Bienvenue en Palestine

Isabelle Al Subaihi
par Isabelle Al Subaihi

09 mai 2012

Isabelle Al Subaihi
Le 16 mai, le Routard sort enfin son guide Israël, Palestine !

Se rendre en Palestine (hormis Gaza, pour l’instant inaccessible aux touristes) constitue le meilleur moyen de comprendre la situation débattue depuis si longtemps au fil des colonnes.

Loin des clichés, on a rencontré un peuple accueillant, digne et inventif, heureux de faire découvrir la diversité de son patrimoine ; de raconter une terre foulée par d'innombrables civilisations, une histoire dont les vestiges, d’une richesse extraordinaire, permettent de remonter aux premiers temps bibliques.

Mais en Palestine, le présent reste la priorité, un présent avec lequel il faut sans cesse composer. Reportage dans une terre à découvrir, du côté de Ramallah et de Naplouse.

Les frontières de la Cisjordanie

Isabelle Al-Subaihi
Jusqu’en 2002, les frontières de la Cisjordanie ont été délimitées par le Jourdain à l’est et par la ligne verte (ligne d’armistice datant de 1949, reconnue internationalement). Depuis, le territoire est séparé d’Israël et de Jérusalem par un mur (construit – ou en construction – par les autorités israéliennes), déclaré illégal par la Cour Internationale de Justice en 2004.

À l’intérieur de la Cisjordanie, trois zones (A, B, C) s’imbriquent pour former un patchwork de partage des responsabilités entre Israéliens et Palestiniens. Tandis que 1/10e de ce territoire se trouve désormais de l’autre côté du mur.

Tout voyageur est forcément confronté à ces réalités géopolitiques, ce qui donne un relief tout à fait particulier à ce périple, qui bouscule et émeut. Préparez-vous à un voyage différent des autres.

Ramallah : un passage

OT de Ramallah
Ramallah (photo) est la capitale administrative de la Cisjordanie, le siège du gouvernement de l’Autorité palestinienne, mais aussi de nombreuses ONG. Elle a obtenu son autonomie en 1995 suite aux accords d’Oslo. Située en zone A, elle est régie exclusivement par les Palestiniens, d’où les check-points israéliens qui en contrôlent l’accès.

Pour s’y rendre depuis Jérusalem (16 km), il faut faire le mur et être patient.

Le check-point israélien de Qalandya, construit au niveau du mur de séparation, fait penser à un terminal d’aéroport. Quand on le franchit à pied, Il faut faire la queue à l’intérieur, traverser un portique avant de passer sous un détecteur à métaux et faire scanner son sac. Les soldats nous interrogent sur la raison de notre séjour. Quand on leur dit qu’on est venu pour visiter et faire la fête, ils se regardent mi-interloqués, mi-suspicieux devant ces touristes décidemment d’une autre planète.

Si les Occidentaux ont souvent une image déformée de la Cisjordanie et de la Palestine, la plupart des Israéliens n’ont pas la moindre idée de ce qui se passe de l’autre côté du mur.

Et pour cause, ils n’ont pas accès à une partie du territoire (soit la zone A et parfois la zone B, sous administration mixte – civil palestinien, militaire israélien ; en revanche, la zone C, sous contrôle total d’Israël, est jalonnée de colonies). Tout comme la plupart des Palestiniens (hormis ceux d’Israël et de Jérusalem Est) ne peuvent se rendre en Israël.

Finalement, on est arrivé à Ramallah, ville moderne et embouteillée, aux longues avenues et aux façades d’immeubles parfois très hautes… puisqu’on ne peut quasi pas construire à l’horizontale, au risque de déborder sur une zone israélienne.

Ville marquée par l’Autorité palestinienne, qui y a construit ses bureaux (la Mouqata’a), et par Yasser Arafat qui, depuis 2004, repose, juste devant, dans un mausolée en pierre et verre d'une grande sobriété. Mais Ramallah, ça n’est pas (que) la Palestine d’hier, c’est surtout celle de demain.

Ramallah la cosmopolite

OT de Ramallah
Aujourd’hui, certains trouvent Ramallah un peu trop occidentale et commerçante, d'autres pas assez culturelle. Elle se révèle surtout économiquement dynamique et incroyablement vivante.

Avec Al-Bireh, la ville voisine, dans la continuité de Ramallah, elle forme une communauté de près de 70 000 habitants. Son artère principale, Rukab Street, coupe le centre d’est en ouest. Elle aligne boutiques de fringues, gargotes, le plus célèbre glacier de la ville et un centre commercial.

Si ce n’étaient les odeurs de mana’eesh (épaisse galette de pain cuite au feu de bois, saupoudrée de thym, arrosée d’huile d’olive) et les bruits de klaxons ponctuant un joyeux désordre, on pourrait se croire dans n’importe quelle ville.

