Italie : Ferrare, joyau de l’Émilie-Romagne

22 septembre 2025

Cité médiévale prospère, Ferrare fut portée au sommet de sa beauté et de sa gloire à la Renaissance par la puissante famille d’Este.
De ce passé glorieux, elle a conservé intact son tracé urbain et son patrimoine architectural qui lui ont valu d'être classée au Patrimoine mondial de l'Unesco, tout comme le tout proche delta du Pô avec qui elle forme « un tout historique ».
Située à 50 km au nord-est de Bologne, cette ville d’aujourd’hui 131 000 habitants a séduit Montaigne, Stendhal et Chateaubriand ! Alors, n’hésitez pas et partez visiter Ferrare de préférence au printemps ou à l’automne…



Ferrare médiévale

Ferrare s’étire dans la vaste et prospère plaine agricole (céréales, fruits) du Pô, le plus important fleuve d’Italie, dont le delta est tout proche. C’est une ville avenante, un tantinet romantique, chaleureuse aussi, car toute faite de brique.
Avant de devenir un joyau de la Renaissance, elle fut un centre médiéval important. Mentionnée pour la première fois dans un document en 750 après J.-C., ses origines remontent au siècle précédent.
À cette époque, pour protéger des invasions la ville de Ravenne qu’il avait conquise, l’Empire byzantin fit construire un castrum à une soixantaine de kilomètres en amont, sur la rive gauche du Pô, au bout de l’actuelle via delle Volte (rue des Voûtes). Très vite, des marchands s’y installèrent. Bientôt, Ferrare prospéra à l’abri d’une première enceinte de murs défensifs.

Bien conservée, la cité médiévale s’articule toujours autour de rues assez étroites et souvent courbes, pavées de galets de rivière. La plus vieille — et la plus photogénique — est la via delle Volte.
Elle tire son nom des arches en briques qui l’enjambent et permettaient de relier les maisons des marchands à leurs entrepôts sur les rives du Pô, alors beaucoup plus proches de la ville.
Le quartier médiéval abrite aussi l’imposant monastère Sant'Antonio in Polesine (Via del Gambone), créé en 1257 pour Beatrice II d'Este. Les soeurs bénédictines font volontiers découvrir (mais en italien) les belles fresques réalisées de la fin du XIIIe au milieu du XIVe par trois peintres de l'école de Giotto.
La Ferrare de la Renaissance

En 1264, la famille d’Este prit le pouvoir, acclamée par le peuple et soutenue par le pape. Avec cette grande dynastie de mécènes excentriques et cultivés, Ferrare devint un foyer de la Renaissance italienne. Elle comptait parmi les capitales européennes de la culture, de l’art, de la politique et de la gastronomie, rivalisant avec Florence, Venise et d’autres grandes cours européennes.
En trois siècles, les Este en firent « la première ville moderne d’Europe ». Ferrare est classée depuis 1995 au patrimoine mondial de l’UNESCO, car « les conceptions humanistes de la ville idéale ont pris corps ici, selon les nouveaux principes de la perspective. Cette réalisation a marqué la naissance de l'urbanisme moderne et son évolution ultérieure ».

Hors les remparts, de vastes espaces étaient disponibles parce qu’à la suite d’une crue violente en 1150, le lit du Pô s'était progressivement dévié à sept kilomètres plus au nord. En repoussant l’enceinte des remparts, il fut donc facile d’agrandir Ferrare. En 1492, le duc Hercule Ier chargea l’architecte Biagio Rossetti des plans d’un nouveau quartier, passé à la postérité sous le nom d’Addizione Erculea.
Une grande rue — le Corso della Giovecca — marque toujours la limite entre la Ferrare médiévale et la Ferrare Renaissance. Entre les deux, le contraste est frappant. Le plan de Biagio Rossetti était en effet très novateur : zones urbaines divisées de manière fonctionnelle, rues larges et rectilignes se croisant à angle droit, présence d’espaces verts...
Cette ville élégante et aérée offre un vrai voyage au temps de la Renaissance.
Prenez le temps de visiter la Chartreuse de Ferrare (XVe siècle) et son église Renaissance attribuée à Biagio Rossetti. Édifiée à l'origine hors les murs, elle se trouva par la suite englobée dans la ville. Deux impressionnantes galeries d’arcades en demi-cercle accueillent les visiteurs. Elle abrite, depuis le XIXe siècle, un cimetière monumental.
Le cœur de Ferrare, autour du Castello Estense

