Tour du monde en 10 parfums

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Les parfums sont des invitations au voyage pour les sens, qui stimulent l’imaginaire. Nombre d’entre eux viennent d’ailleurs : effluves exotiques, senteurs épicées, fragrances subtiles ou complexes… Fermez les yeux, respirez, et vous êtes déjà loin. Car les parfums sont liés à des territoires, des terroirs presque.

Partons pour un tour du monde des odeurs et des parfums. Place au rêve !

Eau de Cologne - Allemagne, Italie

Eau de Cologne - Allemagne, Italie
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Inventée en 1716 par un Italien, Giovanni Paolo Feminis, installé à Cologne. Cette « acqua mirabilis » aurait, selon la légende, été créée sur une base d’eau préparée par les religieuses florentines de Santa Maria Novella. On dit aussi qu’elle serait l’ancêtre de l’eau qui permit à la reine de Hongrie, au XIVe siècle, de séduire un jeune homme…

L’eau de Cologne au départ n’a rien d’un parfum. Vendue dans les pharmacies, elle sert à vivifier. On en met même… dans la soupe ! Et Napoléon en boit des litres ! C’est un mélange entre produit de beauté et produit de santé. Sa composition est riche : romarin, citron, mélisse, bergamote, cédrat, néroli, esprit-de-vin.

Elle arrive progressivement en France à partir de 1760. Cette eau est utilisée par toutes les franges de la population. Chaque parfumeur se doit d’avoir une Eau de Cologne (terme déposé en 1806) à laquelle il a apporté sa proche touche.

La plus connue de ces eaux reste l’Eau de Cologne Impériale, créée par la Maison Guerlain en 1830 et dédiée à l’Impératrice Eugénie, en 1853. On retrouve sur le flacon tous les emblèmes napoléoniens, de l’abeille à l’aigle.

À voir : à Cologne, en Allemagne, ne pas manquer L’Eau de Cologne No 4711, la boutique-exposition 4711.com 

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Ylang Ylang - Philippines, archipel des Comores, Madagascar

Ylang Ylang - Philippines, archipel des Comores, Madagascar
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Dans l’ouvrage d’Elisabeth de Feydeau Les Parfums, Histoire, Anthologie, Dictionnaire, nous découvrons que l’ylang ylang est un arbre, originaire des Philippines. C’est là que l’essence des fleurs d’ylang ylang fut obtenue la première fois, à la fin du XIXe siècle, par un marin européen attiré par l’odeur charmante de cette fleur.

Toutefois, la distillation des fleurs jaunes est aujourd’hui réalisée principalement à Madagascar et dans l’archipel voisin des Comores. L’odeur entêtante de l’ylang ylang permet de créer une note intense dans un parfum.

Sur les terres malgaches, notamment à Nosy Be, mais partout ailleurs sur l’île, on peut fréquemment visiter des distilleries. L’occasion de découvrir et d’apprendre la manière d’obtenir ces extraits précieux d’essence, recherchés de par le monde.

Les fleurs, qui poussent sur des arbres taillés de 2 ou 3 mètres de haut, sont récoltées chaque semaine, à la fraîche. Puis commence la distillation des fleurs à la vapeur d’eau. Et il faut sacrément en récolter ! Pour 1 kg d’essence, compter environ… 350 kg de fleurs !

À voir : À Madagascar, sur Nosy Be, plusieurs exploitations et distilleries d’ylang ylang à visiter.

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Musc - Chine, Tibet, Vietnam

Musc - Chine, Tibet, Vietnam
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Une senteur très « animale ». Et pour cause ! À l’origine, le musc est produit par le chevrotin, un animal proche du daim, plus précisément dans une petite poche située sous l’abdomen de l’animal. Plus l’animal vit haut, plus le musc est de qualité. De couleur rougeâtre, cette matière brunit à l’air libre.

Le musc n’est sécrété qu’en période de rut du chevrotin. Son odeur si forte – on dit même que c’est le plus puissant des parfums – pouvait tout simplement faire tourner la tête des premiers aventuriers, qui s’en servaient notamment à des fins thérapeutiques. Le plus puissant des muscs et le plus reconnu était celui du Tonkin (Vietnam). La consistance granuleuse de cette matière animale embaume littéralement, et sert surtout à fixer une composition de parfums, pour qu’elle s’arrime à la peau.

Avec le temps, l’odeur devint plus douce, plus suave et plus sensuelle. Voire sexuelle ! À tel point que le musc fut même interdit en des temps prudes. L’espèce animale du chevrotin, menacée, est désormais protégée. Des muscs de synthèse sont à présent utilisés.

À voir : Au Vietnam, sur les traces du musc d’autrefois, la ville de Hoa Lu, fut la capitale du Tonkin vers l’an 1000. Paysages d’estampes chinoises, avec curieux pitons calcaires sous la verdure, et des monts rocheux.

