Guatemala, sous le signe du volcan

Claude Hervé-Bazin
Au cœur de la Sierra Madre guatémaltèque, le choc des plaques continentales a fait se dresser une belle brochette de volcans : trente-trois, pas un de moins, dont trois étaient encore en éruption en 2008 ! Les Mayas avaient appris à vivre avec leurs colères. Les conquistadores, eux, ont eu moins de chance — à moins, susurrent les anciens, qu’ils n’aient payé ainsi le prix de leur impudence.
Reste Antigua, souvent ébranlée mais jamais complètement annihilée. Son patrimoine et son âme lui valent un charme rare sous ces latitudes à l’urbanisme plutôt pragmatique. Si rare que l’Unesco l’a classée au patrimoine mondial. Un peu plus loin, trois volcans sommeillent au-dessus des eaux de l’intemporel lac Atitlán.
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Guatemala City : “Where’s the damn chickenbus ?”

Claude Hervé-Bazin
Tout commence généralement par une quête effrénée du bus, quelque part vers le croisement de la 5e avenue et de la 18e rue, à Guatemala City — à moins que le point de ralliement n’ait encore changé. Quelques Américains à gros sac soupirent à la vue du Transportes Unidos sagement garé. Ils viennent de se taper quelques cuadras pour rien... Une erreur de direction, un guide périmé, un tuyau éventé et c’est la suée garantie.

Voilà bien longtemps que les écoliers américains ont cessé de fréquenter les sièges lardés de cicatrices. Ils seraient bien étonnés de retrouver ici leur vieux bus scolaire. Et pourtant... De Tijuana à Panama, pas un bus, ou presque, qui ne viennent de l’Oklahoma ou du Nebraska, recyclé à l’infini, du Nord au Sud, de compagnie en compagnie, de revente en décrépitude. Certains approchent le demi-siècle, toussent, cahotent, se cabrent, tombent en panne mais repartent toujours. Les mécanos locaux (locos ?) font des merveilles.

On ne compte plus les kilomètres au compteur, les nids de poules, les courses effrénées entre chauffeurs, dépassements aveugles à la clef, les centaines de dindons, les milliers de poulets, les tonnes de légumes... Le chicken bus en vaut bien un autre et, après l’interminable montée au pas sur la Panaméricaine, arrive à Antigua.

De capitale en capitale

Claude Hervé-Bazin
Venus du Mexique après la chute de l’empire aztèque, les conquistadores fondent en 1541, sur les terres de l’ancien règne maya, la capitainerie de Goathemala et la cité de Santiago de los Caballeros. En toile de fond, les plus majestueux des volcans veillent : l’Aguà (l’eau), le Fuego (le feu) et l’Acatenango. Quelques années s'écoulent, seulement, avant qu'une éruption n'engloutisse la ville naissante sous un flot de boue et de cendres. De celle que l’on nomme désormais Ciudad Vieja, ne restent que quelques ruines bordant le chemin qui s’élève vers l’Aguà.

La capitale se fait itinérante, déménage une fois, puis deux, avec ses trésors et ses retables, sa foi et ses excès. Elle s’installe dans la proche vallée de Panchoy. De nouveaux monastères, de nouveaux cloîtres, de nouvelles églises sont bâtis. Des palais aussi, plus grands, plus beaux, taillés dans la pierre de lave — jusqu'aux armoiries des nobles qui occupent leurs murs et les revendiquent de leur sceau sévère. L’Aguà menace toujours. Les secousses succèdent aux secousses. Les panaches de cendres aux panaches de cendres. La Vierge, si souvent priée, reste muette aux supplications. Jusqu'à ce jour de 1773 où un puissant tremblement de terre laisse moribonde la plus jolie ville du règne colonial espagnol.

Une fois encore, la capitale reprend la route, devenant Nueva Guatemala de Asunción, future Guatemala City. Manque de chance, deux violents séismes la jettent encore à terre, en 1917, puis à nouveau en 1976. Las de fuir, les politiciens persévèrent et décident, raisonnablement, de rester et de reconstruire. Et tant pis s’il faut parfois fermer l’aéroport lorsque le très actif Pacaya crache ses cendres sur la ville...

