5 escapades autour de Toulouse

01 avril 2025

« Ô mon paîs, ô Toulouse, ô Toulouse », chantait Claude Nougaro. Ses briques rouges, l'eau verte du canal du Midi et, tout autour, à moins de 1 h 30 de voiture, des destinations made in Occitanie à découvrir absolument.
Le Midi toulousain (on déborde parfois), du côté du Tarn-et-Garonne, de l’Ariège, de la Haute-Garonne ou du Tarn, compte nombre de pépites : villages souvent classés parmi les plus beaux de France, cathédrales qui ont bravé les siècles ou beautés naturelles, révélées après d’exquises balades champêtres.
Voici 5 idées pour être, le temps d’une escapade, infidèle à la délicieuse « Ville rose ».



Moissac et l’abbaye Saint-Pierre : chef-d’œuvre roman

La légende du coin attribue sa fondation à Clovis au VIe siècle. Mais c’est 200 ans plus tard que l’abbaye Saint-Pierre (7 €) a pris ses quartiers à Moissac dans le Tarn-et-Garonne, à 55 minutes de voiture au nord de Toulouse.
Depuis, la ville de 13 000 habitants doit une fière chandelle aux moines bénédictins qui s’y installèrent et lui léguèrent moult copies de livres, mais surtout un cloître roman, plus tardif (XIIe siècle, à peu près en même temps que son affiliation à l’abbaye de Cluny). Parmi les mieux conservés au monde, il est inscrit, depuis 1998, au patrimoine mondial de l’Unesco au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France.
Les chiffres ont de quoi faire tourner les têtes (comme celle de saint Pierre supplicié, vue à l’envers sur un chapiteau) : 8 piliers, 116 colonnettes, 76 chapiteaux dont 47 sont historiés. Que dire des épisodes de la Bible et de la vie des saints croqués ici avec force détails : Samson et le lion, l’annonce aux bergers, le baptême du Christ... Finesse du modelé, jeux d’ombre et de lumière… La sculpture atteint ici la perfection de l’art roman.

On reste bouche bée devant la richesse de l’iconographie que prolonge le portail sud de l’église abbatiale avec, notamment, l’apocalypse selon saint Jean et le retour du Christ sur Terre au tympan. Partout et ailleurs, le regard tombe sur des fauves sculptés, des figures inquiétantes, des prophètes, un bestiaire féerique. L’intérieur de l’abbatiale, en partie reconstruite au XVe siècle, paraît plus neutre, même si le décor peint et un vitrail de Chagall restent du plus bel effet tout comme les superbes voûtes d’ogives.
Reprenez vos esprits en croquant dans un grain de chasselas de Moissac (AOC depuis 1971), considéré comme l’un des meilleurs raisins de table ou en vous promenant jusqu’à un étrange ouvrage civil bardé de briquettes rouges, le pont-canal du Cacor qui permet au canal latéral de la Garonne de franchir le Tarn. Il n’est pas rare, l’été, d’y voir défiler les embarcations. Surprenant spectacle.
Moissac se trouve à 70 km au nord-ouest de Toulouse (1 h de route), accessible en TER (56 min).
Avis aux apprentis détectives. Sur le pilier médian de la galerie occidentale du cloître de Moissac, vous lirez une longue inscription en latin, précisant le nom du commanditaire et la date de fin de la construction. Elle se termine par une série de lettres qui n’a pas encore révélé tous ses mystères : « VVV, MDM, RRR, FFF ». À vous de jouer.
Les belles bastides du Tarn et du Tarn-et-Garonne : Cordes-sur-Ciel, Penne, Bruniquel

Entre le Tarn-et-Garonne et le Tarn se déploie un chapelet de villages médiévaux, anciennes bastides, qui rivalisent de maisons à pans de bois, de placettes, de châteaux abandonnés et de ruelles sinueuses. Cordes-sur-Ciel, dans le Tarn, est sûrement le plus connu d’entre tous.
Il doit sa renommée à son nom, qui fleure bon les contes et les légendes, mais surtout à sa situation, juché, depuis 1222, sur sa colline et toisant, à 320 m d’altitude, la vallée du Cérou. Pour mater la belle, il faut sortir de la cité, garer sa voiture le long de l’avenue de la République et prendre, sur 300-400 m, le chemin du grain de sel. Pour peu qu’une légère brume auréole le bourg, le voici votre cliché iconique.

