Allemagne : Dresde, 5 raisons d'y aller

07 juillet 2025

C’est la pépite méconnue d’outre-Rhin, à 200 km au sud de Berlin. Tout à l’est de l’ex-Allemagne de l’Est, Dresde, détruite par les bombardements alliés en 1945, s’est peu à peu reconstruite à l’identique. Elle a retrouvé son monumental centre historique piéton, son grand opéra, ses églises, ses palais baroques et son château des rois de Saxe.
L’occasion de mesurer la splendeur de cette cité qui, au XVIIIe siècle, prit un essor artistique fulgurant, au point de se voir surnommer la « Florence de l’Elbe ». « La cour la plus brillante d’Europe après celle de Louis XIV », précisa Voltaire…
En toile de fond, le fleuve trace une large vallée piquetée de villas, de châteaux entourés de vastes parcs et de vignes… On les explore au fil de l’eau, remontant vers la Suisse saxonne et son parc national aux éperons gréseux fantasmagoriques, offrant autant de panoramas imprenables sur le cours d’eau.



Déambuler dans la vieille ville (Altstadt) reconstruite de Dresde

C’est de l’Elbe qu’il faut découvrir Dresde. L’été venu, au pied du pont Auguste, les immenses berges se couvrent de familles et de pique-nique. La bière coule à flots au Biergarten de l’Augustusgarten et les vélos défilent sur la piste cyclable longeant l’Elbe.
Juste sous le nez, les bateaux de croisière s’alignent le long du quai de Terrassenufer, écrasé en retrait par le dôme colossal de la Frauenkirche, la très baroque église Notre-Dame –culminant à 96 m au-dessus de la très vaste et élégante place du marché (Neumarkt), envahie de terrasses.

Presque rasé pendant la guerre, le sanctuaire, éminemment théâtral, a été rebâti à l’identique après la réunification de l’Allemagne, pour être finalement inauguré en… 2006, à l’occasion du 800e anniversaire de la ville ! Le symbole d’une renaissance.
Il faut enchaîner les escaliers et faire deux fois et demie le tour de la coupole pour arriver à la plate-forme panoramique du lanternon. Elle dévoile une vue à 360° sur le vieux Dresde ressuscité, serti dans sa ceinture grise d’immeubles pré et post-communistes.
S’y déroulent le méandre du fleuve, de grandes esplanades et la tour de la cathédrale catholique de la Sainte-Trinité (1751), dressée en écho à l’ouest.
Longue de 500 m, la Brühlsche Terrasse, surnommée « le balcon de l’Europe », longe l’Elbe en surplomb, à l’ombre des marronniers. Une sympathique balade.
S’émerveiller de la richesse artistique de Dresde

Autre symbole fort dans Altstadt, le Fürstenzug couvre le mur extérieur des écuries du château, sur 102 m de long, d’une « procession des princes » (à cheval) réunissant 35 margraves, électeurs et rois ayant régné sur la région de 1127 à 1904. La plus importante fresque en céramique du monde (additionnant 23 000 carreaux de la proche manufacture de Meißen !).

On la longe pour rejoindre l’entrée principale du château de la Résidence (Residenzschloss), dûment baroque, siège aujourd’hui de plusieurs collections – estampes et dessins, monnaies et médailles, Cabinet turc mais aussi la Grünes Gewölbe (« voûte verte »).
Cet incroyable cabinet de curiosités XVIIIe réunit des trésors d’art et d’artisanat, inhabituellement placés sur des consoles dorées, sans vitres ni vitrines, dans des salles rouge, verte et blanche bardées de miroirs : objets et cabinet entier en ambre (!), pièces en argent et vermeil, coupes en œuf d’autruche, escargots de mer ou cristal de roche (!) et autres joyaux de la Couronne aux émeraudes XXL.

De l’autre côté de la rue se dresse le colossal Zwinger, palais tout aussi baroque – donnant au nord sur le grand Opéra Semper. L’essentiel des anciennes collections royales, financées par la manne des mines d’argent des monts Métallifères, s’y retrouve.
En vedette : armes et armures, porcelaine, mais surtout toiles de « maîtres anciens » de la Gemäldegalerie Alte Meister. Parmi les pièces majeures : l’exceptionnel Adam et Ève, un diptyque de Cranach.
Également rattaché aux Collections nationales, l’Albertinum – ancien arsenal réinventé après la grande crue de 2002 – se consacre à la sculpture et à la peinture, de l’époque romantique à nos jours (Friedrich, Dahl, les expressionnistes…), le tout dans une mise en lumière résolument contemporaine.
Parcourir la Nouvelle Ville (Neustadt) de Dresde

À rebours, le pont Auguste file vers la Neustadt, rebâtie aux XVIIe et XVIIIe siècles dans un style… baroque, après un grand incendie, avant d’être à nouveau largement détruite par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale.
Au premier plan, le Cavalier (très !) doré (Goldener Reiter), une statue équestre du même Auguste II, marque le début de la très large Haupstraße, piétonne et arborée, colonne vertébrale du quartier.

