Équateur : l'avenue des volcans, de Quito à Cuenca

le 26 novembre 2013
Tout au long de cette artère vitale, déroulée dès l’époque inca, se dresse une quarantaine de sommets de plus de 4 000 m. Parmi eux, les plus beaux, les plus hauts volcans des Andes, auréolés de brume et de neiges éternelles.
Carnet de voyage sous la ligne de l’équateur, entre les villes coloniales de Quito et Cuenca.
Quito, la capitale cernée

Vue d’en haut, la capitale équatorienne s’étale à perte de vue, colonisant collines et basses pentes d’une longue vallée (50 km) dominée par un trio de volcans : le Pululahua (3 340 m) au nord, dont l’immense caldeira (12 km) est l’une des rares au monde à être habitée, l’Atacazo (4 463 m) au sud et, surtout, le massif Pichincha bicéphale à l’ouest (4 794 m), sur les pentes duquel s’élève une télécabine.
Ne le croyez pas éteint, il ne dort que d’un œil. Ou, plutôt, d’une bouche. Là où le Rucu (« vieux ») Pichincha se tait, le Guagua (« jeune ») Pichincha a encore méchamment explosé en 1998-99, crachant lave, bombes, pierres ponces et vapeur. Une haute colonne de cendres s’éleva alors jusqu’à 19,5 km d’altitude, avant de retomber en une pluie fine qui donna à la ville de faux airs de station de ski…
Coup de chance : protégée par une muraille naturelle, Quito ne craint guère les coulées du Guagua. Mais qu’adviendrait-il si une coulée de boue venait à franchir le barrage ? On n’ose imaginer la catastrophe pour les 3 millions de citadins pris au piège de la vallée.
Tout l’or de l’Amérique

Le second l’emporta, pour se retrouver — l’histoire est célèbre — bientôt exécuté par Pizarro et ses sbires. Sur les ruines de Quito, détruite par les Incas eux-mêmes, les Espagnols ont dressé leurs habituels palais, églises et monastères.
À ce petit jeu, les Jésuites sont sans conteste sortis vainqueurs. Il n’y a qu’a entrer dans la très baroque iglesia de La Compañía (1605-1765) pour s’en convaincre. Là, passé le beau portail aux colonnes salomoniques (torsadées), tout brille, tout resplendit : le maître-autel, bien sûr, mais aussi les colonnes, les murs, jusqu’à la voûte, tous recouverts de motifs géométriques dorés à l’or fin.
En comparaison, la massive cathédrale, épousant le flanc de la jolie Plaza de la Independencia, semble presque terne — et peu importe qu’elle soit la plus ancienne d’Amérique du Sud.
À l’arrière, El Sagrario impressionne par son ornementation churrigueresque (baroque), mais il y a mieux, encore : le monastère de San Francisco (photo), le plus grand du continent (3,5 ha !), avec un cloître planté de palmiers, de riches collections d’art baroque et une église dotée d’un plafond mudéjar (d’inspiration mauresque) de toute beauté.
D’un volcan à l’autre

Au-dessus de 3 000 m, bruine et brouillard sont quasi permanents. La végétation, gorgée d’humidité, dégouline de mousses et foisonne de plantes. Cette zone de transition entre forêt tropicale et páramo (plateau herbeux) d’altitude forme l’un des biotopes les plus riches au monde. D’ailleurs, on a recensé en Équateur 1 515 espèces d’oiseaux, soit près de deux fois plus que dans toute l’Europe réunie !
Le regard glisse alors vers le cône parfait du Cotopaxi (photo), coiffé d’une couronne neigeuse et glacée, dressée à 5 897 m au-dessus du páramo. La piste qui y mène cahote tranquillement, jusqu’à rejoindre l’Hosteria Tambopaxi, un refuge isolé. On s’y endort au coin du poêle, pour se réveiller face du volcan.
Terminus à 4 600 m. La plupart des marcheurs ne dépassent guère le refuge José Ribas ; mais certains y dorment pour s’élancer, vers minuit, à la conquête du sommet. Rien n’est garanti, seul un aventurier sur deux, bien guidé, réussit à atteindre le sommet. Les contemplatifs partiront en quête du reflet dans les eaux du beau lac de Limpiopungo. Après tout, on ne voit jamais aussi bien les sommets que quand on s’en éloigne !
Vers la laguna de Quilotoa

