Le Venezuela, grandeur nature

17 juillet 2009

Un pays : le Venezuela. Ni le plus étendu, ni le plus visité d’Amérique latine. Et, pourtant, ce territoire, qui n’est même pas deux fois plus vaste que notre minuscule France, concentre toutes les merveilles naturelles de ce continent exceptionnel.
Démonstration avec un petit périple en boucle dans l’ouest du Venezuela, au départ de Caracas, via les Llanos, les Andes et la côte des Caraïbes.



Bienvenue au pays de Bolivar

La révolution bolivarienne a plusieurs actifs à mettre à son compte. Parmi ceux-ci, la reconnaissance des droits des peuples indigènes par la constitution et les misiones, des programmes sociaux dans les secteurs de la santé, de l'éducation, de la formation professionnelle et de l'alimentation. Financés par la manne pétrolière — le Venezuela est membre de l’OPEP —, les misiones font d’ailleurs l’objet d’un tourisme politique : observateurs et volontaires occidentaux se rendent au cœur des barrios pour assister à la « révolution bolivarienne » en marche vers le paradis socialiste.
Toutefois, au bout de quelque temps passé à Caracas, le voyageur — même le moins avisé — est forcé de constater que la réalité est nettement plus contrastée...
Caracas, à l’américaine

Après dix ans de chavisme, les inégalités sociales demeurent effarantes. Près de 60 % des Caraqueños vivent dans la pauvreté. Dans les quartiers chic d’Altamira (photo) et de Las Mercedes, les très riches membres de l’oligarchie pétrolière se barricadent derrière murs et fils barbelés, à l’abri des « masses dangereuses ».
Le cocktail est, bien entendu, explosif : la criminalité connaît un développement vertigineux, tout comme la peur. Selon le quotidien El Universal (4 avril 2009), rien que pour les trois premiers mois de 2009, on dénombrait 844 homicides à Caracas. Après 22 heures, les rues de la ville sont désertées, les automobiles ne s’arrêtent plus aux feux rouges : la capitale du Venezuela semble de facto sous le coup d’un couvre-feu.
Shooté à l’asphalte et à la rumba

Que voir à Caracas ? Pas grand-chose. Un petit centro storico encerclé de tours de bureaux autour de la Plaza Bolivar (notre photo). Toutes les places centrales du Venezuela portent d’ailleurs le nom du libérateur du pays. Dans le centre, on peut visiter la maison natale du héros national, une cathédrale, un musée d’art contemporain, des marchés artisanaux. Nettement plus sympa : une balade dans l’Avila, la montagne qui sépare Caracas de la mer, culminant à 2 450 mètres. On l’atteint via un téléphérique d’où l’on peut découvrir le gigantisme de la ville.
En fait, Caracas vaut surtout pour sa vie nocturne. Les (nombreux) clubs de la ville se trouvent notamment dans les quartiers de La Castellana, Las Mercedes ou Sabana Grande (soyez prudent dans ce dernier). Les Vénézuéliens adorent faire la fête, la musique est souvent jouée en live et il y en a pour tous les goûts : rumba, cumbia, salsa, merengue, mais aussi, plus branché, le reggaeton, mélange de hip hop, de ragga et de musique latine.
Caracas séduira sans doute les shootés de l’asphalte et les amateurs de trips urbains en phase terminale. De nombreux Caraqueños, quand ils en ont les moyens, quittent leur ville le week-end pour profiter des merveilles naturelles environnantes. Comment ne pas les comprendre ?
Les Llanos, le Far West du Venezuela