Antigua, le charme de la destruction

Claude Hervé-Bazin
Le prix Nobel de littérature guatémaltèque, Miguel Angel Asturias, a le sens de la formule. Il écrit : « La violence tellurique de notre continent nous a enseigné le charme de la destruction ». La phrase ne pourrait mieux s’appliquer qu’à cette cité d’Antigua, débordant autant de charme que de ruines... Étonnant lieu où se côtoient et se juxtaposent monastères détruits et reconstruits, églises aux stucs éparpillés ou aux ors resplendissants, témoins altiers du passé et souvenirs oubliés.

Piqueté en son cœur d’une fontaine aux sirènes, symbole de la ville, le Parque Central est bordé d’arcades élégantes. Cette ancienne Plaza de Armas connut il y a longtemps le prestige des corridas et des tournois. En des heures moins joyeuses, on y exécuta les condamnés. On vient aujourd’hui y prendre le frais, à l’ombre des arbres, à l’heure où les écoliers en uniforme rentrent chez eux.

Autour, les bâtiments baroques prennent des airs trapus : les architectes coloniaux ont réinventé pour Antigua un style qui se voulait capable de résister aux secousses épisodiques... Sur la place, seule la façade du Palacio de los Capitanes est antérieure au grand séisme de 1773. La cathédrale elle-même a été rebâtie plusieurs fois et les vestiges de son luxueux intérieur baroque transférés dans son alter ego de Guatemala City. Maldición !

À l’ombre des jeunes filles en fleur

Claude Hervé-Bazin
L’intimidant édifice, voulu si grand qu’il n’eut jamais le temps d’être reconstruit, éloigne les Indiens et attire les enfants de bonne famille. C’est ainsi depuis l’aube de la colonisation. Chaque fin de semaine, à la belle saison, les mariées virginales venues de la capitale défilent sur les marches de la cathédrale, au bras de maris en devenir, épinglés dans un air un peu guindé, costume noir et pompes bien cirées. Madame Mère régente l’affaire. Les talons hauts claquent sur le pavé, les robes sont longues et légères. Autour du couple, des essaims de petites filles aux allures d’anges, roses ici, blanches là, volètent coussin à la main — coussin revêtu de soie, de satin, pour poser les alliances de l’union qui s’annonce.

Tiens, une intruse ! Un bon mètre de curiosité, attiré par les froufrous, attifé en tissus chamarrés et baskets roses trop grandes pour ses pieds, une petite indienne qui rêve peut-être un instant à une vie ailleurs, plus aisée. Un jouet change de mains, des bulles de savon perlent à ses lèvres, puis un grand sourire, pour fêter le jour finalement récompensé. Mais déjà les nouveaux mariés sautent dans leur carriole, tirée par un cheval blanc efflanqué, indifférent aux pompons, aux roses et aux dentelles qui ornent cette nouvelle intimité. Bonheur, santé !

Et les Indiens, dans tout ça ?

Claude Hervé-Bazin
Il y a l’église des riches et l’église des pauvres, les curés de riches et les curés de pauvres, les saints des uns et ceux des autres. La Merced est de la seconde catégorie. Débordant de stucs blancs sur fond de gâteau jaune safran (les guides parlent de style churrigueresque), il s’anime le soir à l’heure du catéchisme, servi dans le monastère attenant. Les garçons jouent au foot en attendant, se poursuivent et se rattrapent. Les filles, elles, papotent leur bouquet à la main, en attendant de les livrer à l’autel du curé. Notre Père, qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié.

Le pèlerinage, le vrai, a lieu à San Francisco, autour du tombeau de san Pedro, le seul saint guatémaltèque — canonisé en 2002. L’église est superbe, avec sa façade XVIe immaculée, aux grosses colonnes torsadées (salomoniques, précisent les spécialistes) entre lesquelles se niche une flopée de saints. Tous les Indiens y font halte, le matin, à la descente du bus, le temps d’une prière, avant de rejoindre les étals du marché, chargés de tomates ou d’un guajalote (dindon). La ferveur est palpable mais ce n’est rien, encore, à côté de la Semaine Sainte, lorsque les rues, noires de monde et jalonnées de tapis de fleurs, sont le théâtre de processions quotidiennes. Antigua renaît alors à sa gloire envolée.