Départ matinal du terminal sur la Panaméricaine. Le chauffeur mène le bus à travers les labyrinthes montagneux entrecoupés de vallons étroits, où se nichent villages et haciendas. Les petits champs pentus, bruns, jaunes ou verts, composent des damiers tapissant la moindre colline.
Après 2 h de virages et de dérapages, la cuvette de Zumbahua s’annonce. Le samedi, il faut s’y arrêter et respirer l’odeur de son marché. Puis, emplettes terminées, sauter dans une camioneta jusqu’à Quilotoa.
Trente pauvres maisons, dont la moitié a été transformée en hôtels de fortune, s’agrippent, à près de 4 000 m d’altitude, aux berges élevées du lac de cratère. Malgré le poêle, les couvertures et les bouillottes ne sont jamais assez nombreuses une fois la nuit tombée.
Du belvédère, le regard plonge vers les eaux verdâtres. Tout en bas languissent une plagette, un hostal et quelques mules en attente de client. Certains descendent, remontent. Pour peu que le vent ne s’en mêle pas, il est plus agréable de faire le tour du lac par les crêtes. Mieux encore : commencer la ronde par l’ouest, puis bifurquer vers Chugchilán, une bourgade tranquille ancrée entre eucalyptus et pâturages.
Difficile de ne pas s’égarer un peu en franchissant le profond canyon du Toachí — descente vertigineuse. À Chugchilán, il n’y a rien à faire. Rien d’autre que se balader, puis repartir, à pied toujours, vers Isinliví. Jeudi, avant l’aube, cap sur Saquisilí : il s’y tient l’un des plus beaux marchés de tout l’Équateur, d’où l’on regagne aisément Latacunga.
Plongée vers les sources chaudes

Depuis que son glacier sommital s’est évaporé en 1999, il s’amuse régulièrement à effrayer les habitants de Baños — en faisant trop souvent vibrer leurs vitres. Jusqu’à cette dernière éruption en août 2012, marquée par des projections de lave et une colonne de cendres.
Amarrée sur un replat, à l’abri (relatif) d’un rempart rocheux, la station thermale de Baños profite des sources chaudes jaillies des entrailles de la Terre. Elles forment de petites piscines et bassins à 40 °C, répartis en plusieurs sites. Le week-end venu, les familles se retrouvent par centaines pour patauger de concert.
En aval de la ville, le río Pastaza creuse une gorge profonde et merveilleuse. L’eau y jaillit de toutes parts, en rapides que dévalent les amateurs de rafting, en chutes simples ou même doubles. La gorge, haute de 80 m, est franchie par une dizaine de nacelles suspendues à un câble d’acier et actionnées par de vieux moteurs de camion. Panorama vertigineux garanti !
Longer la Ruta de las Cascadas en vélo est un classique. De panache en panache, la balade s’achève par l’apothéose du Pailón del Diablo (photo), le « chaudron du diable », surgissant puissamment d’une anfractuosité de la roche.
Papa Chimborazo

Mais son escalade n’est pas aisée pour autant ! Outre le problème posé par sa calotte glaciaire, qui exige un minimum d’expérience, son altitude faramineuse en décourage plus d’un. Les explorateurs ont longtemps cru qu’il formait la plus haute montagne du monde. C’était faux, bien sûr, mais pas entièrement…
Une plaque commémorative le rappelle sur le mur extérieur du refuge Hermanos Carrel (4 800 m) : mesuré depuis le centre de la Terre, le Chimborazo est bel et bien le plus haut de tous les sommets ! Comment ? Par le simple truchement de la forme de la Terre, plus renflée à l’équateur qu’aux pôles. C’est ce qu’était venu démontrer le scientifique français — et grand aventurier — Charles Marie de La Condamine, qui donna son nom au pays au XVIIIe siècle en y déroulant la ligne invisible de l’équateur.
Du hameau de Cuatro Esquinas, une vieille sente mille fois rebattue grimpe vers le vieux volcan. Chaque jeudi et vendredi, Baltazar l’emprunte avec son train de mules. Sa destination ? Une « mine » de glace perchée à 5 000 m d’altitude, là où même les vigognes disparaissent.
Il extrait la glace au pic, par blocs de 30 kilos, et ira la vendre le samedi matin au grand marché de Riobamba. Désormais célèbre, Baltazar, âge de 75 ans, est le dernier des hieleros. Ses pains de glace, très appréciés des anciens, font, dit-on, les meilleurs jus de fruits de la ville…
Parenthèse quechua