Les Llanos, qui recouvrent un tiers du Venezuela, ont des airs de Far West. Les hommes portent des chapeaux à la John Wayne, conduisent camionnettes, jeeps et poids lourds, les peaux sont tannées par le soleil et le travail de la ferme. Les Llaneros vivent de l’élevage, au rythme des saisons. Car l’année, en ces rudes contrées, est coupée en deux : une saison humide (de mai à novembre) où les terres sont inondées par des pluies torrentielles et une saison sèche (de décembre à avril) où, sous un soleil implacable, ne subsistent que quelques oasis de végétation à la riche flore.
De ces conditions extrêmes est née une culture bien spécifique, celle d’un Venezuela aussi mythique que profond. C’est une musique qui exprime le mieux la culture llanera : le joropo. Joué par des petits groupes à la harpe, au cuarto (guitare à quatre cordes) et aux maracas (calebasses remplies de graines), le joropo raconte le quotidien des Llaneros, l’amour déçu, les aléas de l’existence… L’interprétation du chanteur — qui improvise souvent — donne aux airs sa saveur et son rythme. Le joropo peut paraître parfois mélancolique au non-initié et, pourtant, il se danse lors de fêtes de village très animées. Le coleo, l’autre pilier de la culture locale, évoque le rodéo américain. Le but est de renverser un taureau à la course, lors de rassemblements très animés.
En discutant avec les Llaneros, on mesure à quel point ils sont attachés à cette terre très dure et sont fiers de leur culture. On pense très fort à d’autres gens du « bout du monde », mais aussi aux liens indéfectibles que la Patagonie, autre rude contrée, a su forger avec ceux qui l’habitent et ont su vaincre les éléments.
Ibis rouges, crocos et anacondas

Quelque 350 espèces différentes d’oiseaux viennent se poser dans les Llanos. Sortez vos jumelles ! Le fameux ibis rouge, avec son magnifique plumage écarlate, a installé ses pénates dans le coin : en effet, 75 % des ibis rouges du monde ont choisi le Venezuela comme terre d’adoption. Parmi les nombreux mammifères, vous ferez connaissance avec le capybara, appelé aussi « chiguire », le plus gros rongeur du monde, un mixte de cochon d’Inde et d’ourson qui se déplace en famille et fait partie de la gastronomie locale.
Dormir dans un campamento

L’autre solution, les campamentos, s’avère moins onéreuse et nettement plus sympa. Tenus par des habitants de communautés avoisinantes, les campamentos, d’un confort plus rudimentaire, font partager la vie des Llaneros, en goûtant à leur cuisine et en partant en safari en leur compagnie. Les recettes générées par le tourisme permettent d’aider la communauté.
Ainsi, le campamento Cañafistola, situé dans les environs de Mantecal, fait vivre quatre familles locales. « Trois quarts des gens qui y travaillent sont originaires d’ici » explique José, le maître d’école du campamento. Pour la petite histoire, son école a vu le jour en 2002 grâce au soutien du lycée français de Caracas. Chaque année, des échanges ont lieu entre les enfants de la ville — dont des petits Français — et ceux de Cañafistola, dont l’école survit en partie grâce à l’argent des touristes.
Les Andes, en majesté

En une heure de route, les températures fraîchissent d’une bonne quinzaine de degrés. Ici, les nuits sont froides. Les traits andins des gens nous rappellent le formidable kaléidoscope humain de ce pays métissé. La nourriture n’est plus la même : sur le bord de la route, de nombreuses échoppes proposent les délicieuses fraises andines à la crème ou de la truite cuisinée de multiples manières. En redescendant dans la vallée, on croise en chemin une touchante église de pierre dans le village de San Rafael de Mucuchies, construite en 1965 par un artiste local, Juan Felix Sanchez.
Pour visiter les Andes, il faut poser son sac à Merida, une ville estudiantine de 300 000 habitants, afin de sillonner la région. De nombreuses excursions sont organisées à partir de Merida dans les parcs nationaux de la Sierra Nevada et de la Sierra la Culata : randonnées à la journée, trekking dans les Andes, vélo de montagne, canyoning, rafting… Rappelez-vous toutefois qu’ici il peut neiger sur les sommets entre juin et septembre. Si vous n’êtes pas sportif, le plus long téléphérique du monde, bâti par des Français en 1958, s’élève de Merida jusqu’au Pico Espejo (4 765 mètres) voisin du pic Bolivar. Les paysages sont, paraît-il, grandioses. À notre passage, le téléphérique était malheureusement fermé pour rénovation.
Voir Los Nevados et (ne pas) mourir