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Lavande - Grasse, Provence

Lavande - Grasse, Provence
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Que serait la Provence sans la lavande ? Il suffit de se promener sur le plateau de Valensole à la fin du printemps et au début de l'été, juste avant la récolte, pour tout simplement en prendre plein les narines face à ces champs mauves à perte de vue.

L’usage de la lavande (de lavare, « laver », en latin) date de l’Antiquité ; les Romains s’en servaient déjà pour parfumer le linge ou le bain. Son odeur est souvent associée à la fraîcheur. Elle servira aux maîtres-gantiers de Grasse, au XVIIe siècle, qui eurent l’idée de parfumer leurs créations, pour chasser les odeurs tenaces du cuir.

Au fil du temps, les gantiers se font parfumeurs, baignés par un climat favorable à la culture des fleurs comme les roses ou le jasmin. Grasse devient alors la capitale mondiale de la parfumerie. Aujourd’hui, la lavande, toujours très utilisée en parfumerie, sert aussi pas mal à parfumer les produits d’entretien ménager. De l’air pur au quotidien !

À voir : le plateau de Valensole, en France, et ses champs de lavande à perte de vue, en direction des Gorges du Verdon. Sublime ! Lire notre idée week-end, En Provence, sur les routes de la lavande

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Patchouli - Inde, Madagascar, Seychelles, Sumatra et Chine occidentale

Patchouli - Inde, Madagascar, Seychelles, Sumatra et Chine occidentale
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Impossible d’écrire un article sur les parfums au Routard sans évoquer la fleur emblématique des années hippies. Faut dire que ça fleurait bon le patchouli un peu partout à l’époque !

Patchouli vient du tamoul « patch », qui signifie « vert », et d’ « ilai », la feuille. On obtient l’essence de cette fleur blanche séchée par distillation, mais aussi avec d’autres parties de la plante, comme les racines. Avec le patchouli, c’est l’Orient qui s’invite dans les demeures victoriennes du XIXe siècle. On en glisse quelques gouttes dans les pots-pourris, so british

C’est la route des « Zindes » qui s’éparpille dans le sillage de cette odeur voluptueuse quoiqu’un peu amère, mais aussi la Chine. Des rêves de voyage accompagnent ces odeurs boisées, enivrantes et puissantes.

L’une de ses plus marquantes émanations demeure le bien nommé… Patchouli de Réminiscence (1970). Le patchouli connaît aujourd’hui un renouveau dans de nombreuses combinaisons olfactives très tendance (Jimmy Choo, Comme des Garçons, etc.).

À voir : En Indonésie, on trouve du patchouli dans la province d’Aceh, au nord et à l’ouest de Sumatra, à Bengkulu, ou sur l’île de Java.
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Rose - Maroc, Turquie, Bulgarie

Rose - Maroc, Turquie, Bulgarie
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Place à la reine des fleurs. Deux de ses variétés sont le plus souvent utilisées par les parfumeurs : la rose centifolia, et la rose damascena ou rose bulgare. La première, dont les extraits sont obtenus grâce à des solvants, permet d’intensifier le corps d’un parfum. La seconde, par ses fleurs séchées et à l’aide de la vapeur d’eau, donne des notes plus terreuses.

Le travail effectué sur les roses destinées à la parfumerie relève de la pure alchimie. Chaque parfumeur possède ses propres secrets, parfois même ses propres roseraies, tant il est nécessaire de choisir la rose à un certain stade de son épanouissement, et de la cueillir à un moment précis de la journée. 

C’est avec la prise de Constantinople par les Croisés que l’eau de rose pénètrera dans les foyers d’Occident. Elle sera utilisée aussi bien pour l’hygiène corporelle que dans diverses préparations médicales. 

À voir : au Maroc, la vallée des roses et du Dadès, au Sud, surtout au printemps, pendant la récolte ou, en Bulgarie, la vallée des roses de Kazanlak.
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Santal - Inde, Népal, Tibet, Sri Lanka, Indonésie

Santal - Inde, Népal, Tibet, Sri Lanka, Indonésie
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Si on trouve du santal en Australie, le santal blanc en revanche provient exclusivement d’un arbre très présent sur les terres indiennes, au Sri Lanka et en Indonésie. Sa taille est d’environ 12 mètres de haut. On obtient son huile par distillation de ses racines et de son bois.

Son odeur étant assez présente, elle est associée en Orient à de multiples rituels. Le santal fut notamment utilisé pour des embaumements, mais aussi dans le cadre de cérémonies religieuses où le bois servait d’encens. C’est aussi un bois très résistant, utilisé pour la construction de meubles et la fabrication de statuettes divines. Des objets plutôt odoriférants ! Dans la symbolique, le santal et son odeur sont autant de liens divins avec l’au-delà, surtout dans les cultes hindouistes et bouddhistes. 

