La Malaisie, côté Ouest : de Malacca à Langkawi

19 avril 2012

Arrivés dès le XIVe siècle, les Chinois, eux, ont pris racine pour de bon, enfantant une culture métisse, appelée peranakan ; ils représentent le quart de la population. Ajoutons à cela les Indiens (10 %), hindous ou musulmans, et les différents peuples aborigènes, dont les plus connus sont les Orang Asli.
La Malaisie : un sacré melting-pot, mais aussi une capitale entre tradition et modernité, des plantations de thé, une faune et une flore incroyables et, pour finir, des îles au goût de paradis.
Carnet de voyage le long de la côte ouest, de Malacca à Langkawi, avec des incursions du côté de Kuala Lumpur et des Cameron Highlands. Dépaysant !



Malacca, port(e) d’entrée de la Malaisie

Griffée d’un blason au galion gardé par un homme en épée, la vieille Porta de Santiago est l’un des derniers témoins de la grande forteresse lusitanienne d’A’ Famosa. De là, un escalier se hisse jusqu’aux ruines à ciel ouvert de l’église Saint-Paul, autre vestige des 130 années de pouvoir portugais.
Les Hollandais ont laissé davantage, à commencer par les emblématiques Christ Church et Stadthuys (Hôtel de Ville) rose saumon, construits en brique (photo). Ils servent aujourd’hui de point de ralliement aux trishaws, pédalant au son d’une musique tonitruante et de cent coups de klaxon. Leur décor est cosy, invariablement floral et kitsch, parfois même romantique, avec de gros cœurs scintillant dans la nuit !
De l’autre côté du pont, la balade mène vers la ville chinoise, avec ses échoppes débitant des chicken rice balls pour 6 ringgits (1,50 €), ses antiquaires, ses magasins de « souvenirs d’art », ses mosquées malaises, son temple indien et ses temples chinois comme le superbe Cheng Hoon Teng.
Jalan (rue) Tun Tan Cheng, une maison baba nyonya préserve les intérieurs 1900 d’une riche famille sino-malaise. Sa fierté ? Un escalier en bois sans clou ni vis, orné de feuilles d’or jusque sous les marches… À l’étage, une porte permettait de le fermer pour empêcher les voleurs de pénétrer le sanctuaire familial.
Kuala Lumpur, le « confluent boueux »

Sur la rive opposée, l’immense Merdeka Square déroule son impeccable gazon au pied d’un mât haut de 100 m, à l’extrémité duquel flotte le drapeau malais. C’est ici, le 31 août 1957, que l’Union Jack prit officiellement sa retraite. Alentour, l’allure coloniale des bâtiments ramène néanmoins au passé.
L’impressionnant édifice Sultan Abdul Samad (1897), ancien siège de l’administration britannique, épouse tout un flanc de l’esplanade, avec ses arcades, ses tourelles et ses bulbes en cuivre d’inspiration mauresque. En vis-à-vis, le vénérable Selangor Royal Club (fondé en 1884), de style Tudor, continue d’accueillir exclusivement ses membres. Les choses ont un peu changé : ils ne jouent plus au cricket sur le padang et ont finalement ouvert leurs portes aux femmes. Mais ces messieurs conservent l’exclusivité du Long Bar…
D’autres édifices nostalgiques pavent le chemin vers l’imaginaire : le vieil Hôtel de Ville (1896) reconverti en théâtre, la bibliothèque, l’ancien quartier général des chemins de fer (abritant aujourd’hui un superbe Musée des textiles), la vénérable gare. De l’époque anglaise, reste aussi le Carcosa Seri Negara (photo), l’ancienne résidence du gouverneur, devenue palace, et ses 16 hectares de parc et jardins. Là-haut, sur la colline, une véranda à la puissante colonnade attend les adeptes du high tea à l’anglaise… Intemporel.
Ultra-moderne KL

