Carte d'identité Turquie

- Population : 85,3 millions d'habitants (2023). 21,5 % de la population a moins de 15 ans.
- Superficie : 783 562 km² (presque 1,5 fois la France).
- Capitale : Ankara.
- Langues : le turc (langue officielle), le kurde, ainsi que les langues des minorités comme l'arménien, le grec, l'arabe, le laz, le ladino, le bulgare.
- Monnaie : la livre turque (Türk Lirası, TL).
- Régime : république parlementaire.
- Chef de l'État : Recep Tayip Erdogan (depuis août 2014 ; réélu en juin 2018).
- Indice de développement humain : 0,855 (45e rang mondial : source PNUD 2022).
- Sites inscrits au Patrimoine mondial de l'Unesco : la grande mosquée et l’hôpital de Divriği (1985), une partie du vieil Istanbul (1985), le parc national de Göreme et les sites rupestres de Cappadoce (1985), la capitale hittite d’Hattuşaş (1986), le Nemrut Dağı (1987), Pamukkale (1988), les sites de Xanthos et de Létôon (1988), la ville de Safranbolu (1994), le site archéologique de Troie (1998), la mosquée de Selim et son ensemble social à Edirne (2011), le site néolithique de Çatal Hüyük (2012), Pergame (2014), Bursa et Cumalıkızık (2014), Éphèse (2015), la forteresse et les jardins du Hevsel de Diyarbakır (2015), et le site archéologique d’Ani (2016), Aphrodisias (2017), Göbekli Tepe (2018 ; site près de Sanlı Urfa), et Tell d’Arslantepe (2021 ; dans la région de Malatya).
Économie
Une dynamique fragilisée
Dans les années 1990, le pays adopte une stratégie de croissance tirée par les exportations. Le textile et l’industrie automobile deviennent alors les locomotives de l’économie.
Même si l’économie du pays a été pénalisée par la crise de 2008 dont l’Union européenne, 1er partenaire économique de la Turquie, a eu du mal à se relever. Au début des années 2010, la croissance dépassait les 9 %. Mais, en profondeur, la situation se fissurait...
Pour doper l’économie, les entreprises ont beaucoup emprunté en devises étrangères, notamment depuis le coup d’État raté de 2016. L’économie turque est devenue très dépendante des financements extérieurs et des investisseurs étrangers. Certains économistes pointaient déjà un risque de surchauffe. Suite au putsch manqué de 2016, les investissements étrangers ont reculé de plus de 50 %, en raison notamment de la défiance suscitée par la dérive autoritaire du président turc. Le taux de chômage est reparti à la hausse pour atteindre, en 2021, près de 12 % (pour toutefois redescendre à moins de 9 % en 2024). Plus préoccupant, depuis 2021, le pays est entré dans une spirale inflationniste qui provoque une forte baisse du pouvoir d’achat des Turcs. Selon les chiffres officiels, l’inflation a atteint 72 % en 2022 et se situait encore autour de 48 % en 2024. Depuis 2019, la devise turque a perdu plus de 85 % de sa valeur par rapport à l’euro, passant de 5 TL à plus de 35 TL (2024) pour 1 €. Pour se mettre à l’abri de la fluctuation du taux de change, la population se tourne d’ailleurs, désormais, vers les monnaies fortes.
« Le miracle économique turc », si cher au président Erdoğan, n’est-il qu’un lointain souvenir ? L’économie du pays a piqué du nez ces dernières années, et reste dans une situation difficile, tant l’effondrement de la monnaie turque a alourdi la dette publique et celle des entreprises. À plus long terme, la santé de l’économie turque dépendra de la capacité du pays à maîtriser l’inflation, augmenter le taux de productivité et stimuler l’investissement étranger, ce qui suppose une politique fiscale appropriée et des réformes structurelles fortes.
Les secteurs de l’économie
Même si la part de l’agriculture décline depuis les années 1990, celle-ci tient toujours une place importante dans l’économie du pays : elle représente 6 % du PIB et environ 16 % des emplois (alors qu’elle constituait 17 % du PIB et 47 % de l’emploi en 1990). La Turquie est parvenue à l’autosuffisance alimentaire.
Le poids de l’industrie est resté relativement stable dans le temps (environ 31 % du PIB et 27 % des emplois). L’industrie manufacturière est le plus grand contributeur à la croissance économique du pays. Ses principaux moteurs sont l’agroalimentaire, l’automobile, le textile et l’électronique. La sidérurgie, la pétrochimie, le bâtiment, l’industrie de l’armement ou la construction navale sont également des secteurs florissants.
Enfin, le secteur des services est devenu le champion de l’emploi, avec un peu plus de 56 % de la population active, et assure 52 % de la richesse produite. Le secteur bancaire et celui des télécommunications font figure de locomotives.
Enfin, le tourisme tire aussi l’économie vers le haut, contribuant pour environ 10 % au PIB. Avec plus de 51 millions de touristes en 2024, la Turquie se situe au 6e rang des pays les plus visités au monde, tandis qu’Istanbul, avec ses 20 millions de visiteurs, arrivait en tête des villes les plus touristiques du globe !
La question des réfugiés
On ne peut occulter la présence, fin 2024, d’environ 3,2 millions de réfugiés syriens sur le territoire turc, selon le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR). À ce chiffre, il faut ajouter plus de 200 000 réfugiés d’autres nationalités (afghane notamment). Sans parler des personnes non enregistrées...