On s’imprègne aussi bien de l’atmosphère traditionnelle de sa vieille ville (Ramallah Tahta, photo) jalonnée de petits bouis-bouis où l'on avale hommos (purée de pois chiches) et falafels (boulettes de… pois chiches frits !) debout sur le trottoir, au coude à coude avec les habitués, que des ambiances très festives.

Ces lieux branchés, ouverts sur l'extérieur, répondent avant tout aux désirs d’une jeunesse dorée et d’une clientèle internationale d’expats. Et puis, d'autres endroits combinent avec justesse les différents apports, et renouent avec la terre de brassage qu'elle a toujours été.

Côté cuisine, il y en a pour tous les budgets, et puis, c'est l'occasion de varier un peu le régime pois chiches. Bars-lounge, bar-resto avec piscine cachée dans une pinède… il n’y a que Ramallah pour abriter ce genre d’adresses, à mille et une nuits de ce qu’on pourrait imaginer.

Jifna et Taybeh : un air de campagne

Isabelle Al Subaihi
Même les environs proches de Ramallah présentent un visage un peu différent du reste de la Cisjordanie : une partie des citadins prend l’air de la campagne aux faux airs de Provence, à Jifna, un village à majorité chrétienne, à 8 km au nord. Ils viennent se poser dans un des 5 restos de la localité et une des 3 piscines ouvertes à la période estivale. Pas mal pour une commune de 1 500 habitants ! C’est aussi là que les petits budgets trouveront les adresses les plus intéressantes, Ramallah privilégiant l’hébergement haut de gamme.

Ne pas hésiter à pousser ensuite jusqu’à Taybeh (photo), village juché à 930 m d’altitude, connu pour n’abriter que des chrétiens et… la seule brasserie des territoires occupés. Elle fut fondée en 1994 par la famille Khoury, installée aux États-Unis avant de revenir en Palestine après les accords d’Oslo. Elle organise même une Oktoberfest. Pas encore de quoi faire concurrence à celle de Munich, mais l’opération gagne en notoriété ! Tout comme la bière Taybeh, brune, blonde ou rousse… excellente.

À voir également, l’église latine où le prêtre, parfaitement francophone, mène plusieurs actions en faveur de la paix. À l’entrée du village, les ruines de l’église Al Khader datant du Ve s commémorent le séjour de Jésus venu ici en compagnie de ses disciples la veille de Pâques. L’ancienne bâtisse est toujours fréquentée par quelques familles du coin.

Le centre de Taybeh a été magnifiquement rénové sous l'égide de Riwaq, une association qui promeut le patrimoine culturel, et grâce à l'aide financière du gouvernement espagnol. Une petite halte à la fois paisible et étonnante, loin du tumulte de Ramallah.

Ramallah : vitrine de la Palestine ?

OT de Ramallah
Ramallah attire investisseurs étrangers, Palestiniens émigrés revenus au pays et subsides de l’Union européenne. Pour un peu, elle symboliserait une Palestine dotée de tous les atouts pour s’en sortir, malgré les restrictions et les privations. Pas d’illusion, elle ne reste qu’une bulle économique, qui ne reflète en aucun cas la situation palestinienne dans son ensemble.

Si certains parviennent à entreprendre et prospérer, la plupart des habitants a tout simplement du mal à envisager un avenir. Beaucoup ne peuvent sortir du territoire, et ceux qui n’ont pas connu d’autres conjonctures, ne pensent même pas à se déplacer à l’intérieur de la Cisjordanie, tant les barrages, obstructions en tous genres et routes qui leur sont interdites (celles qui contournent les colonies) rendent chaque périple très compliqué et long.

La prestigieuse université de Bir Zeit, à 10 km de Ramallah, forme une jeunesse en partie démotivée, qui, au mieux, rêve d’émigrer. Les autres, sous l’égide de leurs aînés, s’engagent dans la résistance non-violente et manifestent régulièrement dans les villages alentours pour lutter contre l’avancée du mur ou l’annexion de terres cultivées. Des associations, comme Riwaq encore, luttent pour reconstituer le tissu social et urbain en rénovant les vieilles villes désertées et en organisant des randonnées entre différents villages.

Naplouse la rebelle

Isabelle Al Subaihi
Nichée au creux d'une vallée, Naplouse (photo) est l’une des villes les plus peuplées de Cisjordanie et des plus jeunes aussi grâce à l'université an-Najjah, la plus grande des territoires palestiniens occupés.

L’histoire et l’identité de la ville ont été marquées par des actes de résistance depuis le début du XXe s, d'abord contre les Britanniques et les sionistes, puis contre l'occupation israélienne au cours des deux Intifadas. Ce qui lui a valu le surnom de « Jebel en Nar » (la Montagne de feu).

