Brésil : Costa Verde, le paradis aux portes de Rio

30 août 2013

Rio de Janeiro ? D’emblée, ce nom évoque la cidade maravilhosa ou « ville merveilleuse », faisant danser ses clichés de la plage d’Ipanema jusqu’au sommet du Corcovado. Mais Rio de Janeiro, c’est aussi l’État où est ancrée la ville, avec des paysages hauts en couleur, des villes de style colonial, des plages de rêve…
À l’est de la métropole carioca, la Costa do Sol joue les fausses alanguies, comme à Buzios, sorte de Saint-Tropez local que Brigitte Bardot a fréquenté en son temps. Autre lieu de villégiature prisé, les deux villes en altitude de Petropolis et Teresopolis, où la famille impériale venait trouver jadis un peu de fraîcheur.
Plein ouest, enfin, le littoral atlantique déchaîne des reliefs tapissés de forêt, où réserves écologiques et villages de pêcheurs s’abordent à pied ou en bateau. Bienvenue sur la Costa Verde, une côte de 200 km, couverte de cocoteraies, arborant ses quelque 2 000 plages face à plus de 350 îlots montagneux.
Si la ville de Paraty y campe une architecture coloniale des plus raffinées, les Indiens Caiçaras ont su rester à flot, incarnant un art de vivre qui mérite tout autant sa page d’histoire(s). Autant de raisons de caboter sur cette splendide Costa Verde !



La Costa Verde, la forêt atlantique au sommet

Aux portes de Rio, le parc national de Tijuca enracine le paysage qui caracole plein ouest. À 15 min de la jungle urbaine de Copacabana, 120 km2 de forêt tropicale s’épanouissent d’à-pics en vallons, de ruisseaux en cascades, sous la frondaison d’arbres géants. Filez les reliefs de la Serra do Mar (montagne de la mer) jusqu’à l’État de Sao Paulo, un œil sur l’océan, le nez jusqu’à 1 000 m d’altitude parfois, l’oreille bercée par les stridences volatiles et le roulement des vagues : vous avez une carte postale de la Costa Verde.
Décimée pendant cinq siècles, entre exploitation du bois, culture de canne à sucre et plantation de café, la Mata Atlântica – l’une des forêts les plus menacées au monde – y résiste et se régénère, à l’abri des métropoles. Il ne reste plus que 7 % de la superficie initiale de cette forêt tropicale humide.
Trois heures de marche à travers les fougères arborescentes et les cocotiers brejauva séparent les hameaux de Cairuçu das Pedras et de Ponta Negra. Ici, où la Mata Atlantica déploie toute sa luxuriance, votre voisin sera plus sûrement un des 26 primates de cette biodiversité aussi riche que menacée. En tout, quelque 2 000 espèces cohabitent dans la région, dont 900 ne se rencontrent qu’ici.
Descendants des indigènes Tupinambas, de Noirs africains et de colons portugais, les Indiens Caïçaras vivent en symbiose avec cet habitat naturel, plus ancien que la forêt amazonienne. Mais c’est en tongs havaïanas et shorts de surf que ces pêcheurs agriculteurs enserrent le poisson dans de grandes nasses communautaires, cultivent manioc et patates douces à l’ombre des jacarandas, taillent leur pirogue dans le bois tendre du guapuruvu…
Ilha Grande, le paradis brésilien

Singulière histoire que celle de cet ancien repaire de pirates, devenu léproserie puis ferme d’acculturation et de travaux forcés, avant de camper l’Alcatraz brésilien : la convoitise immobilière mise à l’écart, cet enfer a pavé sa destinée idyllique. Ilha Grande (la « grande île »), recouverte de forêt luxuriante et bordée de plages de sable blond, est désormais un paradis tropical protégé.
À 150 km de Rio, on embarque pour la « grande île » à Angra dos Reis, en ferry ou en catamaran. Depuis Conceiçao do Jacaré, l’enchantement redouble à bord d’une escuna de l’Associaçao de Barqueiros, qui a remis au goût du jour ces anciennes goélettes.
« Si le paradis existe, il n’est pas loin d’ici », annonce un panneau au débarcadère de Vila do Abraão. Aucune voiture ne circulant sur l’île, des porteurs de bagages font le gymkhana avec leurs charrettes. Sur les bars de plage, les futurs Gilberto Gil grattent leur guitare. Entre des bouquets de fleurs, des pousadas fleurissent sur la terre battue, pendant qu’une église joue les immaculées à l’ombre de palmiers.
À quelques encablures, la plage Lopes Mendes est une déferlante de sable blanc qui fait des vagues dans tout le Brésil. Et pour cause… 102 spots turquoise, une forêt chlorophylle, des piscines naturelles en cascade et un Pic du Perroquet qui atteint les 982 m de hauteur s’offrent comme terrain de jeux au voyageur.
Orchestrée par des singes hurleurs, une piste rouge Brésil mène vers Dois Rios, où deux rivières jouent les douches de luxe sur la plage, sublime et déserte. La prison ? Dans ses murs, un musée condamne l’ancien régime pénitentiaire.
Au café de la riante Amelia, de vieux amis tapent le carton, bientôt rejoint par Julio. Figure locale, l’accorte octogénaire est le dernier prisonnier, en liberté (in)conditionnelle jusqu’en 2014… Pour un peu, on se laisserait enfermer dans sa cage dorée.
Paraty, vieilles pierres et cachaça

