Le tourisme solidaire

Julien Vitry
par Julien Vitry

01 décembre 2022

Rencontres Locaux Solidaire
© Filipe Frazao - Shutterstock

Et si voyager rimait avec solidarité ? Et si la première activité économique mondiale, le tourisme, œuvrait un peu plus à l’amélioration du niveau de vie des peuples et au respect de leur culture ancestrale ? Combien de fois a-t-on entendu de retour d’un voyage : « c’était mieux avant » ?

Il en va pourtant de la responsabilité de chacun de veiller à l’impact de son séjour. Sans grands efforts. Sans renoncer au plaisir de vacances longuement attendues. Qu’est- ce que le tourisme solidaire ? D’après l’Union Nationale des Associations de Tourisme (UNAT) qui a défini le tourisme solidaire en 2006, être un touriste solidaire, c’est simplement mettre au centre de son voyage l’homme et la rencontre et l’inscrire dans une logique de développement des territoires, de meilleure redistribution des revenus du voyage et de respect des individus, de leur culture et de leur environnement.

Alors pour en finir avec les a priori, découvrez tout ce qu’il faut savoir sur le tourisme solidaire pour voyager autrement !

Tourisme solidaire : peut-on parler de vacances ?

Enfants Locaux Afrique
© Adam Jan Figel - Shutterstock

Qu’on se le dise, dans « tourisme solidaire », il y a d’abord « tourisme ». Le plaisir de voyager reste le premier moteur du routard solidaire. Ce qui change ? La finalité du voyage. À l’hédonisme primaire ou aux comportements grégaires se substituent l’échange, la rencontre et le souci d’une économie plus juste.

Car la première vocation du tourisme solidaire est de rompre avec un système qui perpétue les inégalités Nord-Sud. Selon les pays d’accueil, il est estimé que plus de 80 % des recettes touristiques reviennent au final aux industries du Nord. Pour la main d’œuvre locale, l’amélioration des conditions de travail, l’entretien des réseaux routiers, des sites touristiques même, l’accès aux énergies, à l’eau etc., la cagnotte s’avère bien maigre comparée à la gestion de nombreux complexes hôteliers formatés et de transporteurs aériens aux prix cassés. Pire, à côté d’hôtels de luxe, combien de quartiers déshérités où s’agglutinent une population à la santé et à l’hygiène déplorable, combien d’expropriations...

Alors pourquoi continuer à voyager, découvrir la beauté des paysages du monde, goûter à la variété des cultures, des arts, de la gastronomie sans faire preuve d’un peu d’équité ? Par méconnaissance ? Par trop d’a priori ? Le tourisme solidaire ne consiste pas à dormir sur des planches en bois dans des huttes au toit percé infestées de moustiques ! Le confort peut parfois même être meilleur en raison de l’attention portée par les hôtes, investis pleinement dans le projet touristique. Se faire plaisir à l'hôtel peut également prendre part au tourisme solidaire. Que diriez-vous de réserver votre chambre d'hôtel au profit d'oeuvres caritatives ? Avec SOLIKEND, votre paiement est 100 % reversé par l'hôtelier à l'association de votre choix. Il vous suffit de choisir la cause qui vous tient le plus à cœur lors de votre réservation.

En clair, il y a autant de façons de vivre un voyage solidaire qu’un séjour plus classique. Randonnée, trekking, voyage itinérant, culturel, découverte, dans des éco-lodges, chez l’habitant, en pleine nature, séjour thématique (festival, musique, sport). Certains s’adressent en particulier à des randonneurs, d’autres à des familles et enfants, d’autres encore aux amateurs de sites culturels.

Voyager solidaire n’est pas forcément un acte militant ni une mission à caractère humanitaire, mais une envie simple d’aller dans le vrai. Ou du moins d’y tendre. C’est pourquoi chaque voyage solidaire, individuel ou non, nécessite une préparation, une connaissance de la région d’accueil, des us et coutumes des populations, qui ne donnera pas l’impression aux locaux que le voyageur est une tirelire ambulante. On connaît l’engrenage dans lequel cela conduit (mendicité à outrance, rejet, folklorisation).

Cette façon de voyager ne coûte pas plus cher qu’un séjour classique. Le but des associations de voyages solidaires concernées n’est pas de dégager des bénéfices record, des résultats de croissance à deux chiffres, en jouant sur la variable salariale. Il consiste à rémunérer de façon plus juste les acteurs de toute la chaîne du voyage et d’allouer une partie de leur chiffre d’affaires à un fonds de développement.

