V'asie roule : 6 000 km à vélo en Asie du Sud-Est

Cédric Duchamp
par Cédric Duchamp

09 novembre 2018

Nico et Lucas - V'Asie Roule
Nico et Lucas © V'asie roule

Nicolas et Lucas ont eu le projet fou de parcourir l'Asie du Sud-Est à vélo afin de sensibiliser la population sur l'importance d'aller à l'école pour s'éduquer et prendre en main son avenir. Découvrez cette expérience humaine et solidaire hors du commun et parrainez vous aussi un enfant avec l'association Enfants du Mékong. Tous en selle !

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Pouvez-vous vous présenter aux internautes ?

Nico et Lucas - V'Asie Roule
Au Laos © V'asie roule

Ok, alors chacun notre tour...

- Lucas : j'ai 23 ans et je suis actuellement en Master 2 d'agroécologie à l'université de Tours. J'éprouve un grand intérêt pour les problématiques du tiers-monde qu'elles soient éducatives, politiques ou agricoles. J'envisage d'orienter ma vie professionnelle vers la grande question de ce siècle : comment allons-nous nourrir 10 milliards d'êtres humains d'ici 2050 ? Parallèlement, je suis un passionné de sport et de voyages depuis le collège. J'ai eu la chance de pouvoir parcourir une petite partie de cette planète et de rencontrer une multitude de personnalités de tous horizons. 

- Nico : à 23 ans, je suis étudiant ingénieur en environnement à Centrale Nantes. Passionné par l’écologie, j’ai intégré un double diplôme à Copenhague (Danemark) en master en ingénierie environnementale. À l’heure actuelle, je suis dans ma dernière année de Master en semestre d’échange à Singapour. J’aime l’innovation par la simplicité, la pureté de la sobriété matérielle, la richesse des échanges et des différences. Dans une démarche responsable, j’ai soif de comprendre le monde et ses habitants, leurs cultures et systèmes, ainsi que d’avoir, à mon échelle, un impact positif. 

Pouvez-vous présenter votre projet de voyage « V'asie roule » ? Partage, solidarité, découverte, aventure…

Nico et Lucas - V'Asie Roule
En Thaïlande © V'asie roule

Notre association s’organise autour de deux grands axes :

  • - Permettre l'accès à l'éducation à des enfants d'Asie du Sud-Est via l'association Enfants du Mékong dont nous sommes ambassadeurs.
  • - Sensibiliser les écoliers français à la solidarité et à la chance que représente l’accès à l’éducation.

Pour cela, entre novembre et juin 2016, nous avons pédalé plus de 6 000 km en tant que reporters pour Enfants du Mékong. En allant à la rencontre des enfants soutenus par cette ONG dans 13 centres, nous avons analysé sa façon d’agir et réalisé des reportages sur son action (qui nous a toujours impressionnés).

Dans le même temps, nous avons travaillé avec plus de 25 écoles françaises où nous sommes intervenus avant et après le voyage. Le deal : les élèves peuvent nous suivre régulièrement grâce aux vidéos de notre aventure et des centres Enfants du Mékong traversés, et à travers les photos et articles que nous réalisons en direct depuis l’Asie du Sud-Est ; en échange, ils réfléchissent puis organisent des actions solidaires pour l’association Enfants du Mékong tout au long de l’année, et les revenus sont reversés aux centres que nous traversons. Ce projet, qui s’inscrit dans leur année scolaire, est un outil pédagogique pour leurs professeurs, permettant d’aborder de nombreux sujets de manière alternative : la solidarité, l’ouverture sur le monde ou l’éducation.

Le meilleur moyen d’avoir un aperçu est de regarder le teaser, 2 minutes de V’asie roule :

Notre ligne de conduite se résume par la belle citation de Nelson Mandela : « L'éducation est l'arme la plus puissante qu'on puisse utiliser pour changer le monde ».

Pourquoi se lancer dans une telle aventure ?

Nico et Lucas - V'Asie Roule
Réfugiés birmans à Phuket - Thaïlande © V'asie roule

Depuis notre rencontre il y a 10 ans au collège de Vouvray, nous sommes restés très complices, en dépit de la distance et de nos études différentes. Nos passions communes et nos discussions de longue date sur les inégalités, le monde et ses différences nous ont toujours fait rêver d'aventures et envisager des projets extraordinaires. En avançant dans nos études respectives, ces désirs ont mûri et nous avons pu nous retrouver autour d’une volonté commune : partager nos valeurs et laisser une empreinte positive sur le monde. Nous nourrissons ce projet depuis des années, nous avons évolué dans la même direction et développé les mêmes idées. Très naturellement, réaliser un projet ensemble est devenu une évidence. Nous nous sommes lancés : V'asie roule est né !