Imaginez — si vous le pouvez — un chemin de terre raviné serpentant à flanc de montagne sur une quarantaine de kilomètres à partir de Merida. Au bord, de vertigineux précipices. Devant, au coin du virage, le vide. Tout autour, les Andes dans leur brutale beauté, comme infinies, mêlant l’ocre et le vert aux teintes bleutées de la roche, pure expression d’une puissance tellurique intimidante. On ne sait si l’on doit s’émerveiller ou trembler d’effroi. Il va sans dire qu’un chauffeur — au volant d’un bon 4x4 — est nécessaire pour affronter ces sublimes sommets. Sinon, il vaut mieux faire sa prière avant de partir… Durée du voyage : quatre bonnes heures.
Au bout de la route, la paix. Los Nevados surplombe la vallée du haut de son nid d’aigle. La vue depuis la posada jusqu’à la rivière au fond de la vallée est à couper le souffle. Dans le village, sur l’adorable place Bolivar entourée de la mairie et de la belle église jaune et blanche construite en 1917, le temps semble avoir suspendu son vol.
Un autre monde

Autre merveille des Andes vénézuéliennes, la laguna Negra (photo), un lac de montagne à 3 700 mètres d’altitude au cœur du paramo désolé de la Sierra, étend ses eaux sombres sous la silhouette sévère du pico Mucunuque (4 672 mètres). On y accède en 1 h 30 de marche. Reprenez votre souffle à cause de l’altitude. En haut, seules les truites jaillissant des eaux du lac viennent troubler la quiétude absolue des lieux.
Quoi ? L'éternité (ou presque)

Le parc national de Morrocoy, à environ 250 kilomètres à l’ouest de Caracas, est l’un des joyaux — encore relativement épargné du tourisme de masse — du Venezuela caribéen. Accessible depuis les villes sans intérêt de Chichiriviche et Tucacas, le parc de Morrocoy comprend une petite formation montagneuse et un archipel d’îlots (cayos) tropicaux saupoudrés à la surface du bleu de la mer. Le golfe de Cuare, bordé de mangrove, sert de refuge à de nombreuses espèces d’oiseaux : ibis, cormorans, flamants roses, hérons, pélicans… Dans les interstices creusés par l’érosion de l’ancienne montagne cerro de Chichiriviche qui longe le golfe, deux curiosités : une grotte couverte de pétroglyphes vieux de 3 600 ans et une calanque ornée d’ex-votos en forme de statues de la Vierge.
Mais l’essentiel du parc Morrocoy se trouve au large, sur les cayos, ces petits fragments de paradis que l’on rejoint en barque, après avoir négocié le prix du passage auprès des pêcheurs locaux. Les îlots de cette somptueuse constellation marine ont chacun leur particularité : lac intérieur salé, eaux totalement immobiles, piscines naturelles fermées par les récifs, barrière de corail (malheureusement endommagée). On peut passer la journée à ne rien faire sur les cayos : juste goûter leur calme et leur beauté.
Un regret toutefois : l’Eden n’étant pas de ce monde, certaines plages (les plus proches des villes) sont souvent jonchées de détritus ; particulièrement après la Semaine sainte, période où les Vénézuéliens prennent leurs vacances en masse. Le respect de l’environnement ne fait pas partie des mœurs locales. Un triste gâchis.
Choroni, l'oasis de liberté