Pour le voyageur individuel qui ne veut pas d’intermédiaire, il s’agit simplement de concevoir la prestation comme une plus-value. Celle de la découverte de la réalité de la vie des populations, de l’environnement naturel et des sites par ceux qui les connaissent le mieux, de la gastronomie par ceux qui la pratiquent au jour le jour. Et même si les mauvaises surprises existent, ne font-elles pas aussi l’histoire inoubliable d’un voyage ?

Comment voyager solidaire ?

Tourisme Ssolidaire Ecolo
© PhotoSky - Shutterstock

« À partir du moment où l’on prétend au voyage, on s’inscrit comme citoyen de la planète, et il est donc évident que l’on doit contribuer à un élan de solidarité ». Nicolas Hulot résume assez bien la motivation qui devrait animer chaque voyageur. Mais concrètement, si faire preuve de solidarité nécessite une certaine expérience pour déjouer les « faussaires », tout commence par quelques réflexes assez simples. En voici quelques-uns.

- Se renseigner en amont sur son voyage. La prise de connaissance des us et coutumes du pays visité permet d’éviter les impairs mais aussi des craintes infondées. Elle facilite le dialogue et permet une compréhension plus rapide des « codes » de vie des populations. Elle aide aussi à identifier ce qui relève de la folklorisation (Touaregs à chaque coin de rue au Maroc, femmes girafes en Thaïlande) plutôt que de pratiques culturelles réelles.

- Il s’agit de favoriser les infrastructures impliquant les populations locales. En limitant les intermédiaires étrangers, on s’assure souvent d’une répartition plus équitable des ressources générées par le tourisme. Mais attention, le tourisme ne doit pas être une mono-activité, mais un complément de revenu. Voyager chez l’habitant doit s’inscrire dans cette même réflexion. Il en va de même pour le choix de son alimentation, de ses restaurants, de ses vêtements, etc. Utilisez des matières premières propres aux contrées visitées et ne les gaspillez pas, surtout quand elles font cruellement défaut aux populations autochtones. En règle générale favorisez plutôt l’artisanat local fait main.

- Connaître quelques mots de la langue locale a toujours un effet positif. Ils suffisent pour établir un contact, pour manifester son attention à l’autre et à son identité.

- Ne pas exposer de manière ostentatoire ses richesses, ce qui provoque forcément de l’envie, de la jalousie et tronque les relations.

- Se garder de toute intervention qui pourrait bouleverser les équilibres sociaux, culturels ou écologiques des communautés d’accueil. S’interdire tout don sans le contrôle des responsables des communautés d’accueil en collaboration avec le voyagiste solidaire comme le recommande Croq’Nature, membre de l’ATES, dans sa charte sur les engagements du voyageur responsable.

- Se renseigner sur le droit du travail. Si vous passez par une agence, les législations en vigueur dans le pays récepteur, mais aussi en France, sont-elles respectées ? Existe-t-il un lien direct entre l’accompagnateur et le tour opérateur qui vend le voyage, ou ce lien est-il dilué dans les méandres de la sous-traitance ? Par ailleurs, tout voyagiste solidaire se doit de faire connaître au voyageur l’exacte répartition du coût du voyage qu’il achète, question de transparence.

- Ne pas exiger un confort inadapté au lieu d’accueil. La discordance entre les habitudes du touriste et le mode de vie des locaux doit être limitée au maximum. Il ne fait que renforcer le rapport commercial entre le voyageur et son hôte au détriment de l’échange.

- Estimer la valeur des choses, autrement que par leur valeur marchande. Un regard, un sourire, un instant de partage au coin du feu, de dialogue, n’ont pas de valeur marchande, mais participent à des échanges équilibrés entre visiteur et accueillant.

- Enfin, simplement prendre son temps. Ne pas vouloir tout voir, mais au contraire apprécier chaque lieu et expérience en les approfondissant. Voyager moins souvent et plus longtemps au même endroit bénéficie aussi considérablement à la réduction des émissions de CO2.

Où s'informer sur le tourisme solidaire ?

