Vue sur l'ancien Ksar Ouled Soltane dans le gouvernorat de Tataouine - Tunisie
Ancien Ksar Ouled Soltane dans le gouvernorat de Tataouine - Tunisie © lic0001 - stock.adobe.com

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- Superficie : 163 610 km², dont 25 000 km² de désert.
- Population : 11,9 millions d'habitants (estimation 2024).
- Densité : 76 hab./km² ; les deux tiers habitent en zone urbaine.
- Capitale : Tunis (744 000 habitants).
- Religions : islam, religion officielle. On compte 98 % de musulmans, 1 % de juifs et 1 % de chrétiens.
- Langue officielle : arabe.
- Monnaie : le dinar tunisien.
- Chef de l'État : Kaïs Saïed (élu en octobre 2019).
- Indice de développement humain : (espérance de vie, éducation, niveau de vie) : 0,732. Rang mondial : 101 sur 193 pays.
- Salaire minimum : 493 Dt (environ 150 €).
- Sites inscrits au Patrimoine mondial de l’Unesco : la médina de Tunis, le site archéologique de Carthage, l’amphithéâtre d’El-Jem, le parc national d’Ichkeul, le site de Kerkouane, la médina de Sousse, Kairouan et Dougga.

Économie

Une économie fragilisée, à assainir

Si la croissance n’avait cessé de progresser depuis 1995 (ce dont Ben Ali se targuait assez), ce n’est plus le cas depuis la crise internationale de 2008-2009. Avec un PIB par habitant d’environ 4 000 $ (121e place mondiale) et un indice de développement humain de 0,732 (101e place mondiale), le pays n’arrive pas à réduire les inégalités et le profond sentiment de malaise social qui en découle. Il peine à régler la problématique majeure : le chômage. Son niveau reste préoccupant avec environ 16,4 % de la population active en 2024, les jeunes de moins de 25 ans, les diplômés de l’enseignement supérieur et les femmes étant particulièrement touchés (de l’ordre de 22 à 37 % selon les catégories).
Pour attirer les investisseurs étrangers, les salaires ont été maintenus à un faible niveau. Ce qui n’a pas empêché, en 2018, les impôts d’augmenter, le taux de TVA de passer de 18 à 19 %, et le dinar tunisien de perdre 50 % de sa valeur en 20 ans.

Une économie en pleine mutation

L’immolation par le feu du jeune chômeur Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010 fut le tragique reflet de ce sombre tableau du marché de l’emploi, doublé de maux plus profonds (corruption systématique, injustice sociale, inégalités entre régions, etc.). Une situation qui a longtemps laissé une partie de la jeunesse dans la déshérence, sans perspective d’avenir. La révolution a fait naître de nombreux espoirs. Les revendications salariales se sont multipliées, notamment pour l’instauration de salaires décents. Malheureusement, les choses ne vont pas aussi vite que ce que les Tunisiens pourraient espérer... Une partie de l’économie a été quasi paralysée lors de la révolution, et les secteurs du tourisme, du transport, du commerce ou encore des travaux publics ont été particulièrement touchés.
Puis, à partir de 2020, la crise du Covid et la guerre en Ukraine sont venues fragiliser encore un peu plus une économie déjà mal en point. Le PIB s’est contracté de 8,7 % en 2020 et a diminué de 2,5 % entre 2019 et 2022, malgré la reprise post-Covid. En 2024, le taux de croissance est remonté à 1,6 % (après une baisse en 2023 à cause d’une grave sécheresse dans le pays), et devrait se stabiliser au même niveau en 2025. Ce qui correspond à la plus faible croissance d’Afrique du Nord. L’inflation, elle, tournait autour de 7 %, tandis que la proportion de Tunisiens sous le seuil de vulnérabilité avoisinait les 18 %.
Symptôme inquiétant de ces tendances : le départ de nombreux Tunisiens vers l’étranger. C’est le cas notamment des médecins et des ingénieurs, qui quittent le pays en quête de meilleures conditions de travail en Europe.