Le centre-ville de Cordes semble lui figé dans le temps : serpentins de venelles, myriade d’édifices civils gothiques comme la maison du Grand Veneur, colosse de grès de quatre étages aux arcades en ogive et aux doubles-baies.
Mais il y en a d’autres comme les maisons du Grand Ecuyer, du Grand Fauconnier, de Fonpeyrouse, Prunet, Ladevèze... Le mieux reste encore de se perdre dans ses rues en savourant un croquant de Cordes sans oublier de lever les yeux en cheminant jusqu’aux halles et l’église Saint-Michel.

À 30 minutes de Cordes, toujours dans le Tarn, Penne est affublé d’un édifice un tantinet cubique. Juste au-dessus de l’Aveyron, la forteresse du XIIIe siècle (7,5 €) a tenu bon tant bien que mal. Ce Grand Site d’Occitanie, passé sous bannière privée en 2006, essaie de renaître de ses cendres, lui qui en a vu d’autres : croisade des Albigeois, comtes de Toulouse, catharisme. Des vieilles pierres, des artefacts, une vidéo sur l’histoire du château et un panorama du tonnerre sur les bicoques de Penne qui valent la peine qu’on y use nos semelles.

On s’entête vers l’ouest pour arriver dans le Tarn-et-Garonne, à Bruniquel, lui aussi dans la liste des plus beaux villages de France. Et ce n’est pas volé. Tout y est : les deux (oui !) châteaux – le vieux et le jeune – au-dessus des gorges de l’Aveyron, de vénérables bâtisses inscrites aux monuments historiques (maison aux anneaux de fer, maison Belaygue, etc.), et des rues colorées par la jolie pierre de Bruniquel et des volets peinturlurés.
Cordes-sur-Ciel et Penne se trouvent à 89 km au nord-est de Toulouse (1 h 20 de route) et Bruniquel à 79 km de Toulouse (1 h 10 de route). En TER, Toulouse-Cordes Vindrac (56 min).
Au sud de Bruniquel, deux autres villages méritent leur promenade. À 150 m d’altitude, Puycelsi, aussi appelé « forteresse de bois » et bordé par la forêt de Grésigne, n’a rien à envier à ses camarades (belles pierres de taille, venelles, fortifications). Enfin Castelnau-de-Montmiral, dans la vallée de la Vère, possède un trésor : la croix reliquaire des comtes d'Armagnac, ornée de 310 pierres précieuses et conservée à l’église Notre-Dame de l’Assomption.
L’Ariège, entre villages et lacs de montagne

L’Ariège n’est pas le département le plus visité d’Occitanie (ni de France d’ailleurs). Il n’est pourtant pas avare en jolies bourgades et promenades spectaculaires. Il y a bien évidemment Foix et son emblématique château (10 €) qui trône au-dessus de sa vieille ville médiévale. Mais d’autres localités tirent leur épingle du jeu.
L’ancien chef-lieu du Couserans, Saint-Lizier, par exemple, une autre étape sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Il faut dire qu’il garde dans sa manche, pas une, mais deux cathédrales. Celle de Notre-Dame-de-la-Sède (9,50 € pour l’ensemble du palais des Évêques) et celle de Saint-Lizier, agrémentée d’un cloître du XIIe siècle, d’un petit orgue tout harmonieux et d’une symétrie qui l’est moins (chœur et nef désaxés).
La cathédrale « haute », intégrée au palais des Évêques, est remarquable pour ses peintures murales du XVe siècle et ses voûtes ornées des Sybilles et Patriarches. Enfin, n’excluez pas un petit tour par la pharmacie de l’hôtel-Dieu du XVIIIe siècle qui aligne, dans son décor boisé, les pots en faïence contenant (enfin, ayant contenu) de surprenantes médications (huile de chien à base de… chiots morts).

