Zanzibar, l'île aux épices

02 novembre 2015

On a tous une île secrète perdue dans un coin d’océan. Un port entre ciel et mer hérissé de cocotiers et de grandes maisons blanches, devant lequel on aimerait mouiller un jour si par bonheur on arrivait par la mer.
Ce port c’est peut-être Zanzibar, un nom qui résonne comme Tombouctou, Biribi ou Trifouillis-les-Oies. Une de ces îles suffisamment mangée par le mythe pour qu’on aille voir vraiment à quoi elle ressemble.
Hissons les voiles, cap sur Zanzibar !
Zanzibar, cette belle inconnue

Que sait-on au juste de cette mystérieuse île aux épices, si ce n’est qu’elle est encore aujourd’hui à la fois la destination fétiche des Italiens et un haut lieu de culture musulmane ? Que sait-on de cet islam marin qui gouverna pendant des siècles en s’enrichissant du commerce des épices, de l’ivoire, de l’or et surtout des esclaves ?
Zanzibar ne se résume pas à quelques intérieurs pris au grand angle pour les magazines de déco, ni même à ses plages de sable blanc caressées par l’eau turquoise des lagons. Zanzibar c’est un véritable brassage de cultures, et Unguja, l’île principale, un territoire à découvrir en routard au guidon d’un deux-roues…
Zanzibar est bien un archipel à part. Arrivés au 7e s, quelques années seulement après l’Hégire, les marchands arabes s’installent sur ce qui deviendra « le rivage », sahel en arabe, un terme dont dérive aujourd’hui le mot swahili. Puis, c’est au tour des Perses de Chiraz de débarquer sur l’île pour faire commerce au nom d’Allah. Ils y apporteront leur maîtrise de l’architecture, leur science de l’agriculture, le raffinement de leur culture : étoffes, parfums, bijoux...
Car, bien avant l’arrivée des Portugais, Zanzibar constitue un centre de négoce international, véritable foyer de la culture islamique dont l’âge d’or de situera entre le 12e et le 15e s. Un empire commercial qui s’étendra de la Méditerranée à la mer de Chine.
Stone Town, le poumon économique de l’île

Stone Town… Un peu Tombouctou pour ses portes et le mythe, Goa pour le côté indien et baba, et Essaouira pour ses odeurs de poisson, ses ruelles pas toujours nettes et son côté rasta. Avec ses 60 000 habitants, cette Babel transpirante, dont le fourmillement ne cède en rien à celui de ses grandes sœurs indiennes, concentre à elle seule toute l’activité économique de l’île.
Stone Town évoque l’Afrique de Rimbaud, celle d’Henry de Monfreid et d’Hemingway. Celle de Livingstone, aussi, puisqu’il y prépara sa dernière expédition. Dans les échoppes qui scandent les ruelles poussiéreuses de la vieille ville, mis à part le plastique et les téléphones cellulaires, rien ne semble avoir changé depuis des lustres. Devant chaque porte (superbe, la ville est classée au patrimoine de l’humanité par l’Unesco depuis 2000), le commerçant, qui, jadis, dodelinait de la tête le nez dans son Coran, pianote aujourd’hui sur son smartphone.
Côté tourisme, il faut s’éloigner bien vite des marchands de souvenirs et des pseudo-rastas qui vous servent du hakuna mata à longueur de journée pour partir explorer le lacis de ruelles de la vieille ville.
Là, au fond d’impasses improbables, au pied d’immeubles lépreux rongés par le temps, se cachent encore les ateliers des artisans qui depuis toujours ont embelli la ville : ferblantiers, dinandiers, ébénistes…
Nungwi, la plage pour raison d’être (ou ne pas être)

