Vilnius : baroque, audacieuse et européenne

Marine Dumeurger
par Marine Dumeurger

08 janvier 2009

Lituanie Vilnius
© Ekaterina Pokrovsky - Fotolia
Vilnius est capitale européenne de la culture en 2009. Les dominations polonaise, nazie et soviétique ne sont plus qu'un souvenir pour les Lituaniens qui, depuis 1991, chérissent leur indépendance. De ce passé agité, Vilnius, la capitale, a conservé un étonnant mélange. Des églises baroques, des ruelles pavées, des maisons en bois bringuebalantes et puis des barres soviétiques, moroses et déprimantes. Mais Vilnius, qui n'est pas une ville musée, est résolument tournée vers le futur. En témoignent ses buildings d'affaires aux baies vitrées miroitantes ou Užupis, son quartier d'artistes et sa république autoproclamée. En 2009, plus de 900 manifestations (festivals, expos...) sont prévues dans la capitale lituanienne qui est, pour un an, celle de la culture européenne. Il est donc grand temps de découvrir Vilnius.
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Au commencement, légendes et paganisme...

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Vilnius a été fondée en 1320 par Gédymin, au confluent de deux rivières, la Neris et la Vilnia. Selon la légende, Gédymin se serait endormi, harassé après une chasse à l'auroch. Il aurait alors rêvé d'un gigantesque loup de fer hurlant comme cent loups. Pourtant le brave guerrier n'arrive pas à l'atteindre de ses flèches. À son réveil, les prêtres païens interprètent son songe et lui confient une mission : fonder une ville aussi puissante que les hurlements du loup de fer. Ainsi Vilnius serait née.

Mais revenons à la réalité. En 1320, date de sa fondation, à l'image de la Lituanie, Vilnius est un territoire païen. Un îlot au milieu de la marée chrétienne. C'est seulement en 1387, devant la menace teutonique, que le grand duc de Lituanie se marie avec une princesse polonaise catholique. En échange le petit pays adopte la religion chrétienne. C'est le dernier État européen à renoncer au paganisme. Ainsi l'imposante cathédrale de Vilnius au style classique serait bâtie au même emplacement qu'un ancien temple dédié à Pekūnas, le dieu du tonnerre. Aujourd'hui, le catholicisme est encore bien ancré chez les Lituaniens. Mais dans ce pays, où la nature est omniprésente, la culture et les traditions restent fortement imprégnées de paganisme.

Itinéraire baroque

Marine Dumeurger
Vilnius est une ville à découvrir et à redécouvrir encore. « Depuis des années, je travaille comme guide touristique à Vilnius. Pourtant, chaque jour, je déniche quelque chose de nouveau. Une façade, une corniche », confie Skaidra Kulakauskienė au cours d'une de ses visites. Coupoles, bulbes, flèches, clochers… La magie de Vilnius tient autant à son style baroque, à son mélange des genres qu'à son architecture et ses détails tout en perspective. Au Moyen Âge, la ville connaît ses deux siècles de gloire. À la fin du XVIe siècle, c'est une des plus grandes cités d'Europe orientale. De cet âge d'or, elle conserve ses soubassements gothiques et son architecture baroque. Depuis 1994, la vieille ville est classée patrimoine mondial de l'Unesco.

Ici, la balade nous promène à travers l'histoire. La cathédrale, imposante et symétrique expose son style classique et ses détails baroques. Non loin de là, l'église Sainte-Anne et ses briques rouges affichent leur architecture gothique. Axe central de la vieille ville, la rue Pilies rejoint la porte de l'Aurore, la seule intacte des neuf portes protégeant la cité au XVIe siècle. Elle concentre stands de souvenirs, vendeurs de laine, de lin ou d'ambre. Mais mieux vaut se perdre aux alentours, dans les ruelles pavées. Suivre un rayon de soleil entre lumière et obscurité. Passer une arche, longer un mur aux couleurs pastel puis déboucher sur une petite cour. Un pommier, de la verdure, un potager. Habillée de verdure, Vilnius a des allures de village. Au XVIIIe siècle, on y trouvait encore des fermes. Aujourd'hui les parcs et les jardins représentent plus de 40 % de sa superficie.

Užupis, en terre d’utopie

Marine Dumeurger
À Vilnius, il existe un pays où l'homme a le droit au chauffage l'hiver, à un toit en tuile. Il a le droit de commettre des erreurs, de n'être ni remarquable, ni célèbre, de ne rien comprendre du tout et de fêter son anniversaire ou non. Ici le chien a le droit d'être chien et le chat de ne pas aimer son maître. Ce petit pays s'appelle Užupis. Il est blotti auprès de la rivière Vilnia. Du centre de Vilnius, passer la pancarte, la frontière imaginaire, puis enjamber le pont, captif de centaines de cadenas, une tradition qui porte bonheur à l'amour.

