La Voie de Rocamadour : Compostelle, itinéraire bis

Michel Doussot
par Michel Doussot

29 mars 2016

Rocamadour
Rocamadour © Dominique VIET - CRT Midi-Pyrénées

Recréée en 2011, la Voie de Rocamadour sillonne le Limousin pour atteindre le Haut-Quercy.

En chemin, le randonneur traverse trois types de paysages distincts, dans la campagne creusoise et les forêts corréziennes, avant d’atteindre une nature typique du Midi en pénétrant le Lot.

Chemin de pèlerinage tout autant que de randonnée laïque, ce merveilleux parcours faisant partie des chemins de Compostelle s’emprunte tout ou partie à pied, ce qui est l’idéal.

Cependant, il peut aussi se suivre en auto ou à moto sur des routes qui le longent et le croisent. Édifices religieux et villages anciens, tous remarquables, abondent sur cette voie divine.

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La Voie de Rocamadour : du nouveau vers Compostelle

Randonneur en Dordogne
Randonneur le long des falaises de la rivière Dordogne © Michel Doussot

Tous les chemins mènent à Compostelle… Certes, mais il existe en France quatre chemins de Compostelle historiques définis au 12e siècle. Sur ces parcours balisés, les marcheurs disposent de services adaptés, notamment d’hébergements, ce qui contribue à leur succès auprès d’un large public.

On y trouve des pèlerins, bien sûr, mais aussi des adeptes de la randonnée,  appréciant les beautés qu’ils découvrent en route. Il y a même parfois foule sur certains trajets. À tel point que les initiés recherchent des voies nouvelles afin d’être plus tranquilles et/ou de contempler des paysages inédits.

L’une d’elles possèdent de sérieux atouts pour les séduire. Recréée en 2011 grâce à l’association Un chemin de Saint-Jacques de Compostelle, la Voie de Rocamadour fut empruntée pendant des siècles par des pèlerins. Leur objectif était de rejoindre soit Compostelle, soit Rocamadour, où ils vénéraient et vénèrent toujours une Vierge Noire.

S’appuyant sur des documents anciens, les membres de l’association ont mis en place un balisage qui leur est propre (une coquille jaune sur fond bleu) le long de chemins traversant des dizaines de communes, avec l’accord de ces dernières.

Le parcours de la voie de Rocamadour

France Treignac
Treignac © Josselin MATHIAUD - ADT Corrèze

Longue de 270 km, la voie va du nord au sud du Limousin et se conclut dans le Haut-Quercy. Elle passe dans quatre départements (Creuse, Haute-Vienne, Corrèze, Lot) et deux parcs naturels régionaux (Millevaches, Causses du Quercy).

Les principales étapes sont Bénévent-l'abbaye (placé sur la Voie de Vézelay), Bourganeuf, Peyrat-le-Château, Eymoutiers, Treignac, Tulle, Aubazine, Collonges-la-Rouge, Martel et Rocamadour (proche de la Voie du Puy).

Autant de lieux où l’on trouve des traces très anciennes du pèlerinage, sur les édifices religieux et les maisons des villages dont les habitants accueillaient les marcheurs.

Le long de cette voie, on est un peu hors du temps, car on chemine dans une nature peu urbanisée. Même si le terrain est vallonné, le niveau de difficulté reste modéré. Il ne s’agit pas d’une traversée des Alpes !

Bien entendu, vous pouvez vous contenter d’emprunter quelques tronçons afin de vous offrir de belles balades en fonction de vos envies et du temps dont vous disposez. Si vous optez pour un voyage en auto ou à moto, vous serez très heureux de descendre de votre véhicule pour pénétrer au cœur de paysages ravissants.

Cartes, distances, dénivelés, infos pratiques, etc. : vous trouverez le détail du parcours sur le site Internet de la Voie de Rocamadour ou sous la forme d’un guide imprimé.

Creuse et Haute-Vienne : le bonheur est dans le pré

France Bénévent-l’Abbaye
Bénévent-l’Abbaye © ADRT23 Services

La première partie de la Voie de Rocamadour traverse une mer de verdure joliment ondulante. Ces paysages du département de la Creuse ont inspiré des peintres impressionnistes comme Claude Monet.

Le point de départ du parcours se situe à Bénévent-l’Abbaye. Le monastère du village, établi au 11e siècle, devint une abbaye où étaient conservées des reliques de saint Barthélemy venues de Bénévent, ville italienne de Campanie.

