Nouveau-Mexique, au pays des Indiens pueblos

Claude Hervé-Bazin
par Claude Hervé-Bazin

01 septembre 2015

USA Nouveau Mexique Acoma Pueblo
Acoma Pueblo - Claude Hervé-Bazin

C’est en plein désert, sur les hauts plateaux du nord du Nouveau-Mexique, qu’il faut se rendre pour remonter le cours du temps.

Là, au creux des canyons et des vallées desséchées, les ancêtres des actuels Indiens pueblos ont érigé entre le 9e et le 13e siècle des villages de pierre et de terre de plusieurs étages, certains à demi-troglodytiques.

Leurs descendants vivent encore à quelques pas, dans des bastions accrochés aux replis montagneux, où vibre un peu la foi des anciens et la fierté d’un peuple insoumis.

Pays de grands espaces (avec 6,64 hab/km2), le Nouveau-Mexique est, avec 10,2 % d’Indiens et 47 % d’Hispaniques, l’État américain le plus proche de ses racines précolombiennes et de l’histoire coloniale espagnole. L’omniprésente architecture en adobe en témoigne, comme la cuisine, riche de saveurs pimentées.

Cap, donc, sur les cités indiennes oubliées, les pueblos (villages) nimbés dans leur voile de mystère et Santa Fe, plus ancienne ville à l’Ouest du Pecos.

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Sur les traces d’une civilisation méconnue au Nouveau-Mexique

USA Nouveau Mexique Chaco Culture National Historical Park
Chaco Canyon - Claude Hervé-Bazin

Ce voyage commence au milieu de nulle part, au bout de pistes entrecoupées de « tôle ondulée », à Chaco Canyon, quelque part dans le grand nord-ouest du Nouveau-Mexique.

La sensation de vide est tenace sur ces terres aux buissons secs. Au loin, de longues mesas (plateaux rocheux) surplombent l’horizon, sous un ciel immense, où s’élèvent par moments des tourbillons de poussière.

On ne vient pas à Chaco Canyon par hasard. Aujourd’hui loin de tout, le site fut entre 850 et 1200 un grand centre de peuplement – et même, le plus grand centre précolombien au nord du Mexique !

Les ruines d’habitations et d’ensembles à vocation religieuse, classées au Patrimoine mondial de l’Unesco, témoignent d’une agglomération éparpillée de plusieurs milliers de résidents, comptant des dizaines de great houses.

Bâtis selon des orientations astronomiques, ces édifices, aux pierres précisément ajustées et aux portes légèrement trapézoïdales, atteignaient 4 à 5 étages. Ils pouvaient regrouper des centaines de petites pièces accolées.

Qui étaient ses habitants ? Les historiens ont longtemps désigné les Anasazis, peuple « mystérieusement » disparu vers le 13e siècle. À écouter les tribus de la région, le mystère s’éclaircit : ces « anciens Pueblos », comme on les appelle désormais, ne seraient autres que les ancêtres des Zunis, Hopis et autres ethnies pueblos contemporaines – qui migrèrent vers le sud, probablement poussées par la sécheresse ou des attaques ennemies.

 

Parc de Mesa Verde : le mystère pueblo

USA Colorado Mesa Verde National Park
Mesa Verde - Claude Hervé-Bazin

Les légendes indiennes font du Chaco Canyon un centre cérémoniel d’envergure, où tous les peuples de la région se retrouvaient. Entourées de tumulus, de montagnes sacrées et d’autels, les great houses accueillaient probablement les festivités.

La civilisation pueblo conserve son mystère. Les archéologues supposent des liens commerciaux distants. N’a-t-on pas retrouvé au Petroglyph National Park, aux portes d’Albuquerque, une gravure rupestre représentant un ara ? Des coquillages, des cloches en cuivre et, récemment, des traces de cacao dans des poteries apportent d’autres indices.

D’innombrables ruines pueblos parsèment le nord du Nouveau-Mexique, l’est de l’Arizona et le sud du Colorado. Aucune n’égale en beauté celles du parc national de Mesa Verde, à une bonne heure au nord du Chaco Canyon (et 45 min de virages supplémentaires passé l’entrée).

Visiter le sites pueblos tient un peu du parcours du combattant : devant l’affluence, il faut désormais réserver une visite guidée avec un ranger. Le jeu en vaut la chandelle : abrités dans les anfractuosités de la roche de Chapin Mesa et Wetherill Mesa, plusieurs ensembles somptueux d’habitations semi-troglodytiques se regroupent sous les auvents rocheux.