Moins fastueusement dotés, quelques villages devraient vous ravir comme Camon, le seul en Ariège estampillé « Plus Beau Village de France », organisé autour de son ancienne abbaye du Xe siècle, aujourd’hui une maison d’hôtes.
Autre belle destination : Mirepoix avec sa splendide place des Couverts (et ses piliers de bois) et sa cathédrale Saint-Maurice. Tout autour de la place, des maisons à colombages colorées (certaines du XVe siècle), reposant sur de solides piliers de chêne, témoignent du riche passé de la ville.
Joyau de la place, la Maison des Consuls arbore 100 solives sculptées de visages, d’animaux et de monstres. Sous les galeries couvertes, boutiques et cafés invitent à une agréable flânerie, tandis que, le lundi, la halle centrale accueille un grand marché. Face à la place, l’imposante silhouette de l’ancienne cathédrale Saint-Maurice nous rappelle que Mirepoix fut le siège d’un évêché au XIVe siècle.

L’Ariège, c’est aussi un territoire lacéré de chemins de randonnée. Une altitude maîtrisée qui offre de belles échappées accessibles, à quelques encablures des Pyrénées plus indociles.
Ainsi, le lac de Bethmale, superbe écrin patronné par une dense forêt, offre ses reflets émeraude aux marcheurs le rejoignant d’Ayet (environ 9 km). Sinon vous pouvez vous garer près du lac, accessible dès lors après 2 minutes de marche).
Lire aussi notre article L’Ariège, monts et merveilles
Foix se trouve à 90 km au sud de Toulouse (1 h 10 de route), Mirepoix à 90 km au sud-est (1 h 10), Saint-Lizier à 100 km (1 h 30). TER Toulouse-Foix (1 h 10).
D’autres promenades sont plus copieuses, comme celle du Roc Blanc par le lac de Laurenti (10 km) ou les chemins menant aux étangs du Garbet, de Rabassoles, de Comte, de Guzet ou à ceux de la Gardelle. Toutes les randonnées sont consultables sur le site Ariège Pyrénées.
Albi, la rouge

La Sainte-Cécile (6 €) à Albi, c’est un nez, un roc, un cap, une péninsule du gothique méridional aux allures de bastion militaire. Le vaisseau amiral de la ville pour sûr. Un pied de nez aux cathares.
La plus grande cathédrale en brique du monde, aussi, qui demanda près de 200 ans (des XIIIe au XVe siècles) à ses bâtisseurs pour en venir à bout. Pas étonnant avec ce goût des superlatifs (le plus grand orgue classique de France, la plus grande cathédrale peinte d’Europe, la plus grande peinture murale du Jugement dernier, etc.) et ces mensurations : 113 m de long, 30 de large, un clocher culminant à 78 m et pour couronner le tout, 18 500 m² de fresques (voûtes et bleu sensationnels) !
Ajoutons à cela les merveilleux grand orgue, jubé indemne, statues et chœur cousus de pierres blanches… Un ravissement que n’a pas manqué d’inscrire dans sa liste du patrimoine mondial l’Unesco.

Albi, c’est aussi l’enfant du pays, Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901). Car avant de traîner ses guêtres dans tous les bouges interlopes de la bohème parisienne, le postimpressionniste a passé son enfance dans la cité albigeoise.
Elle lui a dédié, depuis 1922, un musée (10 €) dans le fabuleux palais de la Berbie. Et puisqu’Albi aime décidément être la meilleure, vous tenez là la plus… grande collection publique consacrée au peintre avec 219 peintures, 183 lithographies et 563 dessins.
Lire aussi Albi, en rouge majesté
Albi se trouve à 77 km au nord-est de Toulouse (1 h de route), accessible en TER Toulouse-Albi (56 min).
Ceux qui voudraient parfaire leurs connaissances sur le peintre iront jusqu’en Aveyron, à Camjac, à 35 minutes au nord d’Albi pour visiter le château du Bosc (9 €), résidence familiale et estivale de la lignée Toulouse-Lautrec. Chambre de Toulouse-Lautrec bambin, tapisseries d’Aubusson, orangerie, jardin d’agrément. Une promenade aussi agréable qu’émouvante.
Saint-Bertrand-de-Comminges, plus près du ciel