À côté, des ruines, rien que des ruines. Le couvent n’a pas survécu au séisme. Restent quelques frises, quelques sculptures qui ont négligé de tomber, comme pour mieux faire regretter la catastrophe passée. Et, en toile de fond, deux majestueux cônes à demi-éveillés.

Ascension des volcans

Claude Hervé-Bazin
Ils sont là, narquois, si proches et si distants cependant. Pour l’Aguà comptez 30 minutes de bus jusqu’à Santa María de Jesús, où les jeunes filles puisent l’eau à l’aube dans leurs grandes cruches striées, puis 5 heures de montée. Des milpas (champs de maïs), on passe à la forêt, puis aux pentes de la caldeira, où le sable volcanique roule sous les pas. Là-haut, la vue est spectaculaire, naturellement. Mais vaut-elle celle du Pacaya ?

On le dit dangereux, on prédit des bandits de grand chemin, comme jadis chez nous, l’arme au poing. Des tour-opérateurs assurent qu’il n’en est rien. D’autres proposent des randonnées escortées par des gardes armés. La solution est peut-être plus simple : en haute saison, le nombre des marathoniens est tel que le danger s’efface. Difficile de braquer sous l’œil de centaines de marcheurs... Là encore, les champs greffés au fil de la pente se clairsement jusqu’à livrer le premier panorama sur le monstre sacré.

Noir de lave séchée, de suie, de cendres, qui colle aux semelles humides et aux pas des chevaux. Les nuages défilent, enveloppent les randonneurs, les avalent pour mieux les libérer. La montée finale est ardue. Trois pas en avant, deux en arrière. Mais voilà finalement le sommet, enrobé de fumerolles, de souffre. Il y a peu, c’est de la lave qui jaillissait ici, en petites coulées scoriacées. Encore quelques années et le Pacaya pourra se vanter d’un demi-siècle d’activité !

Le lac Atitlán, le plus beau du monde ?

Claude Hervé-Bazin
Trois heures de bus Rebulli et le panorama change. Dévalant des hauteurs de Sololá, la carcasse brinquebale vers une cuvette d’éruption veillée par trois cônes majestueux — trois, vous avez bien lu ! C’est le lac Atitlán et, de droite à gauche, jouant avec les nuages, les volcans San Pedro, Tolimán et Atitlán. Ce dernier, le plus haut, culmine à 3 537 mètres.

Sur les pentes fertiles se blottissent douze villages indiens, où l’on parle trois langues au moins. Chacun s’habille de ses propres couleurs, tissées par les femmes en châles, huipiles (corsages) et autres sarapes (ceintures). Rose, pourpre, violet, bleu, rouge, orange, turquoise, les teintes s’entrechoquent et se mêlent selon des motifs ancestraux symbolisant des clans, des filiations, des fidélités. Il en existe près de 250 à travers le pays, imposés jadis par les colonisateurs pour éviter que leurs serfs ne s'échappent de l'encomienda — les domaines remis aux conquistadores en remerciement de leurs bons et loyaux services.

De Panajachel, la capitale touristique des lieux, alias Gringotenango, on vogue le matin vers Santiago Atitlán, la métropole du lago, blottie sur la rive sud, entre deux des mastodontes. Il s’y tient, bien logiquement, l'un des marchés les plus hauts en couleurs du Guatemala. On y rencontre aussi un drôle de personnage : Maximón. Hébergé chez l'alcalde, qui officie parallèlement au maire élu, cet étrange personnage de bois et de chiffons, émanation de l'ancienne divinité maya Mám, incarne tout à la fois l'Antéchrist et le Judas bienfaiteur.