Des perspectives incertaines

La Tunisie connaît aussi de sérieux problèmes de liquidités. Déjà endetté à hauteur de 80 % de son PIB, le pays jongle entre le remboursement de sa dette et le nécessaire financement de ses importations de matières premières et de produits de 1re nécessité pour sa population (largement subventionnées par l’État). Pour ce faire, le gouvernement a sollicité une aide de près de 2 milliards de dollars auprès du FMI fin 2022, mais la négociation n’a pas abouti en raison des exigences de réformes du FMI, jugées inacceptables par le gouvernement tunisien. Celui-ci, après avoir pris d’autres mesures – peu fructueuses – pour tenter de réduire le déficit budgétaire, se tourne donc vers d’autres sources de financement, du côté des pays du Golfe notamment. Mais il n’y a pas de prêt gratuit, et le pays pourrait bien être entraîné dans la spirale de l’endettement dans les années à venir.

Les principales ressources naturelles

Même si la Tunisie tire des bénéfices substantiels de ses ressources pétrolières, celles-ci baissent régulièrement et le pays doit importer du pétrole. Le gaz naturel est plus prometteur. L’exploitation d’un important gisement gazier à Nawara, dans le sud, devrait permettre au pays de diminuer sa facture énergétique.
Les mines de fer et de phosphates (une roche sédimentaire qui entre dans la composition des engrais) sont aussi largement exploitées. La Tunisie est même l’un des plus importants producteurs de phosphates au monde.

Les autres ressources

La fortune du clan Ben Ali-Trabelsi a été estimée en 2008 à 5 milliards d’euros par le magazine américain Forbes. L’ONG Transparency International évoque même un montant de plus de 10 milliards... Mais le rapatriement des biens à l’étranger (apparemment gigantesques !) reste difficile et relève de procédures particulières et complexes. Des enquêtes ont été lancées dans l’Union européenne, notamment en France, pour saisir ses avoirs. La Suisse s’est d’abord exécuté au compte-gouttes (3,5 millions d’euros restitués à la Tunisie en 2017 sur un magot total estimé à... 55 millions !), avant d’interrompre la procédure conformément à la décision du tribunal fédéral fin 2019, arguant du fait que l’origine frauduleuse des fonds n’était pas prouvée. Le magot dépasse toutefois la sphère Ben Ali-Trabelsi. Kaïs Saïed affirmait pouvoir récupérer 13,5 millards de dinars de biens mal acquis par différents hommes d’affaires et politiques. En 2024, le butin se révélait plus décevant, puisque « seulement » 27 millions de dinars avaient pu être collectés. Or, les sommes recouvrées devaient servir à développer les régions sinistrées. Dans le contexte de crise actuel, l’insuffisance de cette manne financière fait cruellement défaut.

Services et tourisme, moteurs de l'économie ?

La contribution des services est estimée à environ 60 % du PIB. Les nouvelles technologies (centres d’appels, télécommunications) se révèlent être le moteur de l’économie tunisienne. Une particularité, la croissance tunisienne est tirée par sa demande intérieure plus que par les exportations.
Après des années de marasme (crise de 2008, révolution en 2011, attentats de Tunis et Sousse en 2015), le tourisme a connu un nouvel essor, d’abord en 2016 et 2017, avec l’arrivée des touristes russes et algériens, qui ont profité des prix cassés, puis grâce aux Européens qui sont revenus progressivement en 2018 et 2019. L’offre s’est diversifiée vers un tourisme alternatif (historique, culturel, médical, sportif...). Toujours en 2019, il comptait pour environ 14 % du PIB et faisait travailler plus de 10 % de la population active. Mais, comme partout, en 2020, la crise du Covid est passée par là, faisant de nouveau plonger un secteur déjà fragilisé. Heureusement, le tourisme a rebondi pour retrouver son niveau pré-Covid en 2023, et atteindre près de 10 millions de visiteurs (dont près d’1,2 million de Français) en 2024.