Toujours en Haute-Garonne mais à la frontière avec les Hautes-Pyrénées, Saint-Bertrand-de-Comminges cache plusieurs trésors.
On ne peut pas rater le premier. Il s’agit de la cathédrale Sainte-Marie (7 €) qui surgit où que vous vous trouviez dans le village. Comme l’abbaye de Moissac, l’édifice est inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Et on comprend pourquoi, même si l’ensemble, rejeton de plusieurs évolutions au fil des siècles, paraît surdimensionné pour ce village confetti.
Une raison à cela : la cathédrale Sainte-Marie était le siège de l’évêché du Comminges jusqu’en 1801 et un lieu prisé de pèlerinage. Parmi ses merveilles, un orgue classique d’angle du XVIe siècle, profusion de tuyaux (2621), débauche de bois posé sur ses cinq colonnes corinthiennes en chêne à 16 m de hauteur. Sans oublier les 66 stalles du chœur (partie payante, 5 €), et le cloître, qui domine la campagne et les Pyrénées environnantes.

Il faut s’éloigner du centre de Saint-Bertrand-de-Comminges pour tomber sur le deuxième trésor de la cité. La basilique de Valcabrère (8 €) se trouve, comme sa grande sœur, sur les chemins de Compostelle. Cette église romane, dédiée à saint Just et achevée en 1200, repose sur une ancienne nécropole païenne. D’ailleurs, plusieurs de ses piliers intérieurs en ont recyclé les pierres. Le portail de la basilique est déjà un morceau de bravoure avec des statues-colonnes (saint Just, saint Étienne, saint Pasteur et sainte Hélène) particulièrement majestueuses.
Lire aussi Saint-Bertrand-de-Comminges, joyau occitan
Saint-Bertrand-de-Comminges se trouve à 113 km de Toulouse (1 h 30 de route), TER Toulouse Labroquère-Saint-Bertrand-de-Comminges (1 h 35).
Ne soyez pas surpris de tomber nez à nez avec... un crocodile empaillé dans la cathédrale Sainte-Marie. Accroché de tout son long au mur, il aurait été offert par un fidèle à saint Bertrand.
Fiche pratique

Consulter notre guide en ligne sur Toulouse
Site de l’office de tourisme de Toulouse
Site de l’office de tourisme d’Occitanie
Site de l’office de tourisme du Tarn
Site de l’office de tourisme du Tarn-et-Garonne
Site de l’office du tourisme de l’Ariège
Comment y aller ?
En avion : l’aéroport de Toulouse-Blagnac est desservi par Air France et easyJet qui assurent des liaisons avec plusieurs aéroports français, dont Paris grâce à de nombreuses navettes quotidiennes.
En train : la gare de Toulouse-Matabiau est à un peu plus de 4 h de TGV de Paris-Montparnasse et à environ 2 h de Bordeaux.
Liaisons ferroviaires Intercités avec la plupart des villes françaises.
Lire aussi notre dossier L’Occitanie en train
Bonnes adresses
– Le Florentin : 8, place Roger Delthil, à Moissac. Menu du jour entrée, plat, dessert à 29 €. Une institution locale, juste en face du portail sud de l’église de Moissac, qui fait le plein aux beaux jours et la part belle aux produits du terroir avec le canard en majesté (et le foie gras, et la charcuterie, et le bœuf...).
– Les Gîtes de Mirepoix – Le Presbytère : 9, rue du Docteur-Chabaud à Mirepoix. Dortoir 25 €, double 69 €. Dans un ancien presbytère, des chambres et un dortoir de 4 lits cosys, colorés et confortables.
– La Taverne du Temps : 14, rue de l’hôpital, à Bruniquel. On y vient pour ses bières originales et le fameux porc noir, sous forme de saucisse grillée (15,90 €) ou de chorizo entre deux tranches de bun (20,90 € le burger).
– Chambres d’hôtes La Maison de Julia : 28, rue du Capitaine Julia, Albi. Doubles 85-125 €. Chambres ultramodernes, jardin, piscine… sur la rive droite dans un cadre magnifique. Et aux petits soins ! Le matin, délicieux petit déjeuner (dans la courette par beau temps) maison : cakes, yaourt, confitures…
– Restaurant Le Lautrec : 13-15, rue Henri de Toulouse-Lautrec. Menus 28-65 €. On déguste ici de délicieuses spécialités albigeoises, au plus près de la maison des Toulouse-Lautrec, car on est ici dans leurs anciennes écuries !
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