Comment votre entourage personnel et professionnel a-t-il réagi ?

Nico et Lucas - V'Asie Roule
Intervention à l'école française de Siem Reap - Cambodge © V'asie roule

Ils n’ont pas si bien réagi dans un premier temps, mais comment leur en vouloir ? « Maman, je vais partir pendant plus de 6 mois à vélo, en dormant au jour le jour chez l’habitant, à 10 000 km de chez nous ! ». Bien sûr, aucun d'eux (surtout nos mamans) n'était rassuré à l'idée qu'on parte dans des endroits inconnus sans aucune expérience du voyage à vélo. En ce qui concerne nos cercles d’amis, c’est une autre histoire, ils ont non seulement adoré notre projet, mais aussi réalisé une excellente communication et ont été pour nous une grande source de motivation.

C’est au moment où le projet a pris de l’ampleur (passage dans les journaux, sur la chaîne de télévision locale et avec l’arrivée de sponsors) qu’on a eu le soutien et la confiance nécessaires de nos familles pour réaliser notre périple. L'inquiétude s’est transformée en fierté. La mère de Nicolas était même l’une des institutrices qui a participé à la récolte de fonds avec l’école de Parçay-Meslay ! Et la mère de Lucas n’a pas loupé un seul partage de notre page Facebook !

Une aventure de ce type se prépare combien de temps à l’avance ? Quels ont été les préparatifs pour mener à bien votre périple ?

Nico et Lucas - V'Asie Roule
Minorité ethnique des Jrai - Vietnam © V'asie roule

Notre aventure a été le fruit d’une grosse année de préparation. La première étape consistait à faire germer notre idée de faire un tour en vélo en Asie du Sud-Est en liant ce tour à une cause qui nous tenait à cœur : l’éducation. Nous avions une idée des pays traversés et du timing en fonction de la saison des pluies. Stratégiquement, nous avons donc décidé de partir du nord de l’Asie du Sud-Est (Hanoï, Vietnam) pour finir au sud (Phuket, Thaïlande) en passant par le Laos du nord au sud et le Cambodge en large et en travers. Au final, notre itinéraire nous a servi de ligne directrice, mais a été largement modifié au gré des rencontres et de nos envies. Nos seuls points fixes étaient les 13 centres Enfants du Mékong dans lesquels nous sommes restés entre 4 et 7 jours à chaque fois pour réaliser des reportages.

Une fois le projet et le trajet bien définis, il a fallu réaliser les dossiers de sponsoring, le dossier de présentation et d’autres outils de communication nécessaires à la recherche de financements. Une affaire qui nous a pris à peu près les trois quarts du temps de mise en place du projet. Il a fallu prendre quelques portes et essuyer de nombreux refus avant d’obtenir des réponses positives.

Il n’est pas toujours facile d’arriver à notre âge dans une entreprise en demandant de manière sous-entendue : « Donnez-nous des sous pour sauver le monde ». On est passés plusieurs fois pour des idéalistes audacieux mais sans expérience, pourtant la persévérance a fini par payer et nous avons été entièrement sponsorisés. La mise en place de notre communication sur les réseaux sociaux a été un facteur déterminant pour prouver notre notoriété. Avant même de partir, nous avions plus de 50 000 personnes atteintes sur certaines de nos publications. Cela a été crucial pour obtenir des sponsors.

Dans le même temps, nous avons recruté nos écoles partenaires. Victimes de notre succès, la demande est devenue supérieure à l’offre ! En effet, nous voulions intervenir dans chaque école avant de partir et en rentrant pour nouer un vrai lien avec les écoliers, donc nous nous limitions à 30 écoles partenaires. Notamment grâce à une vidéo très visuelle et un article sur un blog très connu des instituteurs, Lutin Bazar, nous avons reçu de nombreux mails et avons en quelque sorte demandé aux professeurs des lettres de motivation pour participer au projet !

Comment avez-vous budgété vos dépenses et par quel mode de financement ?

