Je pense qu’il faut un peu mieux connaître Cuba pour comprendre le rapport tarifs/niveau de vie.
Le peuple cubain vit principalement de produits et services subventionnés par l’état : Libreta, marchés de la Far, transports, éducation, santé, etc. Je ne vais pas parler de la quantité ni de la qualité, car ceci est un autre débat. Pour financer tout cela, il faut de l’argent. Par exemple, les produits de la libreta, même s’ils ne sont pas suffisants, représentent un coût… multiplié par plus de 11 millions.
On voit donc un salaire moyen, d’un peu plus de 20 euro, et on le prend comme niveau de vie, ce qui est une grosse erreur.
L’état a besoin d’argent pour financer l’éducation, la santé, le transport… et les produits qu’il est obligé d’acheter souvent très cher à l’étranger, et surtout, pour le poulet par exemple, à un pays qui lui impose un embargo commercial. Cet argent, il doit le prendre quelque-part, et ce ne sont pas ses exportations de produits (nickel, langoustes, cigares…) qui permettent de couvrir tout cela. Bien que ce qui rapporte le plus à Cuba ne soit pas le tourisme (ni les remesas), ce dernier pèse beaucoup dans l’économie cubaine. Cuba ne facture rien par rapport aux salaires de l’état, sinon par rapport aux tarifs de pays capitalistes, ou par rapport au cours du pétrole.
Donc, le touriste, lorsqu’il utilise des services de l’état tels que hôtels, transports de l’état, il paye un tarif proche des tarifs pratiqués chez lui car il aide à financer les subventions.
Concernant le logement chez l’habitant, bien qu’on ne peut pas dire qu’une nuit à 25 ou 30 euro soit chère, ce tarif peut être excusé par rapport au fait que l’état imposait très cher ceux qui louaient des chambres (prix mensuel de la licence), et donc il fallait qu’un logeur loue au moins 5 ou 6 nuits sinon plus à ce tarif chaque mois pour être bénéficiaire, sans compter le coût de l’électricité, très cher, et ceci n’était pas facile pour tous. Aujourd’hui, le coût mensuel de la licence est moins élevé, même s’il y a en plus un impôt sur le revenu, mais les tarifs de location n’ont pas diminués dans la grande majorité des cas.
Maintenant, là où le bât blesse, ce sont avec ces chauffeurs privés, et ces guides illégaux. A Cuba, ceux qui gagnent le plus et loin devant, ce sont ces chauffeurs privés qui facturent aux tarifs qataris des services de chauffeurs pseudo guides illégaux. Un guide touristique privé est automatiquement illégal, car il n’est pas autorisé. D’ailleurs, un couple a vu disparaitre leur chauffeur-guide après avoir payé une belle somme d’avance. Ils ont voulu aller porter plainte à la police qui a refusé de prendre leur plainte car ils avaient fait appel à un guide illégal. Il est fort possible que ce chauffeur-guide ait eu des problèmes par la suite, mais les touristes l’ont eu dans l’os.
Ces chauffeurs facturent aux touristes l’amortissement d’un véhicule comme si celui-ci était neuf (amortissement sur 5 ans) alors que le véhicule sera très certainement revendu aussi cher voire plus cher. Ils facturent aussi, lorsque ce sont des étrangers installés à Cuba (comme on l’a vu ici avec un Français installé à la Havane) leurs voyages dans leur pays en avançant que nous, avec notre salaire, on peut voyager à Cuba, alors eux doivent pouvoir en faire autant (sauf que nous, on voyage si nous en avons les moyens, et notre salaire n’est pas fonction de si on a envie ou pas de voyager : je vous imagine aller voir votre patron et lui dire que vous voulez être augmenté de 10 euro par jour car vous voulez voyager). Il facturent un panier repas au tarif restaurant privé pour touriste, alors qu’ils peuvent manger bien moins cher, et pareil pour le logement. En plus de tout cela, ils facturent leur salaire journalier équivalent à plusieurs mois de salaire moyen cubain.
Mais le pire dans tout cela, c’est qu’avec ce revenu journalier de plus de 6 mois de salaire moyen, et plus d’un an de pension, ils ne se refusent plus rien. La gamèle du chien déborde (ce n’est pas une invention) alors que le voisin n’a pas les moyens ni ne trouve de viande ou ne serait-ce qu’un poisson. Pour finir, ces chauffeurs abuseurs ne déclarent pas ces revenus, et ne participent pas, comme vous les touristes, à l’économie du pays. Certes, certains vont dire que si, car ils consomment, sauf qu’ils profitent tout autant des produits et services subventionnés, ne se refusent rien, sont les plus gros tricheurs, et creusent l’abysse entre eux (les très riches) et la majorité du peuple, pauvre.
Voilà pourquoi le touriste paye cher dans un pays comme Cuba.
Perso, j’ai toujours dit que Raul Castro n’était pas si stupide que ça en économie. La FAR, dont il était le dirigeant, a la main mise sur beaucoup de choses dans tous les domaines, et surtout le tourisme. Il a aussi très bien négocier les “indemnisations” des médecins (principale source de revenus) et autres spécialistes qu’ils envoient à l’étranger, en les basant sur les cours du pétrole, sachant très bien qu’ils ne pouvaient que monter… coup de poker gagnant pour lui, ils rapportent 5 fois plus que le tourisme.