Le meilleur du Bhoutan

23 juin 2017

Le Bhoutan est un fantasme. Hors du monde, hors de prix, hors du temps, le petit royaume bouddhiste, enchâssé entres les géants indien et chinois, a solidement jeté l’ancre entre les brumes tropicales et les sommets himalayens.
Ouvert au monde moderne et au tourisme depuis une décennie, le pays trace sa propre route, affirmant une culture ancestrale pétrie de religiosité et de vieilles croyances. On y butine de vallée en vallée, d’ancien royaume en ancien royaume, de dzong (monastère-forteresse) en dzong, de ferme en ferme, de rizière en champ de blé ou de sarrasin, avant de se laisser happer par des treks mémorables.
Là, au fil des chemins cabossés, encadrés par les pins de l’Himalaya et les rhododendrons géants en fleurs, se déroulent des brochettes de villages agricoles ou d’éleveurs de yaks magnifiquement oubliés par le présent.
Le Bhoutan est comme une échelle. Au sud, s’étend une frange de terres basses et chaudes, royaume du tigre, du rhinocéros et de l’éléphant. Au centre, domine une montagne largement boisée — jusqu’à près de 4 000 m, — où se regroupe l’essentiel de la population et des villes historiques. Au nord, enfin, se déroulent alpages alpins et principaux sommets, culminant à 7 570 m sur le plus haut sommet vierge de la planète : le Gangkar Puensum.


Le meilleur du Bhoutan : Paro

C’est à l’aéroport de Paro que l’on atterrit, après une longue plongée au ras des montagnes himalayennes. L’arrivée dans la vallée est spectaculaire et rafraîchissante : à 2 195 m, la ville frissonne tout l’hiver avant que l’été ne voit le vert des rizières s’y répandre.
Le centre se résume à trois rues parallèles, bordées de boutiques et de demeures aux fenêtres et façades en bois peintes : l’archétype de l’architecture bhoutanaise. Au petit marché, le goût des Bhoutanais pour le piment s’affirme au premier coup d’œil…
Très vite, le regard accroche un édifice colossal, ancré sur la colline et coiffé de toits rappelant une pagode : le dzong de Paro (Rinpung Dzong). Derrière les murs blanchis à la chaux de ce monastère-forteresse, bâti en 1646, cohabitent moines et agents administratifs. Une fois franchi le porche orné de dragons dorés et un couloir couvert de fresques figurant les gardiens des quatre directions, on débouche sur une cour intérieure aux belles galeries de bois sculpté et peint — siège de l’un des plus beaux festivals du pays, début avril.
Au-dessus, se hisse la tour ronde de Ta Dzong, siège du Musée National. Y sont exposés tankas (bannières bouddhistes), textiles, armes et armures, etc.
Sur la rive droite de la Paro River, le charmant Kyichu Lhakhang serait l’un des deux plus anciens sanctuaires du pays : il aurait été fondé dès le VIIe siècle par un roi tibétain.
Coup de cœur :
Le temple de Dungtse Lhakhang, moins connu, détonne : inspiré d’un chorten (stupa), plongé dans le noir, il cumule 3 étages de fresques illustrant la panoplie complète des Bouddhas et le Livre des morts.
Le meilleur du Bhoutan : le monastère du Nid du Tigre (Taktshang)

Icône du Bhoutan, le monastère du Nid du Tigre se visite souvent tout à la fin du voyage — un peu comme une cerise sur un gâteau.
Tout commence par un court parcours de liaison matinal dans la vallée, en amont de la rivière de Paro. Du parking, deux options s’offrent au visiteur : grimper 100 % à pied, ou effectuer la grosse première moitié du trajet à dos de mule. La grimpette est par endroits sévère mais, après 1 bonne heure de marche, on rejoint un salon de thé gouvernemental, judicieusement tourné vers le but de la randonnée : le monastère, agrippé à sa falaise, au-dessus d’une belle forêt de pins, de pruches couvertes de mousses espagnoles et de rhododendrons.
La montée se poursuit et, bientôt, un panorama superbe révèle le sanctuaire équilibriste. Une volée de marches descend, une autre remonte et, enfin, le but est atteint.
Le lieu, aussi connu sous le nom de Taktsang, est attaché au Gourou Rinpoché, le fondateur du bouddhisme bhoutanais, qui aurait rejoint ce lieu isolé à dos de tigresse volante pour y méditer et en chasser les mauvais esprits… Au milieu du XVIIe siècle, Shabdrung Ngawang Namgyal, l’unificateur du pays, y fit bâtir le monastère, semi-rupestre. On y découvre quatre temples étagés, dont certains ont dû être entièrement restaurés après un incendie en 1998.
Coup de cœur :
Pour échapper aux hordes grimpant à dos de mule, on vous conseille l’un des deux raccourcis, plus raides mais plus tranquilles et grimpant joliment entre les rhododendrons.
Le meilleur du Bhoutan : Thimphu