On les rejoint aujourd’hui par des chemins aménagés et des échelles. Les anciens Pueblos utilisaient, eux, de simples encoches dans la roche abrupte pour se hisser sur le plateau supérieur, où se trouvaient leurs champs ! Sur chaque site, les mêmes dépressions rondes se creusent : des vestiges de kivas, sites cultuels jadis recouverts d’un toit.

La Conquista espagnole

USA Nouveau Mexique Santa Fe
Santa Fe - Claude Hervé-Bazin

À la fin du 16e siècle, les conquistadores font leurs premiers pas sur la terre du Sud-Ouest américain. Ils sont étonnés de découvrir des villages d’envergure et des Indiens sédentaires cultivant leurs champs.

Toutefois, l’absence d’or dans la région déçoit leur appétit de richesses. Restent alors les missionnaires et quelques colons, qui font trimer les Indiens pour leur propre compte sous prétexte d’acte civilisateur.

Fondée dès 1610, Villa Réal de Santa Fe (« ville royale de la Sainte Foi »), la plus ancienne cité à l’ouest du continent américain, doit beaucoup, elle aussi, au travail forcé. Ce sont ainsi les Pueblos qui ont édifié  l’actuel Palais des Gouverneurs.

Aux côtés d’un carrosse, de pièces de mobilier, de ciboires et de crucifix, sont exposées des peintures sur peaux de bison représentant des combats entre Espagnols, Indiens et Français. Le témoignage du rôle de frontière de Villa Réal, située aux confins des terres connues et inconnues des empires espagnol et français.

Les Pueblos résistent longtemps aux Espagnols. En 1680, une grande révolte parvint même à chasser les conquistadors. Mais ces derniers reviennent 12 ans plus tard, pour ne plus jamais repartir. Le christianisme s’implante et les Pueblos trouvent une forme de terrain d’entente avec l’occupant, face à la menace conjointe des Indiens des plaines.

Santa Fe, fille de l’Église

USA Nouveau Mexique Santa Fe Eglise San Miguel
Eglise San Miguel - Claude Hervé-Bazin

C’est à l’ombre de la croix que grandit le Nouveau-Mexique espagnol. Les franciscains baptisent à tour de bras (14 000 convertis en 1617), de gré ou de force. Une première église de mission, San Miguel, fut consacrée l’année même de la fondation de Santa Fe.

Un siècle plus tard, elle est reconstruite dans un style pueblo typique, en adobe, avec un autel aux jolies tonalités de vert toujours en place. À l’entrée, sommeille la plus vieille cloche d’Amérique, fondue en Espagne en 1356.

En 1625, la statue de La Conquistadora débarque à son tour d’Espagne pour orner l’autel de la modeste église de Saint-François d’Assise – aujourd’hui cathédrale. Le sanctuaire, rebâti dans un style néogothique par un archevêque auvergnat au 19e siècle (!), conserve encore en son sein cette Vierge vénérée, évacuée durant la révolte pueblo et ramenée après la reconquête.

Depuis 1712, son retour est célébré chaque 16 septembre lors d’une fiesta marquée par la reconstitution de l’entrée en ville de Don Diego de Vargas. La procession escortée par des simili conquistadores au casque en plastique et un défilé-carnaval sur fond de big bands (fanfares)…

Juste à côté, la chapelle de Loretto évoque pour beaucoup une forme de miracle : son sublime escalier à vis en bois a été édifié en 1877, sans l’aide d’un seul clou. Mais personne ne connaît le nom du charpentier qui réalisa ce prodige…

Santa Fe, capitale de l’art contemporain

USA Nouveau Mexique Santa Fe
Claude Hervé-Bazin

Le temps a passé et Santa Fe est entrée dans une ère nouvelle, marquée par une forme plus actuelle de sacré : la quête du beau et de l’authentique.

Découverte par les peintres de l’entre-deux-guerres (dont la célèbre Georgia O’Keeffe), la ville est popularisée par les hippies dans les années 1960. Depuis, elle est envahie par tout ce que la Californie et l’Ouest comptent d’artistes, d’artisans, d’adeptes du New Age, d’illuminés authentiques et de partisans du retour à une vie simple.