À 2 h de bus d’Angra dos Reis et 260 km de Rio, Paraty campe une des perles historiques du Brésil, lovée entre l’océan et la Serra do Mar. Ayant repéré le col qui permettait de franchir ces contreforts montagneux, les Portugais s’y ancrèrent dès le XVIe s. Bingo ! Deux siècles plus tard, Paraty devenait le passage obligé de la route de l’or, découvert dans l’état voisin du Minas Gerais.
Nul besoin du carnaval ou de la semaine sainte, deux fêtes hautes en boue et en flambeaux, pour affluer dans ce musée à ciel ouvert. De l’artisanat à chaque coin de rue piétonne, de l’animation jour et nuit : la déambulation chaloupe avec bonheur sur les gros pavés de Paraty, sablés par les plages littorales et salés par les grandes marées !
Auréolées de ces stigmates du climat, les églises révèlent des trésors entre deux rénovations : Nossa Senhora de Rosario et ses autels de bois doré, Santa Rita dos Pardos Libertos et son mini musée d’art sacré, Nossa Senhora das Dores et son émouvant cimetière… D’une blancheur intemporelle, les élégantes maisons paraissent jouer les immaculées, alors qu’elles multiplient les tentations.
À la Maison de la Culture, dont l’étage offre un panorama historique, une belle expo donne la parole aux habitants. À l’Academia da Cozinha, Yara Roberts se met à table, régalant de cours gastronomiques en français. Dès l’happy hour, le bar Paraty 33 aimante au rythme de la bossa nova, puis de concerts le week-end.
Musée et boutique, l’Emporio da Cachaça légitime la réputation de Paraty, l’un des hauts lieux de cet alcool national, distillé de la canne à sucre. Aromatisée à la girofle ou à la mandarine, jeune ou vintage, la cachaça s’y laisse déguster sur place ou à emporter. Addict ? Un bon conseil, réservez lors du festival de la Pinga – autre nom de la cachaça – qui dure 4 jours, en août !
Saco do Mamangua, un fjord brésilien

Le Saco do Mamangua ? Une échancrure marine de 8 km, située à quelques dizaines de kilomètres de Paraty. Frangée de forêt atlantique et tapissée de mangrove, cette merveille naturelle est peuplée d’une centaine de familles Caïçaras, et visitée par à peine plus de touristes.
Cherchez un bout de route asphaltée que vous ne trouverez pas, et vous aurez compris que ce bijou grandeur nature est hors des sentiers battus. Aux randonneurs chevronnés : la crapahute. Aux VIP, (happy) few dont Mick Jagger – dit la rumeur : l’hélico. Aux autres, un trainera, bateau de pêche qui joue les navettes de poche.
Dans cette tranquillité aux eaux étales, les pains de sucre du Mamangua complètent le décor : deux « mamelles », autrement dit « endroit où l’on mange », sacrées déjà par les ancêtres Tupi pour leur abondance. Accostant un ponton, on s’en délecte dans la gargote de Dadico. Crevettes géantes, soles pesant jusqu’à 9 kg, huîtres charnues, robalos (loups de mer), le pêcheur les accompagne de manioc du jardin ; achetez-lui un de ses bateaux miniatures en basalte et vous rapporterez le goût du voyage.
À quelques encablures engazonnées en bord de plage, un écolodge donne à ce festin des allures de buffet gastronomique ! Plus abordable – financièrement –, solidaire avec la communauté Caïçara, le Refugio est une autre pousada de carte postale et mérite amplement une escale.
Quoique : entre deux bains, kayaks et canoës invitent à caboter dans cette réserve écologique, où aigrettes, ibis, martins pêcheurs, petits siris rouges à pattes noires et autres crabes – dont le caranguejo –, remplacent les sirènes. Un bord à la voile, une plongée, une excursion à couvert végétal : reste à remercier Curupira, petit diablotin rouquin qui égare les pilleurs de ressources naturelles – et nourrit abondamment le folklore national !
La réserve de Juatinga, pour les trekkeurs