Choroni désigne en fait le village colonial de Choroni proprement dit et son port Puerto Colombia, où se trouve la plupart des bars et posadas. C’est une sorte de monde à part, séparé du reste du Venezuela par une chaîne de montagnes (culminant à 2 500 mètres) recouvertes de la végétation luxuriante du parc national Henri-Pittier. On s’y rend depuis la ville de Maracay en 1h30 en empruntant un bus bariolé qui fonce dans les virages montagneux avec du raggaeton à fond. L’ambiance à bord est délirante.
À Puerto Colombia le caractère festif des Caraïbes s’exprime tout en décontraction nonchalante et bonnes vibrations. Depuis le village, de nombreuses plages sont accessibles à pied ou en bateau. Au pied des montagnes, la magnifique Playa Grande déroule son tapis de sable blanc bordé de cocotiers. Oubliez Robinson Crusoé, il y a du monde. À la fois sensuelle et bon enfant, l’ambiance est brésilienne. La plage est en fait un lieu de sociabilité où les rencontres se font facilement. N’hésitez donc pas à réviser votre espagnol avant d’y aller.
La fête peut débuter assez tôt sur Playa Grande, en sirotant des guarapitas (rhum et jus de fruits) vers la fin de l’après-midi. Mieux vaut être endurant : la nuit est longue et s’achève au petit matin. Vers 23 h, sur le malécon, face à la mer et sous les étoiles, tout Puerto Colombia se retrouve pour assister aux tambours de Choroni, une fête irrésistible mêlant percussions, improvisation chantée et danses de transe dans des effluves de guarapita et de cuba libre.
Du rythme syncopé des tambours de Choroni et des peaux cuivrées de la foule jaillit la fascinante énergie des Caraïbes, mais aussi de l’Amérique latine. Le spectacle, fulgurant, est à l’image de ce continent métissé et baroque où la vie, carnavalesque et chaotique, semble vécue dans l’infinité de l’instant.
Fiche pratique

Consultez notre fiche Venezuela
Office de tourisme vénézuélien
Aller au Venezuela
- Vol direct quotidien Paris CDG-Caracas avec Air France. Tarifs à partir de 810 € TTC.
- Vols avec correspondance : Iberia et Air Europa (via Madrid), Lufthansa (via Francfort) et Alitalia (via Rome) à partir de 600 € TTC.
Où dormir ?
- Campamento Cañafistola, situé dans la région de Mantecal (Llanos), difficile à trouver. Tél. : +58 –0240-808-6720. Logement dans des bungalows, au sein d’une communauté villageoise des Llanos. Hébergement en pension complète. Nombreuses excursions au départ du campamento. On peut s’y rendre en utilisant une agence de voyage au départ de Merida.
- Posada Casa Vieja à Tabay (10 kilomètres de Merida) : Carretera Transandina, Paramito, 1 kilomètre de Tabay (Cacute). Tél. : +58-0274-417-1489. Situé à quelques kilomètres de Merida, un havre de paix autour d’un charmant jardin tropical. Possibilité de se restaurer sur place et accueil sympa de Joe et Kai. Excursions organisées depuis la posada. À partir de 120 Bf la double (40 € environ).
- Villa Gregoria : à Chichiriviche. Calle Mariño, cruce con Ramón Yanez. Coup de cœur pour cette jolie posada aux murs blancs dans un jardin à cinq minutes de la mer. Ambiance très sympa et accueil adorable d’Aurelio, un Espagnol installé au Venezuela depuis un demi-siècle. À partir de 80 Bfs (30 € environ) la double.
- Casa Riqui Riqui à Choroni : Calle Morillo, número 56. Puerto Colombia. Tél. : +58 0212-635-2166. Belle posada dans un jardin exotique luxuriant, piscine et chambres confortables. Accueil très sympa à deux pas du cœur de Puerto Colombia. Doubles à partir de 160 Bfs (50 € environ).
Consultez les avis des routarnautes sur les hôtels au Venezuela.
Où sortir à Caracas ?
- El Mani es Asi: esq. Avenida Solano y Calle Sabana Grande. Tél. : +58-0212-763-6671. L’un des meilleurs bars-boîtes de salsa (et plus) de la ville, avec de la musique live toute la nuit. Allez-y en taxi, le quartier n’est pas très sûr.


