L'industrie, un secteur vital

L'industrie emploie près d'un tiers des Tunisiens et représente environ un tiers du PIB.
Le secteur est particulièrement dynamique, notamment grâce au bâtiment, au génie civil, aux industries mécaniques et électriques.Le textile, certes toujours florissant, subit la concurrence étrangère.

L'agriculture, un secteur exportateur

L'agriculture et la pêche occupent un peu plus de 15 % de la population et représentent environ 10 % du PIB, mais cette part varie sensiblement d'une année à l'autre selon les aléas climatiques. Le développement du secteur agricole s'est appuyé sur une politique de forte mobilisation des ressources hydrauliques.

L'olivier est la principale ressource agricole, très tournée vers l'exportation. La production de dattes a connu une forte hausse grâce aux nouvelles techniques d'irrigation et d'emballage : le pays est devenu le 1er exportateur au monde.

Après l'huile d'olive et les dattes, le secteur d'activité le plus rentable est celui des produits de la pêche et de l'aquaculture.

Droits de l'homme

Alors que la Tunisie est le berceau des « printemps arabes » et que, depuis la révolution, la situation des Droits humains semblait globalement s’y améliorer, le pays est aujourd’hui dans le rouge. Dans la Constitution de 2014, la proclamation de la liberté de conscience constituait une grande première dans le monde arabe. La nouvelle Constitution de 2022 maintient certes cette liberté fondamentale qu’est le choix de sa religion, mais laisse trop de latitude au législateur en matière de libertés et restreint le droit de grève.
Par ailleurs, à la tête de l’exécutif depuis 2021, le président Kaïs Saïed gouverne par décrets. Dès sa prise de fonction, il limoge sommairement des magistrats pour ensuite dissoudre le Conseil supérieur de la magistrature en 2022 puis les Conseils municipaux en 2023, entre autres...! Par le biais du décret 2022-54, destiné à « limiter la diffusion de fausses informations » et largement utilisé, la presse et la société civile sont muselés. En tête, les associations de défense des Droits des minorités. L’association Damj, qui protège les droits des personnes LGBT, en a fait les frais en septembre 2024 : intimidation de ses membres et comparution sans motif valable de ses cadres. En octobre 2024, l’ONU s’inquiétait des arrestations d’avocats défenseurs de migrants. Et avant eux, nombre de responsables politiques des partis d’opposition avaient été accusés de terrorisme ou de motifs farfelus dans le seul but de les écarter du pouvoir. Les atteintes à la liberté d’expression comme à la liberté d’association sont donc quotidiennes.
Les déclarations tonitruantes de Kaïs Saïed en disent long : si les personnes LGBT sont pour lui « à la solde des étrangers », les populations subsahariennes exilées constituent des « hordes de migrants clandestins [issus] d’un plan criminel pour changer la composition du paysage démographique en Tunisie » (un remake du Grand remplacement à la sauce harissa !). Discours qualifié de « haineux » par Amnesty International alors qu’en mai 2024, le Bureau des Droits de l’homme de l’ONU s’alarmait du discours de plus en plus raciste en Tunisie. De son côté, l’Organisation mondiale contre la torture, dénonçait dès 2023 des rafles et expulsions collectives vers la Libye et l’Algérie, via le désert où une trentaine de personnes refoulées sont mortes. Des actes contraires aux conventions internationales et comme encouragés par l’UE, qui, selon les observateurs, Italie en tête, « sous-traite la crise migratoire à la Tunisie ».
Au chapitre de l’égalité hommes-femmes, on a pu se réjouir de la nomination en 2021, de Najla Bouden comme Première ministre. Une première ! On peut, en revanche, déplorer aujourd’hui la diminution du nombre de députées élues à l’assemblée en 2022 (25 sur 161). Sans compter que Kaïs Saïed a refusé de rouvrir les débats sur les conditions d’héritage très défavorables aux femmes dans le pays.

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