Pendant la seconde Intifada, Naplouse a subi de nombreux bombardements israéliens et a été régulièrement soumise aux couvre-feux. La population, les bâtiments mais aussi l'économie de la ville ont été gravement touchés pendant cette période.

La ville est aujourd'hui particulièrement accueillante, même si les touristes sont peu nombreux. Seule précaution, la tenue vestimentaire. Mieux vaut se couvrir les genoux et les épaules surtout quand on se balade dans la vieille ville. Sinon les habitants vous lanceront des regards un peu insistants.

La petite Damas

Isabelle Al Subaihi
La vieille ville de Naplouse, son souk typique et ses artisans, lui valent un autre surnom, celui de "petite Damas". Un vrai dédale de ruelles bordées d'échoppes et de passages couverts, qui date principalement de l'époque ottomane. Elle abrite les plus vieux hammams de Palestine, halte idéale pour une séance de gommage-massage salvatrice… du moins une fois qu’on a réussi à les trouver.

Les habitants aident volontiers les voyageurs à se repérer, quitte à les guider, et cela sans contrepartie. Commencer à rétribuer un renseignement ou une bonne volonté conduirait à fausser rapidement les relations entre les habitants et les futurs visiteurs étrangers.

Autre point commun avec la Syrie : le savon. Impossible de passer à Naplouse sans visiter une des 4 savonneries encore en activité. Les petits cubes, très réputés, s'exportent dans tout le monde arabe, au même titre que le savon d'Alep syrien. Il est composé d'huile d'olive (le savon d’Alep ajoute de l’huile de laurier), d'eau et de soude.

Le mélange cuit pendant au moins 3 jours avant d'être étalé 2-3 jours par terre pour le séchage, découpé et estampillé. 13 l d'huile sont nécessaires pour fabriquer 100 pièces. Les cubes sont ensuite empilés en colonnes d'environ 1 000 savons. Puis les ouvriers les empaquettent à raison de 4 000 par jour, destinés en grande partie à l'exportation.

Naplouse est aussi connu pour son knafeh (photo), pâtisserie orange sur le dessus (pâte effilée), blanc en dessous (fromage fondu), qui se mange chaud (ou tiède) pour que le fromage dégouline bien dans l'assiette (indispensable, l'assiette !). Les meilleurs knafehs, étalés sur des immenses plateaux, sont généralement vidés en quelques minutes par les habitués.

Sebastia : couronnement de la Cisjordanie

Isabelle Al Subaihi
À 13 km au nord de Naplouse, voici Sebastia (photo). Quel plus bel endroit que cette ancienne cité royale perchée au sommet d'une colline pour couronner le nord de la Cisjordanie ?

Sebastia attire aussi bien les amoureux de nature en surplombant les belles vallées plantées d’oliviers que les férus d'archéologie, qui trouveront là de véritables trésors. Le site a conservé de nombreuses traces de sa riche histoire malgré les destructions successives qu’il a connues. Deux grandes missions archéologiques au début du XXe s ont permis d’excaver les principales ruines que l’on peut admirer aujourd’hui.

En 30 avant J.-C., alors que les Romains dominent la région, l’empereur Auguste cède la ville à Hérode-le-Grand qui la rebaptise Sébaste en son honneur (Sébaste signifierait Auguste en grec). La ville est enrichie d’un temple à la gloire de Rome, d’un stade, d’un théâtre, ainsi que d’autres bâtiments publics.

En haut du village, on peut encore admirer les vestiges datant de cette époque. Ainsi qu’une rue à colonnades, magnifique, que l'on voit en contrebas, ancienne artère principale de la cité romaine. Dans le village, la cathédrale construite par les croisés, puis transformée en mosquée, abriterait la tombe de saint Jean-Baptiste (Sidi Yahya), décapité sur l’ordre d’Hérode-le-Grand.

Une autre chapelle croisée découverte en 2008 est aujourd’hui adossée à une guesthouse composée de maisons de villages restaurées au goût infini et à la vue grandiose. Un des grands coups de cœur de notre voyage en Palestine.

Fiche pratique

Isabelle Al Subaihi
Enfin ! Le 16 mai prochain, le Routard sort son guide Israël et Palestine : essentiel pour découvrir cette région mosaïque, foisonnante et passionnante.
Histoire, culture, mais aussi hébergements, gastronomie, lieux branchés… et des endroits inouïs, de Tel-Aviv à Ramallah.


Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Israël, Palestine

Comment y aller ?

- Les formalités sont les mêmes que pour entrer en Israël, qui contrôle les frontières : un passeport valable encore six mois minimum après la date d'entrée suffit. Pas besoin de visa. S’attendre à être interrogé parfois à l’arrivée à l’aéroport de Tel Aviv pour obtenir le tampon d’entrée. Au retour, les démarches (fouilles, interrogatoires éventuels) sont longues, prévoir d’arriver au moins 3h à l’avance. Inutile de s’énerver.