Se dressant à la limite entre la cité médiévale et « l’extension urbaine » Renaissance, le Castello Estense est un impressionnant château en briques rouges à plan carré.Il est doté de quatre tours défensives et toujours entouré d’un fossé rempli d’eau.
Monument le plus important de Ferrare, il accueille des expositions temporaires d’art. Sa visite (12 €) permet de découvrir les somptueux plafonds des appartements ducaux, les cuisines, les prisons, et de monter au sommet de la Torre dei Leoni pour profiter d’un panorama exceptionnel sur Ferrare.
C’est en 1385, à la suite d’une violente révolte de la population, que le marquis Niccolò II décida de l’ériger pour se mettre à l’abri, au cas où… Les ducs n’abandonnèrent pas pour autant leur palais voisin, siège actuel de l’Hôtel de Ville. Le passage couvert qui reliait les deux édifices existe encore.

En sortant du château, après avoir traversé la petite place Savonarole, on se trouve nez à nez avec l’ancienne résidence des ducs d’Este, toute en briques et pourvue de nombreuses colonnes et arcades.
Sa façade donne sur la place principale de Ferrare, ancienne « Place aux Herbes » et actuelle Piazza Trento e Trieste. Les marchés s’y tiennent toujours. Côté cathédrale, elle est bordée par la Loggia dei Merciai, une succession d’anciens magasins. Construits au XVIIIe siècle, ils sont toujours en activité.

À l’autre bout de cette place se dresse l’impressionnante cathédrale Saint-Georges : 118 mètres de long ! Sa construction s’est étalée du XIIe au XIVe siècle. Sous l’imposant clocher Renaissance, elle affiche un mélange de styles : roman (partie inférieure) et gothique (partie supérieure).
Composée d’une succession de petites arcades et de grandes fenêtres ébrasées, la façade principale (actuellement en travaux) présente, au-dessus de la loggia centrale, un magnifique Jugement dernier anonyme. Après que le bâtiment a été affaibli par des séismes, l’intérieur a été repensé en style baroque au XVIIe siècle.
Le musée de la Cathédrale qui loge, en face, dans l’ancienne église de San Romano, abrite une belle collection de sculptures et peintures. Entr’autres la Madonna della Melagrana de Jacopo della Quercia ou l’Annonciation et Saint Georges, chef d’œuvre de Cosmè Tura, chef de file de l’école ferraraise au XVe.
Les somptueux palais de Ferrare

Riches et un peu mégalomanes, les ducs d’Este et leurs proches ne lésinèrent pas pour se faire construire de somptueux palais.
Pour commencer, l’exceptionnel Palazzo dei Diamanti (Palais des Diamants). Deux façades de sa puissante structure en brique sont recouvertes d’un placage de 8 500 cabochons en pierre blanche et rose d’Istrie, taillés en forme de diamants (d’où son nom).Conçu par Biagio Rossetti, il exprime la puissance du commanditaire, le duc Hercule, qui l’offrit à son frère Sigismondo.
La Pinacothèque nationale occupe les étages : sous de merveilleux plafonds peints, plus de 200 œuvres sacrées et profanes offrent un panorama complet de la peinture ferraraise du XIIIe au XVIIIe siècle. Au rez-de-chaussée, des expositions temporaires sont régulièrement organisées.

Ne pas rater non plus le Palais Schifanoia. Ce palais, destiné aux plaisirs et aux divertissements (Schifanoia signifie « échapper à l’ennui »), fut bâti par Alberto V d’Este, puis agrandi par Borso d’Este.
Les fresques de l’immense Salle des Mois, représentant les douze mois de l’année et les douze signes du zodiaque, laissent pantois. Exécutées par les meilleurs peintres de l’école de Ferrare actifs vers 1470, elles constituent un témoignage exceptionnel de l’art de la Renaissance.

