Safari au Kenya : un rêve d’Afrique, en famille

17 mars 2015

« Aucun animal domestique ne peut être aussi immobile et silencieux qu’un animal sauvage. Nous, les gens civilisés, ne savons plus rester immobiles ; il nous faut prendre des leçons de silence auprès des animaux sauvages avant que ceux-ci nous accueillent parmi eux ; se déplacer doucement sans gestes brusques ni bruit est un art que le chasseur et surtout le chasseur d’images doit maîtriser avant tout. » (Karen Blixen, La ferme africaine)
Observer les animaux au Kenya. Une aventure qui en fait rêver beaucoup, que notre collaborateur Éric Milet a vécu en famille.
Instantanés d’un voyage-safari au Kenya, aux alentours du Mont Kenya, Buffalo Springs et Samburu. Un rêve d’Afrique, dans un Kenya hors des sentiers battus.
Attention ! Il est conseillé de se renseigner sur les conditions de sécurité au Kenya.



En route pour l’aventure…

C’est la tête pleine de rêves de gosse que nous avons débarqué à Nairobi. De ces images de brousse remplies de bêtes sauvages et de porteurs cheminant en file indienne, paysages de savanes et de forêt : Les neiges du Kilimandjaro, Les mines du rois Salomon, et ce bon vieux Weissmuller qui jouait les tendres dans ces Tarzan tournés en studio sur fond d’écran projetant des images captés avec les moyens de l’époque : surexposition, tremblotement et son nasillard...
Nous n’avions pas envie du « Safari-à-tout-faire » proposé par la plupart des agences, pas spécialement envie du Mara ni d’Amboseli non plus, mais surtout aucun désir de se retrouver coincés dans une Land-cruiser, fut-elle au toit ouvrant…
Pour toutes ces raisons, nous nous sommes concocté un voyage sur-mesure, abandonnant les grands parcs aux aficionados du numérique pour jeter notre dévolu sur les alentours du Mont Kenya, Buffalo Springs et Samburu, là où l’on peut faire route parmi la grande faune sans croiser âme qui vive : bivouacs à la « Out of Africa », odeurs de viande grillée, bougies vacillantes, cris d’oiseaux, lune montante et vent du soir...
Deux bagnoles avec chauffeur, un guide, un cuistot et son aide de camp, mon pote et ses 2 gosses. Tout ça pour une semaine en complète autonomie à la rencontre de ce que les anglophones appellent « The Big Five », à savoir l’éléphant, le léopard, le lion, le rhino et le grand buffle africain…
Et c’est parti pour la grande aventure…
Karen, nursery pour éléphants

Nous avons passé notre première nuit dans l’une de ces maisons d’hôtes du quartier de Karen, le petit Neuilly de Nairobi, là où la romancière Karen Blixen avait élu domicile. Vous vous souvenez : « J’avais une ferme en Afrique, au pied du Ngong, la ligne de l’Équateur passait par les montagnes à vingt-cinq milles au Nord. »
À Karen, les nuits sont déjà pleines de cris d’animaux et les réveils suffisamment troublés par les moustiques pour qu’on se sente bien en Afrique. Hier je me suis endormi avec Le Lion de Kessel, mais ce matin, pays aux traditions british oblige, je me réveille avec eggs & bacon, haricots en sauce tomate et un excellent arabica produit localement.
Karen recèle quelques attractions, qui ne sont pas dénuées d’intérêt quand on s’intéresse à la grande faune africaine. C’est le cas de la nursery pour éléphanteaux du David Sheldrick Wildlife Trust. Une œuvre hautement recommandable dans son action contre le braconnage et le trafic d’ivoire. Rappelons que dans le monde, un éléphant est abattu toutes les 15 minutes pour son ivoire. Selon les experts, à ce train-là, ils pourraient disparaître du continent africain en 2025 !
Pour solliciter les dons, le David Sheldrick Wildlife Trust, qui a déjà recueilli, élevé, puis remis en liberté plus de 150 bébés éléphants, organise chaque matin de 11 h à midi, une sorte de show où le public est convié aux séances de biberonnage et de bain des jeunes pensionnaires du centre. Un spectacle à la fois instructif et très émouvant.
Pour en savoir plus sur la menace qui pèse sur les éléphants : https://vimeo.com/76119923
En route pour le plateau de Laikipia

