Où voir des monstres en France ?

Anne-Marie Minvielle
par Anne-Marie Minvielle

05 janvier 2016

Dragon Monstre France
© OTSI Pays de Langres - Jean-François Feutriez

Dragons, tarasques, licornes, loups géants… Les animaux fantastiques errent par les rues et les fêtes populaires, ici même en France !

Sur la pierre et les armoiries, lions barbus, dragons ailés, oiseaux terrifiants, les bêtes hybrides de nos cauchemars sont issues de la mythologie et des croyances anciennes.

Un tour de France des animaux légendaires, à dormir debout… Joyeux Halloween !

Dragons, dracs et lézards

« Tueurs de lézards », était un métier courant autrefois. 
Religieux et chevaliers sauroctones débarrassèrent la France des dragons et autres bestioles qui terrorisaient les bonnes gens. Saint Georges et saint Michel furent, bien entendu, les superstars du genre.

Graoully de Metz

Dragon

Graoully de Metz © Philippe Gisselbrecht - Office de Tourisme de Metz

Parmi les plus connus, le Graoully de Metz (Moselle) fut noyé par l’évêque saint Clément au 3e siècle, et cité par Rabelais.

Sa silhouette se retrouve dans la vieille ville (rue Taison et rue Chêvremont), la crypte de la cathédrale, la chambre lorraine du Haut-Koenigsbourg (Bas-Rhin) et sur différents blasons, dont celui de l’amphithéâtre où il sévissait.

Peute-Bête d’Aujeurres

Dragon

Fontaine de la Peûte-Bête à Aujeurres © OTSI Pays de Langres - Jean-François Feutriez

Autre dragon, la Peute-Bête d’Aujeurres (Haute-Marne) troublait l’eau et dévorait bétail et jolies femmes au Moyen Âge.

La municipalité décida de construire une nouvelle fontaine sur la place du village. Le jour de l’inauguration, la Peute (vilaine en patois) fonça sur une lavandière qui se mit à genoux. Le vaillant saint Georges apparut aussitôt sur son cheval de flammes, transperça la gueule du dragon et sa lance devint un tuyau !

La Peute-Bête, figée dans la pierre (18e s), déverse toujours l’eau de la fontaine à Aujeurres.

Et aussi…

Retrouvez les dragons lors des fêtes et carnavals de l’Hérault – le Coucaïrous de Saussan (Pentecôte), le drac de la Salvetat-sur-Agout (mars), le Picart de Saint-Jean-de-Fos (Pentecôte) – et à Rouen (76) où la Gargouille terrassée par saint Romain se retrouve sur le porche nord de la cathédrale, sans oublier… le dragon à 7 têtes de la tapisserie de l’Apocalypse à Angers (49).

La Tarasque de Tarascon

Tarasque Tarascon Monstre
Tarasque de Tarascon © C. Laye / Office de Tourisme de Tarascon

Le mythe du dragon est très répandu en France.

L’imagination collective s’est-elle emparée des empreintes griffues de dinosaures relevées sur le calcaire de Lozère, dans les marais de l’Ain ou de quelque anciens squelettes préhistoriques ?

En tête de ce cortège infernal, voici la Tarasque de Tarascon (Bouches-du-Rhône). Caché près d’un rocher du Rhône, un dragon à six pattes et tête de lion, recouvert d’une carapace de tortue à queue de scorpion venimeuse et aux ailes membraneuses, engloutissait passants et navires. Une véritable horreur !

Au 1er siècle, sainte Marthe débarque pour évangéliser la Provence. Premier succès : elle met en laisse la « Bête faramine » avec la ceinture bleue de sa robe, couleur de la Vierge, et la ramène en douceur au village. Làs, les villageois lapident la Tarasque, baptisant le rocher Tarascon.

Au 15e siècle, cette légende servit au bon roi René pour s’allier à l’Église. Il créa de grandes fêtes en l’honneur de la Tarasque de Tarascon, ville parmi ses nombreuses possessions.

L’effigie du monstre, toujours impressionnante, paraît sur les armes de la ville. La Tarasque sort le dernier week-end de juin à Tarascon. Objet de processions costumées, on y rajoute fanfare, chevaux, taureaux et, pourquoi pas, Tartarin… de Tarascon. Lagadeou, lagadigadeou, la Tarascou !

Souvent représentée en Provence, toute gueule ouverte, on la retrouve entre autres au musée lapidaire d’Avignon (Vaucluse), sur les chapiteaux de Sainte-Trophime à Arles (Bouches-du-Rhône), dans la galerie nord du cloître de l’abbaye de Montmajour (Bouches-du-Rhône) et, crachant du feu, en Babaou au carnaval de Nice (Alpes-Maritimes).