Rencontres Inde Solidaire
© Don Mammoser - Shutterstock

En matière de tourisme solidaire comme dans tout type de tourisme alternatif, c’est la jungle dès qu’il s’agit d’identifier le bon interlocuteur. Et pas seulement pour le néophyte ! Dans toutes les enquêtes d’opinion, l’argument qui freine les bonnes intentions est toujours le même : à qui faire confiance ? Voyagistes plus ou moins vertueux, communautés ou sites d’accueil plus ou moins transparents, terminologies utilisées à tort et à travers, le tourisme solidaire est autant victime que le commerce équitable ou l’agriculture biologique de « contrefaçons ». Et pourtant, les acteurs du tourisme solidaire sont aujourd’hui de plus en plus clairement identifiés.

ATES

L’ATES (Association pour le Tourisme Equitable et Solidaire), premier réseau de tourisme équitable et solidaire créé en 2006, fédère une vingtaine d’associations qui proposent des voyages solidaires dans plus de cinquante destinations dans le monde. Sélectionnées sur la base d’une grille de critères éthiques rigoureux, elles travaillent toutes selon une même démarche qui favorise le développement local des régions d’accueil, et toujours dans le cadre d’un partenariat équilibré avec les populations locales (une somme qui correspond à un minimum de 5 % du prix du voyage est également allouée à un fonds de développement). Dans tous les cas, la découverte d’une région et du mode de vie de ses habitants restent le motif premier du séjour.

Echoway 
À l’inverse de l’ATES, cette association fondée en 2003 s’adresse aux voyageurs individuels qui cherchent au cours d’un voyage un lieu où poser leur sac à dos et prendre le temps d’appréhender le pays dans lequel ils sont. Par l’entremise de voyageurs solidaires chapeautés par une équipe de professionnels du tourisme, sociologues, anthropologues, Echoway recense ainsi des sites expertisés selon des critères économiques, sociaux et environnementaux rigoureux. Ces lieux d’accueil, bien souvent d’hébergement, souffrent pour la plupart du manque de moyens pour promouvoir leur activité à l’étranger. Au travers de son site Internet, l’association offre ainsi une visibilité unique à plus de 150 communautés ou initiatives solidaires à travers le monde, avec descriptifs et photos à l’appui.

Voyager Autrement 
Cette agence propose d'aller à la rencontre de ceux qui œuvrent pour le développement de leur pays (associations locales, ONG, enseignants, médecins, etc.), avec un grand nombre de destinations à son actif en Europe, Amérique du Nord, Afrique, Asie et Amérique latine. Il est ici question de partage d’expérience, de sensibilisation aux projets d’économies alternatives, objectifs couplés à la découverte plus classique d’un pays et de son patrimoine. Les prestataires locaux sont privilégiés, de l’hébergement au transport aérien, et les voyages se font en petits groupes de 6 à 20 personnes maximum. Enfin, Voyager Autrement reverse, en fonction de son chiffre d’affaires, une somme annuelle d’environ 10 000 € aux associations qui accueillent les voyageurs.

Où partir faire du tourisme solidaire ?

Rencontres Enfants Laos
© Laszlo Mates - Shutterstock

Du Kirghizistan aux Alpes de Haute-Provence 

L’engouement pour le tourisme solidaire n’a plus de frontières aujourd’hui. Les touristes français privilégient les destinations francophones, qui du même coup se démarquent au fil des ans par une plus grande sensibilité sur le sujet. C’est le cas du Maroc et des pays d’Afrique de l’Ouest (Mali, Sénégal, Burkina Faso) ou encore de Madagascar.

D’autres destinations proposent une offre abondante pour des raisons souvent historiques et sociétales comme le Mexique (Vision du Monde, FairMoove) , la Bolivie, l’Équateur (TDS Voyage, Double Sens), le Pérou, l'Asie du Sud-Est, le Laos et la Thaïlande (Tourisme Equitable).

Mais aider au développement, être solidaire, ne signifie pas forcément partir à l’autre bout de la planète. Les problèmes de pauvreté, de surpopulation urbaine, de lutte pour la protection de l’environnement et des cultures, existent bien évidemment à l’intérieur des frontières de l’Hexagone. Et là aussi, plusieurs organismes proposent de voyager autrement.