La route qui trace vers le nord abandonne progressivement la banlieue de Nairobi, ses embouteillages monstres, ses baraques de tôles brûlantes et ses immeubles disgracieux aux parpaings rougis de latérite.
Puis, le serpent d’asphalte s’immisce parmi les champs de maïs, cédant parfois du terrain à de petites mers de bananiers lovées au creux de collinettes peignées de plantations d’ananas. Pas de village, ou si peu. La présence humaine se résume à quelques vendeurs de fruits et légumes installés le long de la route et aux villageois endimanchés qui se rendent à la messe dominicale. Au Kenya, 85 % de la population est de confession chrétienne.
Pas grand trafic non plus. La végétation se densifie à mesure que se dessine la silhouette du Mont Kenya. Un vaste cône évasé surmonté d’une petite couronne de pics acérés partiellement recouverts de neige. Avec ses 5 200 m d’altitude, c’est le deuxième sommet d’Afrique après le Kilimandjaro (5 895 m).
Tout autour, des îlots de verdure, des plaines d’herbe sèche ondulent vers les confins. Un paysage comme un patchwork, d’où émergent de loin en loin, luisant comme des météores, les baraquements en tôle des fermiers locaux. C’est la limite nord du territoire kikuyu, l’ethnie majoritaire dans le pays. Désormais nous entrons en pays Laikipia-Masai, une région d’élevage.
Lolldaiga Hills, un petit côté Out of Africa

Sur près de 10 000 km², le plateau de Laikipia s’étire au nord-ouest des hauts plateaux humides qui séparent le Mount Kenya des Aberdare Range, limite orientale de la grande vallée du Rift. Avec une altitude moyenne de 2 000 m, il y fait bon vivre.
C’est sans doute la raison qui poussa les colons à venir s’y installer. Après avoir zigouillé une bonne partie de la faune sauvage par mesure de conservation du bétail et octroyé quelques lopins de terre aux locaux, ces derniers exploitèrent ces terres propices à l’élevage.
Nous établirons notre premier bivouac quelques kilomètres au nord-est de Nanyuki, dans une réserve privée de 20 000 hectares située au pied des Lolldaiga Hills. Un paysage âpre d’herbe sèche, de souche blanche et d’arbres aux feuilles racornies. Ici, on dénombre plus de 60 espèces d’animaux sauvages.
Au cœur de ce pays sans eau, zèbres, girafes, éléphants, impalas et une foultitude d’oiseaux de toutes les couleurs se partagent le territoire avec les 5 000 têtes de bétail que compte cette ferme spécialisée depuis 1940 dans l’élevage des mérinos.
À l’instar de quelques exploitations agricoles de la région, les proprios (majoritairement des blancs) se sont progressivement tournés de l’élevage vers la conservation des grandes espèces animalières. Ainsi, contrairement au Mara ou à Amboseli, la région connaît une augmentation de la faune sauvage (ici, sur le plateau de Laikipia, pas moins de 6 000 éléphants !).
Lions et léopards sont présents dans cette réserve. Un ranger armé nous accompagne lorsque nous partons randonner à pied. Il entretiendra le feu et veillera sur le campement toute la nuit.
Ngare-Ndare, le château d’eau du Kenya

6 h 30. Les réveils africains commencent avec les chants d’oiseaux et le cliquetis de la vaisselle qui annonce la préparation du breakfast. Aujourd’hui, cap sur Ngare Ndare Forest, un écosystème forestier de montagne situé au nord du Mount Kenya.
La randonnée du matin nous a permis d’approcher au plus près quantité d’animaux, notamment des girafes, des éléphants ainsi qu’un grand nombre de gazelles et d’antilopes. Un bonheur : les enfants sont aux anges et nous aussi !
Puis, après un pique-nique salvateur (la température en ce milieu de saison sèche est de 35 °C), une piste cassante nous emporte vers la forêt à travers un paysage tourmenté de roches volcaniques.
Inscrit au Patrimoine de l’humanité par l’Unesco, Ngare-ndare, qui signifie « l’eau des chèvres » en masaï, est en quelque sorte le « château d’eau » du Kenya. La forêt constitue un corridor vital pour les éléphants entre la Lewa Conservancy et le Mount Kenya. Étant donné l’enjeu écologique, le Kenya y a installé le plus long chemin en canopée d’Afrique de l’Est pour observer les arbres et la faune.
Ngare-ndare est aujourd’hui la seule forêt du Kenya dont le couvert végétal est en expansion. Près de 90 % des arbres recensés ici sont des genévriers d’Afrique (juniperus procera) dont certains spécimens ont plus de 200 ans. Mais on trouve également des oliviers sauvages (olea africana) de grande taille ainsi que des podocarpus et des ficus étrangleurs. Dans la forêt, quelques vasques d’eau claire permettent de se baigner.
Plus d’infos : http://website.ngarendare.org
Buffalo Springs et Samburu, en limite des badlands