La Vouivre, ce grand serpent ailé…

Vouivre Monstre France
La Vouivre © Bernard Bonin

D’origine comtoise, la Vouivre ou guivre, est un grand serpent ailé qui vit dans les cavernes, près des cours d’eau. Les toponymes géographiques des lieux humides, tels woëvrevouivre, Wivre ou guivre révèlent sa présence.

Veillant sur les trésors de l’enfer, son crâne est doté d’une escarboucle, parfois un rubis, un diamant ou un diadème d’une valeur inestimable. Etincelante, elle crache du feu et ses dents sont tranchantes…

Pour boire ou se baigner, la Vouivre pose cette escarboucle sur le sol, tentation éternelle pour le voleur audacieux, vengeance cruelle en cas d’échec.

Nombreuses sont les légendes autour de cet animal fascinant. Monstre féminin, sa terrible apparence peut dissimuler une jeune fille victime d’un enchantement, à rompre par un baiser… risqué !

Il ne fait pas bon la rencontrer sur les rives brumeuses des étangs de la Brenne (Indre), aplatie dans les roselières… Si vous la regardez dans les yeux, vous vous transformerez en pierre.

Sachez qu’elle se repose souvent devant le sombre porche de la grotte des sources de la Loue (Doubs). Si vous arrivez à dérober l’escarboucle qu’elle porte entre ses yeux et qu’elle dépose pour se baigner, vous ferez fortune et elle mourra à coup sûr !

En attendant, lisez plutôt La Vouivre, ouvrage de M. Aymé, 1941 repris dans le film de G. Wilson avec L. Wilson, 1989. Il a été tourné en Brenne pour les décors extérieurs.

Griffons, phénix et chimères

Gare au griffon !

Griffon

Griffon original de l'abbatiale d'Issoire © Office de Tourisme Pays d'Issoire Val d'Allier

Une tête, des serres et des ailes d’aigle sur un corps de lion… Le puissant griffon ou grype nous vient des Byzantins. Gardien des tombeaux et des trésors, ses serres noircissent au contact du poison.

Accepté comme animal par le monde chrétien, il orne fréquemment les églises sous forme de gargouilles. Quand un griffon se marie avec une jument, cela donne… un hippogriffe, drôle de bébé à tête d’aigle et corps de cheval ! Le griffon est utilisé en héraldisme pour illustrer la force du lion et la vigilance de l’aigle.

À voir sur les armes de Saint-Brieuc (Côtes d’Armoret du Puy-de-Dôme,à l’église Saint-Austremoine d’Issoire (Puy-de-Dôme), Saint-Georges-des-Côteaux (Charente-Maritime), Souvigny et à Trie-Château (Oise). Bronze au musée du Louvre (objets d’art).

Phénix, renais de tes cendres !

On peut rapprocher le griffon du phénix, bel oiseau héraldique symbole de l’immortalité, à retrouver sur le blason de Sermaize-les-Bains (Marne) ou sur les chapiteaux de l’abbaye aux Dames de Saintes (Charente-Maritime).

Chimère infernale

Chimere

Chimère de l'Hôtel Lallemant à Bourges © Marie Jaurand - Office de Tourisme de Bourges

La chimère mythologique est moins aimable… avec une tête de lion, un corps de chèvre et la queue d’un dragon. Ignivore, elle crache du feu, comme le mont Chimère, en Turquie. Elle peut même avoir trois têtes de lion, chèvre et serpent. Bref, il vaut mieux ne pas la rencontrer le soir au coin d’un bois.

Ses frères sont Cerbère, chien à trois têtes, gardien des Enfers et l’Hydre dont les têtes se dédoublent lorsqu’on les tranche. Sympa comme famille !

Décryptez les chimères ésotériques sur la façade intérieure Renaissance de l’hôtel Lallemant à Bourges (Cher), à Souvigny (Allier), en gargouilles à La Ferté-Bernard et Nogent-le-Bernard (Sarthe), sur les poteries apuliennes du musée du Louvre à Paris.

Basilics et coquatrix

Basilic Monstre France
© Mairie de Bournand

Maléfique, le serpent basilic ou basilicoq est souvent confondu avec la cocatrix aux ailes de chauve-souris, terrassée par saint Loup à Troyes et objet de processions en Champagne.