À Zanzibar, si l’objectif avoué de vos vacances est de vous gorger de soleil, rendez-vous à la pointe nord de l’île ! La plage, version Rita Pavone, pasta, gelati et tutti quanti. En effet, quand Zanzibar s’est ouvert au tourisme dans les années 1990, les promoteurs italiens y ont investi en masse contrairement aux autres pays. Conséquence : aujourd’hui, leurs compatriotes représentent un tiers des touristes qui se rendent sur l’île.
Du coup, les hôtels sont à touche-touche. Cette pandémie a même gagné progressivement la côté Est jusqu’à Uroa Bay ou les hôtels « all inclusive » se multiplient. Rien de spécial à y faire, à part buller sur son transat en attendant que la mer remonte et permette de nager sans se ruiner les genoux sur les oursins.
Appelons ça le tourisme balnéaire à défaut de prononcer son vrai nom. Chaque hôtel possède son beach-boy attitré, un pseudo-Masaï grimé comme une marionnette qui fait le planton en attendant son client. Une totale ineptie d’ailleurs, car les Masaïs sont des purs produits d’importation, leur culture est totalement étrangère à l’île.
On l’aura compris, la côte Est n’est pas notre tasse de thé (aux épices), Zanzibar est un archipel pétri d’influences culturelles diverses qui ont fusionné ou se sont sédimentées au fil du temps. Il serait bien dommage de le réduire au seul sea, sex and sun.
Jambiani, une cohabitation plutôt réussie

Jambiani étale ses petites maisons de pierre de corail au pied de gigantesques cocotiers qui chatouillent le ciel. Ici, on ne sait plus vraiment où commence la plage. Avec un peu la mer pour jardin, les ruelles du village s’ensablent au gré de la brise marine.
Cette partie de la côte tire l’essentiel de ses revenus de la culture des algues rouges (eucheuma spinosum). Une activité qui échoit presque exclusivement aux femmes, lesquelles passent 10 h par jour assises dans l’eau à marée basse pour attacher des bout d’algues à des fils en nylon sous un cagnard d’enfer.
Depuis la révolution marxiste de 1964, qui a vu l’économie de l’île s’effondrer, la collecte des algues rouges est devenue l’activité phare de l’île. Elle fait vivre environ 30 000 personnes. La substance extraite, connue sous le nom d’agar-agar, est utilisée comme coupe-faim dans les préparations alimentaires de régime des pays riches, ainsi que dans l’industrie pharmaceutique et la parapharmacie.
Depuis peu, les femmes, dont la plupart sont regroupées en coopératives, se sont lancées dans la production de savons, de produits pour le corps et de confiture. Ce qui leur permet de mettre un peu de beurre dans leurs algues à défaut d’épinards. Rappelons qu’à Zanzibar le salaire mensuel moyen ne dépasse guère 60 USD.
Tous ces produits sont mis en valeur dans le très prisé The Rock, le resto emblématique de l’île, une maison perchée sur un bout de terre que la mer n’a pas encore eu le temps de manger.
Au cœur de l’île aux épices

Le centre de l’île n’est plus tout à fait africain, pas vraiment le Kerala, il fait penser à Maurice. Ici, l’Afrique s’est fondue progressivement dans l’Inde tropicale des jungles. Par moment, le contraste est saisissant entre la savane écrasée de soleil, qui s’étire le long du littoral, et ces petits édens de verdure où dominent les grands manguiers.
Pour toucher du doigt cette réalité, rien de tel qu’une balade accompagnée d’un ranger dans la forêt préservée du parc national de Jozani. C’est là que vit le colobe roux (piliocolobus kirkii), une espèce de singe endémique à Zanzibar qui a la particularité de ne pas avoir de pouce opposable. Vu sa forte odeur corporelle, les villageois l’appellent kima punju, « l’empoisonneur ».
Mais le centre de l’île est surtout réputé pour ses fermes aux épices. Le commerce des épices a joué un rôle décisif dans le début du commerce maritime et notamment dans l’expansion de la religion musulmane.
Pendant des nombreuses années, l’île en a tiré l’essentiel de son économie, d’ailleurs le mot zenji-bar, dont provient le nom de l’archipel (« la côte des Noirs » en persan), possède la même racine (c’est le moment de le dire) que le gingembre. Une racine à laquelle les sultans prêtaient des vertus aphrodisiaques...
Plus sérieusement, jusqu’en 1964, Zanzibar détenait le quasi monopole de la production mondiale de clous de girofle. Aujourd’hui, on y cultive encore le giroflier, la cardamome, le curcuma, la cannelle, la muscade, le poivre, la citronnelle et la vanille.
Mais ne vous attendez pas à des champs tirés au cordeau comme en Inde. Ici, la culture des épices se résume à un méli-mélo d’arbres, d’arbustes et de plantes. Les uns font de l’ombre aux autres ou leur servent de tuteur, les plus voraces vampirisant les plus faibles, tout ceci dans un parfait équilibre.
Des fonds marins encore en bon état