La plupart des visiteurs convergent vers le Kuala Lumpur City Centre. Leur but ? Admirer la folle audace des twin towers malaisiennes, érigées pour la plus grande gloire du pays par la compagnie pétrolière nationale (Petronas, photo). Culminant à 451,90 m, elles furent les plus hautes du monde pendant près de six ans, avant d’être détrônées.
Un premier ascenseur hisse les chanceux jusqu’au 41e étage, à l’altitude du Skybridge – un pont vitré reliant les deux tours entre elles, avec une passerelle pour les employés et une autre pour les visiteurs. Une photo, et vous voilà reparti pour le 83e, puis le 86e étage. Les étoiles ne sont plus très loin. Vertige assuré.
Une fois redescendu, reste à profiter du grand aquarium, du gigantesque centre commercial Suria (luxe exclusivement) et du vaste parc grandi à l’abri des tours, avec jeux d’eaux, sculptures et grande mosquée. L’appel à la prière y ramène, un temps, à une Malaisie oublieuse de la frénésie commerciale.
Cameron Highlands : T comme tea

Subitement, le ruban de goudron s’extirpe de sa gangue de verdure. Sur les bas-côtés, les serres défigurent le paysage. Profitant du microclimat, fruits et légumes des zones tempérées prospèrent. Fantasme pour bien des Malaisiens, la fraise est de tous les stands, de tous les repas.
À Tanah Rata, à Brinchang, à Kea Farm, le tourisme bat son plein : des immeubles de dix étages écrasent les villages. Pourquoi venir ici, alors ? Pour la nostalgie des vieilles auberges Tudor, où l’on sert encore le thé à l’ancienne. Pour la beauté des plantations, surtout. Tapissant le tréfonds de vallées isolées, elles enveloppent les pentes de buissons de thé parfaitement ordonnés, où bourdonnent au petit matin des armées de cueilleurs indiens – dur labeur, à raison de 20 kg par hotte et 20 sen (5 centimes d’euro) le kilo.
Au-dessus, une petite route cahoteuse, la plus haute de Malaisie, se hisse vers le sommet du Gunung Brinchang (2 032 m). La forêt des nuages y abrite une flore unique en son genre. Les botanistes y reconnaissent la jolie népenthes, une plante carnivore simplement posée sur les branches, avec un opercule abritant son ventre creux.
La fascinante rafflésie, la plus grande fleur au monde (jusqu’à 1 m de diamètre) pousse aussi par ici – des guides proposent d’aller à sa rencontre. Dégageant une odeur de viande en décomposition, elle s’épanouit durant une semaine tout juste, avant de fondre dans des relents épouvantables…
Entre deux mondes

À Perak Tong, des fresques très réussies entourent le grand Bouddha assis et les gardiens des points cardinaux. À Ling Sen Tong, une incroyable ménagerie, dragons, lions et éléphants colorés, précède le sanctuaire. Mais le plus étonnant est à deux pas, à Sam Poh Tong. Là, s’infiltrant dans la roche, un étroit passage mène, derrière le Bouddha, jusqu’à un cirque naturel où se dresse une merveilleuse pagode orange et or. Pour 1 ringgit, une vieille dame vend, à l’entrée, une botte de kangkong, le liseron d’eau (comestible) dont raffolent les tortues du bassin intérieur.
Développée par les Britanniques, Ipoh conserve aussi quelques fiers édifices coloniaux, à commencer par son emblématique gare, empruntée par Régis Warnier pour son film Indochine… On pouvait jadis y loger, mais l’édifice est désormais en attente : renaîtra-t-il de ses cendres ? Alentour, le temps a déjà fait son œuvre : les palmiers à huile ont presque partout remplacé les mythiques hévéas, introduits en premier à Ipoh en 1890 après le rapt de graines au Brésil…
Posé en pleine campagne, face à la boucle d’une petite rivière, Kellie’s Castle (photo) n’est, lui aussi, plus que ruines. Voulu par un riche planteur écossais, le manoir aux arcades mauresques ne fut jamais achevé. Kellie, parti en Europe à la recherche d’un ascenseur digne de sa demeure, y succomba d’une pneumonie…
Au pays des sultans