Les bâtiments de l’abbaye ont été transformés en locaux municipaux, tandis que l’église a conservé ses caractéristiques d’édifice roman. Les connaisseurs apprécieront son clocher-porche, son toit en bardeaux (plaques de bois), ses chapiteaux sculptés représentant des êtres fantastiques…

Tout près, un espace Scénovision évoque le passé du village, de son abbaye et de ses habitants – nombreux furent maçons à Paris – à travers des films et des reconstitutions, telles que celle d’un bistrot limousin typique des années 1900.

De Bourganeuf à Eymoutiers

L’étape suivante est Bourganeuf, cité médiévale née au 12e siècle que l’on doit à l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, qui assurait l’accueil des pèlerins. À voir notamment : la tour Zizim, du nom d’un prince ottoman qui y fut prisonnier au 15e siècle.

On est ici dans le Parc naturel régional de Millevaches en Limousin, que l’on ne quitte pas lorsqu’on entre dans le département de la Haute-Vienne par Peyrat-le-Château. Escapade tentante : se rendre au lac de Vassivière.

Arrive ensuite un autre beau village, Eymoutiers. D’origine romane et modifiée à l’époque gothique, cette collégiale Saint-Étienne recèle un ensemble de 16 verrières du 15e siècle, dont une rose, qui sont d’une qualité exceptionnelle.

 À proximité : un ancien couvent des Ursulines (17e siècle) et un assez grand musée consacré à l’artiste Paul Rebeyrolle (1926-2005) qui est né ici. Originales et puissantes, sa peinture et sa sculpture ne sont guère pieuses…

Dans les forêts de Corrèze

France Les Monedières
Massif des Monédières © Lucien ROULLAND - ADT Corrèze

En Corrèze, la Voie de Rocamadour pénètre dans des paysages forestiers, avant de prendre un peu d’altitude.

Le massif des Monédières (point culminant 919 m) offre des vues qui évoquent les puys d’Auvergne voisins. À ses pieds se trouve Treignac-sur-Vézère, une petite ville aux rues en pente, dont le bas est traversé par la Vézère. Le vieux pont, qui enjambe la rivière, est emprunté par les pèlerins depuis sa construction au 12e siècle.

Sur la façade de nombreuses maisons, la plupart de la Renaissance, des signes indiquent que les voyageurs pouvaient y être hébergés (une coquille et trois pinacles). À voir encore, entre autres : le clocher tors de la chapelle Notre-Dame-de-la-Paix (17e siècle), ainsi qu’une tour qui domine la ville. Il s’agit en fait d’un escalier qui menait aux chambres d’un hôtel du 16e siècle ! Belle vue au sommet.

En grimpant dans le massif, on passe par des villages comme Chaumeil et Corrèze. Des églises médiévales y témoignent de l’ancienneté du pèlerinage pour Compostelle. Au sortir de ce massif, on atteint la vallée de la Corrèze où s’étend Tulle, grande ville tout en longueur. Vieux quartiers, cathédrale et jardins du cloître sont ici à visiter.

En allant vers Collonges-la-Rouge

France Collonges-la-Rouge
Collonges-la-Rouge © Pierre SOISSONS / ADT Corrèze

Niché au sein de collines boisées, l’adorable village d’Aubazine se déploie autour d’une abbaye cistercienne. Le site possède une église et des bâtiments conventuels dont les plus anciennes pierres datent du 12e siècle.

La visite permet notamment de voir d’authentiques grisailles, d’austères vitraux non figuratifs. L’un d’eux présente des C entrecroisés qui, dit-on, ont inspiré le logo de la maison Chanel. Gabrielle, dite Coco, a été une pensionnaire de l’orphelinat qu’abrita un temps le monastère.

Une balade à faire absolument à pied : suivre le cours du canal des Moines (1,5 km). Démarrant en forêt, il se poursuit à flanc de falaise et se conclut par l’arrivée dans le village, face à l’abbaye. Enchanteur !

Après cela, la Voie de Rocamadour atteint une vaste vallée qui annonce les paysages du Quercy. En avant-goût, un superbe panorama vous attend en surplomb de Collonges-la-Rouge.

Construits en grès rouge, les maisons et autres édifices de ce très ancien et magnifique village sont célébrissimes. Halte traditionnelle des pèlerins, il est aujourd’hui un site touristique très fréquenté.

Le nord du Lot fleure déjà bon le Sud

Train à vapeur de Martel
Train à vapeur de Martel © www.trainduhautquercy.info

Le changement de paysage est saisissant. De la Corrèze très boisée, on passe au nord du Lot où, dans la vallée de la Tourmente, se succèdent des prairies, des vergers et des localités qui commencent à être typiques du Midi. Bienvenue dans le Haut-Quercy.