L’autre intérêt des vacances à Zanzibar, c’est bien évidemment d’aller voir ce qui se passe au fond de l’eau. Baignée de plages paradisiaques et d’îlots de sables blancs entourés de barrières de corail, l’île d’Unguja possède des fonds marins riches en poissons coralliens.
Mis à part quelques spots facilement accessibles depuis la plage (Blue Lagoon, entre Paje et Pingwe, au sud de la côte Est), la plupart des sites de snorkelling vous obligeront à prendre le bateau. Pour cela, toutes les agences de l’île proposent plus ou moins la même chose : une excursion d’une demi-journée à une journée vers Prison Island, un ancien lazaret où batifolent aujourd’hui de grosses tortues des importées des Seychelles. Autre possibilité : l’île de Kwale située, elle, au large de Fumba au sud de Stone Town.
On trouve quand même pas mal de poissons et le corail est encore globalement en bon état. Cependant, force est de constater que la barrière commence à pâtir des mouillages à répétition. Néanmoins, ce type d’excursion, proposée à bord de boutres arabes, permet de se faire une idée de ce que fut la navigation au temps du commerce des épices. Même si les « captains » rechignent à envoyer la toile, préférant naviguer au moteur.
Les passionnés, eux, mettront le cap sur Chumbe Island, un sanctuaire marin privé situé au large de Stone Town qui dispose d’un écolodge de petite taille commercialisé en pension complète. Possibilité d’excursion à la journée (nombre de places limité).
Fiche pratique

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Comment y aller ?
Pas de vols directs au départ de l’Europe, il faut faire escale à Dar Es-Salaam ou Addis Abeba et changer d’appareil si l’on vole respectivement avec Air France ou Ethiopian Airlines. Sinon passez par les pays du golfe avec Oman Air, Qatar Airways ou Emirates.
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Quand y aller ?
Entre juin et octobre, c’est la saison la plus fraîche et la plus sèche. C’est aussi la saison où les hôtels sont pleins. En janvier-février, il fait très chaud mais les touristes sont moins nombreux. Deux saisons des pluies permettent à l’île de faire le plein en eau douce : en avril-mai et en moindre effet en novembre-décembre.
Où résider sur place ?
Tout dépend comment on envisage ses vacances. Pour le farniente, on choisira la côte sud-est de l’île, disons entre Ras Michawi et Makunduchi, du côté de Jambiani. Mais si l’on veut profiter pleinement de la diversité de l’île, résider à Stone Town n’est pas un mauvais choix, surtout si l’on est véhiculé.
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Où manger ?
Nombreux sont les restaurants à Stone Town. Le soir, il faut aller manger sur Forodhani Gardens, sur le front de mer. Sinon, la vieille ville recèle d’excellents restos de cuisine indienne comme The Spices Rendez-vous ou The Silk Route.
Comment se déplacer ?
La meilleure solution est de louer un deux-roues (moto ou scooter). L’île possède un réseau routier simple et la plupart des routes sont en bon état. L’essentiel du trafic est à Stone Town. C’est aussi la formule la plus économique (compter env 20 USD/j pour la location d’un scooter 125 cm3).
Sur place, il faut acheter un permis spécial (compter env 7 USD) car les permis nationaux et internationaux ne sont pas reconnus. Votre loueur se chargera de le faire, ça prend une petite demi-heure. Se renseigner auprès de son hôtel.
Que faire sur place ?
La vieille ville de Stone Town mérite bien 2 à 3 jours de visite. Les ambiances du soir sont particulièrement agréables car on y rencontre beaucoup de gens. Les Zanzibarites sont d’un contact facile.
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