Même si elle a beaucoup grandi depuis une décennie, Timphu, la capitale du Bhoutan (100 000 hab.), coincée dans son étroite vallée, conserve des airs de petite ville provinciale.
Les jeunes s’y retrouvent au pied de la Clock Tower, peinte de motifs traditionnels, les anciens au pied du King’s Memorial Chorten, un gros stupa de style tibétain surmonté d’une flèche dorée. Dressé en 1974 par le 3e roi pour favoriser la paix dans le monde, celui-ci est devenu lieu de pèlerinage : on en fait inlassablement le tour en récitant des mantras.
Centre névralgique du pays, le dzong de Thimphu (Trashichho Dzong) regroupe quelque 200 moines et de nombreux fonctionnaires. Fondé au XIIIe siècle, largement rebâti au XVIIIe, il affirme des proportions colossales, avec un grand utse (tour) enluminé de sculptures sur bois au centre de la cour. Il renferme pas moins d’une trentaine de temples, chapelles et autels, dont un seul est accessible. Le roi vit à quelques pas, dans un modeste palais.
Pas bien loin, l’école des arts traditionnels Choki ouvre ses salles de classe aux visiteurs de 10h à 12h. Au programme : peinture sur tanka, poterie, modelage, sculpture sur bois, etc. On retrouve leurs travaux à la boutique et au Crafts Bazaar du centre-ville. Les musées exposent d’autres créations, anciennes et récentes : beau Textile Museum, Folk Art Museum, etc.
Autre incontournable : le Bouddha Dordenma, une statue de Sakyamuni haute de 59 m veillant sur la ville depuis les hauteurs. Impressionnant !
Coup de cœur :
Lorsque la pause s’impose, il y a l’Ambient Café, face à la Clock Tower, ses fauteuils moelleux, ses cappuccinos et ses gaufres.
Le meilleur du Bhoutan : la route vers Punakha

Parfois oublié, le Simtokha Dzong, perché sur les hauteurs de la vallée de Thimphu, se révèle charmant avec son grand escalier encadré d’azalées en pots. Datant dès 1629, il est le plus ancien à avoir été bâti par Shabdrung Ngawang Namgyal, l’unificateur du Bhoutan.
Au-delà, la route se contorsionne longuement, traversant des hameaux entourés de terrasses où fleurissent les pommiers, puis des forêts de cyprès, pins et pruches. Après 1h de ce régime, le col de Dochula (3 150 m) est atteint, avec ses 108 jolis petits chortens (chiffre sacré). Aurez-vous de la chance ? Par beau temps, un panorama imprenable s’y révèle sur la chaîne himalayenne, étirée vers le nord en une barrière quasi-infranchissable.
En redescendant, une halte au Royal Botanical Park (Lamperi) permet de découvrir entre fin mars et début mai les 46 espèces de rhododendrons du Bhoutan en fleurs.
Bien plus bas, dans la vallée de la rivière Punatshang, le village de Lobeysa s’entoure de belles terrasses où l’on cultive alternativement riz et blé. Le temple de la fertilité de Chimi Lhakhang, fondé par un moine fou connu pour ses multiples ébats amoureux, est fréquenté par toutes celles qui rêvent d’enfant. On y combat la stérilité à l’aide de mantras et de sexes en bois… Alentour, les façades des maisons se couvrent de phallus ailés aux yeux ouverts.
Coup de cœur :
Peu avant Punakha, une petite route se hisse jusqu’au séminaire bouddhiste pour femmes de Sangchen Dorji Lhundrup Choeling. Le panorama s’y étend à l’ensemble de la vallée, avec Punakha d’un côté et Chimi Lhakhang de l’autre.
Le meilleur du Bhoutan : Punakha
Capitale politique du pays jusqu’en 1955, aujourd’hui encore siège hivernal du je khempo (l’autorité bouddhiste suprême du Bhoutan), la vallée de Punakha, à 1 300 m d’altitude, bénéficie d’un climat inhabituellement clément. Bananiers, orangers et mandariniers en témoignent.
Première approche : franchissant la rivière Punatshang, roulant ses eaux frigides, un pont suspendu mène à un sentier grimpant vers le grand chorten Khamsun Yulley Namgyal (30-40 mn), de style tibétain, coiffé par une forte flèche dorée. L’édifice ne manque pas d’allure, mais on y monte avant tout pour la vue sur les montagnes, la vallée et la campagne intemporelle griffée de terrasses — un panorama divinement bucolique.
Punakha même ne déborde pas de charme. On la dépasse volontiers, remontant jusqu’au confluent du Pho Chhu et du Mo Chhu, rivières « mâle » et « femelle » dont l’union donne naissance à la Punatshang, le principal cours d’eau du pays.
En ce lieu symbolique se dresse le très solennel dzong de Punakha, le deuxième plus ancien du Bhoutan après celui de Simtokha (1636-37). Les rois y sont couronnés et le dernier monarque y a célébré ses noces et présenté son premier fils au monde. On y accède par un pont couvert et un escalier très raide menant à une énorme porte de bois, fermée chaque soir. À l’intérieur : trois cours, une tour centrale et un temple à la forêt de colonnes dorées.
Coup de cœur :
Vers le mois de mai, les jacarandas qui bordent la rivière, au pied des murailles du dzong de Punakha, se couvrent de bouquets de fleurs violètes. Superbe !
Le meilleur du Bhoutan : les vallées du centre