La vie y suit son cours, entre travaux des champs rythmés par le minga (travail communautaire), messe dominicale et bergeries. Pourtant, quelques bestioles, en bord de chemin, attirent l’œil : les lamas et alpagas semblent ici prospérer.
Une halte dans la maison du padre francés, le père Pierrick Van Dorpe, et tout s’éclaire. Pour redonner confiance en eux aux habitants de la communauté, l’évêché a entrepris, il y a une dizaine d’années, de réintroduire lamas et alpagas (photo). Certains Quechuas avaient oublié que les animaux faisaient le quotidien de leurs ancêtres et les plus beaux sacrifices aux dieux…
Depuis, d’innombrables initiatives, l’aide de vétérinaires bénévoles et un petit musée ont remis les choses à leur place. La laine est tissée en splendides ponchos et châles, dont la vente aide à financer des projets communautaires. La viande trouve à nouveau preneur. Quant à la graisse, elle sert à faire des remèdes médicinaux.
De jeunes Européens font parfois des haltes prolongées dans la maison du padre. On prête main forte aux projets, on aide à la récolte de patates, à la garderie… Enfin, la vie quotidienne des Indiens sort de l’ornière du cliché pour prendre corps. De vraies rencontres s’initient, aussi loin des caricatures que des fantasmes.
Sur le chemin des Incas

On y trouve de tout. Des patates par sacs de 50 kilos. Des carottes aussi. Des céréales en pagaille : lentilles, fèves, orge, blé… À chacun sa petite récolte, présentée à même le sol. Des herbes médicinales et d’autres pour confectionner le te qui réchauffe. De la viande sous une halle, de la laine aux teintures naturelles, rose indien et violet accra, qui nimbent les épaules des femmes d’ici.
Serrée au creux d’un cirque montagneux, Alausí est une autre escale incontournable. C’est d’ici que part le train de la Nariz del Diablo (« nez du diable »), dont la voie se faufile entre gorge et front des falaises. Il était célèbre, jadis, ce petit train sinueux et tortueux, du toit duquel on respirait l’air des Andes comme jamais. Mais El Niño a emporté la voie et seuls quelques fragments ont été reconstruits, pour des trains touristiques aseptisés.
Heureusement, à deux pas, part un itinéraire autrement plus évocateur : le Capac Ñan, le vieux Chemin de l’Inca, qui reliait Cuzco à Quito. Il en reste quelques volées de marches et des ruines de tambos (relais incas), entre le bourg d’Achupallas et le site archéologique d’Ingapirca.
Trois jours d’un cheminement au pas des mules et du guide, à fleur de páramo et les pieds dans l’humidité des vallées. Au terme de la randonnée, le « fort » ovale d’Ingapirca (photo) était probablement un temple édifié à la gloire du dieu solaire. Son appareillage de pierres vertes (diorites), parfaitement ajustées, est impressionnant.
Cuenca, au bout de la route

Encore deux heures trente de bus, entre sambas et tecnocumbia tonitruantes, avant de rejoindre la vieille cité coloniale de Cuenca. Troisième ville du pays, celle-ci s’enorgueillit, à l’instar de Quito, d’un centre historique classé par l’Unesco.
Au cœur de toutes choses, veillé par de hauts araucarias, le Parque Calderón s’épanche entre deux cathédrales — l’une ancienne, désacralisée, l’autre plus récente, tendance néo-romane. La première est attachante comme un théâtre sicilien, avec sa cène grandeur nature et ses décors pastel à l’italienne.
Le long du río Tomebamba, où dorment les vestiges d’une cité précolombienne, une promenade chemine aux pieds d’une enfilade de hautes maisons coloniales. Au-dessus, dans les rues quadrillées, la foule se presse sur le pavé.
Plaza de las Flores, les glaïeuls s’échangent par bouquets entiers avant d’aller fleurir l’autel de La Merced. Au Mercado Sangurima, c’est une chaise ou une corde que l’on vient chercher. Et, au 9 de Octubre, une bonne part de hornado, un cochon que l’on grille entier.
Calle Tarqui, une boutique attire l’œil. Fondée il y a des lustres, la Casa del Sombrero est la référence en matière de finition de panamas. Ce célèbre chapeau de paille, qui est 100 % équatorien, doit son nom aux employés du canal de Panama qui l’utilisaient pour se protéger du soleil… Roosevelt le popularisa en allant leur rendre visite.
Si le tissage est reconnu pour sa finesse, c’est tout un art, aussi, que de savoir couper les pailles, laver, blanchir au souffre, presser et repasser. Reste à faire son choix, parmi les centaines de chapeaux pendus en grappes ou les nobles super finos, bien cachés, dont les prix peuvent franchir les 1 000 US$... Un souvenir vraiment inestimable.
Fiche pratique