Résultat ? Autant de psys et de manucures que d’églises dans les pages jaunes et deux fois plus d’acupuncteurs ! Sans oublier plus de 200 galeries, pour beaucoup alignées sur Canyon Road, qui font de Santa Fe l’une des Mecques américaines de l’art contemporain.

Malgré la marchandisation, la vieille ville séduit avec sa plaza centrale façon zocalo mexicain et son architecture. D’une rue à l’autre, maisons anciennes, résidences modernes et hôtels déclinent les mêmes lignes arrondies aux murs d’adobe, les mêmes toits plats reposant sur des vigas (poutres). Partout, des guirlandes de petits piments rouges ou de poivrons séchés égayent les tonalités de terre.

Les musées eux-mêmes adoptent souvent ce style. Les plus beaux, en marge du centre, au Museum Hill, célèbrent l’héritage amérindien (Museum of Indian Arts and Culture, Wheelwright Museum of the American Indian). L’occasion de découvrir mille ans de traditions et des bijoux en turquoise lourds de plusieurs kilos.

De Chimayo à Taos, par le chemin des écoliers

USA Nouveau Mexique Chimayo
Sanctuaire de Chimayo - Claude Hervé-Bazin

Sinuant au pied des monts Sangre de Cristo, la High Road rejoint Chimayo : une bourgade baignée de poussière où, le Vendredi Saint, convergent des dizaines de milliers de pèlerins. Chimayo est un peu le Lourdes de l’Ouest américain. On y vénère le Christ d’Esquipulas (guatémaltèque !), dont le culte parvint jusque-là à l’époque coloniale.

L’église, remontant à 1816, adopte des lignes pueblos patinées par le temps. Dans la chapelle latérale, se creuse le pocito, un petit trou empli de sable aux vertus réputées miraculeuses. Chacun y prélève son dû, indifférent au panneau indiquant que les prêtres remplissent eux-mêmes l’orifice chaque jour…

Vient Las Trampas, ses 125 habitants et sa belle église de mission fortifiée. Son plancher de guingois répond à de lourdes poutres aux gros corbeaux sculptés. Aux murs, une imagerie gentiment naïve, menée par saint Jacques le Matamore dans sa mortelle cavalcade.

Enfin, voici Taos, nichée au pied des montagnes, avec sa plaza, ses maisons en adobe, ses musées d’art et ses souvenirs de l’école de peinture de Taos – la première à avoir sublimé les couleurs intenses de la région et la vie de ses habitants. Un Santa Fe bis, en version réduite, qui s’épanche dans une campagne verte peuplée de saules et de ranchs.

Là, derrière de hauts murs, l’hacienda de los Martinez (1804), devenue musée, ramène en un temps où les grandes propriétés abritaient tous les corps de métier : forges, ateliers de tissage, cuisines, sans oublier une chapelle privée et des chambres d’une rare sévérité.

Les villages pueblos aujourd’hui

USA Nouveau Mexique Taos Pueblo au pied des monts Sangre de Cristo
Taos Pueblo - Claude Hervé-Bazin

Le mot prête à confusion : « pueblo » désigne à la fois les villages indiens et la culture même de leurs habitants.

À y regarder de plus près, pourtant, les Pueblos ne forment pas une tribu unique, mais un conglomérat de peuples apparentés. Ils célèbrent des rites semblables, mais parlent des langues différentes et entretiennent des rapports inégaux au monde extérieur.

Ainsi, chacun des 19 pueblos pueblos (!) du Nouveau-Mexique est gouverné par son propre conseil tribal édictant ses propres lois. Certains sont connus pour leur poterie (noire et superbe à San Ildefonso), d’autres pour leurs bijoux. Certains, comme Jemez, interdisent ou découragent les visites, là où d’autres les tolèrent.

À 3 km tout juste de la ville de Taos, Taos Pueblo (Tuah Tah de son vrai nom) est de ceux-là. C’est le plus connu, peut-être, des villages indiens de la région, mais aussi l’un des mieux préservés : habité depuis un millénaire, il a conservé ses habitations étagées soudées les unes aux autres – une particularité qui lui a valu d’être classé au Patrimoine mondial.

Au sud-ouest d’Albuquerque, Acoma, alias Sky City, s’accroche, lui, depuis huit siècles au sommet d’un court plateau gardé par une cohorte de gros rochers. On n’y pénètre qu’au gré d’une visite guidée bien encadrée.

À l’intérieur, le visiteur découvre ruelles de terre battue, maisons de pierre sèche, kivas et fours à bois. Bâtie vers 1640, l’attachante église San Esteban del Rey abrite de simples bancs latéraux et des murs roses symbolisant la Terre-Mère.