Il faut mettre un pied devant l’autre, monter et descendre, mais quelle parenthèse enchantée cette immersion entre océan et forêt, à la rencontre des communautés Caïçaras ! Ni électricité courante, ni télévision câblée : de la pêche au filet et des lancers à la ligne, des baignades entre rouleaux et cascades, une leçon sur la pharmacopée grandeur nature, des parties de foot sur la plage, une cure de poissons et de fruits exotiques, des apéros crépusculaires où la caïpirinha aide à refaire le monde…
Abordage à Juatinga, littéralement sur « la mer bleue ». Jeune Dieu de 86 ans, Olympio prétend que cet environnement est une source de jouvence : ancien commis voyageur, il est venu ici par amour et y vit avec sa grande famille. Parce que les jeunes mettent pourtant les voiles, certains échouant dans la drogue, Alessandra veut donner un avenir à son petit village. Pour accueillir les touristes, elle a ouvert une petite structure où elle sollicite cousins comme voisins, et elle fait bien : lits superposés avec vue sur la mer, dîner à la bougie, panorama depuis le « cap Horn » local, c’est inoubliable.
7 h de touffeur forestière plus tard, avec un dénivelé de 600 m dans les chaussures montantes (c’est mieux), Ponta Negra laisse le souffle… court. La plage pour place centrale, où des cinéastes de Rio viennent ce jour-là projeter des films, le village fait son lit autour d’un torrent, dans un labyrinthe dallé et fleuri, entre deux ponts de singe, on y a perdu nos exquises maisonnettes d’hôtes.
Autre ambiance à mi-parcours, au camp de surf de Martins de Sa : fief d’un évangéliste, à la coolitude hippy, alcool et jurons sont circonscrits à la plage, espace public (de carte postale) oblige !
À 30 minutes de bus de Paraty, Laranjeiras marque le retour aux urbanités. Après une ultime et sublime randonnée dans une réserve écologique jalonnée de plages : bouquet final avec Praia Sono, parmi les plus belles du monde.
Fiche pratique

Pour préparer votre voyage, consultez notre guide en ligne Brésil
Comment y aller ?
Vols directs avec TAM et Air France. Bons tarifs avec Tap Portugal, qui dessert la ligne Rio de Janeiro via Lisbonne, au départ de Paris Orly Ouest, Bordeaux, Lyon, Marseille, Nice et Toulouse, à partir de 846 € TTC.
Précaution sanitaires
En plus des classiques à jour (diphtérie, tétanos et poliomyélite), des vaccinations contre les hépatites virales A et B son conseillées ainsi que contre la fièvre jaune, particulièrement pour l’état de Rio (parmi d’autres). Pas de risque de paludisme recensé à ce jour, mais des cas de dengue dans l’état de Rio : une raison supplémentaire de se protéger contre les moustiques avec un bon répulsif et des vêtements couvrants. À l’eau du robinet, préférez celle en bouteille encapsulée. Attention aux UV et à la chaleur !
Où dormir ?
NB : Les tarifs sont à leur pic pendant la haute saison et diminuent jusqu’à la moitié entre avril et novembre – la période de mai à août étant très agréable, car plus tempérée, pour visiter le littoral.
À Ilha Grande, qui compte une centaine de pousadas, ces 12 chambres avec vue sur la mer, isolées et à flan de colline, combleront les amateurs de tranquillité : Pousada da Naturalia
Adresse modeste, mais séduisante, dans la jungle et proche d’une cascade, à 5 min à pied en montée du centre d’Abraao : Cachoeira
À Paraty, plusieurs belles adresses dont Solar dos Gerânios, Pousada do Sandi , Pousada do Cais
Dans le saco de Mamangua, les 8 maisonnettes du Refugio jouent joliment le développement local et pourront peut-être vous faire rencontrer Paulo, un écrivain biologiste installé ici avec son épouse Cristina.
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Où manger et sortir ?
À Ilha Grande, excellents pratos feitos (plats du jour) dans les gargotes du centre d’Abraao ; produits de la mer aux chandelles sur la plage à Lua e Mar, praia do Conto ; gastronomie chic et romantique en front de mer à O Pescador, Rua da Praia ; jusqu’aux desserts, Dom Mario, travessa Buganville, est une institution.
À Paraty, Santa Trindade porte bien son nom ; salade, plat et dessert au rapport qualité-prix imbattable. À Casa do Fogo, rua da Ferraria 390, la cachaça fait flamber fruits de mer et desserts.
Pour que les cocktails gouleyent au rythme de la MPB (Musica Popular Brasileira), direction le Margarida Café, praça do Chafariz, ou Paraty 33
Et, pas moins de 300 cachaças vous attendent au bien-nommé Porto da Pinga (port de la cachaça) sur la rua do Comercio.
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