Pour préparer votre voyage, consultez notre fiche Équateur.
Office du tourisme de l'Équateur (en anglais et espagnol)
Arriver-Quitter
Il n’existe pas de vol direct vers Quito, il faut obligatoirement transiter par Madrid avec Iberia et LAN ou par Amsterdam avec KLM : compter entre 15 h et 20 h de voyage et autour de 900 € l'A/R. Les vols via les États-Unis sont encore plus longs.
Sur place, la concurrence est rude entre les compagnies aériennes Aerogal, Tame et LAN, mais les bus sont tellement fréquents et si bon marché (comptez environ 1 US$ / heure de voyage) que seuls les plus pressés s’intéresseront vraiment à l’avion.
Le train, jadis si pittoresque, n’existe plus qu’en l’état d’embryons de lignes touristiques.
Climat
Même si l’Équateur est un pays… équatorial, le climat varie très largement en fonction de l’altitude. Dans la Sierra et sur la côte, la saison sèche correspond à notre été européen ; mais s’il fait alors chaud sur le littoral Pacifique, il continue de faire frais dans la Sierra — voire très frais, voire même froid sur les volcans les plus élevés !
À Quito, la moyenne des températures nocturnes s’établit à 7-8 °C toute l’année, contre 21-23 °C dans la journée. Attention, en juillet-août, le vent peut être très violent, ce qui n’est pas idéal pour une ascension.
Où dormir ?
L’hébergement est assez cher en Équateur, comparé aux pays voisins. Les routards pourront trouver un lit en dortoir pour 8-10 US$ et une petite chambre toute simple (généralement avec douche) pour 18-25 US$ la double, selon la localité.
Évidemment, pour ce prix, vous aurez le plus souvent une petite pièce sans (grand) charme, avec néon au plafond. Les hôtels de moyenne gamme sont peu nombreux et ceux de standing supérieur affichent, sauf exception, des tarifs équivalents à ceux de l’Europe.
Comptez ainsi 60-80 US$ pour un bon hôtel de style colonial à Cuenca, et 100 à 250 US$ pour une chambre romantique dans une hacienda ou un lodge dans la forêt des nuages.
Quelques très belles adresses, toutes catégories confondues :
Community Hostel à Quito
Auberge Inn Hostal à Quito
Portal de Cantuna à Quito
Tambopaxi près du Cotopaxi
Hosteria La Cienaga dans la région du Cotopaxi
Mama Hilda à Chugchilán
Black Sheep Inn à Chugchilán
El Pedron à Baños
Plantas y Blanco à Baños
Casa Amarilla dans les hauteurs de Baños
Luna Runtun dans les hauteurs de Baños
Pequeno Paraiso Verde sur la Ruta de las Cascadas
Hotel San Pedro à Riobamba
Expediciones Andinas à Chimborazo
Inti Sisa à Guamote
Morenica del Rosario à Cuenca
Trouvez votre hôtel en Equateur
Où manger ?
On ne voudrait pas vous décevoir, mais ce n’est pas d’Équateur que vous ramènerez vos meilleurs souvenirs gastronomiques. La cuisine, typiquement andine, est dominée par les soupes, le maïs, les pommes de terre, le riz, le fromage et la viande, le plus souvent frite (poulet en tête).
Un plat incarne à lui seul toute la région : les llapingachos, une purée au fromage, servie avec avocat, œufs et saucisses. Heureusement, on trouve aussi des ceviches (poisson et fruits de mer marinés) moins bons qu’au Pérou, mais qui apportent une note de fraîcheur.
Autre point positif : les innombrables et délicieux jus de fruits frais et les bonnes glaces. Au restaurant, les plats de résistance tournent autour de 6-8 US$, mais on trouve des menus complets très bon marché le midi (2-5 US$).
Liens utiles
Site sur l’Équateur (en français)
Ville de Quito(en espagnol)
Go 2 Ecuador (Galeries de photos en anglais)
L’association Ahuana, fondée par un curé français, contribue au développement des communautés indiennes de la région de Calpi, près de Riobamba (en français)
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