Jour de fête à Ohkay Owingeh

USA Nouveau Mexique Albuquerque Petroglyph National Monument
Petroglyph National Monument - Claude Hervé-Bazin

La plupart des villages pueblos interdisent photos, dessins et même téléphones portables pour conserver leur caractère sacré aux festivités. Toutefois, quelques-uns permettent d’y assister, à condition de respecter des règles partout identiques : ne pas parler, ne pas applaudir et, bien sûr, ne pas tenter de ramener la moindre image – sous peine d’éjection manu militari…

La plupart des festivités associent le cycle des saisons et des cultures au saint patron de la paroisse. Ainsi, au fil de l’année, sont célébrées les semailles du maïs, les récoltes, puis la chasse en hiver – l’occasion de voir des danses du bison, de l’aigle, du wapiti et du daim.

À Noël, ce sont les matachines qui débarquent, des personnages masqués aux oreilles de plumes, portant bâillon, dont la signification se perd dans les limbes du temps.

Dans les rues poussiéreuses d’Ohkay Owingeh (San Juan), le chant du tambour s’élève, en rythme lent et cadencé. Des personnages s’approchent doucement, coiffés d’un masque blanc à bec, affublés de simulacres d’ailes – en authentiques plumes d’aigles. Avançant par petits pas, ils déploient leur ramage, tournoient dans des airs imaginaires.

Plus tard, vient une longue file d’hommes appuyés sur leurs cannes, se déhanchant en écho aux tambours, les grelots accrochés à leurs chevilles résonnant à chaque pas. Sur leur tête, des ramures de cerfs.

Plusieurs minutes s’écoulent. Soudain, la musique lancinante s’arrête. Un coup de feu retentit et les danseurs s’évaporent instantanément dans la foule avant de se faire attraper.

Fiche pratique

USA Nouveau Mexique Santa Fe Vieille ville
Santa Fe - Claude Hervé-Bazin

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Comment y aller ?

Seul grand aéroport du Nouveau-Mexique, Albuquerque est desservi depuis Paris via Salt Lake City ou Atlanta (Air France/Delta), Dallas ou Chicago (American Airlines).

Sur place, la voiture s’avère incontournable, particulièrement pour visiter les pueblos indiens. Le train permet toutefois de rejoindre Santa Fe et, au-delà, les bus locaux gagnent Taos. Autre possibilité : poursuivre vers Denver ou l’Arizona avec les bus Greyhound.

Quand y aller ?

Aride ou semi-aride, le Nouveau-Mexique est largement influencé par sa position continentale.

L’amplitude thermique y est ainsi élevée, particulièrement au nord, plus montagneux. Les températures oscillent entre -5 °C à -10 °C par les froides journées d’hiver et 35-40 °C certains jours d’été (avec des records de 50 °C et -46 °C !).

Si les skieurs apprécieront la morte saison, les autres seront mieux avisés de venir en mai-juin ou en septembre-octobre.

Où dormir ?

Trois options :

- le camping (abordable, voire gratuit dans certains secteurs), au plus près de la nature ;

- les classiques motels, dont les prix ont bien augmenté ces dernières années ;

- les B&B, globalement chers mais souvent établis dans des demeures de charme.

Les auberges de jeunesse sont devenues rares et n’offrent plus guère la belle convivialité d’autrefois…

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Que manger ?

Red or green ? La question revient comme une ritournelle. C’est de chile que l’on parle, une sauce épaisse qui accompagne la plupart des plats au Nouveau-Mexique, concoctée à base de piments verts ou de piments rouges, plus épicés (tout dépend en fait de leur maturité).

Pour le reste, la cuisine locale évoque assez celle du Mexique et du Texas, avec ses burritos et enchiladas (tortillas de maïs fourrées) – nappés d’un bon chile, bien sûr ! Sachez, d’ailleurs, que le green chile s’invite jusque dans les burgers d’une chaîne de fast-food bien connue…

Liens utiles

Site officiel du tourisme au Nouveau-Mexique

Ville d’Albuquerque

Le centre culturel pueblo d’Albuquerque, avec des infos sur les 19 villages de la communauté

Ville de Santa Fe

Ville de Taos

Le vieux village indien de Taos (ouvert à la visite)

Le vieux pueblo d’Acoma

Mesa Verde National Park

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