Vienne insolite

22 septembre 2016

De Vienne, on connaît le Belvédère, l’imposante Hofburg ou le château de Schönbrunn. Les mauvaises langues la disent endormie. Pourtant, moderne, la capitale autrichienne l’a toujours été… et le demeure. Son passé « sécessionniste », qui marque encore son paysage, est là pour en témoigner.
Ici, point de tour en calèche ni d’Apfelstrudel à déguster. C’est une Vienne surprenante que nous vous proposons de découvrir, entre immeubles décalés, cimetières paisibles et clubs trépidants.
Une Vienne aguicheuse en diable qui remise volontiers au placard le baroque et dévergonde Sissi dans des néo-cabarets trendy.
Une ville archi-décalée

On l’a dit. Vienne est résolument moderne, c’est même dans son ADN. Au tournant du 19e siècle, la capitale des Habsbourg étonnait ses contemporains : artistiquement, avec l’actionnisme viennois ou la Sécession, mais aussi politiquement avec le Karl Marx Hof, ancêtre de nos HLM, et son utopie sociale. Décalée, Vienne ? Depuis au moins un siècle !
Aujourd’hui un « classique », la Hundertwasser Haus n’en finit pas de surprendre les passants. Parlez de Friedensreich Hundertwasser aux Viennois et vous verrez leur réaction. Sur la Kegelgasse (36-38), cet artiste anticonformiste, auteur du « Manifeste de la moisissure contre le rationalisme dans l’architecture » (tout un programme !), a fait un beau cadeau à la municipalité et aux touristes : un immeuble de 52 logements aux planchers irréguliers et aux parois ondulantes qui semble sorti tout droit d’une peinture surréaliste. Du bleu, du jaune, des courbes, des balconnets, des mosaïques, une végétation luxuriante, des fenêtres irrégulières… Non, vous ne rêvez pas, vous êtes bien à Vienne !
Dans un autre genre, l’architecte Adolf Loos fut l’homme par qui le scandale arrive au début du 20e siècle. Sa Looshaus, austère et épurée, fut plantée à Herrengasse (U3) face au palais de la Hofburg, comme un pied de nez aux fioritures décoratives du Ring et au pouvoir impérial. Elle donna lieu à l’une des plus grandes polémiques du siècle dernier, marquant l’entrée de l’architecture dans la modernité.
Dans le même quartier, les maisons ripolinées de rose de la Kurrentgasse semblent, elles aussi, se moquer des conventions architecturales de la ville. Du rose au passé « rouge » de Vienne, il faut prendre la ligne de métro U4 jusqu’à Heiligenstadt où Karl Ehn n’y est pas allé avec le dos de la truelle. Le Karl-Marx-Hof (Heiligenstädter Str. 82-92) étire sa structure de béton bicolore sur près d’un kilomètre. La « forteresse rouge », avec ses 1 300 logements sociaux, est désormais classée Monument historique. Les HLM de la fin des années 1920 avaient autrement plus de gueule que ceux d’aujourd’hui !
Vienne ultramoderne

L’Autriche ne truste pas les prix Pritzker (l’équivalent du Nobel d’architecture) puisqu’un seul de ses ressortissants l’a obtenu : Hans Hollein à qui l’on doit l’immeuble Haas qui tient la dragée haute et vitrée à la cathédrale Saint-Étienne, sur Stephansplatz.
Toutefois, des collectifs architecturaux dynamiques s’efforcent de réinventer la capitale. Coop Himmelb(l)au est l’un d’eux : on lui doit la SEG Apartment Tower, le bar Roter Engel. Au croisement de Falkerstrasse et de Biberstrasse, cherchez du regard l’immeuble du cabinet d’avocats Schuppich Sporn & Winischhofer et levez la tête. Vous devriez apercevoir l’étonnante carapace biomimétique translucide qui chapeaute l’édifice. On vous l’accorde, vu du ciel, c’est mieux.
Beaucoup plus au sud, à Buchengasse, le cabinet RLD (Rüdiger Lainer + Partner) a conçu d’étranges logements, Building with Verandas, laqués de couleurs vives, avec des vérandas qui pullulent comme des excroissances sur les façades.
Pour les plus curieux, au terminus du U4 (arrêt Aspernstrasse), Herzog & Meuron ont investi la Pilotengasse où ils ont posé leurs maisons mitoyennes et multicolores, véritables préfabriqués « courts sur fondations ».
À la sortie du métro Gasometer (U3), impossible de les rater. Juchés sur leur îlot de verdure, les quatre gazomètres séculaires ont été réhabilités en un immense complexe résidentiel à la fin des années 1990 par des grands noms de l’architecture mondiale (dont Jean Nouvel et… Coop Himmelb(l)au, encore eux !). On nage ici en pleine utopie de ville dans la ville !
Enfin, l’artiste danois, Olafur Eliasson plonge tous les jours la place Am Hof dans un brouillard jaune. Le soir, dès que le soleil s’est fait la malle, le Yellow Fog le remplace et nimbe, pendant une heure, la façade de la compagnie d’électricité autrichienne, Verbund. Une installation permanente qui ravit depuis 1998 résidents et touristes.
Comme quoi Vienne ne se prend pas forcément au sérieux et n’est pas aussi morte que certains esprits chagrins le prétendent. Quoique…
Vienne macabre