Pionnier en la matière, Accueil Paysan propose depuis 1987 un accueil touristique en complément des activités agricoles de ses membres. Ce groupement s'est développé en proposant une alternative au modèle productiviste de l'agriculture et autour de réflexions portant sur la désertification du monde rural et des problèmes liés à l'environnement. Lieux reposants, proches de la terre comme des animaux de la ferme (souvenir inoubliable pour les enfants !), tenus par des hommes et des femmes passionnés et détenteurs d’un patrimoine culturel. Accueil Paysan vous fait voyager dans des chambres ou tables d’hôtes dans de vénérables bastides provençales, des gîtes dans d’adorables chalets de montagne ou encore des campings à proximité de la mer. 

Sac à dos écolo et solidaire

Sac dos Ecolo Solidaire
© vetal1983 - Adobe Stock

Voyager écolo et solidaire, c’est aussi voyager en évitant de consommer inutilement, de recourir à des énergies non renouvelables et d’utiliser des produits non recyclables. Rappelons que dans beaucoup de pays, le recyclage ne reste encore qu’une vue de l’esprit !

Première ressource vitale inégalement répartie dans les pays du sud, l’eau, lorsqu’elle est consommée en bouteille plastique, devient aussi une source de pollution. Opter pour un filtre à eau, des pastilles de désinfection type Micropur et pourquoi pas un dessalinisateur, permet de réduire son impact sur l’environnement.

Pour limiter la pollution des sols et des cours d’eau, mieux vaut également utiliser des cosmétiques naturels (huiles essentielles, savon et shampoing bio), voire des traitements médicaux comme les gels à l’aloe vera. Même topo pour nettoyer ses vêtements : il existe des alternatives naturelles efficaces, sans phosphates, et souvent méconnues comme la noix de lavage indienne. Et pour limiter les contenants, utilisez des flacons réutilisables comme ceux proposés par Nalgene.

L’utilisation de l’énergie solaire (mallette solaire, chargeurs solaires) ou de lampes à base consommation type LED permet également à la fois d’apaiser des craintes en termes de confort et de lutter contre le gaspillage. Plus besoin ainsi d’utiliser des piles polluantes non retraitées sur place.

Voir notre dossier « Voyager écolo ».

Pour en savoir plus

Voyager Seul Tourisme
© Alena Ozerova - Adobe Stock

Voir notre dossier sur le tourisme responsable.

Rencontres

Quinzaine du commerce équitable en France
Une série de manifestations, de rencontres, d'actions et d'animations de sensibilisation. 

Festival des solidarités en France
Soirées et événements pour prendre conscience des menaces sur les systèmes de solidarité et des violations des droits fondamentaux. Du 17 novembre au 3 décembre 2023.

Lectures

Routard Tourisme responsable, éd. Hachette. Après un éclaircissement sur les notions de tourisme solidaire, équitable, responsable et d’écotourisme, vous trouverez une sélection d’adresses en France et dans le monde prouvant que charme, confort et plaisir ne sont pas incompatibles avec le tourisme durable. Ce guide est né de la rencontre des Trophées du Routard et des Trophées du tourisme responsable de Voyages-Sncf.com.

Ecotourisme - 50 destinations pour voyageurs green, Maddalena Stendardi, 2022. Ce guide s'adresse aux soucieux de l'environnement qui souhaitent visiter la planète sans la dégrader, ni l'altérer. Avec ses 50 destinations autour de la planète, à faire à pied, à vélo, en canoë-kayak, ou à cheval, il nous conseille des destinations toujours en pleine nature et avec une attention particulière aux questions environnementales.

Tourisme équitable : à la découverte de l’autre… et de soi, Stéphanie Vialfont, Jouvence éditions, 2008. « Il suffit d’un peu de bonne volonté pour devenir un voyageur équitable » italique. Voilà le postulat de départ de Stéphanie Vialfont qui livre sans aucune démarche moralisatrice ses pistes pour œuvrer à un tourisme plus équitable et solidaire. Un ouvrage qui se dévore de la première à la dernière page.

Tourisme durable : utopie ou réalité ?, Jean-Pierre Lamic, L’Harmattan, Paris, 2008. L’auteur propose une réflexion sur les différents types de tourisme alternatif et interroge le voyageur sur sa responsabilité sociale, économique et environnementale dans chacune de ses activités touristiques.

Echoway, Guide d’écotourisme solidaire Mexique-Guatemala, ABM, 2008. Premier guide de voyage exclusivement axé sur le tourisme solidaire, cet ouvrage recense une cinquantaine de projets au Mexique et au Guatemala et livre des conseils pour voyager avec une meilleure éthique.

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