Sarajevo, la renaissance

Marine Dumeurger
par Marine Dumeurger

05 octobre 2009

Matthieu Dubai
Bientôt quinze ans... En novembre 2010, cela fera quinze ans que les accords de Dayton ont été signés entre les présidents serbe, croate et bosniaque. Comment se porte aujourd'hui Sarajevo ? Dans un contexte politique maussade, la petite capitale de Bosnie-Herzégovine tourne doucement la page. Agréable à vivre, elle accueille de plus en plus de touristes, attirés par son histoire mais aussi par son environnement préservé. Pourtant Sarajevo n'oublie pas : d’avril 1992 à février 1996, elle a connu le siège le plus long du XXe siècle.
Préparez votre voyage en Bosnie-Herzégovine avec nos partenaires
Plus de services

Butmir, héros de Sarajevo

Matthieu Dubai
L'histoire est récente. En novembre 1995, les accords de Dayton mettent un terme à quatre années de conflit. La Bosnie-Herzégovine obtient son indépendance après la Slovénie et la Croatie, signant l'éclatement définitif de la Yougoslavie. Sarajevo, la nouvelle capitale, aura subi le plus long siège du XXe siècle. Trois ans et demi, où ses habitants, confinés chez eux, ont été privés de tout : nourriture, eau, électricité. Les forces serbes encerclaient et terrorisaient la ville. Sortir à l'extérieur, c'était être la proie des tirs, mettre sa vie en péril.

À cette époque, seul un tunnel de huit cents mètres de long, en banlieue, reliait les habitants à l'extérieur de la zone serbe. Il n'a jamais été localisé par l'ennemi. Le souterrain Butmir a permis de s'approvisionner en nourriture, en armes et d'organiser la défense de la ville. Ce passage secret, dont l'entrée partait du garage d'une maison, est aujourd'hui un musée. D'anciens combattants organisent les visites et racontent la vie pendant les trois années de siège. Les hôpitaux et les écoles pris pour cible, les cimetières partout, la débrouille du quotidien, la débâcle de l'ONU… On y parcourt, recroquevillé, les vingt-cinq mètres restant du tunnel d'origine avant de terminer par la longue liste des victimes. Plus de dix mille personnes ont perdu la vie pendant le siège.

Sarajevo n’oublie pas

Matthieu Dubai
Plusieurs endroits rappellent l'histoire récente et tragique de la ville. Le musée national consacre une partie de son espace au conflit de 1992-1995. Cette exposition touchante retrace la chronologie des événements, expose le quotidien avec des objets ou des textes. Des photos d'époque rendent compte de l'horreur et du traumatisme subi par la population.

Dans les environs du musée, situé dans le nouveau Sarajevo, on peut arpenter la Sniper Alley de sinistre mémoire. Pendant la guerre, elle était considérée comme la rue la plus dangereuse de la ville. Même si pour beaucoup de Sarajéviens, toutes les rues étaient aussi risquées. Seul l'hôtel Holiday Inn, où logeaient les journalistes et les diplomates, représentait un îlot fragile de sécurité. L’immeuble est toujours sur pied. Aujourd'hui cette avenue regroupe de nouveaux bâtiments. Dans le centre, Sarajevo a été très vite reconstruite. Mais dès qu'on s'éloigne, de nombreuses ruines subsistent.

Reste néanmoins des blessures à vif. La bibliothèque nationale, bâtie sous l'empire austro-hongrois, se relève lentement. Symbole du pays, elle fut prise pour cible par les forces serbes et victime d'un incendie en 1992. Les dégâts sont malheureusement irréversibles. Les archives ont été brûlées. Elles regroupaient de nombreux documents, manuscrits et livres sur l'histoire du pays.

Sarajevo, Est-Ouest

Matthieu Dubai
Même si la guerre s’est accompagnée de pillages et de destructions, Sarajevo la multiculturelle, située à la croisée des chemins, garde beaucoup d'histoires en mémoire. Entre les XVe et XIXe siècles, la cité est ottomane. À mi-chemin d’Istanbul et de l'Europe de l’Ouest, elle devient une ville de passage, où les marchands ont le droit de séjourner trois nuits gratuitement. Bazar, petites ruelles pavées, mosquées et caravansérails, la ville s'enrichit.

De nos jours, on retrouve cette ambiance dans le quartier de Baščaršija (notre photo). Autour de la fontaine Sebilj, le petit square réunit les pigeons et les passants. Puis les échoppes se bousculent. Elles exposent l'artisanat local, le travail du cuir ou des bijoux. L'ancien Caravansérail Morica Han accueille toujours les visiteurs pour un café (maintenant payant) dans sa place carrée.

Un peu plus loin, on arrive dans la partie austro-hongroise de la ville. En 1878, Sarajevo vire autrichienne. L'Empire décide de tourner la ville vers l'Europe. La bibliothèque nationale est construite en 1895. En 1918, l'archiduc François-Ferdinand, l’héritier du trône, est assassiné par un jeune nationaliste à Sarajevo. C'est le début de la Première Guerre mondiale.