Le Palais Costabili est aussi l’un des meilleurs exemples de l’architecture Renaissance de Ferrare. Son escalier monumental en marbre est splendide. Il abrite le musée archéologique, qui fait revivre la ville étrusque de Spina, importante place commerciale de l’Antiquité longtemps ensevelie sous la boue.
L’âge d’or de Ferrare prit fin après la chute des Este ! À partir de 1503, les papes successifs cherchèrent à reprendre le contrôle de Ferrare pour agrandir les États pontificaux. Ils y parvinrent en 1598, à la faveur de la crise dynastique qui suivit la mort du duc Alphonse II sans héritier direct.Les Este se replièrent à Modène, emportant une bonne partie de leur prodigieuse collection d’art. Une autre partie fut perdue ou vendue par la suite. Les plus belles œuvres sont aujourd’hui… à la National Gallery, à Londres.
Ferrare, ancien grand centre du judaïsme européen

Dès le XIIIe siècle, les ducs d’Este accueillirent à bras ouverts les juifs expulsés d’autres régions ou pays d’Europe. Tant qu’elle fut leur capitale, Ferrare fut l’un des grands centres du judaïsme italien et européen, avec 2 000 juifs pour 25 000 habitants au XVIe siècle.
Les Este partis, les États pontificaux furent peu libéraux : dès 1627, un ghetto — fermé la nuit — fut créé dans la ville médiévale. Malgré les difficultés, les juifs restèrent assez nombreux jusqu’aux lois raciales de Mussolini en 1938 et aux déportations de 1944.
Aujourd’hui, seule subsiste une très petite communauté. Les cinq portes du ghetto ont été démolies, mais ses principales rues (Via Vignatagliata, Via della Vittoria) sont bien conservées. La synagogue historique se trouve au 95, rue Giuseppe Mazzini.
Pour ceux qui veulent en savoir plus, le Musée national du judaïsme italien et de la Shoah (81, rue Piangipane) raconte : « Les Juifs, une histoire italienne ».
Que voir autour de Ferrare ?

Ferrare se découvre aussi bien à pied qu’en deux-roues. Les Ferrarais, eux, adorent tellement le vélo qu’ils sont réputés en posséder chacun trois ! Les touristes peuvent facilement en louer. Un vélo peut être utile pour faire le tour (8 km) des remparts en brique, quasiment intacts — sauf du côté de la gare.
Même si les hameaux de Francolino et de Pontelagoscuro sont accessibles en transports publics, les plus courageux pousseront aussi à vélo (belles pistes cyclables) jusqu’au Pô, qui coule au nord-est de la ville, pour profiter de la fraîcheur, de la verdure, d’une faune et d’une flore très riches, et bien sûr du paysage.

Si, en 1999, le classement de l’UNESCO a été étendu au delta du Pô tout proche, c’est parce qu’à la Renaissance, de nombreuses résidences campagnardes (dites Delizie Estensi) y furent construites. Et parce que son paysage fut radicalement transformé : mise en valeur des terres après le drainage d’immenses marécages, création d’un réseau de canaux navigables reliés à la ville…
L’Office de tourisme propose plusieurs itinéraires pour découvrir cette région. Ceux qui préfèrent tenter l’aventure en bateau se rendront Via Darsena, à Ferrare. Un Allemand y propose des excursions à bord de La Nena. Réservation obligatoire.
Ces à-côtés bucoliques n’empêchent pas Ferrare d’être très animée. Depuis 1279, son Palio (course de chevaux) oppose ses huit quartiers (contrade). Ce Palio, qui a lieu sur l’immense place Ariostea (encore une œuvre de Biagio Rossetti !), serait le plus ancien du monde.
À Ferrare, on se régale de pâtes et de risotto bien sûr, mais aussi de délicieuses spécialités : sformatina di zucca (flan à la courge), cappellacci (raviolis) à la courge, au beurre et à la sauge, pasticcio di maccheroni (tourte fourrée à la béchamel, aux champignons et à la truffe), ou encore salama da sugo (saucisse servie chaude accompagnée de purée).
Fiche pratique
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Office de tourisme d’Emilie-Romagne
Comment y aller ?
Ferrare se trouve à une heure de route ou de train de Bologne.
Bonnes adresses
- Hotel Europa : Corso della Giovecca, 49. Hôtel simple mais confortable. A partir de 85 € la double, petit dej. inclus.
- Hôtel Duchessa Isabella : via Palestro, 70. Plus chic et pour cause : ce 5 étoiles loge dans un palais XVIe ! A partir de 110 € la double standard. Petit déj inclus.
- Hostaria Savonarola : Sur la place du même nom. Cuisine locale. Bon rapport qualité prix. 20-30 €.
- Da Noemie : 69, via Vittoria. Table réputée. Carte maison bourrée de spécialités. 30-40 €.
- Antica Trattoria da Max. Piazza della Republica. Excellente cuisine locale typique revisitée de manière novatrice. Plats de 14 à 20 €.
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