Nico et Lucas - V'Asie Roule
Sur la route au Laos © V'asie roule

La budgétisation s’est faite à l’aide de blogs de voyageurs à vélo qui ont souvent une rubrique « matériel ». Cela nous a aidés à définir ce dont nous avions besoin pour un voyage à vélo. En ce qui concerne les caméras, nous étions partis sur trois modèles très distincts et complémentaires qui permettaient des plans très différents : une GoPro (plan aquatique, plan d’action sportive), une DJI Osmo avec stabilisateur (plan en mouvement, travelling) et un reflex (plan fixe, portrait). Nous avons eu la chance d’être sponsorisés par DPA, une très grande entreprise qui nous a fourni nos micros. Notre budget total (dépenses quotidiennes, matériel audio-visuel, vélos et matériel associé, billets d’avion, visas, etc.) était d’un peu moins de 15 000 €. La plus grande partie de ce budget était liée à l’achat de matériel, car le coût de la vie sur place s’élevait à environ 400 € par mois pour 2 personnes, en vivant comme les locaux et en dormant chez l’habitant.

Une fois le budget établi, nous avons contacté une centaine d’entreprises de tout genre. Une vingtaine a répondu, parmi lesquelles moins de 5 sont devenues des sponsors (l’un des plus gros sponsors a été la fondation d’entreprise Michelin). Pour l’anecdote, c’est indirectement  un autre sponsor qui a entraîné notre discussion avec la vice-présidente de la fondation d’entreprise Michelin. Nos sweat-shirts Faguo « J’aime mon vélo » lui ont tapé dans l’œil. Elle a accroché, et très rapidement nous avons reçu l'enveloppe pour acheter nos deux vélos couchés AZUB.

Ensuite, nous avons créé une campagne de crowdfunding autour d’un dîner de charité. Une extraordinaire soirée dans un cadre magnifique orchestré par le père de Lucas ainsi que son amie d’enfance, devenue cuisinière dans une grande chaîne d’hôtel et qui s’est tout de suite portée volontaire pour le dîner ! Et oui, cette amie, Pauline, a été adoptée au Vietnam ! Elle est maintenant l’heureuse marraine Enfants du Mékong d’une petite Vietnamienne qu’elle a rencontrée suite à notre périple.

Quels conseils pouvez-vous donner ?

Nico et Lucas - V'Asie Roule
Arrivée au centre Enfants du Mékong - Thaïlande © V'asie roule

N’hésitez pas une seconde à voyager pendant votre jeunesse, que ce soit en année de césure ou pendant une période d’incertitude sur votre avenir. Ça ne pourra qu’être bénéfique pour vos années futures. Pour nous deux, le voyage a été déterminant pour réfléchir à notre avenir, savoir ce que l’on désirait faire plus tard et surtout ce que l’on ne voulait pas faire ! Ne vous dites surtout pas que vous n’êtes pas capable de monter ou de réaliser un projet, de trouver des financements, ou de partir à l’aventure que ce soit près ou loin de chez vous ! La volonté et la motivation vous ouvriront des portes et les refus que vous essuierez, comme les erreurs que vous commettrez, feront partie de votre apprentissage. Ayez confiance, en vous, en les autres, et osez sauter le pas !

Qu’avez-vous retiré de cette expérience ?

Nico et Lucas - V'Asie Roule
Rencontre de Fasay, la filleule de Nicolas - Laos © V'asie roule

Une infinité de choses, il faudrait un livre entier pour répondre à cette question ! En voici 3.

Premièrement, on ne regarde pas l’éducation de la même manière. Il nous suffit de repenser aux instants passés avec tous ces écoliers si pressés de retrouver les bancs de l’école pour nous remotiver dans nos études et y trouver du sens. Le plus extraordinaire dans tout ça, c’est que nous avons pu sensibiliser 2 000 écoliers à moins traîner des pieds pour aller à l’école !

Deuxièmement, nous avons pris conscience de manière concrète de la superficialité de la société de consommation occidentale. Dans les campagnes du Laos, nous avons partagé des jours heureux avec des familles vivant dans la simplicité la plus totale. Au retour, nous nous efforçons de consommer de manière locale, responsable et durable et de s’attarder sur les choses qui ont le plus d’importance à notre avis.

Troisièmement, on se déplace principalement à vélo ! C’est bon pour la santé, pour l’environnement et pour le porte-monnaie : que du bonheur !

Avez-vous une anecdote de voyage ou une rencontre exceptionnelle à partager ?

Nico et Lucas - V'Asie Roule
© V'asie roule

Une anecdote :

Avant même d’être partis, notre sponsor vélo Vélofasto nous annonce que deux autres voyageurs au long terme à vélo couchés, Alice et Benoit de « En transat’ », étaient en cavale en Asie Centrale. Un mois après notre départ, nous roulons dans la petite ville de Luang Prabang au Laos et on aperçoit deux bolides couchés sur un rond-point, on fonce pour les rattraper. C’était eux ! On a passé deux jours ensemble.