On lui prête tous les pouvoirs et tous les vices. Certains croient en ses facultés de guérisseur et le prient d'intercéder en leur faveur. D'autres le soupçonnent de violenter leur femme et le méprisent… Une bouffée de fumée de cigare lancée au visage et un verre d'alcool, bu par son serviteur, attirent sa bénédiction. Demandez-lui la vengeance, demandez-lui la protection de votre cheptel, il vous exaucera. Pour quelques quetzales, bien sûr.

Fiche pratique

Claude Hervé-Bazin

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Climat

La meilleure saison, sèche et ensoleillée, bien que parfois fraîche sur les hauts plateaux, s'étend de fin novembre à début avril. Les pluies sont soutenues du mois de mai jusqu'à la fin octobre.

Arriver-Quitter

Les vols les moins chers, avec une des compagnies aériennes américaines desservant la région (à partir de 750 € avec Continental), obligent à un transit aux États-Unis, avec passage obligatoire de la douane. Certains privilégient donc le vol Iberia via Madrid, même s’il est plus cher.

Où dormir ?

Une nuit, deux nuits, une semaine, deux semaines... On s’oublie facilement à Antigua ou au bord du lac Atitlán. Quelques options qui ont retenu notre attention parmi beaucoup d’autres.

Internacional Mochilero : 1a calle Poniente 33, Antigua. Tél. : (502) 7832-0520. Dortoirs : 50 Quetzals (4 €), chambres 100-160 Q (8-12,90 €) avec salle de bains partagée ou privée. Ce « Routard international » représente le meilleur choix en termes d’AJ à Antigua. Simple mais cosy, avec plusieurs petits patios et terrasses, des fontaines, une jolie déco guatémaltèque, un accès Internet et une ambiance sympa faite de rencontres avec des voyageurs au long cours.

Quinta de las Flores : calle del Hermano Pedro 6, Antigua. Tél. : (502) 7832-3721. Doubles : 65-95 $ (43-63 €). Aménagé autour de bains publics remontant au XVIIe siècle (transformés en fontaines), le lieu dégage une atmosphère de sérénité et de beauté, avec son superbe parc et ses chambres très confortables décorées de tissus traditionnels et dotées d’une cheminée. Piscine, hamacs, excellents petit déj, accueil au diapason, on ne regrette guère que la situation un peu excentrée.

Aurora Hotel : 4a calle Oriente 16, Antigua. Tél. : (502) 7832-0217. Doubles : 70 $ (47 €). En plein cœur de la ville. Réparties autour d’un patio fleuri à colonnades doté d’une fontaine, les chambres, spacieuses, offrent un bon niveau de confort dans le style traditionnel local : lits aux boiseries massives, carrelage au sol.

Hotel Utz-Jay : 5 calle 2-50, Zona 2, Panajachel. Tél. : (502) 7762-1358. Ce n’est pas un hôtel, c’est un jardin tropical, enchanteur, au travers duquel se disperse une dizaine de chambres. Simples, mais colorées et chaleureuses, elles font une base idéale pour partir à la découverte du lac Atitlán. Le propriétaire organise d’ailleurs toutes sortes d’excursions (en français), sur mesure si nécessaire. Pour vous remettre le soir : jacuzzi et temazcal (le sauna maya) !

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Liens utiles

Visit Guatemala
Inguat, l'Office de Tourisme du Guatemala (en anglais ou espagnol).

Around Antigua
Site d’informations pratiques et touristiques sur Antigua (en anglais).

Visit Antigua
Page d’une des écoles d’espagnol les plus réputées d’Antigua (anglais). La ville, qui en compte de nombreuses, est fréquentée toute l’année par un grand nombre d’étudiants de tous âges et origines.

Lake Atitlan Resort Association
Site de la Lake Atitlán Resort Association, proposant tout un choix de courts articles et de photos sur la culture locale (en anglais).

Atitlan.net
Nombreux liens vers des brèves d’info guatémaltèque, des photos et des vidéos, des cartes interactives, etc.

Institut de volcanologie
L’Institut National de volcanologie guatémaltèque (en espagnol).

Commerce équitable maya
Boutique de tissages appartenant au réseau du commerce équitable.

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