La nuit fut glaciale. Ce matin, tout le monde se réchauffe auprès du feu. La journée sera longue, on doit traverser la Lewa Conservancy puis faire route plein nord vers la réserve de Samburu afin d’y établir notre bivouac pour plusieurs jours.
Propriété de la famille Craig depuis 1924 la Lewa Conservancy (26 500 hectares) est réputée depuis qu’on y organise annuellement un marathon de niveau international. Cette famille, qui élevait des bovins jusque dans les années 1980, s’est convertie progressivement à la protection des animaux sauvages. On dénombre ici plus d’une centaine de rhinocéros noirs et près de 500 zèbres de Grévy, soit près de 20 % de la population du Kenya concernant cette espèce.
Nous établirons notre bivouac en bordure de l’Ewaso Ngiro, une rivière qui prend sa source sur le plateau de Laikipia avant de se gonfler des eaux de ruissellement des Aberdare et du Mount Kenya pour se frayer un chemin vers la Somalie.
C’est de part et d’autre de cette épine dorsale, véritable garde-manger pour les 360 espèces animales recensées ici, que sont réparties les 2 entités du parc : Samburu au Nord, Buffalo Springs au Sud.
Nous sommes ici en pays samburu, un peuple de pasteurs originaires de la vallée du Nil qui migra dans la région au 15e s. D’un tempérament peu guerrier, contrairement aux Masaï, ces éleveurs transhumants ne furent que très peu influencés par la colonisation. Ils sont aujourd’hui en voie de sédentarisation, notamment grâce à la création de programmes de cultures et leur emploi dans le tourisme.
Dans le parc de Samburu, nous retrouverons des paysages sublimes et un grand nombre d’animaux, certes, mais également des touristes à bord de minivans qui se suivent à touche-touche sur la piste repérée d’un lion.
Nous qui n’avions vu personne depuis le début de la semaine, les hauts plateaux désolés de Laikipia nous manquent déjà…
Fiche pratique

Consulter notre guide en ligne Kenya
Quand y aller ?
Situé au niveau de l’équateur, cette région du Kenya compte deux saisons des pluies. La première d’avril à mai, la seconde en novembre. Les meilleurs mois vont de décembre à mars, mais on peut y aller aussi en été même si le ciel paraît un peu « bouché ».
Comment y aller ?
7 heures d’avion pour se rendre au Kenya et souvent par vol de nuit au départ de Paris ou d’Amsterdam (correspondance avec de nombreuses villes de province en France, Belgique et Suisse) avec Air France, KLM ou Kenya Airways.
En arrivant, on achète son visa sur place (prévoir 50 USD en billets récents). Passeport valide 6 mois après la date de retour pour les Français, les Belges, les Suisses et les Canadiens.
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Faut-il se faire vacciner avant de partir ?
Théoriquement, le vaccin contre la fièvre jaune est exigé à l’entrée dans le pays. Un traitement contre le paludisme est fortement recommandé pour tout séjour en brousse. Il est également important d’être à jour concernant les vaccinations « classiques » : tétanos, polio, etc.
Toutes les infos sur : https://www.mesvaccins.net/
Avec qui y aller ?
De nombreuses agences proposent des safaris, mais peu d’entre elles offrent du sur-mesure dans cette région. L’agence Exclusive Portofio Africa connaît bien le coin. http://www.exclusiveportfolioafrica.com Dominique Berger : Tél. : +254 733 625 399, theexclusiveportfolioky@gmail.com
sinon : http://www.voyageursdumonde.fr/voyage-sur-mesure/recherche-voyage/voyage-kenya
Quelques liens utiles ou pour le fun :
http://www.franceculture.fr/emission-repliques-karen-blixen-sa-vie-son-oeuvre-2015-02-14
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