L’anecdote n’est pas finie ! On se quitte en échangeant nos contacts et ils nous font rentrer dans un groupe Whatsapp de 10 personnes en train de pédaler de part et d’autre de l’Asie à vélo, créé par un certain Jérémy. Au Vietnam, 3 mois plus tard, on arrive dans une ville et on décide pour une fois de dormir à l’hôtel. On tombe sur le patron, fan de vélo, qui n’a plus de place pour notre budget dans son hôtel mais qui nous fait un prix pour une luxueuse chambre de trois afin de pouvoir admirer nos vélos couchés et les montrer fièrement à ses copains. 10 minutes plus tard, un autre cyclo-voyageur débarque sans savoir où loger pour la nuit. Ça tombe bien : on a une chambre pour trois ! Qu’on ne vienne plus nous dire que le monde est grand : c’était Jérémy !!

Une rencontre exceptionnelle :

Un des moments les plus marquants de notre périple est sans doute notre passage dans la minorité ethnique des Jrais au Vietnam. Ce peuple a sa propre langue, ses coutumes, danses et vêtements traditionnels et vit dans une simplicité extrême depuis des générations. Seulement, du fait de leur différence, ils sont de plus en plus opprimés par le gouvernement. Il y a 20 ans, une jeune Vietnamienne, Diem Ly, étudiante en sociologie, est venue chez eux pour effectuer sa thèse de fin d’étude… et n’est jamais repartie ! Elle a monté des écoles alternatives à celles du gouvernement spécialement pour les enfants Jrai, les premiers élèves sont devenus professeurs pour les enfants d’aujourd’hui et les écoles se multiplient : c’est probablement grâce à Diem Ly que cette minorité existe encore à l’heure actuelle. Nous avons eu le bonheur de passer une semaine avec elle et les Jrai, un séjour extraordinaire sur lequel nous avons réalisé un reportage :

Et maintenant, où en est votre projet ?

Nico et Lucas - V'Asie Roule
Nico et Lucas dans une classe de la minorité ethnique des Jrai - Vietnam © V'asie roule

Aujourd’hui, nous sommes tous les deux dans notre dernière année de Master et V’asie roule nous influence en permanence dans notre vie personnelle. Pour ce qui est du projet, il continue de vivre grâce aux témoignages. Nous donnons de nombreux conseils de voyage sur le voyage ou le développement de projet aux personnes qui nous contactent, la plus grande partie sur notre page Facebook.

Surtout, nous continuons à donner des conférences sur notre aventure et les valeurs qu’elle nous a apportées. Depuis le retour, nous avons donné plus de 30 conférences dans des villes, des festivals ou pour d’autres évènements particuliers. Le prochain en date : TEDx Tours en Janvier prochain ! Nos vidéos sont également disponibles pour tous et l’objectif est de créer une plateforme servant d’outils pédagogiques pour les professeurs afin de suivre V’asie roule au fur et à mesure d’une année scolaire grâce aux vidéos, articles et photos.

On termine par une question portrait chinois : Si vous étiez un pays, une ville… et pourquoi ?

Nico et Lucas - V'Asie Roule
Filleuls Enfants du Mékong Molkens - Thaïlande © V'asie roule

- Lucas : définitivement, je serai Luang Prabang au Laos pour l’ambiance zen qui repose dans cette ville. J’ai adoré une multitude de villes en Asie du Sud-Est mais, quand tu rentres dans Luang Prabang, t’es obligé de te sentir bien. Réveillés par l’odeur des croissants des boulangeries qui grouillent dans la ville, absorbés par les somptueux temples bouddhistes et ses moines souriants, s’affaler dans un hamac sirotant une Beer-lao au bord du Mékong avec un coucher de soleil rouge vif sont les éléments qui m’ont fait sentir en total apaisement que ce soit physique ou mental. En restant là-bas pendant 4 jours, ça m’a boosté pendant un long moment de notre périple ! 

- Nico :  c’est dur de n’en choisir qu’un… Je pourrais être un des petits villages paisibles du Nord-Ouest du Vietnam comme Ban Hieu. Des petits chemins de terre autour d’une rivière en contrebas, puis sur les pentes se succèdent jungle inexplorée, forêt de bananiers, petits potagers avant d’arriver sur les petits hameaux perchés au-dessus de la vallée. Aucune voiture, des sourires par milliers, un air pur et un esprit de solidarité, c’est tout ce qui fait l’authenticité et le charme de ce petit village oublié. »

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