Pourquoi traverser ? Pour admirer les demeures patriciennes de la Königstraße, la rue la mieux conservée du secteur, déroulée dans l’axe du Palais Japonais. Pour flâner dans le grand marché couvert (Markthalle). Et surtout pour les nombreux cafés, bars, restos, boutiques indépendantes, ateliers, galeries, tags et fresques qui émaillent le labyrinthe de ruelles, cours et passages d’Äußere Neustadt, étendu plus au nord de l’Albertplatz.
Alternatif, le coin fonda même en juin 1990 sa « Bunte Republik Neustadt » avec, pour emblème, un drapeau noir, rouge et jaune singeant celui de l’Allemagne de l’Est, mais avec une tête de Mickey en lieu et place du marteau et du compas !

Parfait résumé de son âme bohème, le passage Kunsthof, étiré entre l’Alaunstraße (n° 70) et la Görlitzer Straße (n° 21-25) réunit 5 cours pavées et verdoyantes laissées à la libre imagination des artistes. Poétique en diable.
Au n° 79 de la Bautzner Straße, la Molkerei Gebrüder Pfund est la plus ancienne laiterie d’Europe en activité. Elle a conservé son exceptionnel décor tout en faïences Villeroy & Boch. Pas ruineux : le verre de lait est encore à 1 € !
Faire une croisière au fil de l’Elbe jusqu’à Meissen

La tradition est presque bicentenaire. L’été venu, les 9 vapeurs à roues à aubes des Sächsische Dampfschifffahrt (datant de 1879 à 1929) naviguent entre Seußlitz, Dresde et Bad Schandau. Ils forment la plus importante flotte historique d’Europe.
Tout débute par un jet de vapeur blanche et un sifflement. Vers l’aval, un large corridor boisé mène à Meißen, qui précéda Dresde au cœur du pouvoir saxon. Le bateau y accoste au pied du formidable château gothique de l’Albrechtsburg – fondé en 929 et coiffé des flèches de la cathédrale adjacente.

La forteresse hébergea jusqu’en 1865 la célèbre manufacture de porcelaine de Meißen, la plus ancienne d’Europe (1708), modèle de toutes les autres, depuis installée en périphérie (visite des ateliers et du musée).
La croisière vers l’amont, depuis Dresde, est plus emblématique encore, au cœur de l’ancien site inscrit au patrimoine mondial. Très vite, le bateau passe en revue un trio de châteaux néoclassiques perchés sur la berge haute, à bâbord : Albrechtsberg, Lingner et Eckberg. À leurs pieds, la piste cyclable de l’Elbe court au milieu des prés.

Une heure plus tard, le bateau est en vue du grand escalier pieds dans l’eau du château de Pillnitz. La résidence d’été des rois de Saxe a pour pièce maîtresse un surprenant palais chinoisant en miroir, devenu musée d’Arts décoratifs. Mais le plus beau est extérieur : le parc de 28 ha épousant les berges, avec ses palmiers en pots, ses grands arbres et son camélia âgé de 230 ans.
En remontant vers Pillnitz, le bateau passe sous le tablier de la Merveille bleue… Un pont suspendu de 1893, que l’on peut aussi admirer depuis les vénérables funiculaire et Schwebebahn (un étrange monorail suspendu) gravissant la colline de Loschwitz.
Explorer le parc national de la Suisse saxonne

Plus en amont encore, les bateaux de la Sächsische Dampfschifffahrt pénètrent dans le parc national de la Suisse saxonne (9 350 ha) – prolongé côté tchèque par le parc de la Suisse bohémienne. Une région largement couverte de forêts, d’où émergent des centaines de promontoires de grès érodés, très appréciés des amateurs d’escalade.
Surgissant des blés, sa formation principale, la mesa de Lilienstein, ceinturée sur 180° par l’Elbe, se hisse à 415 m, avec auberge rustique au sommet. Des escaliers et des échelles y courent sur la roche, des passerelles enjambent des failles, conduisant à un point de vue remarquable.
En écho, rive gauche, la forteresse de Königstein, la « Bastille saxonne », prison durant 350 ans, épouse la roche mère, ne livrant à l’œil, à distance, que ses colossaux remparts et quelques toits. Vue de près, on découvre tout une petite ville fortifiée.