Son introduction en Europe date de la présence arabe en Espagne, notamment à Cordoue. En effet, le bois de santal était utilisé pour parfumer le cuir des cordonniers (mot dérivé d’ailleurs de… Cordoue). Le santal est cher, de ce fait on utilise parfois des produits de synthèse, meilleur marché, comme le sandalore.

À voir : En Inde, les villes de Bangalore ou Mysore offrent quelques objets d’artisanat en bois de santal.
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Jasmin - Inde, Égypte, France

Jasmin - Inde, Égypte, France
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Une des fleurs emblématiques des compositions de parfum (on en trouve dans le fameux N° 5 de Chanel). Cette jolie petite fleur blanche a la particularité d’être très fragile. Elle ne peut pas être distillée et ne supporte pas la chaleur. Elle doit donc être traitée avec la plus grande précaution, la nuit souvent, et immédiatement transformée.

Il faut environ 7 millions de fleurs pour 1 kg de jasmin. L’Inde est aujourd’hui le plus grand producteur de jasmin. Il est très courant de voir des hommes vendre des colliers ou des petits bouquets de cette fleur en Inde. Ne serait-ce que pour honorer les divinités. On en trouve jusque dans les voitures ! 

Si elle est très présente aujourd’hui en Inde et en Égypte, cette fleur délicate était autrefois beaucoup utilisée en Chine, où elle avait une connotation très sensuelle, féminine. Elle était également produite en grande quantité à Grasse, notamment au XVIIIe siècle.

Même si elle se fait désormais plus rare sur la Côte d’Azur, gardons en tête les effluves du parfum Joy, de Jean Patou, qui aimait à préciser qu’il fallait plus de 10 000 fleurs de jasmin pour sa composition, d’où son caractère précieux et onéreux.

À voir : À la Roquette-sur-Siagne, près de Grasse, en France, des champs de jasmin sont visibles d’août à octobre. La fleur est récoltée à la main.
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Chypre

Chypre
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Partons en Méditerranée pour cette île qui a donné des caractéristiques précises aux parfums. Un parfum peut appartenir à la famille de Chypre, lorsqu’il offre des notes végétales. « Chypre » fut également le sobre nom d’un des célèbres parfums de François Coty, grand parfumeur du début du XXe siècle. Vénus serait née sur cette île. Rien que ça !

Située sur la route maritime de l’Orient, l’île s’est enrichie de toutes ces senteurs qui circulaient entre les pays. C’est aussi le paradis des « nez ». Imaginons un peu qu’on y trouvait du myrte, de la marjolaine, du pavot, etc. De quoi affoler les naseaux ! 

Sur cette île était produite depuis le Moyen Age une eau de chypre aux senteurs vivifiantes et sèches. Cette senteur originelle, qui sera transmise de grimoires en grimoires, donne quelques idées aux créateurs de parfums du XXe siècle. Ils transmettent dans leurs compositions cette alliance chic et sensuelle de l’odeur « chyprée », notamment avec François Coty, mais aussi Roger & Gallet ou encore Jacques Guerlain et Mitsouko.

À voir : Toute l’île, pour retrouver ses senteurs !
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Myrrhe - Soudan, Éthiopie, péninsule d’Arabie, Somalie

Myrrhe - Soudan, Éthiopie, péninsule d’Arabie, Somalie
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Un peu de mythologie à présent : Myrrha était la fille du roi de Chypre, Cinyras. Coupable de son amour incestueux pour son père, elle fut transformée en arbre et donna naissance par une fente de son écorce à Adonis, Dieu des parfums et amant d’Aphrodite, la déesse de la Beauté et de l’Amour. C’est dire si cette odeur de myrrhe nous plonge au cœur même des éléments du parfum !

L’arbre à myrrhe mesure de 3 à 5 mètres de hauteur. Il produit cette résine qui suinte naturellement de l’écorce épaisse de l’arbre. Il faut attendre que ces « larmes du bois » sèchent pour les recueillir et les transformer selon les besoins et les usages. 

On se sert de la myrrhe depuis l’Antiquité, notamment dans les embaumements. Jésus en reçoit comme cadeau de la part des Rois mages. Quant aux Grecs, ils en parfumaient autrefois leur vin. Cette odeur pleine d’amertume donne une saveur racée et élégante aux compositions parfumées. 

À voir : À Dubaï, il n’y a pas que le Burj et Dubaï Mall ! Dans le quartier de Deira, on trouve encore de la myrrhe au souk aux épices.
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Texte : Gavin’s Clemente-Ruiz

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