- La monnaie est le shekel, mais les dinars jordaniens et les dollars US sont aussi couramment utilisés. En revanche, on vous rendra toujours la monnaie en shekels. Distributeurs automatiques dans toutes les grandes villes. 1 € vaut environ 5 shekels (abrégé NIS sur place, pour New Israeli Shekels).

- Pour circuler en voiture à la fois en Israël, à Jérusalem et en Cisjordanie, il faut louer un véhicule à la double assurance, muni d’une plaque jaune. Tous les loueurs ne le proposent pas. Une voiture à plaque verte louée en Cisjordanie ne peut pas rouler de l’autre côté du mur. Sinon le réseau de taxi services (minibus de 7 places) et de bus est assez dense et suffisant pour relier les grandes villes et les villages.

-On peut parler de tout avec tout le monde en Palestine et surtout de la situation politique, ce qui enrichit considérablement le voyage.

Adresses

- Tourist Information Centre de Ramallah : Tél : 296-32-15 à 18, ext. 414. ramallah.ps Tlj sf ven 9h-17h.
Cartes, brochures, on vous fournira aussi des infos pratiques sur l'hébergement, les sites. Bons conseils et accueil pro. Vente de souvenirs et au sous-sol, petite pièce pour lire et se détendre.

- Khouriya Family Guesthouse : à Jifna, à 8 km de Ramallah. Tél : (00-970) 281-14-85. rkhouriya@yahoo.com. 260 Shk pour deux, petit déj inclus.
L'occasion de partager le quotidien de cette famille palestinienne adorable, qui accueille les visiteurs dans leur belle maison cossue. 4 chambres, pas très grandes, mais correctes. Salle de bains commune.

- Reef House Pension : à Jifna. Tél : (00-970) 281-18-81. Env 200 Shk pour 2, petit déj compris.
Peintures murales à l'extérieur, tente devant la maison aménagée avec des coussins : la proprio a tout fait pour rendre sa maison accueillante et conviviale. 8 chambres impeccables, avec salle de bains.

- Guesthouse de Sebastia : Tél : (00-970) 9-253-25-45 ou (00-970) 2-232-63-42.
Une guesthouse composée de maisons de villages restaurées avec goût et à la vue grandiose.

- Snowbar au nord du centre-ville de Ramallah, vers Ein Misbah. P. : (00-970) 599-264-663. Ouv midi et soir mais slt en été, mai-oct (ramadan inclus). Accès piscine : 50 Shk ; réduc.
Nichée à l’ombre d’une des rares pinèdes de Ramallah, c'est l'adresse incontournable de cette ville cosmopolite : un bar-resto-piscine où les habitués se lovent dans les canapés posés dehors, autour d’un grand feu de camp s’il fait frais ou devant un match de foot qui déchaîne les passions. Bonnes grillades (le burger est fameux). Le vin et les alcools sont un peu chers mais on paie le cadre.

- El Hosh Aleeyah : dans la vieille ville de BirZeit, près de l’Église. P. : (00-970) 0599-868-914. Tlj 10h jusque tard le soir (selon le monde).
Un endroit convivial, un peu à part, avec ses tables en bois, le poële qui trône au milieu et sa terrasse ombragée à l'étage. Mazen, homme-orchestre, concocte des plats à base de vieilles recettes, organise aussi des randonnées avec barbecue ou zarb (four creusé dans la terre), des projections, concerts, et accueille des artistes.

Psst... En plus, il y a un cadeau à l'inscription à nos newsletters !

Le meilleur de nos reportages, idées et carnets de voyage

Réductions, gratuités & actualités voyage à ne pas manquer

Les derniers reportages sur le meilleur en Israël, Palestine

Israël : Akko (Acre), la mythique Saint-Jean-d’Acre

Israël : Akko (Acre), la mythique Saint-Jean-d’Acre

À 22 km au nord d’Haïfa et à 2h de route de Tel-Aviv et de Jérusalem, Acre (Akko) est l’un des endroits à ne pas manquer en Israël. Cette ville côtière a conservé, dans son cœur ancien, sa citadelle,...
La mer Morte : un univers unique

La mer Morte : un univers unique

Une mer à l’étrange goût de lac. Du sel en veux-tu, en voilà. Une mer Morte pas si morte. Une facture écologique plutôt salée...                               Et le tourisme dans tout ça ?  Partons...
Le sentier d'Abraham en Palestine

Le sentier d'Abraham en Palestine

De Jénine à Hébron en Palestine, le sentier d’Abraham traverse des paysages d’une grande diversité, qui oscillent entre -400 m et 1200 m d’altitude, et constitue un véritable voyage dans le temps. La...

Bons plans voyage Israël, Palestine