À deux méandres de là, l’emblématique Bastei doit son nom aux ruines d’un château fort médiéval. Sa forêt de pinacles rocheux, perchée 200 m au-dessus de l’Elbe, a attiré les peintres dès l’époque romantique, favorisant un premier essor du tourisme.
C’est ainsi que l’ancien pont en bois survolant le vide a été reconstruit en dur, permettant aujourd’hui de s’avancer jusqu’au plus près des falaises tombant dru dans le fleuve. Spectaculaire !
Le Bastei est accessible en voiture par le haut (10 min à pied), mais aussi depuis l’Elbe, par une interminable série d’escaliers taillés dans la roche. Sportif ! En bas, un petit ferry permet de rejoindre en 3 min la gare de Kurort Rathen (33 min de train de Dresde).
Fiche pratique
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Office de tourisme d’Allemagne
Comment y aller ?
– En avion : Lufthansa dessert Dresde via Francfort ou Munich au départ de Paris CDG et de ses escales françaises.
– En train : de Berlin, compter 2 h 45-3 h 30 de train pour rejoindre Dresde, ou 2 h-2 h 30 avec Flixbus. Sinon 2 h 30 de train depuis Prague.
– En bus : Flixbus assure notamment des liaisons directes de/vers Paris (4/j., de nuit, dès 50 €), Strasbourg (1/j., dès 25 €) et Bruxelles (1/j., de nuit aussi, depuis la Gare du Nord, dès 32 €). Compter respectivement 15 h, 10 h et 12 h de trajet.
Où dormir ?
On campe facilement dans la région, sauf en janvier-février, quand tout ferme ou presque. Au plus proche de Dresde (7 km au sud, 25-40 min en transports en commun), à la Campingplatz Dresden-Mockritz. Plus au sud, près du château de Pillnitz, à la Campingplatz Wostra (avril-octobre). Ou, mieux, dans le parc national de la Suisse saxonne, où l’on trouve une dizaine de terrains de qualité variable. Parmi eux, on préfère le Caravan Camping Säschsische Schweiz.
À Dresde même, l’Hostel Lollis Homestay offre la meilleure option dans la catégorie auberge de jeunesse, au nord de la Ville Nouvelle. On aime bien ce lieu rétro-funky, convivial, aux dortoirs et petites chambres privées présentant souvent une déco thématique Compter 16-30 € le lit en dortoir et 48-70 € environ la double (75-100 € la Trabi pour 3).
Cela dit, il y a plusieurs autres hostels, comme le Mondpalast et le Louise 20, tous deux dans la Ville nouvelle. Les tarifs y sont comparables. Toujours dans le secteur, le LaLeLu Hostel dispose de 7 chambres privées à thème (espace, jungle, rétro 70s…) avec salle de bains partagée.
Pour un hôtel « classique » abordable, essayez le mightyTwice, au nord de la Ville nouvelle, à partir de 80-85 € la double, avec touches rétro, déco à thème musical, moquette verte et grande photo noir et blanc au mur. Tram juste devant.
Au centre, dans un bâtiment moderne, le NH Collection Altmarkt présente sans doute le meilleur rapport qualité-prix : confort de grande chaîne et calme garantis à des tarifs parfois très attrayants (dès 60-80 € en périodes creuses !). On peut aussi recommander le Townhouse Dresden, l’Hyperion Hotel Dresden am Schloss et, pour un bâtiment avec du style, le Steigenberger Hotel de Saxe sur la place du marché. Tous démarrent vers 110-120 € la double en basse saison, pour monter jusqu’à 220-300 €.
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Où manger ?
Pour avaler un morceau sans se ruiner, on conseille les Bäckereien – des boulangeries avec coin café – regorgeant de pâtisseries et de sandwichs.
Au centre, le midi en semaine, pour une adresse saine et simple, essayez Lunchtime (soupes, bocaux, plats du jour…), au Rampische Straße 27, très abordable.
Le Kunst Cafe Antik est lui aussi raisonnable en prix et permet de découvrir la cuisine saxonne, tout en offrant quelques options pour les végétariens.
Pour une soirée en amoureux, Finesse porte bien son nom, avec sa cuisine gastronomique fusion, déclinée au gré d’un menu dégustation (4-6 plats, 79-99 €).
Côté Ville Nouvelle, QG des soirées animées, le choix est vaste. On aime bien Lila Soße, niché dans une ruelle un peu secrète, qui propose une sympathique cuisine allemande revisitée, en partie servie en bocaux.
Ou pour un croc sain et bon marché : Vegan House, 100 % végétalien, avec ses bols en deux tailles à 6,90-13,90 €, puisant largement dans les recettes asiatiques.
Conseils de visite
La Dresden City Card, à imprimer avant de venir, est valide 1 à 3 jours (17-33 €). Elle comprend les transports en commun (sauf le monorail), mais sinon elle n’offre que des petites réductions sur les musées secondaires. La Dresden Regio Card (26-59 €) fonctionne sur le même principe, mais sur une zone géographique plus étendue (jusqu’à Meissen). Si vous restez en ville, mieux vaut la MuseumsCard Dresden, valide 48 h, qui pour 35 € inclut l’entrée de tous les grands musées de la ville, Grünes Gewölbe exceptée. Plus d’infos sur dresden.de
En basse saison, les croisières sur l’Elbe se limitent au secteur étendu entre Dresde et le château de Pillnitz ; elles peuvent être réduites, voire suspendues en période de hautes eaux. Meißen et la Suisse saxonne sont desservies de mi-avril à octobre. Sinon, on circule facilement par le train (intéressant à combiner avec le bateau).
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