C’est ici que réside, derrière de hautes grilles, le Sultan Azlan Muhibbuddin Shah Ibni Almarhum Sultan Yussuf Izzuddin Shah Ghafarullah (à vos souhaits !). À deux pas, l’Istana Kenengan (musée du Perak) est un exceptionnel édifice en bois prenant la forme générale d’un sabre. Réalisé sans le moindre clou, il est tapissé de bambou tressé blanc, ocre et brun formant une multitude de dessins géométriques.
De l’autre côté du palais princier, la mosquée Ubudiah (1917, photo) dessine sur le bleu du ciel une fantasmagorie digne des Mille et Une Nuits, avec son énorme bulbe doré central, ses minarets jumeaux et sa multitude de clochetons scintillants. C’est Arthur Benison Hubback, l’architecte anglais de la gare d’Ipoh et de celle de Kuala Lumpur, qui l’a dessinée.
L’ancien palais (Istana Ulu) de 1903, mi-néoclassique, mi-malais, a, lui, été reconverti en un drôle de musée à la gloire du sultan actuel. On y découvre une incroyable collection de bibelots offerts à Sa Majesté : un portrait réalisé en têtes d’épingles, son trône et celui de Madame, leurs tenues de soirée, quelques bijoux de la Couronne, la vaisselle royale, leurs balles et sacs de golf… Dorés. Sans oublier le rickshaw dans lequel son Excellence allait à l’école dans son enfance, des malles Vuitton à ses initiales et sa collection de Rolls !
Georgetown, multiculturelle Penang

Classée conjointement avec Malacca au patrimoine mondial de l’Unesco, Penang présente aujourd’hui un double visage. Si des tours de 40 étages ont poussé tout le long des plages de la côte nord, les monuments historiques du vieux Georgetown ont retrouvé leur beauté et les palais coloniaux ont été transformés en hôtels au charme suranné.
Plus que tout autre en Malaisie, la ville affirme une identité multiculturelle, entre maisons de réunion des clans (superbe Khoo Kongsi) et temples chinois bicentenaires (comme le Kuan Yin Teng, photo), sanctuaires indiens et vénérables mosquées malaises. Plusieurs riches demeures peranakans ont été restaurées, à l’image de la célèbre Cheong Fatt Tze Mansion, bâtie par le « Rockefeller oriental » vers 1880.
Plus loin, il y a le grand temple thaï de Chayamang Kalaram, au Bouddha couché long de 33 m gardé par un bataillon de nâgas à l’air courroucé. Juste en face, le temple birman de Dhammikarama, où le meilleur de l’artisanat traditionnel côtoie le kitsch le plus abouti – daims, flamants et crapauds en plâtre.
Au-delà des monuments, Georgetown invite à se perdre au fil des rues et ruelles, où perdurent tous les métiers d’autrefois : les libraires, les bijoutiers, le marché à la viande où les hommes croulent sous des demies carcasses de cochons, les marchands du temple aux spirales et bâtons d’encens… Les odeurs et les sons imprègnent la découverte – âpres des offrandes, enivrantes du curry et du sambal, brûlé des woks, lancinants appels à la prière.
Escales balnéaires dans les îles

De Penang, chaque matin, deux ferries partent coup sur coup pour l’archipel de Langkawi , 99 îles amarrées au nord-ouest du pays, à la frontière thaïlandaise. Le second bateau s’offre une escale à Pulau Payar, verdoyant cœur d’un parc marin reposant sur des fonds coralliens inhabituellement propres.
L’arrivée à Langkawi même a lieu sous le signe de l’aigle pêcheur : du pont se découpe, à l’est du port de Kuah, le grand oiseau de béton qui a donné son nom à l’île. De là, inutile de traîner ; les plages attendent, à l’Ouest et au Nord.
À Pantai Kok (photo), davantage préservée, les singes noirs à lunettes blanches (semnopithèques obscurs) n’hésitent pas à sauter de bungalow en bungalow en quête d’un bon repas. Les macaques, eux, préfèrent les abords du Telaga Tujuh. On les croise en bandes nombreuses, le soir, en revenant des chutes d’eau et des bassins des Seven Wells.
De là, les randonneurs, assourdis par le concert des insectes, se hissent d’eux-mêmes (4 h de marche) jusqu’au sommet du mont Mat Cincang (705 m). Les autres prennent la voie des airs : une télécabine y mène en deux coups de cuillère à pot, survolant de haut la forêt bruissant de vie. Le panorama est imprenable.
Fiche pratique

Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Malaisie
Office national du tourisme de Malaisie (en français)
Climat
La Malaisie affirme son attachement aux régions tropicales par un climat uniformément chaud et humide. Sur la côte ouest, les mois de prédilection sont assez épars : mars, juin, juillet et décembre.
Arriver/Quitter
Vols directs depuis Paris-CDG avec Malaysia Airlines , qui propose également de bons tarifs sur la région. De la capitale, toutes les destinations touristiques du pays sont aisément accessibles en bus ou en avion. La compétition entre Malaysia Airlines, Firefly, Air Asia et Silk Air est à l’origine de tarifs très bas.
Où dormir ?
Les petits hôtels avec salle de bains partagée ne manquent pas en Malaisie. La plupart disposent de chambres toutes simples, souvent avec la clim’, parfois seulement avec un ventilo, pour des tarifs oscillant entre 30 et 50 Rm la double (7,50-12,50 €). Une douche (à l’italienne) bien à soi ne revient pas beaucoup plus cher.
La plupart des établissements bon marché possèdent plus de chambres aveugles qu’avec fenêtre. Si vous tenez à voir la lumière du jour plutôt que le blafard des néons, pensez à le préciser ! Il vous en coûtera souvent quelques ringgits de plus. Idem à Kuala Lumpur si vous voulez autre chose qu’une boîte à chaussures…
Dans les villes historiques, des maisons anciennes ont été restaurées, parfois simplement, parfois en « boutique hotels » aux normes et aux prix très variables. Misez sur 100-120 Rm (25-30 €) minimum pour un peu de caractère et plutôt 150-250 Rm (37,50-62,50 €) pour le confort en plus.
Dans les adresses les plus chic, les tarifs grimpent aisément jusqu’à 400 Rm (100 €) et plus.
Citons par exemple :
À Malacca :
- Hôtel Puri
- Majestic Hotel
À Kuala Lumpur :
- The Nest
- Homestyle Boutique Hotel
À Penang :
- Yeng Keng Hotel
- Chulia Heritage Hotel
- Campbell House
- Love Lane Hotel
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Gastronomie
Invariablement épicée, la cuisine malaise fait largement appel au sambal, une pâte de piment qui titille sacrément les papilles. Nombre de plats traditionnels sont à base de riz, comme l’incontournable nasi lemak (riz au lait de coco, servi avec anchois frits, cacahuètes et œuf dur) et le nasi goreng (riz frit aux crevettes ou poulet).
Heureusement, pour ceux qui ont le palais sensible, la cuisine chinoise est moins relevée – à cela près que les Peranakans ont développé leur propre style culinaire, à mi-chemin des traditions chinoise et malaise… Parmi les grands classiques : chicken rice (à la vapeur), popiah (sortes de rouleaux de printemps doux-amers), mee (nouilles plates) de toutes sortes, bak kut teh (soupe au porc), etc.
Plus typiquement peranakan : asam laksa (nouilles de riz dans une soupe de poisson et tamarin), otak-otak (gâteau de poisson cuit dans une feuille de bananier), perut ikan (ragoût aux estomacs de poisson marinés…).
Les Indiens contribuent aussi au pot-au-feu commun avec leurs roti canai (crêpes frites avec une sauce au curry) ou banana, leurs tandooris, byrianis et autres dhosai (grandes crêpes) fourrés à la pomme de terre – un excellent petit déjeuner ! Une cuisine tout aussi épicée…
Liens utiles
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Vous devriez bientôt pouvoir y réserver votre visite des tours jumelles – évitant ainsi de devoir faire la queue sur place, parfois des heures dès le petit matin pour décrocher l’un des 800 billets quotidiens…
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