Sarajevo prie encore

Matthieu Dubai
Ce passé mouvementé a façonné Sarajevo et lui a donné son caractère. Même si la capitale a assurément perdu de son multiculturalisme. Aujourd'hui 80 % de sa population est bosniaque musulmane contre 60 % avant la guerre. Les Serbes sont moins nombreux. Surtout ils vivent davantage entre eux.

Les Juifs ont pratiquement tous fui le pays après la Seconde Guerre mondiale. Ils sont sept cents maintenant. La plupart des édifices religieux ont été bombardés pendant le siège ou les deux conflits mondiaux. À Sarajevo, il est difficile de trouver de vieilles pierres. Pourtant celle qu’on appelle la « Jérusalem de l'Europe » en raison de sa diversité culturelle, prie encore.

Vous pourrez sans doute entendre l'appel du muezzin faire écho aux cloches des églises. Reconstruites, les mosquées côtoient les églises catholiques ou orthodoxes. Certaines se visitent comme la mosquée du Bey, bâtie à l'origine en 1530 par Gazi Husref-bey, un personnage important pour la ville. Elle vaut surtout pour son extérieur. Gazi Husref-bey est enterré dans le mausolée à côté. Non loin de là, la vieille église orthodoxe recèle un petit trésor d'icônes dans son musée.

Balade dans Sarajevo

Matthieu Dubai
Pendant plus de trois ans, Sarajevo a retenu son souffle. Aujourd'hui elle vibre à nouveau. La foule est revenue, tout comme le fumet des cevapis et des bureks, les spécialités locales, ou le goût du café turc à boire lentement. Tout au long de l'année, Sarajevo égraine les rendez-vous culturels : le festival d’hiver, les nuits de Baščaršija en juillet, le festival du film en août, le festival international de théâtre et de film en octobre ou le festival de jazz en novembre. N'oubliez pas de regarder le programme du centre culturel français André-Malraux. Fondé en 1994 par Francis Bueb, il proposait alors un lieu d'échanges et de rencontres quand Sarajevo tremblait sous les obus. Il organise aujourd'hui des expositions et des projections.

Pour participer à ces événements, comprendre l'histoire ou tout simplement sur la route des Balkans, de plus en plus de touristes viennent découvrir la petite capitale. Au moindre rayon de soleil, les terrasses font le plein. On peut facilement partir à pied. Tapie dans la vallée de la rivière Miljacka, Sarajevo est étendue mais étroite. Elle grimpe rapidement à flanc de collines et s'élève vers les hauteurs. Plusieurs endroits méritent le détour. Le cimetière musulman Alifakovac avec ses tombes éparpillées, surplombe une partie de la ville et offre une jolie balade. On peut aussi monter jusqu'au palais austro-hongrois, ancienne base de l'armée toujours en ruine pour contempler la vue.

Infos pratiques

Matthieu Dubai
Pour préparer votre voyage, consultez notre fiche Bosnie-Herzégovine

Comment y aller ?

Sarajevo est une ville mal desservie. Vol direct avec Jat Airways à partir de 250 € environ. Vols avec correspondance avec Lufthansa ou Croatia Airlines.

Sinon les fauchés passeront par Budapest avec EasyJet puis prendront le train une petite dizaine d’heures (50 € l’aller-simple)

Où dormir ?

L'agence de voyage Turisticka Agencija Ljubicica propose des chambres chez l'habitant à partir de 15 € par personne et par jour en centre-ville ou non. Un bon moyen pour découvrir la ville et ses habitants. Accueil sympathique. hotelljubicica.com. Mula Mustafe Baseskije 65.

Où manger ? Où boire un verre ?

Vous ne quitterez pas Sarajevo sans avoir goûté les cevapis, sorte de boulettes de viande, cuites à l'huile et accompagnées d'oignons. Humm. C'est une des spécialités locales.

- Burogdzinica Bosna: une adresse populaire pour tester les bureks, autre spécialité. Une pâte feuilletée, fourrée aux épinards, à la viande, au fromage, à la pomme de terre. Bravadziluk 11.
- Café Biban : un restaurant charmant qui surplombe la ville. La cuisine locale est bonne mais on vient (en taxi) surtout pour la vue. Imprenable. 8 € le repas. Hosin Brijeg Br.95
- Restaurant Jez : une adresse un peu haut de gamme au cœur de la ville. La cuisine est très bonne, l'ambiance intimiste et tamisée. On mange autour de 10 €. Zelenih Beretki 14.
- Delikatesna radnja : un café sympa, fréquenté par les jeunes Sarajéviens. Il est situé au bord de la rivière Miljacka. Obalina Kulina Bana 10.

Adresses utiles

- Le musée du Tunnel, Butmir, Tuneli 1.
- Musée national, Zmaja od Bosne 3.
- Librairie nationale en reconstruction, Obala Kulina Bana.
- La vieille église orthodoxe, Mula Mustafe Baseskije 59.

Liens utiles

Psst... En plus, il y a un cadeau à l'inscription à nos newsletters !

Le meilleur de nos reportages, idées et carnets de voyage

Réductions, gratuités & actualités voyage à ne pas manquer

Bons plans voyage Bosnie-Herzégovine