Cette république autoproclamée est née en 1998. Elle réunit des rêveurs, des artistes, des ivrognes. Elle s'est dotée d'un président, d'un drapeau mais réunit surtout ses habitants. « Užupis, c'est avant tout un mode de vie », raconte l'un d'eux. L'objectif : laisser des traces avant que le grand capital arrive. Sur place, vous verrez le charmant café, le QG surplombant la Vilnia. À côté, la Galeria organise des expositions parmi les graffitis et les ruines. À quelques pas de là, la constitution du petit pays est placardée et traduite en français. Elle énumère une liste de droits vitaux ou farfelus. Plus loin, un drapeau géorgien ou tibétain flotte au vent. Mais le charme du quartier réside aussi dans son architecture ancienne qui disparaît peu à peu à coups de bulldozers et de pelleteuses. Ici vous trouverez encore de vieilles bicoques en bois coloré, des toits en tôle, du linge aux fenêtres. Les réalisateurs viennent d'ailleurs souvent y tourner des films d'époque.

Chez les soviets, à Grutas

Claude Hervé-Bazin
Si vous êtes intéressé par l'histoire soviétique, le parc Grutas est un incontournable. Situé à une centaine de kilomètres de Vilnius, à Druskininkai, il constitue une bonne excursion d'une journée à partir de la capitale. Dans un pays, où les symboles soviétiques sont interdits dans les manifestations ou les réunions, ce musée a d'abord suscité la polémique. Ouvert le 1er avril 2001, il réunit une multitude de sculptures de figures soviétiques : des idéologues, des révolutionnaires, des dirigeants. Elles sont éparpillées dans un marais asséché et transformé en forêt de pins.

On retrouve ainsi la statue de Lénine qui trônait autrefois sur l'actuelle place Lukiskiu à Vilnius, le bras tendu vers le KGB. Mais le fondateur du musée, un homme d'affaires, a poussé la mise en scène plus loin. Ainsi, l'espace enfants réunit d'anciens jeux, des balançoires et des tourniquets « made in URSS ». Il a reproduit un bureau de vote ou l'ambiance d'un goulag sibérien. Quant au restaurant, on peut y manger des sprats et boire de la vodka en écoutant de la musique traditionnelle soviétique. L'objectif : « montrer l'idéologie et les crimes de la dictature ». Autres temps, autres moeurs...

Infos pratiques

Marine Dumeurger
Pour préparer votre voyage, consultez notre fiche Lituanie.

Liens utiles

Office du tourisme de la Lituanie
www.infotourlituanie.fr

Site de Vilnius, capitale européenne de la culture 2009
www.culturelive.lt/fr/main/

Comment y aller ?

Pour rejoindre la petite capitale lituanienne, seule FlyLAL, la compagnie nationale lituanienne propose des vols directs toute l'année. AirBaltic, une low-cost détenue par la SAS et l'État letton, met en place des liaisons Paris-Vilnius directes une partie de l'année seulement. Possibilité de trouver des billets autour de 200 € aller-retour avec ces deux compagnies.
Cinq kilomètres séparent l'aéroport international du centre-ville. Vous pouvez emprunter le bus n°1 ou monter dans un taxi. Attention ces derniers ont la fâcheuse tendance à faire payer 60 Litas (17 €) au lieu des 20 Litas habituels (6 €).

Où se loger ?

- Pour les fauchés, l'auberge de jeunesse Old Town Hostel, Aušros Vartu gatvė 20 propose des lits en dortoirs mixtes pour une dizaine d'euros. Une adresse conviviale et bruyante. Propreté correcte. À réserver impérativement en saison : www.lithuanianhostels.org
- Pour les autres, la Guesthouse Domus Maria, Aušros Vartu gatvė 12, située dans un ancien couvent, rassemble des chambres tout confort. Elle se trouve au cœur de la vieille ville. Chambre double, environ 70 €. domusmaria.vilnensis.lt

Où manger ?

Forto Dvaras, 16 rue Pilies. Dans la rue touristique, une bonne adresse pour manger des cepelinai et des spécialités lituaniennes pour moins de 6 €.

Formalités

La Lituanie appartient à l'Union européenne depuis 2004. Les touristes n'ont pas besoin de visa pour y séjourner. Par contre, aucun des pays baltes n'est encore passé à l'euro. En Lituanie, on paie avec des Litas (1 € = 3,45 Lt).

Plus de renseignements à l'office de tourisme de Lituanie, 72 rue Pierre Demours, 75017 Paris. Contacter le 01-46-22-53-84.

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