Alpes de Haute-Provence)

Il était une fois sept belles sarrasines ramenées par le seigneur des Mées des Croisades et enfermées dans son château. Jaloux, son voisin, le seigneur de Paillerols exigea leur exil. Chemin faisant, les belles infidèles croisèrent un groupe de moines. Émus par leurs attraits, ils eurent quelques pensées coupables et furent transformés en rochers des Pénitents, immobilisés pour l’éternité !
Adossés aux contreforts du plateau de Valensole, ces énormes rochers en forme de capuches ont environ 25 millions d’années. Agrégats de sable et de galets, le poudingue fut sculpté par la faille de la Durance et l’érosion.
Le sentier s’élève sous de magnifiques pins d’Alep jusqu’au belvédère de San Peyre. Chênes et arbres fruitiers accompagnent la descente vers le canal EDF et les rochers des Pénitents pour regagner Les Mées.
3 h 30, 7 km, balisage jaune, depuis la place de la République aux Mées, à l’ouest de Digne. Emporter de l’eau potable
À voir : sommet panoramique, végétation méditerranéenne, château de Malijai dans les environs.
Les Alpes de Haute-Provence à pied, éd. FFRP
Les diables de la Maurienne (Savoie)

En 1857, au fin fond de la vallée savoyarde de la Haute-Maurienne, Monsieur le Curé se querelle avec son sacristain, Étienne Vincendet. À Bessans, la sculpture est une tradition vieille de quatre siècles.
Et Vincendet de sculpter un diable emportant un curé dans ses bras. Il dépose sa statuette sur le rebord de la fenêtre du religieux. Celui-ci la rapporte aussitôt sous la fenêtre du sculpteur. Le manège continue durant un mois... jusqu’à ce qu’un voyageur passe, remarque la figurine et l’achète.
La réputation des « diables de Bessans » se diffuse et Vincendet sculpte diable sur diable. Cotés en salles des ventes, les anciens diables de Bessans à quatre cornes sont recherchés et sont devenus l’emblème du village.
Monter au village de Villaron en direction de Bonneval-sur-Arc, par le Chemin du Petit Bonheur. Revenir par le même chemin.
10 km, 3 h 30, balisage jaune et blanc-rouge, depuis Bessans ou le parking du pont de Villaron.
À voir : les diables de Bessans, l’église baroque, le calvaire, les peintures murales et les statues de la chapelle Saint-Antoine, les chalets anciens de Villaron et le vieux pont de Bonneval-sur-Arc.
La Vanoise, éd. FFRP
La Vouivre, le dragon de la Loue (Doubs)

Une caverne profonde et sombre au fond d’une gorge calcaire et sauvage, sous une paroi d’une centaine de mètres de haut : le Doubs ressurgit avec force dans les gorges de la Loue.
Et si, par un soir d’hiver, vous apercevez un énorme dragon s’ébattre sur les rochers de la grotte pour faire trempette, ne soyez pas étonné par cette lumière étincelante qui brille sur sa tête. Il s’agit de l’œil unique que porte la Vouivre – car tel est son nom – sur le crâne. Le monstre dépose cette escarboucle précieuse pour prendre son bain. C’est le moment de la voler ? Mauvaise idée ! La Vouivre vous dévorerait.
Il vaut certes mieux longer les gorges de Noailles et admirer le débit du Doubs qui fut malencontreusement coloré en 1901 par les cuves d’absinthe des usines de Pontarlier, situé à une vingtaine de kilomètres de là !
2 h 30, 5,5 km, balisage jaune-bleu, depuis le parking de la D7 des gorges de la Loue. Escaliers et pentes raides et boisées.
À voir : Les villages de Mouthier-Hautepierre, Lods et Nancray, le musée Courbet à Ornans.
La Franche-Comté à pied, éd. FFRP
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