Basilic, un reptile gourmand

Des pattes, des plumes épineuses, une tête de coq et une queue à crochet agrémentent le basilic au Moyen Âge. Issu d’un œuf de coq couvé par un crapaud, le basilic dégage un souffle pestilentiel.

Cet adorable animal parcourt un vaste labyrinthe souterrain d’où il observe les hommes, du fond des puits et des citernes. Un poison mortel circule dans son corps et son regard pétrifie quiconque le regarde en face. Ne vous penchez pas sur les margelles !

Le basilic déteste l’odeur de la belette et de la Rue, surnommée « herbe de grâce ». Il ne supporte pas la lumière. Un bon truc, si vous rencontrez un basilic : sortez un miroir de la poche ! Il crèvera en croisant son propre regard…

Où les voir ?

Le bois de la Dorelle à Espennes, près de Bournand (Vienne) était réputé abriter un basilic. Il assommait le passant égaré d’un seul coup de bec avant de l’avaler… Durant la guerre de Cent Ans, le seigneur Robin le tua. Son voisin Huguet en fit autant à Claunay... On voit encore au nord de Bournand (Vienne) le dolmen sous lequel le basilic fut, selon la légende, enterré.

De magnifiques basilics sont sculptés sur le chapiteau roman de Saint-Léonard à l’Ile-Bouchard (Indre-et-Loire), sur le chapiteau du Chevalier au basilic de l’église de Claunay (Vienne), sur les stalles de la cathédrale de Poitiers (Vienne).  Sa silhouette maléfique sera également visible à Bournand (Vienne), derrière la mairie à partir du printemps prochain.

Pégase et Bayard, les chevaux magiques

Pégase vole encore

Pégase

© Peter Stein - stock.adobe.com

Le cheval mythologique Pégase est né de Poséidon et de la Gorgone Méduse. Blanc et ailé, il symbolise l’inspiration poétique. Doté de pouvoirs divins, il réalise de nombreux exploits, dont l’ascension vers l’Olympe. Zeus le transformera en la constellation Pégase. Présents sur de nombreuses médailles et poteries étrusques et romaines, Pégase est toujours célèbre.

Il sert de logo pour les jeux, le cinéma, les entreprises et l’armée, telle l’opération Pegasus Bridge en Normandie, haut-fait du débarquement en juin 1944 à visiter. Il inspire les arts, dont les sculpteurs des statues du pont Alexandre III à Paris et les peintres O. Redon et Picasso.

Bayard, cheval errant

Chevaux

Bayard et les 4 fils Aymon © Mairie de Bogny-sur-Meuse

Le cheval Bayard, d’origine celtique, est honoré par le merveilleux médiéval. Fils d’un dragon et d’une serpente, de couleur baie, il possède des pouvoirs surnaturels.

Donné par Charlemagne à l’aîné des quatre fils Aymon de Montauban, il aide ces derniers à échapper à la colère de l’empereur suite à une dispute, en les portant à fond de train tous les quatre sur son dos… Condamné par l’Empereur à la noyade dans la Meuse, le cheval Bayard erre depuis dans la forêt ardennaise où l’on entend son triste hennissement à chaque solstice d’été.

De nombreux rochers et passages portent son nom. Bayard et les 4 fils Aymon sont sculptés à Bogny-sur-Meuse (Ardennes) et au 3-11 rue des 4 fils Aymon à Paris (3e arr.).

Et aussi…

Le cheval marin d’Agde (Hérault), récent et festif avec sa queue de poisson, est l’exemple des créations d’animaux « totémiques » pour le renouveau du tourisme.

La licorne de Cluny

Licorne Monstre France
© Office de Tourisme de St-Lô Agglo

L’autre nom du narval

Ne soyez pas déçu, la corne torsadée de la licorne ou unicorne, appartient en fait au narval, mammifère aquatique de l’arctique.

Cela n’empêche pas la licorne de faire partie du bestiaire médiéval, avec un corps de cheval, une tête et des pattes de chèvre, et une dent de narval pour corne. Marco Polo la décrit déjà dans son Livre des Merveilles des contrées lointaines. 

La dent de narval est une excroissance de l’incisive supérieure gauche traversant la lèvre du haut des mâles dès qu’ils ont un an ! Dix millions de fibres nerveuses sensibilisent cette dent qui peut atteindre deux mètres et plus pour les plus rares et les plus coûteuses.

Réputée autrefois pour ses vertus magiques anti-poison, protégée, elle se vend de nos jours sous la stricte autorisation de la Convention de Washington (Cites), la plupart provenant du Danemark et de l’Antarctique. On en trouve chez les antiquaires, dans les cabinets de curiosités naturelles et les musées d’Histoire naturelle. La constellation de la Licorne évoque sa forme dans le ciel.