Vienne cultive un côté un peu goth’ hérité de son passé. Peu de villes peuvent se targuer d’avoir un site Internet dédié à leurs cimetières.
Le plus connu reste sans conteste le Zentralfriedhof, le Père Lachaise local, où l’on a tourné plusieurs scènes du Troisième homme. Parmi les illustres hôtes des lieux : Brahms, Schubert, Beethoven Strauss père et fils, Arthur Schnitzler et Ligeti. Il faut aussi se balader dans le parc du repos et de la force pour découvrir le Steinkreis (cercle de pierres) et observer les écureuils. Peu de chance que vos compagnons de route inhumés mouftent.
Si vous n’êtes pas rassasié de caveaux, faites un petit tour à la crypte des Capucins, dernière demeure des Habsbourg. C’est « The place to be » (to end, surtout) pour les têtes couronnées : 12 empereurs, 17 impératrices (dont Sissi !) et plus de 100 archiducs y reposent. Mention spéciale au tombeau « conjugal » de Marie-Thérèse d’Autriche et de François Ier du Saint-Empire, rocailleux à souhait et sculpté par Balthasar Ferdinand Moll. En revanche, les cœurs de ces illustres colocataires sont conservés à l’Église des Augustins. En parlant de cœur, il faut l’avoir bien accroché pour supporter les écorchés vifs de notre prochaine étape.
Vienne, la mort te va si bien, même à l’Université de Médecine, la mort est synonyme d’échec… L’établissement abrite un étrange musée, le Josephinum, qui recèle une fascinante collection de mannequins de cire donnant à observer les entrailles humaines, les terminaisons nerveuses, les muscles. Inutile de dire qu’on se sent tout chose (et bien peu de choses aussi) à la vue de ces anatomies exposées !
La nuit, ad-Vienne que pourra !

Avant de se laisser emporter par les voix samplées des sons électros dont les Viennois raffolent, pourquoi ne pas débuter la soirée au Porgy & Bess ? Squattant un ancien théâtre, ce club de jazz s’est fait une belle réputation en Europe grâce à sa programmation agitatrice et exigeante. Vous voilà bourrés… de swing et d’impros ? Les affaires sérieuses peuvent donc commencer.
Cap sur la Gürtel, cette zone qui longe, grossièrement, la ligne 6 du métro. Entre Alser Strasse et Thaliastrasse, du nord au sud, le parcours du combattant du noceur peut commencer. B72, Rhiz, Chelsea, Loop ou The Loft ne vous rateront pas et constitueront les étapes musclées de votre barathon nocturne ou cross-drink vespéral.
On s’engouffre alors dans le U6 pour Spittelauer. Depuis 2011, Grelle Forelle réchauffe le Danube au nez et à la barbe de l’incinérateur de la ville, la Fernwärme. La récompense, si vous trouvez ce club bien planqué ? Deux étages, 288 néons psyché installés par le collectif viennois Golden Neon et des rythmiques syncopées qui font dodeliner les Viennois à l’abri des photographies, interdites.
Plus au sud, à Shottenring, le Flex aurait pu prendre un coup de vieux. Mais le club s’est imposé, depuis sa création en 1990, comme une véritable institution. Faut dire que son line up, mélangeant dub, rock, électro et DJ-sets, a de quoi faire pâlir d’envie les prétendants au trône de club le plus hype de la capitale.
On s’éloigne du Danube par l’est pour rejoindre une autre attraction de la ville. Le Prater et sa tour. Pas très loin de l’ancienne micronation Kugelmugel, on se presse au Fluc pour découvrir de nouveaux DJ. En tout cas si l’épectase musicale vous guette, ne vous inquiétez pas, Vienne a tout ce qu’il faut.
Fiche pratique
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Comment y aller ?
Vienne est desservie quotidiennement par FlyNiki, Austrian et Air France, au départ de Paris-CDG. Vols également avec Austrian depuis Paris, Lyon, Nice, Mulhouse.
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Boire un verre au Loos American Bar : Kärtner Dirchgang 10. Un bar de légende dessiné en 1908 par l’architecte Adolf Loos. Chic et jazzy.
Adresses
Architecture
Hundertwasserhaus, Kegelgasse 36-38, 1030 Wien
Looshaus, Michaelerplatz 3, 1010 Wien
Gasometer, Guglgasse 6, 1110 Wien
Building with Verandas, Buchengasse 157, 1100 Wien
Rooftop Remodeling Falkertrasse, Falkestrasse 6, 1010 Wien
Housing Pilotengasse, Pilotengasse, 1220 Wien
Karl Marx Hof, Heiligenstädter Str. 82, 1190 Wien
Kugelmugel, Antifaschismuspl. 2, 1020 Wien
Danse macabre
Zentralfriedhof, Simmeringer Hauptstraße 234, 1110 Wien
Kaisergruft, Tegetthoffstraße 2, 1010 Wien, (crypte des Capucins)
Augustinerkirche, Augustinerstraße 3, 1010 Wien
Josephinum, Währinger Str. 25, 1090 Wien
Clubbing
Porgy & Bess, Riemergasse 11, 1010 Wien
B72, Hernalser Gürtel Bogen 72-73, 1080 Wien
Rhiz, U-Bahnbogen 37, 1080 Wien
Chelsea, U-Bahnbögen 29-30, 1080 Wien
Loop, U-Bahn Bogen 26, 1080 Wien
The Loft, Lerchenfelder Gürtel 37, 1160 Wien,
Grelle Forelle, Spittelauer Lände 12, 1090 Wien
Flex, Augartenbrücke 1, 1010 Wien
Fluc, Praterstern 5, 1020 Wien
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