Si presque tous les visiteurs parcourent l’ouest du pays, moins d’un sur deux se rend au centre. Il faut dire que la route est longue : près de 9h de Punakha à Bumthang.
Passé Wangdue Phodrang, bourgade veillée par un dzong (1638) couché sur la colline, la large vallée de Phobjikha, encadrée de montagne à vache, est le théâtre d’une des randonnées les plus faciles du pays : le Gangteng Valley Trek. L’itinéraire, déroulé sur 3 jours, traverse grandes forêts, pâturages et gentils villages aux belles maisons traditionnelles.
Si on y respire l’air authentique du Bhoutan séculaire, on y vient aussi pour observer, entre octobre-novembre et février-mars, la rare grue à cou noir. Vivant au Tibet, celle-ci migre ici à l’automne. Les fils électriques ont été enterrés pour assurer sa sécurité et un centre des visiteurs bâti. On la voit facilement, déambulant dans les champs par petits groupes, picorant sans discontinuer dans un concert épisodique de gloussements.
Plus impressionnant encore que celui de Wangdue Phodrang, le dzong de Trongsa fut au XIXe siècle l’un des principaux centres de pouvoir du pays.
Enfin, Bumthang et ses quatre vallées sont atteints. La région, restée proche de ses racines terriennes (particulièrement dans le secteur d’Ura), regorge de monastères. Parmi les plus importants : celui de Jambay Lhakhang, que l’on dit fondé au VIIe s.
Coup de cœur :
Le 12 novembre, le monastère de Gangteng célèbre le retour des grues à cou noir. L’occasion d’assister à des danses masquées et d’autres, réalisées par les enfants, mimant les oiseaux en costume blanc et noir affublé d’un long bec.
Le meilleur du Bhoutan : l’Est et la région de Merak

Bumthang, accessible par avion, peut jouer le rôle de porte d’accès à la région orientale, nettement moins visitée que le reste du pays. On peut aussi la rejoindre directement par le vol de Drukair reliant Paro à Yonphula (Trashigang).
Pourquoi venir à l’Est ? Pour parcourir un pays quasi vierge de tourisme, où le mode de vie semi-nomade n’a pour l’heure guère changé. En ligne de mire : le Sakteng Wildlife Sanctuary, accessible seulement depuis 2012, créé notamment pour protéger le… yéti ! S’y déroule le Merak-Sakteng Trek, une aventure de cinq à six jours de marche, escortée par une caravane de mulets et de yaks, dans des paysages de montagne boisée entrecoupés de villages inchangés.
Merak et Sakteng sont les bastions de la minorité brokpa, qui a fait du yak et du mouton son unique préoccupation. Vêtements, béret, tout ici est fait avec la laine de ces animaux. Point culminant du trek : le col de Nachungla, à 4 153 m.
Au nord-est du pays, la région de Lhuntse, parmi les plus isolées de toutes, est réputée pour ses tissages — notamment au village de Khoma.
Plutôt que de rebrousser chemin vers Thimphu et Paro, certains voyageurs quittent le Bhoutan par la route, par la ville frontière de Samdrup Jongkhar. De là, on rejoint aisément la ville de Guwahati, en Assam (Inde), puis le superbe parc national de Kaziranga.
Coup de cœur :
La région de Merak est connue pour la diversité de ses espèces de rhododendrons ; on en a répertorié 35 sur les 46 connues dans le pays. Pour les voir en fleurs, venez de préférence entre fin mars et début mai.
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