L’art de faire tapisserie

Outre ses nombreuses représentations internationales dans les manuscrits, on peut la voir sur les armoiries de Saint-Lô en Normandie, sur celles de Grande-Bretagne et sur le stade de foot d’Amiens.

Voir au musée de Cluny (5e arr.) à Paris, les six tapisseries des Flandres « millefleurs » de la Dame à la Licorne (15-16e s). La licorne y est symbole de la recherche spirituelle et de la dualité. Ces tapisseries sont considérées comme l’un des chefs d’œuvre de l’art occidental.

La Bête du Gévaudan et ses copains

Gevaudan Monstre France
© Association Au pays de la bête du Gévaudan

Surnommée la bête faramine ou la bête farrigaude, la bête du Gévaudan a bel et bien existé. De taille extravagante, elle ravagea la Haute-Loire entre 1764 et 1967, dévorant troupeaux, bergers, enfants et pucelles.

Tué enfin par un chasseur, le loup mesurait 1,50 m de long, 77 cm au garrot et sa mâchoire s’ouvrait sur près de 20 cm… Loup infernal, affaire politique, ou sadique ?  Les zoologistes modernes pensent qu’il s’agissait de l’hybride d’un loup et d’une chienne…. Un gros vilain méchant loup largement médiatisé, quoi !

Voir l’impressionnante statue de bronze et les expositions à la Maison de la Bête à Auvers (Haute-Loire), le musée de la Bête du Gévaudan à Saugues (43).

Loup, y es-tu ?

Les défilés du loup de Loupian (Hérault) en mars et août remontent au 18e s. Ce loup argenté aida les lépreux contre les Sarrasins. Certaines histoires de loups restent légendaires, tel le loup de Voas dans l’Aisne (Aisne) qui fit tomber de cheval le roi Louis IV en 954. Un gigantesque loup maigre ou lou’mmâgré est réputé apparaître de temps en temps du côté d’Aulus (Ariège) pour dévorer tout un troupeau de brebis.

Il y a plus de 300 loups actuellement en France, sur 38 zones de présence permanente et un taux de croissance de 20 % par an. Espèce protégée, 24 loups sont autorisés à être tués annuellement par des spécialistes.

Comprendre les loups aux parcs de Rhodes (Moselle) ; Courzieu (Rhône) ; Saint-Martin-Vésubie (Alpes-Maritimes) ; Saint-Léger-de-Peyre (Lozère) ; Orlu (Ariège).   

Pour en savoir plus

Liens utiles Guide Pratique
© momius - Fotolia

Toutes nos excuses !

« Que la salamandre, lézard multicolore empoisonné qui éteint le feu, la bête glatissantele caladre, oiseau blanc symbolisant la pureté divine, le dahu des montagnes dont les pattes sont plus courtes d’un côté que de l’autre, le cerf blanc et autres sangliers, calamars et crocodiles géants veuillent trouver ici toutes nos excuses pour n’avoir pas été invités : la salle était pleine ! »

Adresses utiles

Centre français du Patrimoine culturel immatériel (CFPCI). Prieuré des Bénédictins, 35500 Vitré. Documentation sur les animaux totémiques. Expositions à thèmes.

- Musée Fragonard, École nationale vétérinaire d’Alfort à Maisons-Alfort, 94046. 
Remontant au 18e s, cet intéressant musée restauré présente toutes les formes de pathologies des animaux sur 4 salles. On y admire aussi les « écorchés de Fragonard », dont un squelette chevauchant un cheval, véritable prouesse réalisée en cire. On raconte qu’il s’agirait de la fiancée de l’artiste…

- Musée Dupuytren, université Pierre et Marie Curie, 15 rue de l’École-de-Médecine, 75006 Paris. Du lundi au vendredi, l’après-midi. Tél. : 01 42 34 68 60. 
Pour les collections d’anatomie pathologique Orfila et les bocaux contenant des animaux à deux têtes et autres curiosités… Passionnant, mais émotifs s’abstenir ! 

Musée des Vampires et Monstres de l’Imaginaire 
14, rue Jules David, 93260 Les Lilas. Tél. : 01 43 62 80 76 et 06 20 12 28 32. Sur réservation.
Derrière les volets fermés d’une maison qui semble abandonnée, vampires et autres monstres sont expliqués par un passionné, Jacques Sirgent, grand collectionneur en la matière.


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