Difficile d’évaluer les effets que peut avoir un tel afflux sur l’économie du pays, en termes de pression démographique, de besoin de logements, d’emplois et de consommation, sans oublier les conditions de vie particulièrement précaires pour nombre d’entre eux. Une partie de ces réfugiés bénéficient néanmoins d’une aide financière de l’État. D’autres trouvent un travail dans les secteurs de la construction, manufacturier ou de la restauration. D’autres encore sont commerçants ou entrepreneurs et s’efforcent de reconstruire leur vie en Turquie en montant leurs propres affaires. Les réfugiés sont en effet autorisés à travailler sous certaines conditions. Mais ceux qui trouvent un emploi évoluent souvent dans le secteur informel et sont sous-rémunérés, sans parler du travail des enfants... La Turquie autorise aussi, aux réfugiés légaux, l’accès à son système de santé et à l’éducation. Par ailleurs, entre 2016 et 2024, l’Union européenne a versé environ 10 milliards d’euros à la Turquie pour aider le pays à gérer cet afflux conséquent (et, accessoirement, pour que les réfugiés restent en Turquie !), un montant probablement bien inférieur aux coûts réels de la gestion de cette immigration.
Droits de l'homme
Interventions en Syrie ou en Libye, provocations maritimes en Méditerranée en 2021, soutien à l’Azerbaïdjan dans le conflit au Haut Karabagh et bons offices dans la guerre russo-ukrainienne : les visées expansionnistes diplomatico-militaires de la Turquie d’Erdoğan se multiplient. Pour beaucoup, cette surenchère nationaliste, à travers des allusions à peine dissimulées à la reconquête d’un Empire ottoman, vise à cacher une paupérisation croissante de la population turque. En pleine crise monétaire, victime d’une inflation galopante, la Turquie d’Erdoğan continue de montrer le visage d’un régime de plus en plus autoritaire. Depuis 2016, tout opposant est accusé d’appartenance à l’« organisation de Fethullah Gülen », ce richissime rival à Erdoğan exilé aux États-Unis et incriminé par le régime turc d’être à l’origine du « coup d’État » de 2016. Dans cette rhétorique, le pouvoir turc fait aussi l’amalgame avec les séparatistes kurdes pour justifier la répression tous azimuts de la société civile. Jusqu’à l’absurde. Acquitté et libéré le 18 février 2020, l’homme d’affaires et philanthrope Osman Kavalla a été immédiatement réarrêté pour sa participation fantasmée au coup d’État. Les juges qui l’avaient acquitté ont été eux-mêmes poursuivis, ce qui en dit long sur l’indépendance de la justice... Les défenseurs des Droits humains se retrouvent également dans ce collimateur liberticide, à l’image d’Öztürk Türkdoğan, coprésident de la plus importante organisation de défense des Droits humains de Turquie, ou de l’illustre Dr Şebnem Korur Fincancı, cofondatrice de l’association du code pénal turc et chef du département de médecine légale de l’Université d’Istanbul. Et chaque nouvelle vague d’attentats (2015, 2016, 2022) apporte un tour de vis supplémentaire, toléré par l’opinion publique turque sous couvert d’union nationale.
Dès 2018, le Haut Commissariat aux Droits de l’homme des Nations unies dénombrait « près de 160 000 personnes arrêtées pendant 18 mois d’état d’urgence ; 152 000 fonctionnaires renvoyés ou poursuivis ; des journalistes arrêtés, des médias fermés et des sites internet bloqués ».
En juillet 2020, les députés votaient une loi autorisant la censure des contenus en ligne. En 2019, Amnesty International estimait qu’au moins 839 comptes ont fait l’objet d’enquêtes pour « diffusion de contenu illégal ». Des centaines de personnes ont été placées en garde à vue pour ce motif, et une vingtaine au moins en détention provisoire. Un arsenal renforcé en octobre 2022 par une loi dite « de lutte contre la désinformation », bridant encore plus la liberté d’expression. L’Agence nationale du renseignement (MİT), qui s’est vu attribuer des pouvoirs très importants, est devenue un des éléments clés de cette répression.
Amnesty International – dont le président et la directrice en Turquie ont eux-mêmes purgé des peines pour complicité de terrorisme en 2017 – souligne que l’armée turque est accusée de crimes de guerre, dans les zones où elle est intervenue en Syrie. L’accord de 2016 – qui prévoit que l’Union européenne paie la Turquie pour héberger les quelque 3,6 millions de réfugiés (principalement des Syriens) – est régulièrement utilisé comme moyen de pression par Erdoğan. Un accord mis à mal à l’automne 2022 par l’arrestation arbitraire de réfugiés syriens, y compris des mineurs non accompagnés, renvoyés manu militari dans leur pays.
Pour assombrir ce tableau déjà bien chargé, ajoutons que la Turquie a dénoncé en juillet 2021 la Convention dite « d’Istanbul » établissant les règles de protection contre les violences faites aux femmes. Dans un tel contexte, Human Rights Watch constate que beaucoup de victimes se retrouvent fragilisées du fait que les mesures d’éloignement prises pour les protéger ne sont pas respectées. Un nombre croissant de femmes sont tuées précisément par leur agresseur pourtant déjà condamné pour violence et supposé se tenir éloigné de leur victime.
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