Placée sur un causse, au bord de la Dordogne, voici la ville de Martel. Ceint d’un boulevard qui reprend le tracé d’anciennes fortifications, son cœur médiéval hérissé de sept tours est très bien conservé. Au gré de ruelles, on admire de belles demeures comme le palais de la Raymondie, des églises, un vieux marché couvert rendu célèbre pour son commerce de truffes…

Le Truffadou, justement, est le nom d’un train touristique qui va de Martel à Saint-Denis-lès-Martel (13 km, aller-retour). Il passe en partie sur le haut des falaises de la rivière Dordogne.

De la route vers Gluges, qui longe ces magnifiques falaises, vous avez une vue sur un lac vert, autrement dit sur la canopée de grands champs de noyers. Plus bas, elle vous fait longer un moment la Dordogne. Pour l’anecdote, sachez que la chapelle de Gluges a été dotée de deux vitraux offerts par Edith Piaf, qui aimait beaucoup la région.

Rocamadour, l’ultime étape

Sanctuaire de Rocamadour
Sanctuaire de Rocamadour © OTVD - C.ORY

De l’autre côté de la rivière, par le village de Montvalent, on s’apprête à pénétrer dans le Parc naturel régional des Causses du QuercyRocamadour s’élève sur une falaise abrupte surplombant la rivière Alzou. Étape sur le chemin de Compostelle, son sanctuaire est aussi une destination en soi.

Depuis le Moyen Âge, on vient ici pour adresser des prières à Marie devant une Vierge Noire, statuette en bois réputée miraculeuse, qui est présentée dans une chapelle. D’autres chapelles, ainsi que la basilique Saint-Sauveur constituent ce sanctuaire qui est accessible à pied, par des escaliers ou des ascenseurs.

Au-dessus, outre un parking géant, se trouve un château qui, comme l’ensemble du site, a été restauré-reconstruit au 19e siècle. En bas, une rue est bordée d’anciennes maisons… et de beaucoup de commerces.

Avant de quitter Rocamadour, notez qu’il est impératif d’aller de l’autre côté de l’Alzou afin d’avoir plusieurs points de vue sur ce site magnifique. Celui-ci, malgré la foule qui s’y presse, mérite bien que l’on s’y recueille, que l’on soit croyant ou pas !

Fiche pratique

Panneau Voie de Rocamadour
© Michel Doussot

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Toutes les infos pratiques sont sur le site de La Voie de Rocamadour 

Limousin Tourisme 

Creuse Tourisme 

Haute-Vienne Tourisme 

Corrèze Tourisme

Lot Tourisme 

Vallée de la Dordogne Tourisme 

Parcs naturels traversés

Parc naturel régional de Millevaches en Limousin :

Parc naturel régional des Causses du Quercy 

Un guide pratique

« La Voie de Rocamadour vers Compostelle » chez Rando Éditions

Comment y aller ?

Autoroutes

L’A20 longe à l’ouest le parcours de la Voie de Rocamadour. L’A89 la traverse au niveau de Tulle.

Train

Gares notamment à La Souterraine, Mourioux-Vieilleville (Creuse), Limoges, Eymoutiers-Vassivière (Haute-Vienne), Lacelle, Brive, Tulle (Corrèze), Les Quatre-Routes, Rocamadour (Lot).

Où manger ?

À Aubazine 

Le Saint-Étienne : dans l’une des salles ou salons de cette auberge qui entretient un cachet ancien du meilleur goût, on déguste une cuisine de terroir aussi fine que franche. À ne manquer sous aucun prétexte au dessert : le soufflé glacé au jus de noix vertes ! L’établissement propose par ailleurs 33 chambres.

Où dormir ?

À Treignac-sur-Vézère :

L’Hôte du lac : 5 chambres d’hôtes et 1 gîte donnant sur un petit lac forestier doté d’une plage. Confort moderne et sourires des hôtes, lesquels assurent en cuisine (repas : se renseigner). Motards friendly.

Maison Grandchamp : 3 chambres d’hôtes dans un petit manoir du 17e siècle au cœur du village, avec jardinet. Charme au niveau maximum.

À Collonges-la-Rouge

La Mérelle : les pèlerins et randonneurs sont reçus fraternellement dans ce gîte d’étape situé dans le village. 12 places sont distribuées dans des chambres de 2, 3 et 4 places. L’hôte est l’un des maîtres d’œuvre de la Voie de Rocamadour.

À Martel

La Devinie : une demeure médiévale remaniée au 18e siècle, avec jardin. Ses 4 belles chambres d’hôtes sont décorées de façon différente, à l’ancienne.

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